4.1 – Économie
Il est bien difficile d’évaluer la performance économique du Vénézuela sous Chavez étant donné que le pays a traversé un extraordinaire boum pétrolier sous son règne. Le prix du pétrole a plus que quintuplé durant le chavismo.
Le problème principal de l’administration de Chavez est que malgré le boum pétrolier des années 2000s, il a engendré des déficits budgétaires presque à toutes les années. Notez que le graphique ci-bas n’inclut pas toutes les dépenses sociales des entreprises d’État telles que PDVSA. En effet, PDVSA est directement impliquée dans des programmes sociaux sous l’ordre du gouvernement.
Il a financé une partie de ces déficits en augmentant la dette extérieure…
…et en les monétisant par la création de monnaie; la masse monétaire ayant crû astronomiquement,…
…ce qui a engendré de l’hyper-inflation, se maintenant presque toujours au-dessus des 20% par année,…
…et la dévaluation de la monnaie.
Autrement dit, Chavez dépense trop malgré les prix élevés du pétrole. Donc advenant une baisse du prix du pétrole ou de la production, il aurait à couper drastiquement dans les dépenses, à défaut de quoi il mettrait le pays dans une situation financière encore plus précaire. La baisse de la production de PDVSA sera d’ailleurs un grave problème pour le pays dans le futur. Je suis d’avis que c’est une épée de Damoclès sur la tête de Chavez.
4.2 – Pauvreté
Au cours de sa présidence, Chavez a utilisé les revenus provenant du pétrole, lesquels ont explosé grâce à la hausse fulgurante du prix du pétrole, pour aider les plus démunis. C’était une stratégie plutôt simple et efficace pour prendre le pouvoir puisque au début de son premier mandat, environ 50% de la population du pays était considérée comme pauvre (ce chiffre est descendu à 31.5% au début de 2008). Il a notamment mis en place le Plan Bolivar 2000, mobilisant 40,000 soldats à faire des activités anti-pauvreté (vaccination, éducation, distribution de nourriture, etc).
Le PIB par habitant a grandement augmenté grâce aux retombées directes et indirectes du pétrole. De façon directe, le pétrole compte pour environ le tiers du PIB, 80% des exportations et 50% des revenus de l’État. La redistribution de cette richesse, orchestrée par Chavez, a permis de réduire la pauvreté (de 50% à 31.5% de la population entre 1999 et le début de 2008) et d’améliorer quelque peu le coefficient de Gini du pays, qui est passé de 46.9 à 41.0 entre 1999 et le début de 2008.
Selon une étude du Center for Economic and Policy Research, le taux de mortalité infantile a diminué, l’espérance de vie a augmenté, l’accès à l’eau potable a augmenté, l’accès à l’éducation a augmenté, l’illettrisme a diminué, le taux de chômage a diminué (de 14.6% en 2000 à 7.8% en 2008) sous le régime de Chavez. Notez cependant que tous ces chiffres proviennent d’agences du gouvernement…
Le problème que je vois au niveau de la pauvreté sous Chavez est que les gains réalisés ne sont soutenables que si le prix du pétrole et/ou la production restent au même niveau. Il a distribué cette manne inespérée pour acheter le pouvoir et a par le fait même rendu ces gens dépendants de l’État et, par ricochet, des revenus de PDVSA.
Néanmoins, les « missions bolivariennes » visant à moderniser des hôpitaux, contrer l’illettrisme, subventionner la nourriture, l’essence et autres biens, ont été applaudies par l’ONU, l’UNICEF et OMS.
4.3 – Criminalité et corruption
Le taux d’homicide du Vénézuela est passé de 20 par 100,000 habitants en 1998 à 48 en 2007, comparativement à 1.8 au Canada et 6.1 aux Etats-Unis. C’est le troisième plus élevé parmi les pays mesurés derrière l’Irak et le Honduras. Le taux de kidnapping est notamment passé de 50 par année en 1998 à 382 par année en 2007. Le taux d’impunité (crime rapporté, mais non-puni) est très élevé à 97%.
Sous le règne de Chavez, Caracas est devenue l’une des villes les plus dangereuses au monde avec un taux d’homicide de 130 par 100,000 habitants en 2007, comparativement à 63 en 1998. Suite aux événements d’avril 2002, Chavez a littéralement désarmé la police de Caracas, ce qui la rend vulnérable face aux criminels.
L’autre catalyseur de criminalité sous Chavez a été la nouvelle loi qu’il a introduite suite à son élection en 1999, faisant en sorte qu’un criminel doive être pris en flagrant délit pour être arrêté suite à un crime. Cette loi avait comme objectif officiel de contrer les arrestations non-fondées, mais elle agissait aussi comme protection pour les auteurs de kidnappings, qu’elle rendait maintenant très difficile à contrer. Comme le kidnapping est le moyen principal de financement pour la guérilla, cette loi a été fort utile aux amis guérilleros de Chavez.
Dans les sondages, la population exprime que Chavez n’a rien fait pour améliorer la situation de la criminalité et que la police est corrompue et inapte à contrer le crime.
En ce qui a trait à la corruption, bien qu’il s’agissait d’une chose à laquelle Chavez promettait de s’attaquer lorsqu’il a été initialement élu, elle a en fait augmenté sous son règne (voir graphique ci-bas). Cela n’est pas très surprenant étant donné l’augmentation fulgurante de la taille de l’État sous Chavez. Beaucoup de fonctionnaires profitent de ses innombrables programmes sociaux pour s’en mettre plein les poches. Notez que le Vénézuela se retrouve au 162e rang sur 180 pays classés par Transparency International.
4.4 – Droits humains
En septembre 2008, l’organisme Human Rights Watch a dénoncé le gouvernement Chavez pour avoir bafoué les droits humains à plusieurs niveaux.
Selon eux, l’une de ses armes favorites a été la discrimination politique, mettant à la porte des employés du gouvernement, refusant des services sociaux ou emprisonnant des gens parce qu’ils ne le supportaient pas. Il est aussi bien connu que Chavez diminue les budgets des municipalités dont le maire n’est pas un supporteur de Chavez.
Chavez a utilisé les événements d’avril 2002 comme prétexte pour mieux asseoir sa main-mise sur le pays. Il a notamment pris le contrôle de la Cour Suprême, faisant passer le nombre de juges de 20 à 32 (les 12 juges ajoutés sont des chavistas).
L’autre front sur lequel Chavez a constamment violé les droits et libertés tout au long de ses mandats est la liberté de presse. Selon Freedom House, le Vénézuela se classe 160e sur 195 pays au niveau de la liberté de presse. Le graphique ci-bas illustre que les choses se sont grandement détériorées sous Chavez. Les lois anti-médias qu’il a fait adopter, ses fameuses cadenas, le retrait de la licence de RCTV et la fermeture de 34 stations de radios ces dernières années sont de bons exemples de ces violations.
HRW rapporte aussi que Chavez a brimé la liberté d’association syndicale. Il a fait renvoyer des travailleurs qui ont exercé leur droit de grève, il a refusé à certains groupes de travailleurs leur droit de négocier collectivement leur convention de travail et il a délibérément affaibli certains syndicats en faveurs d’autres qui lui était plus avantageux politiquement. Notez que suite à ce qu’il ait participé à l’organisation de la grève de décembre 2002, Carlos Ortega, le chef de la CTV (une grosse centrale syndicale) a été condamné à 16 ans de prison pour trahison. Il s’est cependant évadé de prison et réfugié au Pérou.
Finalement, le comportement de Chavez durant la marche du 11 avril 2002 était en lui-même une immense atteinte aux droits humains. Il a laissé ses supporteurs et la garde nationale ouvrir le feu sur une marche pacifique. Il avait de plus demandé la mise en œuvre du plan Avila (et donc que l’armée utilise la violence contre les marcheurs), lequel avait fait tant de morts durant la Caracazo que Chavez avait lui-même tant dénoncée en 1992.
4.5 – Conclusion
Le bilan d’Hugo Chavez à la présidence du Vénézuela est peu reluisant. Sans l’aide du prix du pétrole, les finances du pays serait en banqueroute; elles ne sont d’ailleurs pas loin de cette situation malgré une hausse fulgurante du prix du pétrole. En plus de ce désastre économique, la répression, la négation de la liberté de presse, le comportement anti-démocratique, la criminalité et la corruption ont été au menu sous Chavez. Présentement, le Vénézuela est clairement sur les traces de Cuba; i.e. que Chavez est en train d’amener le pays, peu à peu, vers une dictature socialiste militaire-totalitaire.
Selon moi, c’est la production de PDVSA qui sonnera le glas de Chavez. Avec toute son ingérence dans l’industrie pétrolière du pays, la production de pétrole est en chute libre. Le prix du pétrole continuera certes d’augmenter au cours des 10 prochaines années, mais à un rythme moindre qu’au cours des 10 dernières années. S’il fallait que la production baisse plus vite que le prix monte, les revenus de l’État chuteront et Chavez devra couper dans le filet social. Les conséquences seront fatales pour le chavismo…
En terminant, voici un bon article qui résume bien l’histoire d’Hugo Chavez:
http://www.laht.com/article.asp?CategoryId=13374&ArticleId=202997








On ne peut que vous féliciter d’avoir pondu ces billets sur le Vénézuela. Vous avez travaillé fort. Évidemment, votre approche est dans la tradition des analystes financiers mais ça demeure très instructif. Je suis allé visiter le site que vous recommandez (laht.com) et j’ai réalisé assez rapidement qu’il s’agit là d’un site associé aux commerce et aux intérêts américains. Pour équilibrer les informations, j’en recommande un autre, soit le site venezuelanalysis.com.
J’aimerais toutefois apporter un bémol (rien de suprenant
) sur les évènements du 11 avril 2002. Il n,est pas prouvé que Chavez ait ordonné à l’armée de tirer sur les manifestants. Il y a deux théories, il ne faut pas l’oublier et éviter de tirer des conclusions…
Salutations à vous et bonne année!
@Lutopium
Merci pour les félicitations. J’ai tenté de me baser sur des faits autant que possible, même si c’est difficile étant donné que l’information est déformée de part et d’autre.
Au niveau de l’ordre donné par Chavez pour le plan Avila, il a été confirmé par le général Rosendo. Aurait-il pu mentir à cet égard? Peut-être, mais j’en doute…surtout que les tanks étaient sortis de la base en route pour la ville sous les directives du général Carneiro (confirmé par de multiples sources). Le général Carneiro n’avait pas le pouvoir de le faire, mais c’est un Chavista et il ne voulait pas décevoir Chavez.
Le général Uson a quant a lui confirmé que les millices bolivariennes se préparaient à utiliser la violence contre les manifestants et que Chavez était au courant. Peut-être que lui aussi ment, mais encore là j’en doute.
Je connais bien le site venezuelaanalysis.com, j’y trouvé certaines de mes informations pour ce dossier. Je l’ai utilisé pour contre-vérifier certains des faits que j’ai trouvé sur d’autres médias. Certains des articles sont bons, mais l’auteur ne cesse de clamer que tout va bien pour le meilleur des mondes grâce à Chavez, ce qui lui fait perdre beaucoup de crédibilité.
Je me suis aussi méfié des sites de propagande anti-chavez qui déforment la réalité. À cet égard, l’article du LAHT n’est pas si mal.
Ceci étant dit, la quantité et diversité des sources que j’ai utilisées pour ce dossier sont très grandes. Promenez-vous dans les quatre parties et cliquez sur les liens, vous verrez.
Salutations!
P.S.: ne manque pas mon billet de lundi, tu vas adorer.
minarchiste: rien à dire sur la diversité des sources que vous avez utilisées. Il s’y dégage un style, une approche particulière mais c’est une très bonne série de billets. Je suis beaucoup mieux informé sur le Vénézuela aujourd’hui que je l’étais hier. Grâce à votre initiative et aux recherches que j’ai fait de mon côté. Comme vous ditez, ça tombe parfois dans l’interprétation mais l’essentiel est d’en ressortir mieux informé.
Je reviens lundi… je suis tout de même sceptque quant à votre enthousiasme! Bonne fin de semaine!
Ce dont vous ne parlez pas, c’est que l’avancée sociale (lutte contre l’illettrisme, santé, etc, etc, ….) favorise un peuple autonome, cultivé et réfléchi. Un peuple cultivé est un peuple dynamique, près à chercher des alternatives, des solutions. C’est un vivier. La recherche du pays en sera améliorée, et les possibilités économiques futures plus grandes. C’est un capital à long terme qu’on ne peut minimiser.
Concernant l’endettement, il faut aussi noter que la crise économique est mondiale, et que tous les pays s’endettent les uns les autres, ce qui ne peut être imputé directement aux gouvernants mais au système. Or le problème reste que notre système est mondial, “la fameuse main invisible” …
C’est le système économique capitaliste, modèle unique de notre planète, qui doit être renouvelé. Et ce partout, sinon, ça revient à pisser dans un violon. Chavez aura au moins essayé, mais faute d’être suivi à l’international, comme tout système alternatif, il lui a fallu se protéger de l’extérieur et menotter les libertés, tout en avantageant les partisans pour assoir leur difficile autorité.
Exactement le même scénario que l’URSS, avec les mêmes dérives et les mêmes réussites : ils n’ont JAMAIS pu être des régime réellement marxistes (puisque c’est l’idée générale des deux régimes à la base), car ce système requiert par essence d’être universel, dans nos économies qui dépendent du commerce extérieur.
Cordialement.
@Lionne
L’avancée sociale? Le Vénézuela est à la remorque de ses voisins plus libéraux à tous les niveaux.
Le capitalisme, un modèle unique de notre planète? Aucun pays n’est vraiment capitaliste sur la planète. Le capitalisme ne doit pas être renouvelé, il doit être adopté pleinement!
Encore la fameuse excuse que si Chavez a échoué, c’est à cause des autres pays, et que cela justifie d’affaiblir la démocratie et de réduire les libertés.
Bien sûr qu’aucun pays ne pourra créer l’idéal marxiste, puisque ce sytème est contre nature. Le socialisme mène tout droit au totalitarisme, comme l’a si brillamment montré Hayek:
http://minarchiste.wordpress.com/2010/09/09/le-socialisme-la-route-de-la-servitude/
ça s’est produit en Allemagne, en URSS, à Cuba, et ça se produit présentement au Vénézuela.
Je viens de lire vos 4 parties sur le Chavinisme, et je suis fasciné !
Bravo !
J’adore !
Ce qui est remarquable, c’est que, en 2011, Cuba, à pas de tortue, libéralise son économie, alors que le Vénézuela, à pas de cheval, continue sur son ère de nationalisation et de limitation du marché.
Vos séries sur les pays sont fascinantes, vraiment, j’adore.
Dans cette série, il y a un phénomène vachement intéressant que vous pourriez ajouter, en fait j’en ai deux :
- l’Agrentine et ses multiples crises économiques (tout mélangé avec de la politique)
- mais surtout, pour y avoir demeuré, le Mexique, pays qui dérape complètement, non pas pour des raisons de crise économique, mais pour la transformation du pays en zone de combat entre narco-traffiquant. M. Calderon, Presidente, économiste de Harvard (il me semble) a toute les misères du monde à gérer cette situation, de plus, l’ancien président Vincente Fox (même parti que Calderon) qui prône la libéralisation du marché de la marijuana (comme The Economist depuis presque 15 ans) et au diable les USA s’ils ne sont pas content. Vraiment, dans le sens d’économie qui se modifie (avec la perspective de la fin de l’exploitation du pétrole dans le Golfe) le Mexique serait vraiment fascinant à étudier.
En tout cas, je me déclare président de votre fan-club-hystérique !
@Verredebiere
Merci! Ça a demandé une tonne de travail et de lectures…