Pour faire suite à mon billet sur la question de la création d’argent publié la semaine dernière, voici quelques précisions à ce sujet.
Commençons tout d’abord par présenter le bilan d’une banque. Du côté des actifs on retrouve les réserves ainsi que les prêts, alors que les passifs sont essentiellement constitués des dépôts et du capital. N’oubliez pas que le côté gauche doit toujours être égal au côté droit.

Première étape, la banque reçoit un dépôt de $100. Voici l’impact au bilan:

Deuxième étape, la banque fait un prêt avec l’argent de ce dépôt. En supposant qu’elle vise un ratio de réserves de 10%, elle fera donc un prêt de $90. Il y aura trois étapes dans le processus. Tout d’abord, le prêt est émis:

Ensuite, il le montant est déposé dans le compte de l’emprunteur. Notez qu’à ce moment-ci, on observe déjà que de l’argent a été créé:

Par la suite, l’emprunteur dépense l’argent:

Finalement, voici le résultat net: pour $100 de dépots, la banque a $90 de prêts et $10 de réserves. L’argent nouvellement créé n’est pas disparu; il aboutira simplement dans d’autres banques sous la forme de dépôts. Ces autres banques feront la même choses avec ces cépôts et, pour un ratio de réserves de 10%, un total de $1,000 de nouvel argent sera créé à partir du dépôt initial de $100!

Lorsque l’emprunteur remboursera son prêt de $90, ce dernier disparaîtra et l’argent retournera en réserves. Les intérêts s’ajouterons quant à eux à l’encaisse et au capital de la banque.
C’est d’ailleurs ce phénomène que certains économistes keynesiens craignent comme la peste: la déflation. S’il y a moins de nouveaux prêts que de prêts remboursés, les réserves grossissent plus vite que les prêts et l’argent créé disparait. Nous le voyons d’ailleurs sur les bilans des banques présentement. Pour une même quantité de biens, s’il y a moins de monnaie, les prix baissent. C’est pourquoi les banques centrales ont innondé l’économie de liquidités pour tenter de contrer ce phénomène. Entre août 2008 et août 2009, la masse monétaire des États-Unis (M1) a augmenté de 18.5%.
Autrement dit, pour maintenir l’inflation, il faut que les montants des nouveaux prêts soient supérieure aux montants des prêts remboursés, et présentement les gens remboursent leurs prêts davantage qu’ils n’empruntent.
La logique derrière ces actions est que si on réussit à créer de l’inflation, les volumes de ventes et les prix vont augmenter. Cette stimulation artificielle de la demande va faire en sorte que les entreprises verront leurs profits augmenter et pourraient investir dans leur capacité de production et embaucher de nouveaux employés. Ces nouveaux employés vont dépenser et aider à faire repartir la machine de la croissance économique.
Cette façon de voir les choses n’est rien d’autre que du keynesiannisme à l’état pur. C’est bien beau sur papier, mais on ne crée pas de richesse en imprimant de l’argent.
[...] de cause… 24 09 2009 Comme je vous le décrivais dans des articles précédents (ici et ici), malgré les milliards de liquidités pompées par les banques centrales dans le système [...]
"Cette stimulation artificielle de la demande va faire en sorte que les entreprises verront leurs profits augmenter et pourraient investir dans leur capacité de production et embaucher de nouveaux employés. Ces nouveaux employés vont dépenser et aider à faire repartir la machine de la croissance économique."
Et le grand gagnant de cette arnaque est notre bon gouvernement…
@Le Miniarchiste
La comptabilité sert à enregistrer les achats et les ventes. Cet enregistrement est fait, par convention, sur des prix d’achat et sur des prix de vente. Cet enregistrement comptable reflète imparfaitement la valeur d’usage, pour l’entreprise, de ces achats et de ces ventes. Des écritures comptables ne peuvent pas expliquer la logique économique des achats et des ventes qu’elles enregistrent. C’est l’inverse. Ce sont les achats et les ventes qui expliquent les écritures comptables.
Exposer la création monétaire à partir du bilan d’une banque est donc, amha, une erreur de raisonnement. En effet, c’est l’opération d’achat ou de vente qu’il faut exposer, qu’il faut expliquer. C’est une démarche logique et pédagogique d’exposer la création monétaire en terme d’achats et de ventes. Nul lecteur logique ne peut comprendre une telle approche comptable de la création monétaire.
L’économiste n’est pas un comptable. Ces deux métiers sont différents. Ils n’ont pas le même but. L’économiste analyse la réalité économique et il en déduit des explications sur les échanges en termes de droits de propriété. Toute analyse économique qui ne se fonde pas sur les droits de propriété est inopérante pour l’action humaine. L’économiste exposera donc la création monétaire sur le fondement d’achats et de ventes.
Cette exposé de la création monétaire par des achats et des ventes se heurte à l’absence de définition juridique légale pour la monnaie. En effet, le code monétaire ne donne aucune définition juridique de la monnaie. La monnaie est définie légalement par une description comptable. Le bon économiste analyse et découvre les droits et les obligations mis en oeuvre dans une création monétaire.
L’économiste sait qu’au 19e siècle, chaque unité monétaire, chaque billet de banque, était une obligation de la banque émettrice de verser de l’or. Et réciproquement le droit de propriété d’un utilisateur de monnaie provenait de son droit d’exiger de l’or. Chaque unité monétaire était alors alors une créance à court terme sur la banque émettrice.
Ce rappel historique éclaire l’origine de la valeur de la monnaie contemporaine. D’où provient le droit de propriété sur un billet de banque contemporain? C’est la première question à se poser. L’interdiction d’une monnaie concurrente force à utiliser la monnaie légale. La rareté crée la valeur. C’est donc le "cours forcé", c’est le monopole étatique, qui donne de la valeur à la monnaie légale.
D’autre part, l’État à confié à la Banque Centrale la mission que la monnaie conserve sa valeur. En d’autres termes, la Banque centrale fait en sorte que la monnaie conserve son pouvoir d’achat, que l’indice des prix reste stable. Or une trop grande émission de monnaie la déprécie. La Banque Centrale a choisit de contrôler la masse monétaire afin de conserver la valeur de la monnaie.
Chaque unité monétaire, chaque billet de banque représente donc une obligation politique de la Banque Centrale, une obligation politique de l’État. Une obligation politique est moins contraignante qu’une obligation qui proviendrait d’un contrat commercial. Il est donc plus logique de parler d’une pseudo-obligation et non pas d’une obligation de la Banque Centrale. Ainsi chaque unité monétaire peut se définir comme étant une pseudo-obligation de la Banque Centrale.
Cette analyse économique soutient que la valeur de la monnaie contemporaine est fondée par une obligation quasi-juridique de l’État. Dès lors, il devient légitime d’écrire les écritures comptables qui enregistrent la création monétaire. Ce ne sont pas les écritures comptables qui créent la monnaie. C’est obligation de l’État de faire en sorte que la monnaie est une valeur. Chaque unité monétaire émise est une créance sur la Banque Centrale. C’est une quasi-obligation de la Banque Centrale.
@Le miniarchiste
J’ajoute qu’un prêt bancaire s’analyse alors comme un échange de créances entre la banque et l’emprunteur. La banque donne des créances à court terme, c’est à dire la monnaie. Et l’emprunteur donne une reconnaissance de dette, créance à long terme. Un prêt bancaire est un échange entre des créances à court terme contre une créance à long terme.
@gdm
Je trouve que les écritures comptables permettent de mieux visualiser le processus.
La comptabilité n’est qu’un outil qui permet de suivre l’évolution des choses. Je l’utilise ici dans le but de montrer comment la monnaie est créée par les banques commerciales.
Je ne comprend pas trop l’objectif de votre envolée…