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Posts Tagged ‘Grande Dépression’

Paul Krugman continue à s’accrocher aux théories keynesiennes malgré l’évidence de leur échec.

Sur son blogue, il compare souvent la récession que nous avons de traverser avec la Grande Dépression des années 1930s et affirme que sans l’intervention étatique à la Keynes, nous aurions connu une autre Grande Dépression, prouvant de ce fait l’efficacité des politiques keynesiennes. En revanche, il ne cesse de blâmer les politiques de Hoover, qu’il présente comme un maître de l’austérité, pour avoir agravé la Grande Dépression. Selon lui, une augmentation du taux directeur de la Fed en Octobre 1931 et une petite coupure dans les dépenses de l’État en 1932 ont été catastrophiques pour l’économie.

Tout d’abord, Krugman devrait réaliser qu’en Octobre 1931, le taux de chômage officiel frôlait déjà les 16%. Autrement dit, l’économie était déjà en lambeaux. Deuxièmement, lorsqu’on met en perspective les dépenses de l’administration Hoover, on se rend compte qu’il était aussi austère que Tiger Woods était fidèle! Il a augmenté les dépenses de 42% entre 1930 et 1932. Le déficit fiscal s’est chiffré à $2.6 milliards en 1932, ou 4% du PIB. Cependant, comme c’est toujours le cas lorsque les politiques keynesiennes ne fonctionnent pas, le seul argument qu’il leur reste est de dire que ce n’était pas assez! Troisièmement, le taux directeur de la Fed était quand même très expansionniste même après la hausse de 1931. La façon dont Paul Krugman décrit ce qui s’est passé durant ces années est donc fallacieuse. En revanche, il s’abstient systématiquement de parler de la Dépression de 1920-21!

En fait, s’il y a une chose que l’on peut reprocher à Hoover qui a vraiment eu un impact négatif sur l’économie, c’est son penchant pour le protectionnisme. Pour comprendre ce qui s’est réellement passé en 1929, je vous propose ceci.

Figure 1
Figure 2
Figure 3

Dans un billet publié le 25 mai dernier, Krugman affirme que les gigantesques dépenses gouvernementales engendrées par le plan de relance économique Bush/Obama n’ont pas eu d’effet « crowding-out »; c’est-à-dire qu’elles n’ont pas eu comme effet de se substituer aux investissements privés.

L’effet crowding-out se produit lorsque le gouvernement génère des déficits pour stimuler l’économie (à la Keynes). Ces déficits font augmenter les taux d’intérêt, ce qui signifie que les entreprises privées et autres emprunteurs doivent se financer à un taux plus élevé. Cela a un effet négatif sur l’investissement, la consommation et donc sur la création d’emplois. Ainsi, en voulant stimuler l’économie, le gouvernement se trouve à l’étouffer.

L’argument de Krugman est que le taux sur les obligations du gouvernement américain n’a pratiquement pas augmenté depuis un an, donc manifestement pas de crowding-out.

 

Comment le crowding-out fait monter les taux d’intérêt?

Il y a deux façons par lesquelles le crowding-out fait augmenter les taux.

La première survient lorsque les titres de dette du gouvernement sont achetés par des investisseurs. Cela a comme impact d’augmenter l’offre d’obligations sur les marchés, ce qui a un effet à la hausse sur les taux d’intérêt. Bref, le gouvernement « inonde » les marchés obligataires, ce qui crée un surplus de titres de dette. Pour attirer davantage d’investisseurs, les taux doivent augmenter. L’épargne disponible dans l’économie va davantage vers le gouvernement plutôt que vers les entrepreneurs. Autrement dit, lorsque le gouvernement vend ses titres de dette sur le marché, il s’accapare une plus grande partie de la quantité d’épargne disponible. Il en reste donc moins pour les emprunteurs privés. Ce n’est pas vraiment cela qui s’est produit au cours des 12 derniers mois.

La deuxième façon survient lorsque la dette du gouvernement est achetée par la Federal Reserve avec de la monnaie créée ex nihilo. L’effet sur les taux d’intérêt n’est alors pas immédiat. Cette création de monnaie génèrera éventuellement de l’inflation (ou du moins fera augmenter les anticipations d’inflation), ce qui mettra de la pression à la hausse sur les taux d’intérêt.

Dans la période récente, le déficit du gouvernement américain a été financé avec de l’argent créé ex nihilo par la Federal Reserve. La Federal Reserve a utilisé ce qu’on appelle le « quantitative easing »; c’est-à-dire qu’elle a créé de la monnaie pour acheter des obligations (surtout celles du gouvernement). À preuve, la Fed est maintenant le plus gros détenteur de bons du trésor au monde. Il est normal de ne pas avoir assisté à une augmentation du taux d’intérêt du gouvernement depuis le plan de relance, puisque celui-ci est maintenu à la baisse par la Fed!

Quand verrons-nous le crowding-out alors?

En fait, on pourrait montrer à Paul Krugman que le taux 10 ans sur les obligations du gouvernement a fortement augmenté depuis le début de 2009 (de 2.5% à 3.5%).

Les taux vont monter davantage lorsque l’inflation se manifestera. Présentement, l’économie est trop faible et la tendance est au désendettement. Il n’y a donc pas de pressions inflationnistes.

D’autre part, le taux directeur de la Federal Reserve a beau être de 0% et celui des bons du trésor à 3.5%, c’est sur les marchés obligataires et auprès de leur banque que les entreprises et particuliers doivent se financer. Voyons voir si le crowding out s’est manifesté depuis un an.

Le graphique suivant montre les dépenses en capital des entreprises américaines. Elles sont en forte baisse depuis le début du plan de relance et n’ont pas rebondi malgré la supposé reprise économique.

  

Ainsi, il m’apparaît clair que 1) le plan de relance n’a pas fonctionné et que 2) l’investissement privé est très faible. Paul Krugman n’a donc pas de quoi taper sur la table en nous montrant son graphique du taux d’intérêt des bons du trésor…

Ensuite, Paul Krugman ne s’arrête pas là. Il affirme que ceux qui craignent un épisode d’hyper-inflation suite à l’immense création de monnaie engendrée par la Federal Reserve dans ses manœuvres de « quantitative easing », devraient observer le Japon qui malgré une forte augmentation de sa masse monétaire dans les années 2000 (suite à du quantitative easing), n’a pas subi d’hyper-inflation. Donc, s’il n’y a pas d’inflation, les taux de monteront pas, et si les taux ne montent pas, il n’y aura pas de crowding-out et tout ira bien!

Effectivement, le Japon n’a pas subi d’hyper-inflation; il n’a d’ailleurs pas connu de croissance économique non plus! Le Japon est un exemple flagrant de l’échec des politiques keynesiennes. La croissance du PIB n’y a pas dépassé 2% dans les années 2000 et le taux de chômage n’a jamais été aussi élevé. Il y a plusieurs explications, au marasme économique japonais (système bancaire déficient, changements démographiques, interventionnisme étatique, inflexibilité du marché du travail, etc), mais il est plutôt fallacieux d’utiliser cet exemple pour vanter les plans de relance et le « quantitative easing » puisque ces politiques n’ont carrément pas fonctionné. Bref, si c’est pour nous réconforter que Krugman nous pointe le Japon, c’est manqué!

Ce que Krugman répondrait est probablement que, tout comme le Japon, les Etats-Unis sont dans une trappe à liquidité, une autre chimère keynesienne, directe conséquence de leurs politiques. L’autre conséquence des politiques keynesienne est la stagflation. C’est probablement ce qui attend les États-Unis une fois qu’ils seront sortis de leur trappe à liquidité après une ou plusieurs décennies perdues!

 

 Voyez mes autres articles dans la série Paul Krugman ici, ici, ici et ici.

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Il y a plusieurs écoles de pensées en économie (néo-classique, keynesienne, supply-side, monétariste, etc), l’une d’elles étant l’école Autrichienne. La plupart d’entre vous savent que j’adhère à cette façon de penser, du moins en ce qui a trait à la Théorie Autrichienne des Cycles Économiques (ABCT).

Plusieurs économistes, choqués par les implications dérangeantes de cette théorie, véhiculent des critiques à son égard que je qualifierais de pure sophismes. Voyons voir ce qu’il en est.

La Théorie:

L’ABCT stipule qu’au début du cycle, la politique monétaire se fait accommodante de façon à stimuler l’économie. Pour ce faire, la banque centrale crée de la monnaie, ce qui a comme impact de faire chuter les taux d’intérêt.

Cette baisse des taux d’intérêt a comme impact de modifier les préférences temporelles des entrepreneurs et consommateurs à l’égard de leurs investissements et de leur consommation. Ainsi, certains investissements qui n’étaient pas profitables au taux d’intérêt du marché deviennent « artificiellement » profitables au taux manipulé. De plus, les consommateurs vont choisir de consommer davantage maintenant plutôt que d’épargner pour plus tard et vont même s’endetter pour le faire, encouragés par les bas taux d’intérêt.

Ils vont aussi s’endetter pour investir, séduit par les rendements boursiers alléchants et les chiffres économiques dopés, imitant les spéculateurs et autres investisseurs professionnels, qui profiteront du crédit facile comme levier financier. Ainsi, selon la mode de l’époque (chemins de fer, télécommunications, technologies de l’information, immobilier, etc), tout cet argent/dette canalisé vers les investissements pourra engendrer une ou même plusieurs bulles spéculatives. Conséquemment, le faible coût du capital, tant action que dette, augmentera la propension des entreprises à investir dans des projets qui n’auraient pas été considérés autrement.

Cette vague d’investissement, de consommation et d’endettement sera amplifiée par la création monétaire du système bancaire à réserves fractionnaires opéré au Canada, aux États-Unis, en Europe et presque partout. Le « boum » économique qui en résultera agira aussi comme un amplificateur et renforcera la tendance.

Toute cette nouvelle monnaie en circulation aurait tôt fait de faire augmenter les prix des biens et services. En effet, le niveau élevé d’activité économique crée une rareté des ressources, moyens de production et travailleurs, ce qui fait augmenter leurs coûts. Ces coûts sont repassés aux consommateurs sous forme de hausses de prix ce qui génère une spirale inflationniste.

Pour freiner cet élan, la banque centrale n’a d’autre choix que de resserrer sa politique monétaire. Tel un château de cartes sur lequel on souffle, l’augmentation des taux d’intérêt ramènera tout le monde à la réalité et mettra à jour tous ces mauvais investissements faits durant le boum. Ces investissements, lesquels semblaient rentables avec de bas taux d’intérêt et des prix élevés, apparaîssent maintenant comme déficitaires, ce qui génèrera une vague de faillites et de coupures d’emplois.

Les consommateurs dépenseront moins pour rembourser leurs dettes et épargner. L’investissement tombera à sec en raison de la faiblesse de la demande et des faillites dues aux mauvais investissements. Dans un système bancaire à réserves fractionnaires, le remboursement des prêts résulte en un phénomène de destruction de monnaie: la déflation. Les prix baissent, ce qui accentue la sévérité de la récession. Le chômage augmentera, ce qui aura comme impact de rendre la récession encore plus sévère.

Pour se sortir de ce marasme, il faut que la structure de production s’adapte à la nouvelle structure de l’économie. C’est la destruction créatrice qui entre en jeu. Les ressources libérées par les faillites et coupes d’emplois sont réallouées dans l’économie. De plus, le capital investi dans de mauvais projets durant le boum est perdu et devra être remplacé. Pour ce faire, les mauvais prêts doivent être radiés, les dettes remboursées et l’épargne réel doit fournir le capital nécessaire à la reprise. Finalement, les prix doivent aussi s’adapter à la nouvelle réalité du marché et à la quantité de monnaie en circulation.

 Les critiques:

Qu’elles proviennent de Paul Krugman, Bryan Caplan ou John Quiggin, les détracteurs de l’ABCT avancent généralement les mêmes arguments.

1) Même dans des pays ou époques où il n’y a pas eu de banque centrale, il y a quand même eu des cycles économiques violents.

Cette critique est basée sur la mauvaise prémisse selon laquelle l’ABCT blâme les banques centrales­. C’est plutôt la création de monnaie ex nihilo en général que nous accusons, notamment celle qui provient des banques centrales, mais aussi d’un système bancaire à réserves fractionnaires. Ceci étant dit, si la raison-d’être de la Federal Reserve, apparue en 1913, était de stabiliser l’économie et le système financier, il est évident que ça a été un échec monumental!

2) Selon Bryan Caplan, l’une des failles de l’ABCT est de croire que les boum génèrent de mauvais investissements (malinvestments). Selon lui, les mauvais investissements sont plutôt attribuables à la cupidité du capitalisme, à l’irrationnalité des agents, aux esprits animaliers (animal spirits) et/ou à un échec du libre-marché. Sachant que les bas taux d’intérêt ne sont que temporaires, pourquoi est-ce que les entrepreneurs et autres agents du marché n’ajustent pas leurs anticipations rationnellement en fonction d’une hausse potentielle des taux? N’est-ce pas là un échec du marché?

Tout d’abord, l’entrepreneur n’a aucun moyen de savoir quel est le vrai taux du marché, lequel est masqué par les interventions de la banque centrale. Cela rend le processus décisionnel plutôt difficile. En second lieu, la concurrence forcera éventuellement les entrepreneurs à réagir pour ne pas perdre leur position compétitive. Finalement, l’inflation est plutôt sournoise et il serait exagéré de prétendre que les entrepreneurs sont rationnels au point d’en prendre totalement et exactement compte dans leurs décisions d’investissement. Notez que l’ABCT ne nécessite pas la rationalité parfaite des agents (comme c’est le cas pour les économistes de l’école de Chicago). 

3) L’une des critiques les plus stupides est celle-ci (dans les mots de Krugman):

« Here’s the problem: As a matter of simple arithmetic, total spending in the economy is necessarily equal to total income (every sale is also a purchase, and vice versa). So if people decide to spend less on investment goods, doesn’t that mean that they must be deciding to spend more on consumption goods—implying that an investment slump should always be accompanied by a corresponding consumption boom? And if so why should there be a rise in unemployment? »

Lorsque la récession survient, l’épargne diminue non pas au profit de la consommation, mais bien pour rembourser les dettes excessives engrangées durant le boum. Une chute de l’investissement non-compensée par une hausse de la consommation entraîne nécessairement du chômage, le temps que ces travailleurs se trouvent un nouvel emploi dans une industrie différente et/ou à un salaire différent, mieux adaptés à la situation économique actuelle.

4) Autre critique de Krugman: comment se fait-il que les bulles affectent l’ensemble de l’économie et non seulement le secteur touché par la bulle?

La réponse est plutôt simple: la monnaie et l’endettement sont utilisés dans l’ensemble des industries. Il est donc normal que les distorsions économiques reliées à la manipulation de la monnaie affectent aussi l’ensemble des industries.

5) Finalement, le dernier argument concerne Coolidge, Hoover et la Grande Dépression de 1929. Selon les Keynesiens, la Grande Dépression a été le résultat de l’échec du capitalisme. De plus, selon eux, le président Hoover était un adepte du laissez-faire et était beaucoup trop austère, ce qui a tué la reprise dans l’oeuf.

Au contraire, les années précédant la crise de 1929 ont été marquées par un vaste mouvement d’expansion du crédit. Cette inflation a été rendue possible parce que les pays occidentaux n’ont pas été mesure de retourner à un véritable système étalon-or, ayant plutôt opté pour le gold-exchange standard.

D’autre part, le président Hoover Hoover m’apparaît plutôt comme un Keynesien pur-et-dur. Il a augmenté les dépenses de 42% entre 1930 et 1932. Le déficit fiscal s’est chiffré à $2.6 milliards en 1932, ou 4% du PIB. Cependant, comme c’est toujours le cas lorsque les politiques keynesiennes ne fonctionnent pas, le seul argument qu’il leur reste est de dire que ce n’était pas assez!

S’il y a une chose dont les Keynesiens ne vous parleront pas, c’est sans doute de la Dépression de 1920-21. Il s’agit d’un bon exemple d’un retour à la prospérité en l’absence de plan de relance gouvernemental, et même en présence de mesures tout à fait contraires***.

Pendant la Première Guerre mondiale et la période qui l’a suivie, la Réserve fédérale avait substantiellement augmenté la quantité de monnaie dans l’économie. Lorsque la Fed décida finalement de hausser le taux d’escompte – le taux auquel elle prête aux banques – l’économie ralentit et commença à se réajuster à la réalité. Vers le milieu de l’année 1920, le ralentissement avait atteint un niveau critique, la production diminuant de 21% au cours des douze mois suivants. Le nombre de chômeurs augmenta de 2,1 millions en 1920 à 4,9 millions en 1921.

Le président Harding n’envisageait certainement pas une politique monétaire expansionniste pour relancer l’économie. En fait, il condamna l’inflation: 

«Nous avons gonflé la monnaie sans réfléchir, nous devons la dégonfler de manière mûrement réfléchie. Nous avons dévalué le dollar par des mesures financières irresponsables, nous devons le rétablir de façon honnête.»

Au niveau fiscal, plutôt de promettre de dépenser des sommes sans précédent, il en appela à une réduction des dépenses:

« Nous tenterons de procéder à une déflation intelligente et courageuse, nous mettrons un terme aux emprunts gouvernementaux qui empirent la situation, et nous nous attaquerons aux coûts élevés des mesures étatiques avec toute l’énergie et la compétence dont les républicains sont capables. Nous promettons ce soulagement qui découlera de la fin du gaspillage et de l’extravagance, ainsi que du renouveau des pratiques de frugalité publique, non seulement dans le but de diminuer le fardeau fiscal, mais aussi parce que cela constituera un exemple pour stimuler l’épargne et la prudence économique dans la vie privée. »

Harding expliqua lors de son discours inaugural l’année suivante que l’économie «avait subi les chocs et secousses associés à une demande anormalement élevée, à l’inflation du crédit et à une explosion des prix». Le pays traversait maintenant l’ajustement inévitable. Aucun raccourci facile n’était possible.

Harding tint parole en poursuivant les réductions budgétaires qui avaient débuté durant les derniers mois de l’administration Wilson, alors que la maladie de celui-ci l’avait rendu incapable de gouverner. Les dépenses fédérales diminuèrent de $6.3 milliards en 1920 à $5 milliards en 1921 et à $3.3 milliards en 1922. Entre-temps, les taux d’imposition furent réduits à tous les niveaux de revenu. Et au cours des années 1920, la dette nationale fut réduite du tiers.

En 1920-21, nota l’économiste Benjamin Anderson:

« nous avons encaissé nos pertes, ajusté notre structure financière, enduré notre dépression, et en août 1921 nous avons repris la route de la croissance. La reprise de la production et de l’emploi qui s’est enclenchée en août 1921 s’appuyait sur une base solide suite à une restructuration en profondeur de nos problèmes de crédit, une réduction draconienne des coûts de production et le libre jeu de l’entreprise privée. Elle ne découlait pas de politiques gouvernementales visant à supporter les entreprises. »

Ce n’est pourtant pas une coïncidence si l’économie a repris son élan relativement rapidement suite à la récession de 1920, alors que des conditions caractéristiques d’une dépression ont persisté pendant toutes les années 1930, une décennie marquée par l’activisme étatique. C’est justement parce qu’on n’a pas adopté de mesures de relance monétaires et fiscales qu’un progrès économique solide a été rendu possible.

*** Le texte qui suit est une traduction d’un article de Thomas E. Woods Jr. publiée par le Québécois Libre.

AJOUT (13 avril 2010)

Depuis la publication de ce billet, je suis tombé sur de nouvelles critiques de l’ABCT. En voici donc les grandes lignes.

Tout d’abord, de Paul Krugman:

« The Austrian view is that unemployment in a slump results from the difficulty of “adaptation of the structure of production” — workers are unemployed as resources are painfully transferred out of an overblown investment-goods sector back into production of consumption goods. But this immediately raises the question, why isn’t there similar unemployment during the boom, as workers are transferred into investment goods production? »

Durant le boum, la transition vers la secteur de l’investissement est graduelle et « smooth ». Mais lorsque la récession survient, la transition vers la consommation est plus abrupte. Il y a beaucoup de résistance, en partie à cause des politiques de l’État, en partie à cause de l’inflexibilité du marché du travail, en partie à cause du manque de mobilité des facteurs de productions et en partie à cause d’un peu d’irrationnalité des individus.

L’État tente de maintenir le boum en aidant les industries touchées, ce qui ralentit la transition. Certains employés sont plus difficile à « mettre-à-pied » étant syndiqués. Certains employés sont spécialisés dans l’industrie ayant fait l’objet du boum et sont donc moins aptes à se ré-orienter. Finalement, les gens sont plus résistants à une diminution de salaire qu’à une augmentation. Ils préfèrent souvent être au chômage plutôt que travailler à moindre salaire dans une autre industrie.

Le boum immobilier a mis environ 6 ans à se développer alors que le « bust » s’est produit en quelques mois. Ce n’est pas surprenant que l’un soit plus difficile que l’autre. Contrairement à ce qu’il affirme, le problème n’est pas au niveau de la demande, mais bien de l’inadéquation de la structure de production (incluant la main d’oeuvre). Le boum a remodelé la structure de production pendant 6 ans, l’ajustement ne se fait pas du jour au lendemain….et je dirais même que les politiques gouvernementales (plans de relance) nuisent au processus.

Malheureusement, les statistiques disponibles (à ma connaissance) ne permettent pas de démontrer qu’il y a bel et bien eu un transfert de l’emploi du marché de la consommation vers celui des investissements durant la croissance et l’inverse durant une récession. Le Bureau of Labor Statistics ne sépare pas les emplois de cette façon.

Cependant, comme le dernier boum a, entre autres, été dirigé vers la construction immobilière et que le BLS fournit les statistiques pour ce secteur en particulier,  nous pouvons observer ce qui s’y est produit. Le graphique suivant parle pour lui-même.

Les deux autres critiques sur lesquelles je suis tombé proviennent du blogue Rationalité Limitée. La première concerne la rationalité des agents et je l’ai déjà adressée au point numéro 2) de ce billet. La seconde critique de ce blogueur est que l’ABCT repose sur une politique monétaire erronée, alors que les actions de la banque centrale ont un impact indirect et mitigé sur les taux d’intérêts et les décisions des banques commerciales. Encore une fois, cette critique a été résolue au point numéro 1) du billet. Le problème n’est pas seulement la banque centrale, mais bien le système à réserves fractionnaires en entier.

Cependant, en support à l’ABCT, ce blogue fournissait un lien vers un papier fort intéressant paru dans la Review of Austrian Economics, intitulé « Expectations in Austrian Business Cycle Theory: An Application of the Prisoner’s Dilemma ».

Cet article démontre comment les agents prêteurs et emprunteurs peuvent être rationnellement incités à s’engager dans un processus d’expansion monétaire. Les auteurs considèrent la monnaie fiduciaire comme un bien commun et que les banques peuvent en émettre sans aucun risque pour attirer de nouveaux clients. On est donc dans une situation de type dilemme du prisonnier où chaque banque est incitée à créer plus de monnaie qu’il ne serait souhaitable afin de ne pas perdre de clients, ce qui débouche sur la pire solution collective, à savoir une expansion monétaire excessive. Les emprunteurs sont dans une situation similaire face à l’importante offre de crédit; ils doivent investir pour ne pas perdre de parts de marché.

Je trouve cet article bien intéressant, d’autant plus qu’il apporte une explication supplémentaire quant à la rationalité des agents.

AJOUT (16 avril 2010)

Voici un graphique montrant les dépenses de consommation comparativement aux dépenses en capital.

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Avec la saison des REERs qui bat son plein, beaucoup de gens me demande quoi acheter dans leur REER et surtout quelles sont mes prévisions économiques.

L’an passé à pareille date, je me préparais à la chasse aux aubaines; non pas parce que j’étais positif relativement à l’économie (je ne l’étais pas du tout), mais bien parce que beaucoup de titres se transigeaient à des niveaux qui reflétaient un scénario de « fin du monde ». En pareilles circonstances, lorsque le rapport rendement / risque est si élevé, on ne peut pas se tromper en achetant des actifs risqués. Le fonds du baril fut atteint en mars, la bourse canadienne a grimpé de 49% depuis.

Cette année est une toute autre histoire. L’évaluation des actifs risqués reflète déjà une reprise économique, laquelle ne sera pas au rendez-vous selon moi. C’est plutôt le temps de vendre ces actifs risqués acquis à prix modiques durant la crise. Pourquoi suis-je si négatif par rapport à l’économie?

Si on prend l’économie américaine, l’endettement total (gouvernement, entreprises et ménages) en pourcentage du PIB est passé d’environ 200% dans les années 1980 à plus de 400% récemment. Évidemment, cette tendance s’est accélérée durant la récente bulle. Cela signifie qu’une grande partie de la croissance économique que nous avons connue au cours de cette période a été constituée de dépenses financées par de la dette. Cette dette a été obtenue grâce à des politiques monétaires expansionnistes (bas taux d’intérêt) opérées à travers la création de monnaie par la banque centrale et le système bancaire.

Pour maintenir cette croissance économique, il aurait fallu que les américains continuent de s’endetter pour consommer. Le ratio aurait donc atteint 500%, puis 600%, puis 700% du PIB. La réalité est que la croissance économique générée de cette façon est artificielle et insoutenable. Les bas taux d’intérêt ont fait en sorte que les gens ont devancé des dépenses futures vers le présent en s’endettant. Lorsque l’élastique a été trop étiré, il s’est brisé. Ce ratio devra donc se stabiliser à un niveau plus soutenable avant que l’économie puisse se rétablir, possiblement entre 200% et 300%.

C’est ce qui est en train de se produire. Présentement, les ménages et les corporations remboursent leurs dettes, ce qui est la bonne chose à faire. Cependant le ratio dette totale / PIB ne diminue pas pour autant puisque le gouvernement a pris leur place et finance d’immenses déficits en s’endettant. Le gouvernement tente ainsi de repartir la machine-à-s’endetter; il voudrait que les gens se remettent à dépenser à crédit pour stimuler l’économie. Et puisque les gens ne le font pas, le gouvernement le fait à leur place en dépensant lui-même cet argent qu’il n’a pas. Autrement dit, on pousse le problème en avant et cela ne pourra être fait indéfiniement (comme la Grèce est train de le réaliser).

Ainsi, lorsque les dépenses gouvernementales vont se stabiliser, ce qui est inévitable, la croissance économique va retomber, possiblement en territoire négatif. Nous connaîtrons ensuite une période d’austérité de la part des consommateurs, qui continueront de rembourser leurs dettes jusqu’à ce qu’elles atteignent un niveau plus adéquat et soutenable, plutôt que de consommer. Ils ne sont d’ailleurs pas d’humeur à s’endetter, puisque plusieurs sont sans-emploi alors que les autres craignent de perdre le leur.

La prochaine décennie sera, selon moi, similaire à la lost decade qu’a connu le Japon suite à sa bulle financière. Tous les ingrédients sont présentement réunis pour que ce scénario se reproduise aux États-Unis: éclatement d’une bulle gonflée par la création de monnaie, endettement excessif, démographie en déclin, entreprises déchues maintenues en vie par l’État, etc. On pourrait dire que le Japon ne s’est toujours pas remis de cette crise, notamment grâce aux remèdes keynesiens que l’on a tenté d’y appliquer.

Certains parlent aussi d’un double-dip comme celui que les États-Unis ont connu durant la Grande Dépression des années 1930s. Ce genre de scénario est en effet fort plausible à chaque fois que les remèdes keynesiens sont utilisés.

Ceci étant dit, quels pourraient être les moteurs de l’économie et du PIB pour les prochaines années? À la base, la croissance économique est stimulée par :

A) la croissance du capital (générée par l’épargne et la démographie)

B) l’amélioration de la productivité de ce capital (menée par le progrès technologique, l’éducation et formation de la main d’oeuvre).

Est-ce que ces stimulis sont au rendez-vous?

1) Épargne: Présentement, les disciples de Keynes en charge de la politique monétaire n’encouragent pas l’épargne réelle; ils la détruisent. En créant de la monnaie et en maintenant les taux d’intérêt bas, ils favorisent l’endettement plutôt que l’épargne. Ceci étant dit, les consommateurs sont si mal en point et si endettés qu’ils n’ont pas le coeur à s’endetter davantage pour consommer; leurs épargnes servent donc à rembourser leurs dettes. C’est le gouvernement qui profite des bas taux d’intérêt pour s’endetter à leur place. Le gouvernement siphonne donc l’épargne réelle pour financer ses dépenses inutiles, ce qui laisse moins d’épargne pour fournir le capital nécessaire aux investissements qui génèreraient la croissance économique future.

2) Démographie et éducation: D’autre part, nous ne pouvons certainement pas compter sur la croissance démographique pour aider l’économie puisque la population nord-américaine vieillit. La population devient certainement de plus en plus éduquée, ce qui est positif, mais cette éducation est possiblement mal adaptée à la structure de production actuelle, comme c’est presque toujours le cas à la sortie d’une récession. Ainsi, je ne compterais pas sur des gains de productivités reliés à l’éducation dans un avenir rapproché. Ceux-ci se manifesteront à plus long terme.

3) Innovation: Finalement, que dire de l’innovation technologique et de sa contribution potentielle à une hausse de la productivité? Les nouvelles ne sont pas bonnes de ce côté là non plus! Les années 80s et 90s ont été marqués par l’essor de l’ordinateur personnel, qui a eu un impact majeur sur la productivité. Les années 90s et 2000s ont vu l’essor de l’internet et des télécommunications, qui ont aussi eu un impact positif significatif sur la productivité. Les années 2000s ont particulièrement vu le commerce international et la mondialisation s’accélérer, ce qui a été une source inéluctable de productivité. Quels seront les moteurs de la productivité durant les années 2010s?

Je suis tombé sur un article paru dans Les Affaires le 30 janvier dernier intitulé Les prochains moteurs de l’économie. Les dix éléments mentionnés* dans cet article sont certainement de bonne opportunités d’affaires, mais ce ne sont pas des « moteurs économiques » et ils n’auront pas vraiment d’impact significatif sur la productivité.

En fait, grâce à l’intervention des gouvernements, la plupart des ressources dédiées à la R&D mèneront à des innovations technologiques visant à réduire les émissions de GES, dans le but de contrer les supposés changements climatiques créés par les humains. Non seulement je doute de l’utilité de ces innovations, mais en plus il est clair que ces politiques auront un effet négatif sur la productivité et sur l’économie. Les coûts énergétiques et de la plupart des biens augmenteront alors que les coût des émissions de CO2 seront passés aux consommateurs. Notre niveau de vie en sera d’autant réduit.

Par ailleurs, les organismes génétiquements modifiés pourraient améliorer la productivité en agriculture et réduire les coûts de l’alimentation, mais ils rencontrent beaucoup d’opposition de la part des écologistes et sont contrôlés par une poignée de corporations qui accumulent les profits quasi-monopolistiques sur le dos de leurs brevets enforcés par l’État.

Finalement, le secteur que l’article a oublié de mentionner et qui, grâce à l’État, fait toujours bien peu importe la conjoncture, est le secteur militaire.  Le budget Obama prévoit $708 milliards en dépenses militaires pour 2010, plus que ses récents prédécesseurs et plus que durant les guerres de Korée et du Vietnam.

Conclusion:

En somme, l’évaluation actuelle des actifs risqués et la conjoncture économique chancelante m’amènent à recommander la prudence. Les obligations d’entreprises ayant un solide bilan et les actions d’entreprises défensives (pipelines, services publics, télécommunications, consommation de base, technologie, et certaines financières) seront à privilégier. Les rendements seront, bien entendu, plutôt faibles. À cet égard, je priviligie les titres ayant un taux de dividend élevé, mais soutenable.

Je ne suis pas trop excité par l’or et les métaux (pour le moment), puisque leurs prix ont déjà pas mal augmenté et que les prix à la consommation resteront stables pour encore quelques temps. C’est la reprise de l’économie chinoise qui est derrière l’appréciation des prix des métaux tels que le cuivre, et je pense qu’une portion significative de cette reprise est artificielle. Une baisse des prix des métaux serait mauvaises pour plusieurs entreprises canadiennes, c’est pourquoi j’évite ce secteur.

Je me méfie du dollar américain et même de l’Euro, d’une part en raison de la possibilité d’un autre plan de relance inflationniste aux États-Unis, et d’autre part en raison de la possibilité d’un sauvetage financier pour la zone Euro. Le Canada sera donc ma destination de choix point de vue investissement. Je ne pense pas que la bourse canadienne rejoindra son bas de mars 2009, mais je pense tout de même que nous pourrions connaître une sévère correction.

Bonne cotisation!

* Les 10 moteurs économiques mentionnés dans l’article sont:

  1. La téléphonie IP
  2. La gestion des fonds de retraite
  3. Les biotechnologies
  4. Le commerce électronique
  5. La consultation en environnement
  6. Le divertissement interactif
  7. Les fiducies et successions
  8. Les moteurs de recherche
  9. Les infrastructures de recyclage
  10. Le développement immobilier

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 Plusieurs personnes comprennent bien mal le rôle que l’étalon-or a pu jouer durant la période qui a mené au crash de 1929 et à la Grande Dépression. Certains affirment que plusieurs pays ont davantage souffert parce qu’ils ont tardé à délaisser l’étalon-or. Ce mythe est véhiculé par les néo-keynesiens, qui auraient grand intérêt à rouvrir leurs livres d’histoire.

Avant la première guerre mondiale, les grandes nations étaient presque toutes dans un système étalon-or, c’est-à-dire que leur monnaie était échangeable contre une quantité fixe d’or. Pour le dollar, c’était environ 1/20 d’once alors que pour la livre-sterling c’était environ 5/20 d’once. Donc, le taux de change entre le dollar et la livre était de 4.86 $/L (ou simplement 5/20 divisé par 1/20 donne environ 5).

Plusieurs de ces nations, dont le Royaume-Uni, ont financé leurs dépenses de guerre en imprimant de la monnaie. Pour ce faire, ils ont dû délaisser l’étalon-or (i.e. suspendre la convertibilité en or de leur monnaie). Et comme la R.-U. a créé plus de nouvelle monnaie que les États-Unis, qui a rejoint la guerre plus tardivement, le taux de change sur le libre-marché des devises est passé de 4.86 $/L à 3.50 $/L à la fin de la guerre.

Suite à la fin de la première guerre mondiale, la logique aurait voulu que le R.-U. revienne à l’étalon-or à un taux déprécié équivalent à 3.50 $/L, le prix du marché. En effet, comme il y avait alors beaucoup de nouvelle monnaie en circulation pour environ la même quantité d’or, il fallait ajuster le ratio de convertibilité car il n’y avait pas assez d’or en réserve pour couvrir l’ensemble des billets. Cependant, cela aurait représenté une grande perte de prestige pour l’empire britannique et aurait confirmé l’ascension des États-Unis comme première puissance mondiale. Le R.-U. a donc décidé de retourner à l’étalon-or au même ratio de convertibilité (5/20 d’once). Toute chose étant égale par ailleurs, quelles auraient pu être les conséquences d’une telle politique?

  • Les détenteurs de livres-sterling auraient eu un incitatif à échanger leurs billets contre de l’or, ce qui aurait causé une crise bancaire.
  • Les pays étrangers auraient aussi converti leurs réserves de livres-sterling en or, ce qui aurait occasionné une fuite d’or à l’extérieur du R.-U..
  • La balance commerciale du R.-U. aurait subi un choc considérable. Les exportations du pays auraient chuté drastiquement (un taux de change élevé est néfaste pour les exportations puisque ça équivaut à une augmentation de prix).

Pour éviter ces problèmes, la solution la plus rationelle aurait été la déflation, c’est-à-dire de retirer des billets de la circulation. Cela aurait cependant impliqué une discipline fiscale exemplaire et des baisses de salaires généralisées, ce qui était politiquement hors de question étant donné l’essor récent de l’État-providence et du syndicalisme.

Le Royaume-Uni a plutôt choisi une solution plus « impérialiste ». Cette solution consistait ni plus ni moins à faire en sorte que les autres pays créent de la monnaie et de l’inflation de façon à ce que la livre-sterling ne paraisse plus sur-évaluée en termes relatifs. C’est ce qu’ils ont fait à la conférence de Gênes de 1922; utilisant leur influence politique et en tordant quelques bras. Le R.-U. a donc réussi à forcer les autres pays à revenir à l’étalon-or à un ratio sur-évalué, à maintenir une forte croissance de leur masse monétaire et à maintenir d’importantes réserves en livres-sterling. Le système qui en a découlé, adopté en 1925, a été nommé le gold-exchange standard.

Dans ce nouveau système, les devises étrangères étaient convertibles en livres-sterling, les livres-sterling étaient convertibles en dollars US ou en gros lingots d’or (inutilisables pour les transactions quotidiennes), et les dollars US étaient convertibles en pièces d’or comme avant. Ce système permettait donc au R.-U. de créer de la monnaie presque impunément. Étant donné que les États-Unis n’avaient pas quitté l’étalon-or, l’ingrédient manquant était la collaboration de la Federal Reserve. Cette aide allait leur être fournie par un dénommé Benjamin Strong.

Strong provenait du giron des Morgans et avait été nommé à la tête de la Federal Reserve. Les Morgans étaient les courtiers de la Bank of England concernant les émissions de bons du trésor britannique aux États-Unis. Ils avaient donc un intérêt certain à aider le R.-U. à arriver à ses fins. Strong a donc mené une politique monétaire hyper-expansionniste en créant de la monnaie à profusion. Cela a eu comme effet de limiter les sorties d’or de la Bank of England vers les États-Unis. Cette période de crédit facile, de boum économique et d’exhubérance spéculative a été surnommée the roaring twenties. La masse monétaire a cru de 7.7% par année entre 1921 et 1929. Durant cette période, les prix à la consommation ont été plutôt stables, alors que l’inflation s’est manifestée essentiellement sur les marchés boursier et immobiliers. La bourse a notamment été propulsée par l’expansion des prêts sur marge, qui consistent à s’endetter pour acheter des actions.

Par contre, plus le R.-U., les États-Unis les autres pays créaient de monnaie et d’inflation, plus le système se dirigeait vers l’écroulement. Après la mort de Benjamin Strong en 1928, la Federal Reserve a retiré le « bol à punch » de l’inflation (la masse monétaire a cessé decroître en juin 1929) et la bulle spéculative a dégonflé (le crash est survenu en octobre 1929), déclenchant un véritable tsunami économique, qui sera aggravé par les politiques interventionnistes de Hoover et Roosevelt.

En 1931, lorsque la France, qui menait une politique monétaire relativement saine, a exigé la conversion de ses réserves de livres-sterling en or, le Royaume-Uni n’a eu d’autre choix que de délaisser (encore une fois) l’étalon-0r. Le chaos monétaire qui s’en est suivi a causé énormément de dommages à l’économie mondiale, notamment en détruisant le commerce international.

En réponse à cela, les gens se sont mis à convertir leurs dollars en or, ce qui a considérablement drainé les réserves d’or des États-Unis. La Federal Reserve n’a eu d’autre choix que de monter son taux directeur pour stopper cet exode aurifère. Finalement, les États-Unis ont délaissé l’étalon-or en 1933-34, interdisant même aux gens d’en détenir. Suite à 1934, ils ont adopté un système permettant la conversion des dollars en 1/35 d’once d’or, mais seulement auprès des gouvernements et banques centrales étrangères. Cela a permis à la Federal Reserve de maintenir une politique monétaire expansionniste sans perdre trop d’or de ses réserves.

Maintenant, attaquons-nous la question qui tue: pourquoi alors les pays qui ont délaissé l’étalon-or plus tôt ont connu une reprise plus rapide?  La réponse est simple: les pays qui sont restés sur l’étalon-or ont été plus enclins au protectionnisme que les autres. Ceux qui ont délaissé l’or ont vu leur devise se déprécier sur le libre-marché des devises, ce qui a fait en sorte de rendre leurs exportations plus compétitives (équivalent à une baisse de prix). Les pays qui sont restés sur l’étalon-or ont alors utilisé des tarifs et autres mesures protectionnistes pour tenter de soutenir la production locale, ce qui a eu un effet néfaste sur leur économie.

Il est important de comprendre que de prétendre être dans un système étalon-or ne sert à rien si le système n’est pas respecté et que la banque centrale crée de la monnaie à partir de rien. Si c’est le cas, il faut accepter que la devise se déprécie, sinon on ne fait que mettre du plomb dans l’aile de l’économie en s’entêtant à fallacieusement prétendre qu’une unité de monnaie vaut toujours la même quantité d’or. Ainsi, la date « officielle » de délaissement de l’étalon-or a peu d’importance; si un pays créait de la monnaie à partir de rien, il n’était déjà plus sur l’étalon-or depuis longtemps!

Conclusion:

Ce qu’il y a à retenir de cette histoire est que le système étalon-or ne devient un problème que lorsque les gouvernements et les banques fraudent le système en émettant des billets sans or sous-jacent. Cette situation se produisait jadis en temps de guerre et les nations devaient suspendre la conversion des billets en or. De nos jours, dans notre système actuel de monnaie fiduciaire, les gouvernements n’ont plus à se soucier de la confiance du peuple en la monnaie et peuvent créer de la monnaie à volonté pour financer l’expansion de l’État et du crédit bancaire.

Je vous laisse sur un article qui argumente contre le retour au système étalon-or et présente le seul argument valable à cet égard:

A gold standard only works when everybody believes in the overall fiscal and monetary responsibility of the major world governments (…) the dollar [under the gold standard] is only as good as the government’s credibility to stick with the standard.

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Dans ce dossier, inspiré du livre “Where Keynes went wrong” de Hunter Lewis, je traite des principales idées de Keynes. La première partie traitait des taux d’intérêt, la seconde partie traitait de l’épargne, la troisième partie traitait de la bourse et de l’investissement, et la quatrième partie traite des récessions.

Keynes était d’accord avec le fait que les booms économiques génèrent de mauvais investissement, mais il prêchait que « c’est mieux que pas d’investissement du tout ». Keynes ne croyait pas que les récessions puissent au moins avoir l’utilité de « nettoyer » l’économie des industries/entreprises qui utilisent mal leurs ressources et de rediriger ces ressources vers les bonnes industries/entreprises (autrement dit, il ne croyait pas en la destruction créatrice).

Selon Keynes, aussitôt que des signes avant-coureurs d’un ralentissement économique se manifestent, le gouvernement doit mettre en branle un plan d’action radical pour intervenir et ramener l’économie en croissance (au plein-emploi). Il importe peu que ces dépenses gouvernementales soient vraiment utiles ou non, l’important est de dépenser cet argent le plus vite possible, de préférence dans les infrastructures. De toute façon, grâce au fameux concept keynesiens qu’est le « multiplicateur », chaque dollar dépensé par le gouvernement durant une récession est multiplié plusieurs fois par l’économie.

Keynes croyait que le libre-marché n’arriverait pas à sortir l’économie de la récession par lui-même et que l’économie atteindrait un équilibre sous-optimal (avec un taux de chômage trop élevé). Il croyait que les salaires ne devaient ni baisser, ni augmenter durant les récessions. L’un réduirait le pouvoir d’achat des travailleurs, l’autre serait mauvais pour le « climat d’affaires » en réduisant les profits. La solution consiste à créer de la monnaie pour générer de l’inflation. Cette hausse des prix permettra aux entreprises de maintenir les salaires tout en faisant du profit. À cet égard, la déflation doit être évitée à tout prix; c’est du poison pour l’économie.

Finalement, Keynes préconisait que la banque centrale et le gouvernement agissent comme prêteurs de dernier recours pour le système bancaire, de façon à éviter les faillites bancaires. Ainsi, la banque centrale devrait fournir de la liquidité aux banques autant qu’elles en ont de besoin et ce à un taux très bas (non-punitif contrairement à ce que suggérait Walter Bagehot).

Réfutation:

Lorsque les « booms » économiques inflationnistes se mettent à dérailler, le marché lève le voile sur tous ces mauvais investissements financés par de la dette artifiellement abordable (facilitée par la création de monnaie) et l’économie frappe un mur. Contrairement à ce que Keynes pensait, on ne peut artificiellement maintenir l’économie en boom perpétuel sans créer d’énormes distorsions sur les marchés. À cet égard, les récessions viennent corriger ces distorsions et permettent à l’économie de repartir sur une base plus solide. Plus l’inflation a été sévère durant le « boom », plus récession sera sévère.

En voulant éviter les récessions à tout prix, les théories de Keynes ne font que les prolonger, font en sorte que la reprise sera plus faible et que prochaine crise sera plus grave. L’interventionnisme keynesiens n’a-t-il pas échoué durant la Grande Dépression des années 1930s, prolongeant celles-ci jusqu’à la Deuxième Guerre Mondiale? Et que dire de la « décennie perdue » du Japon suite à la bulle des années 1980? Et de la bulle immobilière que nous venons de traverser, résultat inévitable de l’ère Greenspan (qui n’a pas laissé la récession de 2000-01 suivre son cours et qui l’a étouffée par une inflation démesurée, laquelle a gonflé une immense bulle immobilière). L’historique du keynesiannisme est en fait parsemmé d’échecs et d’inflation. La recette n’a jamais fonctionné et a toujours mené à des « booms and busts« , c’est-à-dire de violents cycles économiques.

En ce qui a trait au fameux multiplicateur keynesien, ce concept fallacieux dont les Paul Krugman de ce monde font encore la promotion, c’est une théorie économique fondamentalement erronée. Voici la formule:

       DY = 1 /(1-c) *  DI

I est l’investissement fait par le gouvernement, c est la propension marginale à consommer (le pourcentage de chaque dollar qui est dépensé par les gens plutôt qu’épargné) et Y le revenu qui en résulte.

Ainsi, si la propension marginale à consommer est de 90%, le multiplicateur est de 10 fois, donc chaque dollar investi par le gouvernement est multiplié par 10 dans l’économie. Mais qu’arrive-t-il si la propension marginale à consommer augmente à 100% (i.e. les gens n’épargent plus)? Le modèle tombe à l’eau! D’ailleurs, aucune étude n’a clairement démontré l’existence de ce multiplicateur dans la réalité. Prenons par exemple celle de Christina Romer, présidente du Council of Economic Advisors sous Barrack Obama, qui a estimé le multiplicateur à 1.57x. D’autres études estiment qu’il est bêtement de 1x alors que d’autres l’estiment inférieur à 1x. Pour une réfutation complète du multiplicateur (qui serait trop longue pour ce billet), cliquez ici.

La meilleure façon de contrer une récession est de laisser le marché suivre son cours. Nous n’avons qu’à penser à la Dépression de 1921 aux États-Unis, où ni le gouvernement, ni la Federal Reserve ne sont intervenus. Cette dépression s’est résorbée d’elle-même, sans interventionnisme étatique. C’est d’ailleurs pourquoi les partisans de Keynes refusent à tout prix d’en parler! Par contre, les néo-keynesiens ont abandonné l’idée farfelue de Keynes selon laquelle un chômage élevé persisterait indéfiniement dans un libre-marché, sans intervention gouvernementale pour sortir de la récession (voir Modigliani et Patinkin). Une autre « intuition » de Keynes déconnectée de la réalité…

Quand aux salaires, le gel de ceux-ci a généralement comme impact de prolonger les récessions (nous n’avons qu’à comparer la Grande Dépression des années 1930s où les salaires furent gelés, à celle de 1921 où les salaires ont baissé drastiquement). La flexibilité du marché du travail est un élément essentiel pour sortir l’économie d’une récession et réduire le chômage. Les entreprises peuvent ainsi réduire leurs coûts (sans nécessairement mettre des travailleurs à pied), préserver leurs flux monétaires et rester en opération.

La déflation quant à elle n’est pas mauvaise en soit. C’est d’ailleurs un phénomène tout à fait naturel et sain: lorsque la productivité s’améliore, on fait plus avec moins, ce qui permet aux prix de baisser sans affecter les marges. Des prix plus bas signifie que le pouvoir d’achat et le niveau de vie de la population a augmenté et que de la vraie richesse a été créée. L’autre déflation, celle causée par la destruction de monnaie due au remboursement des dettes, est simplement le fruit d’une création excessive de monnaie qui a mené à de mauvais investissements, à du gaspillage de ressources et à un niveau d’endettement insoutenable. Ce réajustement est un mal nécessaire pour purger le système de toute cette dette et de toute cette monnaie artificielle, mais malheureusement, nos gouvernements veulent à tout prix l’empêcher en créant de la monnaie.

Finalement, la présence de la banque centrale comme prêteur de dernier recours crée un risque moral important pour les citoyens. Cette « fausse sécurité » permet et encourage la prise de risque excessive et mène inévitablement à des crises financières comme celle que nous avons récemment connue. L’expression « too-big-to-fail » et les « bailouts » existent depuis fort longtemps et tirent leurs origines, entre autres, du keynesiannisme. Cette promesse de sauvetage du gouvernement est malsaine et encourage les banques à étirer l’élastique au maximum.

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Le magazine hedbomadaire The Economist* a maintenant une nouvelle chronique intitulée « Schumpeter » en l’honneur de l’économiste Joseph Schumpeter, connu pour sa fameuse théorie de la destruction créatrice.

Voici un résumé de cette théorie (Wikipedia):

Les crises ne sont pas de simples ratés de la machine économique ; elles sont inhérentes à la logique interne du capitalisme. Elles sont salutaires et nécessaires au progrès économique. Les innovations arrivent en grappes presque toujours au creux de la vague dépressionniste, parce que la crise bouscule les positions acquises et rend possible l’exploration d’idées nouvelles et ouvre des opportunités. Au contraire, lors d’une période haute de non-crise, l’ordre économique et social bloque les initiatives, ce qui freine le flux des innovations et prépare le terrain pour une phase de récession, puis de crise.

La destruction créatrice désigne le processus de disparition de secteurs d’activité conjointement à la création de nouvelles activités économiques.

Les récessions exposent les faiblesses de certains modèles d’affaires vétustes, elles créent de nouvelles opportunités et tuent les mauvaises habitudes, laissant le champs libre aux nouvelles idées innovatrices. Les facteurs de productions peuvent être achetés de ceux qui les utilisent mal par ceux qui les utiliseront mieux.

Les exemples sont nombreux.

DuPont a investi massivement en recherche et développement et a engagé des scientifiques qui étaient au chômage durant la Grande Dépression.  Vers la fin des années 1930s, 40% de ses ventes provenaient de produits qu’elle avait développé durant la dépression, tels que le nylon et le caoutchouc synthétique.

Les entreprises qui ont pris leur envol durant la Grande Dépression sont nombreuses, incluant Revlon, Hewlett-Packard, Polaroid et Pepperidge Farms.

C’est quand l’Union Soviétique s’est effondrée, plongeant la Finlande en sérieux problèmes économiques, que Nokia a décidé d’abandonner 90% de ses lignes d’affaires pour se concentrer sur les télécommunications, surtout sur la téléphonie sans-fil, industrie dont elle est devenue l’un des leaders.

Une étude de Bain Capital Group sur la période 1985-2001 a démontré que les fusions/acquisitions réalisées durant les récession ont généré un rendement environ 15% supérieur à celles faîtes durant les périodes de croissance économique.

La Fondation Kauffman, laquelle étudie l’entreprenariat, mentionne que la moitié des entreprises du Fortune 500, incluant FedEx, CNN et Microsoft, ont été fondées soit durant des récessions ou durant des périodes de faiblesse économique. La plupart de ces entreprises sont apparues à partir d’idées qui ont révolutionné leur industrie.

Comme le disait Schumpeter: “The essential point to grasp is that in dealing with capitalism we are dealing with an evolutionary process.” Imaginez l’efficience et la superbe complexité de la sélection naturelle appliquée à l’économie. Imaginez la chauve-souris sans son système de guidage ultra-son, la giraffe sans son long cou pour atteindre les feuilles élevées, le caméléon sans son camouflage, une araignée sans sa capacité à tisser des toiles ou le hérisson sans son système de défense. Ces « innovations » sont le fruit de l’évolution sous la pression de l’environnement; de la compétition pour la survie.

La destruction créative ne fonctionne pas dans une économie socialiste. L’État y a le monopole et n’a aucune pression compétitive pour stimuler l’amélioration de la productivité par l’innovation. C’est ce qui a été observé en Union Soviétique après la chute du rideau de fer. On y a observé de la machinerie agricole fonctionnant avec des moteurs à vapeur développés dans les années 1920s.

L’industrie pétrolière Soviétique fut aussi un cas spectaculaire démontrant ce qui se produit en l’absence de destruction créative. Les technologies utilisées dans les années 1980s dataient des années 1950s, et ce allant du simple outil de forage jusqu’aux activités de raffinage. Le matériel de forage était primitif; incapable de dépasser 3,000 pieds sans se briser (ce qui est un problème majeur lorsque la plupart des gisements restants dépassaient cette profondeur).

En somme, s’il y a un côté positif dans une récession, c’est bien la destruction créatrice. Celle-ci est un moteur d’innovation et d’amélioration de notre niveau de vie. C’est pourquoi il faut s’opposer aux plans de relance et aux bailouts, lesquels agissent comme du sable dans l’engrenage de la destruction créatrice et du capitalisme. Les gouvernements pensent que par leur interventionnisme, ils peuvent enrayer les cycles économiques, comme le suggérait Keynes. Ce faisant, ils ne font que les amplifier!

Il est certain que la destruction créatrice crée du chômage temporaire. Les travailleurs dont les compétences sont rendues obsolètes par une innovation technologique entrent dans une période de transition où l’on verra ces ressources humaines être allouées à d’autres activités dans l’économie. La mobilité des travailleurs n’étant pas parfaite, cette transition est parfois difficile, mais c’est le prix à payer pour le niveau de vie duquel nous bénéficions grâce au capitalisme.

Il serait stupide de stopper l’innovation et le progrès au nom de la protection de ces emplois archaïques. C’est pourtant ce que l’on fait lorsque l’on empêche le libre-marché de fonctionner.

En terminant, voici une excellente illustration de ce phénomène, tirée d’un article de W. Michael Cox et Richard Alm:

creative_destruction

 

*Référence: The Economist, 3 octobre 2009, p. 82.

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