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« America’s Great Depression », par Murray Rothbard, Mises Institute, 1963, 337 pages.

Disponible gratuitement en pdf.

Dans cet ouvrage, Murray Rothbard tente de rétablir les faits quant à la Grande Dépression, un épisode de l’économie américaine qui est bien mal compris et qui, de nos jours, donne lieu à un grand nombre de fables et de fausses généralités. Pour y arriver, Rothbard passe par le chemin typique des économistes de l’école autrichienne : une description exhaustive des faits.

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La dépression de 1920-21 a souvent été utilisée par des économistes de l’école autrichienne (notamment Thomas Woods, Benjamin Powell et Robert Murphy) comme une preuve historique du succès des prescriptions de la Théorie Autrichienne des Cycles Économiques (ABCT) et du non-interventionnisme économique durant les récessions.

Devant une telle situation, les économistes de l’école keynésienne se devaient de répliquer. C’est ce qu’a fait Daniel Kuehn dans un article publié en 2010 (merci à M.H. pour le lien). Suite à la lecture de cet article, j’ai cru bon remettre les pendules à l’heure concernant cet épisode économique si controversé. Noté que j’avais moi-même publié un article sur le sujet il y a quelques mois.

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 Plusieurs personnes comprennent bien mal le rôle que l’étalon-or a pu jouer durant la période qui a mené au crash de 1929 et à la Grande Dépression. Certains affirment que plusieurs pays ont davantage souffert parce qu’ils ont tardé à délaisser l’étalon-or. Ce mythe est véhiculé par les néo-keynesiens, qui auraient grand intérêt à rouvrir leurs livres d’histoire.

Avant la première guerre mondiale, les grandes nations étaient presque toutes dans un système étalon-or, c’est-à-dire que leur monnaie était échangeable contre une quantité fixe d’or. Pour le dollar, c’était environ 1/20 d’once alors que pour la livre-sterling c’était environ 5/20 d’once. Donc, le taux de change entre le dollar et la livre était de 4.86 $/L (ou simplement 5/20 divisé par 1/20 donne environ 5).

Plusieurs de ces nations, dont le Royaume-Uni, ont financé leurs dépenses de guerre en imprimant de la monnaie. Pour ce faire, ils ont dû délaisser l’étalon-or (i.e. suspendre la convertibilité en or de leur monnaie). Et comme la R.-U. a créé plus de nouvelle monnaie que les États-Unis, qui a rejoint la guerre plus tardivement, le taux de change sur le libre-marché des devises est passé de 4.86 $/L à 3.50 $/L à la fin de la guerre.

Suite à la fin de la première guerre mondiale, la logique aurait voulu que le R.-U. revienne à l’étalon-or à un taux déprécié équivalent à 3.50 $/L, le prix du marché. En effet, comme il y avait alors beaucoup de nouvelle monnaie en circulation pour environ la même quantité d’or, il fallait ajuster le ratio de convertibilité car il n’y avait pas assez d’or en réserve pour couvrir l’ensemble des billets. Cependant, cela aurait représenté une grande perte de prestige pour l’empire britannique et aurait confirmé l’ascension des États-Unis comme première puissance mondiale. Le R.-U. a donc décidé de retourner à l’étalon-or au même ratio de convertibilité (5/20 d’once). Toute chose étant égale par ailleurs, quelles auraient pu être les conséquences d’une telle politique?

  • Les détenteurs de livres-sterling auraient eu un incitatif à échanger leurs billets contre de l’or, ce qui aurait causé une crise bancaire.
  • Les pays étrangers auraient aussi converti leurs réserves de livres-sterling en or, ce qui aurait occasionné une fuite d’or à l’extérieur du R.-U..
  • La balance commerciale du R.-U. aurait subi un choc considérable. Les exportations du pays auraient chuté drastiquement (un taux de change élevé est néfaste pour les exportations puisque ça équivaut à une augmentation de prix).

Pour éviter ces problèmes, la solution la plus rationelle aurait été la déflation, c’est-à-dire de retirer des billets de la circulation. Cela aurait cependant impliqué une discipline fiscale exemplaire et des baisses de salaires généralisées, ce qui était politiquement hors de question étant donné l’essor récent de l’État-providence et du syndicalisme.

Le Royaume-Uni a plutôt choisi une solution plus "impérialiste". Cette solution consistait ni plus ni moins à faire en sorte que les autres pays créent de la monnaie et de l’inflation de façon à ce que la livre-sterling ne paraisse plus sur-évaluée en termes relatifs. C’est ce qu’ils ont fait à la conférence de Gênes de 1922; utilisant leur influence politique et en tordant quelques bras. Le R.-U. a donc réussi à forcer les autres pays à revenir à l’étalon-or à un ratio sur-évalué, à maintenir une forte croissance de leur masse monétaire et à maintenir d’importantes réserves en livres-sterling. Le système qui en a découlé, adopté en 1925, a été nommé le gold-exchange standard.

Dans ce nouveau système, les devises étrangères étaient convertibles en livres-sterling, les livres-sterling étaient convertibles en dollars US ou en gros lingots d’or (inutilisables pour les transactions quotidiennes), et les dollars US étaient convertibles en pièces d’or comme avant. Ce système permettait donc au R.-U. de créer de la monnaie presque impunément. Étant donné que les États-Unis n’avaient pas quitté l’étalon-or, l’ingrédient manquant était la collaboration de la Federal Reserve. Cette aide allait leur être fournie par un dénommé Benjamin Strong.

Strong provenait du giron des Morgans et avait été nommé à la tête de la Federal Reserve. Les Morgans étaient les courtiers de la Bank of England concernant les émissions de bons du trésor britannique aux États-Unis. Ils avaient donc un intérêt certain à aider le R.-U. à arriver à ses fins. Strong a donc mené une politique monétaire hyper-expansionniste en créant de la monnaie à profusion. Cela a eu comme effet de limiter les sorties d’or de la Bank of England vers les États-Unis. Cette période de crédit facile, de boum économique et d’exhubérance spéculative a été surnommée the roaring twenties. La masse monétaire a cru de 7.7% par année entre 1921 et 1929. Durant cette période, les prix à la consommation ont été plutôt stables, alors que l’inflation s’est manifestée essentiellement sur les marchés boursier et immobiliers. La bourse a notamment été propulsée par l’expansion des prêts sur marge, qui consistent à s’endetter pour acheter des actions.

Par contre, plus le R.-U., les États-Unis les autres pays créaient de monnaie et d’inflation, plus le système se dirigeait vers l’écroulement. Après la mort de Benjamin Strong en 1928, la Federal Reserve a retiré le "bol à punch" de l’inflation (la masse monétaire a cessé decroître en juin 1929) et la bulle spéculative a dégonflé (le crash est survenu en octobre 1929), déclenchant un véritable tsunami économique, qui sera aggravé par les politiques interventionnistes de Hoover et Roosevelt.

En 1931, lorsque la France, qui menait une politique monétaire relativement saine, a exigé la conversion de ses réserves de livres-sterling en or, le Royaume-Uni n’a eu d’autre choix que de délaisser (encore une fois) l’étalon-0r. Le chaos monétaire qui s’en est suivi a causé énormément de dommages à l’économie mondiale, notamment en détruisant le commerce international.

En réponse à cela, les gens se sont mis à convertir leurs dollars en or, ce qui a considérablement drainé les réserves d’or des États-Unis. La Federal Reserve n’a eu d’autre choix que de monter son taux directeur pour stopper cet exode aurifère. Finalement, les États-Unis ont délaissé l’étalon-or en 1933-34, interdisant même aux gens d’en détenir. Suite à 1934, ils ont adopté un système permettant la conversion des dollars en 1/35 d’once d’or, mais seulement auprès des gouvernements et banques centrales étrangères. Cela a permis à la Federal Reserve de maintenir une politique monétaire expansionniste sans perdre trop d’or de ses réserves.

Maintenant, attaquons-nous la question qui tue: pourquoi alors les pays qui ont délaissé l’étalon-or plus tôt ont connu une reprise plus rapide?  La réponse est simple: les pays qui sont restés sur l’étalon-or ont été plus enclins au protectionnisme que les autres. Ceux qui ont délaissé l’or ont vu leur devise se déprécier sur le libre-marché des devises, ce qui a fait en sorte de rendre leurs exportations plus compétitives (équivalent à une baisse de prix). Les pays qui sont restés sur l’étalon-or ont alors utilisé des tarifs et autres mesures protectionnistes pour tenter de soutenir la production locale, ce qui a eu un effet néfaste sur leur économie.

Il est important de comprendre que de prétendre être dans un système étalon-or ne sert à rien si le système n’est pas respecté et que la banque centrale crée de la monnaie à partir de rien. Si c’est le cas, il faut accepter que la devise se déprécie, sinon on ne fait que mettre du plomb dans l’aile de l’économie en s’entêtant à fallacieusement prétendre qu’une unité de monnaie vaut toujours la même quantité d’or. Ainsi, la date "officielle" de délaissement de l’étalon-or a peu d’importance; si un pays créait de la monnaie à partir de rien, il n’était déjà plus sur l’étalon-or depuis longtemps!

Conclusion:

Ce qu’il y a à retenir de cette histoire est que le système étalon-or ne devient un problème que lorsque les gouvernements et les banques fraudent le système en émettant des billets sans or sous-jacent. Cette situation se produisait jadis en temps de guerre et les nations devaient suspendre la conversion des billets en or. De nos jours, dans notre système actuel de monnaie fiduciaire, les gouvernements n’ont plus à se soucier de la confiance du peuple en la monnaie et peuvent créer de la monnaie à volonté pour financer l’expansion de l’État et du crédit bancaire.

Je vous laisse sur un article qui argumente contre le retour au système étalon-or et présente le seul argument valable à cet égard:

A gold standard only works when everybody believes in the overall fiscal and monetary responsibility of the major world governments (…) the dollar [under the gold standard] is only as good as the government’s credibility to stick with the standard.

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