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Articles Tagués ‘Banque d’Amsterdam’

“Money, Bank Credit, and Economic Cycles”, Jesus Huerta De Soto, 812 pages.

Disponible gratuitement en pdf

Jesús Huerta de Soto Ballester est un économiste de l’école autrichienne et professeur d’économie politique à l’Université Rey Juan Carlos de Madrid en Espagne.

Dans les premiers chapitres, De Soto commence par relater l’histoire du système bancaire, partant d’aussi loin que de l’Empire Romain. Il se consacre plus précisément à l’évolution du dépôt bancaire. De Soto différentie les dépôts à terme des dépôts à vue. Dans le premier type de dépôt, la propriété du bien est transférée temporairement à la banque pour une durée déterminée, alors que ce n’est pas le cas pour le dépôt à vue, lequel est plutôt confié en garde auprès de la banque et disponible pour retrait en tout temps. En ce sens, le dépôt à terme est essentiellement un prêt octroyé à la banque par le déposant. Comme la propriété est transférée en vertu de ce prêt, la banque peut l’utiliser à sa guise, alors que pour le dépôt à vue, la banque s’engage à retourner la somme en tout temps, elle ne peut donc s’en départir en faisant un prêt sans déroger à son obligation contractuelle. Beaucoup de gouvernements ont permis aux banques d’effectuer légalement cette pratique frauduleuse, dans le but d’utiliser le stratagème pour financer les dépenses de l’État, surtout les dépenses de guerre, et pour en profiter par l’entremise de la fiscalité. De Soto décrit très bien ce lien de complicité entre les gouvernements et les banquiers.

Certains diront que la plupart des déposants autoriseraient contractuellement les banquiers à utiliser les dépôts à vue pour faire des prêts et investissements, mais ce genre de contrat est impossible puisque si c’était le cas, en acceptant ces termes, les déposants renonceraient au droit d’accès immédiat à leur argent, puisque celui-ci ne peut se retrouver à deux endroits en même temps. Ceci étant dit, les contrats de dépôt bancaire des banques ne spécifient pas les conditions et la véritable nature de l’entente. La lecture de ce contrat ne permet pas au déposant d’en comprendre les implications. En fait, c’est de façon secrète que les banquiers ont commencé à utiliser frauduleusement la monnaie de leurs déposants pour faire des prêts, et non de manière claire et explicite. Le paiement d’un taux d’intérêt minime et « symbolique » sur ces dépôts n’est que de la poudre aux yeux, de façon à dissimuler la vraie nature de l’activité et à la déguiser en prêt. Ce n’est que plus tard que cette pratique frauduleuse fut légalisée par les gouvernements, qui y ont vu un moyen efficace de financer leurs dépenses.

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Lorsqu’il est question des bulles financières, les étatistes / keynesiens blâment généralement le capitalisme et le libre-marché. Ils nous parlent alors de "capitalisme disfonctionnel" ou "d’échec du marché" ou des fameux "esprits animaliers" de l’humain et de son "exhubérance irrationnelle". Ils ne réalisent pas que les bulles financières sont une conséquence directe de l’interventionnisme étatique. La raison est fort simple: l’ingrédient essentiel d’une bulle est la création de monnaie ou le débasement de la monnaie.

J’ai expliqué ici comment la Federal Reserve a gonflé la bulle immobilière de 2007; en menant une politique monétaire expansionniste et inflationniste. Il est facile de démontrer qu’une bulle est impossible sans création de monnaie. Dans une économie sans création de monnaie ex nihilo, l’activité qui fait l’objet d’une bulle spéculative (par exemple l’immobilier résidentiel) détourne la monnaie des autres activités économiques. La baisse des revenus de ces autres activités fera diminuer l’activité économique globale, ce qui laissera moins d’argent pour entretenir la spéculation. Conséquemment, la bulle s’éteindra d’elle-même.

Mais dans un système avec une banque centrale qui "imprime" de la monnaie et un système bancaire à réserves fractionnaires, l’endettement permet "d’avoir à la fois le beurre et l’argent du beurre"! La création de monnaie est le carburant d’une bulle, et lorsqu’on finit par retirer le carburant, le feu s’éteint et la bulle dégonfle.

La bulle des tulipes

Toutes les bulles que j’ai étudiées respectent cette règle (i.e. l’ingrédient essentiel y était présent), mais l’une d’entre elles a introduit un doute dans mon esprit: la bulle des tulipes de 1637 (a.k.a. tulipomania). La raison est que la Hollande bénéficiait à l’époque d’une monnaie solide basée sur l’or, ce qui semble impliquer que l’ingrédient essentiel d’une bulle n’y était pas.

Tout a débuté en 1593 lorsque les premiers bulbes de tulipe ont été introduits en Hollande de Constantinople et sont devenus des items de luxe très en demande. Certaines tulipes ont été atteintes d’un virus non-mortel appelé "mosaïque" qui avait comme effet de générer de magnifiques couleurs en forme de flames sur les pétales. Ces tulipes se vendaient à prime.

La montée des prix a attiré les spéculateurs et les bulbes ont commencé à se transiger sur des marchés financiers. En 1634, la folie avait atteint la classe moyenne. Certains auraient même échangé leurs terres et leur bétail pour acquérir un seul bulbe. Les prix de certains bulbes ont monté jusqu’à 10 fois le salaire annuel d’un ouvrier. Lorsque les prix ont commencé à plafonner, les gens se sont mis à vendre pour prendre leurs profits et le marché s’est écroulé, entraînant une dépression économique.

La monnaie hollandaise

Suite à la découverte de l’Amérique par Colomb en 1492 et l’invastion du Mexique par Cortez en 1519, des tonnes de métaux précieux (or et argent) sont entrés en Europe. La production de métaux précieux du Japon était aussi en pleine expansion et la compagnie Hollandaise de l’Inde Orientale avait, depuis 1624, le monopole sur le commerce avec le Japon.

La Hollande était une destination de choix pour tout cet or et ce pour plusieurs raisons:

1) La Hollande était à l’époque le centre du commerce européen.

2) La Hollande permettait la libre production de pièces d’or. Ainsi, pour éviter les taxes royales des autres royaumes, l’or aboutissait en Hollande où il était fondu sur place en pièces d’or affranchies de taxes.

3) C’est en 1609 que la Banque d’Amsterdam fut fondée par la ville. Celle-ci recueillait les dépôts en or et émettait de la monnaie papier en contrepartie. Cette banque centrale conservait 100% de ses réserves en espèces; elle n’engendrait donc aucune création de monnaie. C’est justement pourquoi elle était perçue comme une institution saine, ce qui avait beaucoup d’attrait pour les détenteurs d’or du monde.

Conséquemment, l’afflux d’or en Hollande a eu comme effet de faire grandement augmenter la masse monétaire et de générer de l’inflation. Lorsque la folie des tulipes s’est manifestée, cet or a été investi dans les bulbes, ce qui a engendré une bulle démesurée.

L’exception confirme donc la règle!

Pour plus de détails, voir ceci.

La bulle du menhir

Il y a quelques temps, un visiteur de ce blogue me suggérait la lecture d’un excellent billet qu’il a écrit sur l’album Obélix et compagnie de Goscinny; une satire du keynesiannisme. J’ai suivi son conseil et me suis procuré cette bande-dessinée.

Question de mettre la zizannie dans le village, les romains se mettent à acheter non pas des tulipes, mais des menhirs. Saugrenus achète donc un premier menhir à Obelix pour 100 pièces d’or et lui promet de lui en acheter beaucoup d’autres. Cette somme se veut donc une injection de nouvelle monnaie dans l’économie du village gaulois.

Comme Obélix n’a plus le temps de chasser, il paie un autre gaulois pour lui procurer des sangliers. La nouvelle monnaie fait donc son chemin dans l’économie du village. D’autres villageois envient la richesse d’Obélix et se mettent à produire des menhirs. Au fur et à mesure que la production de menhirs augmente, l’inflation se fait sentir et les prix des biens augmentent dans le village. Comme les gaulois ne produisent plus rien, ils doivent tout importer.

César tente de se débarrasser des menhirs gaulois qu’il achète en les vendant à la population romaine via une opération marketing. La demande explose pour cet item "de luxe" et la bulle va bon train. La production de menhirs envahit alors l’empire Romain; de Rome et d’ailleurs, ce qui déclenche le réflexe protectionniste.

Les prix baissent ce qui fait en sorte que César ne peut plus payer autant pour les menhirs gaulois. Lorsque les romains cessent d’acheter des menhirs, la bulle dégonfle, laissant les finances publiques de Rome en piteux état et un immense stocks de menhirs invendus et inutiles.

Quel génie ce Goscinny!

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