The Case Against the Fed – par Murray N. Rothbard.
Ce livre est un ouvrage à caractère pamphlétaire sur la Federal Reserve, mais s’appliquant aussi à toutes les banques centrales. Il débute en expliquant ce qu’est la monnaie et ses origines. Il présente ensuite la création de monnaie par les banques (système fractionnaire) comme étant similaire à de la contrefaçon. L’auteur fait preuve de beaucoup de rigeur quant aux faits historiques entourant la création de la Federal Reserve. Il décrit de façon simple ses impacts négatifs sur les cycles économiques, l’inflation et les motifs politiques qui ont mené à sa création et la maintiennent en place. Conclusion: la Fed est un outil d’enrichissement pour le cartel bancaire américain et une taxe cachée permettant au gouvernement de dépenser outre ses moyens aux dépends des épargnants et des contribuables. Si le libre-marché est préférable à l’intervention étatique et à la planification centrale de l’économie dans un pays capitaliste comme les États-Unis, pourquoi la Fed devrait-elle exister? Cet ouvrage d’environ 160 pages est une lecture incontournable en cette période où les gouvernements n’hésitent pas à imprimer de l’argent pour stimuler l’économie et où le gouvernement américain planifient donner encore plus de pouvoir à sa banque centrale.
L’ouvrage est disponible gratuitement en format pdf sur le site de l’Institut Von Mises:
http://mises.org/books/fed.pdf
Why your world is about to get a whole lot smaller – par Jeff Rubin (2009 – 265 pages)
L’ancien économiste de CIBC World Markets a quitté son poste il y a quelques mois pour faire la promotion de ce livre et donner des conférences sur le sujet. La réponse à la question du titre (pourquoi notre monde deviendra plus petit) est fort simple: parce que le prix du pétrole va continuer d’augmenter dramatiquement au cours des prochaines années et parce que les émissions de carbone vont bientôt avoir un coût prohibitif.
Nous ne manquerons jamais de pétrole sur la terre, mais le coût marginal de production est en train d’augmenter de façon vertigineuse parce que les sources production conventionnelles sont en déclin. La demande, quant à elle, s’ajuste dans les pays industrialisés, qui réduisent leur consommation en réponse au prix, mais pas dans les autres pays comme la Chine, le Mexique, la Russie, l’Iran, l’Arabie Saoudite, le Vénézuela et plusieurs autres où le prix à la pompe est "subventionné", ce qui empêche le marché de jouer son rôle. Résultat: nous nous retrouverons à nouveau avec un baril dans les trois chiffres très bientôt.
L’économiste décrit ensuite les impacts que cela aura sur nos vies. M. Rubin croit que l’augmentation des coûts de transport aura pour conséquence de renverser la globalisation des échanges. Tout sera plus local; surtout l’agriculture. Il pense notamment que les pays qui auront une règlementation sur les émissions polluantes imposeront des tarifs douaniers sur les importations des pays qui n’en ont pas. Bien sûr, les avancées technologiques nous donneront un coup de main, mais seront insuffisantes pour préserver notre mode de vie actuel, qui est insoutenable dans un monde où le baril de pétrole vaut $200. Bref, ce ne sera pas la fin du monde, mais notre mode de vie va changer drastiquement.
Moins alarmiste et plus réaliste que la plupart des autres livres sur le sujet (par exemple The Long Emergency par James H. Kunstler), il s’agit d’un livre fort intéressant et très informatif. Si vous avez un livre à lire sur le sujet, je pense que ça devrait être celui-ci. Je pense que sa théorie va, dans une certaine mesure, devenir réalité un jour. Cependant, ce sera probablement plus tard que ce qu’il croit.
Climate of Extremes: Global Warming Science They Don’t Want You to Know.
Dans cet ouvrage de 227 pages publié par le Cato Institute, les auteurs Patrick J. Michaels et Robert C. Balling Jr. décrivent à quel point les publications scientifiques sur le réchauffement climatique sont biaisées et beaucoup trop alarmistes.
Les auteurs, tout comme plusieurs autres State Climatologists, se sont fait montrer la porte en raison de leur trop grand scepticisme face aux conséquences désastreuses du réchauffement climatique, telles que prédites par certains "experts". La vérité est que les politiciens se sont bâtis un agenda politique autour du réchauffement climatique et que tout ce qui nuit à cet agenda est écarté du chemin. Cependant, lorsque l’on se base sur de réelles observations scientifiques, et non sur de mauvaises interprétations de modèles biaisés, on peut voir que la réalité est différente et moins effrayante.
Ce livre se veut donc un résumé de recherches scientifiques provenant des quatre coins du globe, démontrant que le réchauffement climatique n’est pas aussi grave qu’on veut nous le faire croire. Ces études n’ont jamais trouvé leur chemin dans Nature ou Science, ni dans aucun média de masse, non pas par leur manque de rigueur ou leur mauvaise qualité, mais bien parce qu’elles feraient du tort à la "cause".
Tout d’abord, les auteurs nous expliquent que les prévisions quant au réchauffement climatique et ses impacts sont basées sur des modèles théoriques, lesquels sont souvent en contradiction avec les observations. Ces modèles ne sont en fait pas plus fiables que ceux utilisés pour prévoir la météo à long terme au Téléjournal. Ensuite, ils nous démontrent que les mesures de températures sont biaisées (stations versus ballons versus satellites), et que les multiples ajustements apportés aux données du IPCC sur-estiment le réchauffement climatique de 1975 à aujourd’hui de 25% à 30%. Leur estimation est 0.13 degrés Celsisus par décennie plutôt que 0.17 estimé par le IPCC.
Le livre traite ensuite des catastrophes générallement associées au réchauffement climatique, en commençant par les ouragants. Les auteurs démontrent qu’il n’y a pas de lien solidement établi entre le réchauffement et la fréquence/sévérité des ouragants. Quant à la fonte des glaciers, celle-ci ne semble pas avoir accéléré outre mesure, même qu’en Antarctique on dénote une augmentation de la banquise! Même chose pour le permafrost, qui ne semble pas prêt de relâcher des tonnes de méthanes dans l’atmosphère de si tôt. En ce qui a trait aux feux de forêts et aux sécheresses, aucune tendance notable n’est indiquée par les observations.
En somme, ce livre se veut une très intéressante revue de littérature scientifique sur un sujet chaud. Cependant, certains le trouveront un peu trop lourd de données scientifiques parfois difficiles à comprendre et interpréter. Il dément les principaux arguments véhiculés par les Al Gore de ce monde, visant à nous faire peur pour mieux nous manipuler. Le livre ne nie cependant pas l’existence du réchauffement climatique "anthropogénique" (causé par l’humain). Les auteurs semblent d’ailleurs supporter le développement de nouvelles technologies qui permettront de réduire l’impact de l’humain sur le climat. Je vous laisse sur le prologue du livre, lequel illustre bien l’essence de ce qu’il cherche à dénoncer:
"We have 25 years or so invested in the work. Why should I make the data available to you, when your aim is to try to find something wrong with it?" Phil Jones, Intergovernemental Panel on Climate Change, February 21, 2005.
"Where Keynes Went Wrong – and why world governements keep creating inflation, bubbles and busts", par Hunter Lewis, 2009, 339 pages.
Ce livre se veut une réfutation des théories de Keynes faite à la lumières des récents événements économiques. Malgré l’échec du keynesiannisme, notamment durant les années 1970s (ces politiques ayant mené à la Grande Inflation), les idées de Keynes sont revenues à la mode ces derniers temps, alors que plusieurs observateurs percevaient un risque que les États-Unis connaissent une période similaire à la Grande Dépression des années 1930s. Cela est dû à la fausse croyance selon laquelle les théories de Keynes ont mis fin à cette Grande Dépression (c’est plutôt la seconde guerre mondiale qui y a mis fin). De nos jours, les idées de Keynes sont enseignées dans les écoles comme si c’était de la science et elles sont utilisées par les politiciens pour justifier leurs dépenses monstreuses. Pourtant, au fil de ce livre, on se rend vite compte que Keynes n’était qu’un beau parleur sans substance.
Il y plusieurs choses à observer relativement à Keynes et à ses idées. Premièrement, il présente ses idées sans aucun support concret (données, études, exemples). Ses théories ne sont que des intuitions, voire des croyances. Il les présente de façon "opaque", sans préciser d’ordres de grandeur (par exemple, quel est supposé être le taux de chômage du plein emploi?). Deuxièmement, il a souvent changé d’idée durant sa vie (le livre présente plusieurs exemple de cela). Troisièmement, Keynes était un excellent orateur et débateur. Cela lui a permis de convaincre beaucoup de gens et d’obtenir beaucoup d’attention médiatique, de laquelle il raffolait au plus haut point. C’était par contre un piètre écrivain. Quatrièmement, Keynes se considérait comme faisant partie de "l’élite bourgeoise"; c’est sans doute pour cette raison qu’il rejettait le communisme (où tout le monde est égal). Par contre, Keynes a mentionné dans la préface de la version allemande de The General Theory (distribuée sous le régime Nazi) que ses idées seraient beaucoup plus faciles à appliquer sous un régime totalitaire (comme celui d’Hitler). Ça en dit long sur les fondements du keynesiannisme et les implications de cette idéologie pour la liberté des individus…
Les théories de Keynes plaisent aux politiciens, parce qu’elles leur permettent de dépenser à leur guise au nom de la stimulation économique et d’avoir l’air d’un héro lorsque la reprise économique finit par se pointer. Comme les politiciens adorent dépenser notre argent, il est normal qu’ils aient accordé autant d’importance à Keynes. Le keynesiannisme justifie l’existence de gros gouvernements financés par des taxes élévées et de l’inflation.
Ainsi, l’ouvrage de M. Lewis commence par nous présenter les théories de Keynes de façon structurée, dans ses propres mots (lorsque possible) et sans ajouter de commentaires. L’auteur fait cela pour être "juste" envers Keynes et pour ne pas influencer le lecteur. Il nous représente ensuite toutes les idées de Keynes en les réfutant habilement une par une.
Les thèmes discutés dans le livre sont les taux d’intérêts, l’épargne, la bourse, le rôle économique de l’État, les crises économiques (ce qui doit être fait pour en sortir), les libre-marchés et la mondialisation des échanges. À noter que le livre contient une section spéciale sur la crise financière que j’ai particulièrement appréciée. Il y a aussi une section intéressante sur les valeurs morales de Keynes. Le tout est suvi d’une conclusion sur les principaux éléments à retenir et sur le paradoxe central du keynesiannisme.
En somme, ce livre est un "must" pour ceux qui veulent vraiment savoir comment pensait Keynes sans avoir à lire l’entièreté de son oeuvre. Il permet de surtout de voir clair à travers ces théories fallacieuses qui sont tant utilisées par les gouvernements. Je le recommande fortement, même à ceux qui ont peu de connaissances en économie.
“The Silence and the Scorpion, the coup against Chavez and the making of modern Venezuela”, Brian A. Nelson, 293 pages.
Je commence par vous annoncer que la première partie de mon dossier complet sur Hugo Chavez, qui comporte 4 parties, sera publiée demain (vendredi le 18 décembre, 2009).
Comme je l’ai vite constaté en faisant mes recherches sur Chavez, il est très difficile d’obtenir de l’information fiable et impartiale sur le sujet. La propagande et la désinformation véhiculée par les deux camps est prépondérante. Ce livre de Brian Nelson est donc très intéressant à ce niveau puisque l’auteur, un américain qui a étudié au Vénézuela, était jusqu’à tout récemment un supporteur de Chavez. Il voulait d’ailleurs écrire ce livre pour dénoncer les événements survenus en 2002, mais s’est vite rendu compte que sa vison des choses était erronnée. Les interviews qu’il a réussi à obtenir sont stupéfiantes; impliquant les acteurs les plus importants des deux camps. Il s’est notamment entretenu avec les généraux Uson, Rosendo et Vasquez Velasco, ainsi qu’avec Guillermo Garcia Ponce (un chavista radical).
Ainsi, le livre débute par une introduction sur la montée au pouvoir de Chavez, pour ensuite se concentrer sur son sujet principal: les événements entourant le 11 avril 2002. Le premier chapitre décrit la marche anti-Chavez réunissant des centaines de milliers de personnes. L’auteur nous raconte cette histoire comme si c’était un roman d’aventure, en utilisant la perspective de plusieurs manifestants qu’il a interviewés. Ses entretiens avec certains des plus importants généraux de Chavez nous donne aussi la perspective de l’intérieur du gouvernement, ce qui est fascinant. Les autres chapitres, plus courts, traitent de la chute de Chavez, de la nomination de Pedro Carmona comme président, du retour de Chavez et des événements subséquents.
En somme, c’est un excellent ouvrage que je recommande à tous ceux qui veulent en apprendre sur Hugo Chavez tout en étant divertis par une histoire sensationnelle. L’auteur est très bien renseigné, ayant d’excellent contacts, et présente une vision plutôt neutre et fiable des événements. Pour lui, il ne fait aucun doute que le comportement de Chavez à travers ces événements s’est avéré être une grave atteinte aux droits humains et démontrent bien le climat politique nauséabond qui règne présentement au Vénézuela.
Super Freakonomics, par Steven D. Levitt et Stephen J. Dubner, 2009, 216 pages.
Le duo Levitt / Dubner récidive avec cette suite du best-seller Freakonomics paru il y a quelques années. Cette suite n’est pas décevante et même meilleure que le premier!
Tout d’abord, les auteurs mettent les choses au clair dès le début: ils ne parlent pas de la crise financière. Pour ma part, ça faisait bien mon affaire. Il y a déjà beaucoup trop de livre qui traitent de ce sujet. Voici un résumé des chapitres:
- L’introduction nous explique comment l’automobile a réglé un problème majeur de pollution urbaine au début du siècle dernier: les excréments de cheval!
- Le chapitre 1 traite de la prostitution. Comment la situation des prostituées s’est-elle détériorée suite au renforcement des lois anti-prostitution. Est-ce que les "pimps" offrent un meilleur service que les agents immobiliers?
- Le chapitre 2 des terroristes kamikazes. Pourquoi devraient-ils s’acheter une assurance-vie? La portion sur la sur-utilisation de la chimiothérapie est fort intéressante. Comment détecter un terroriste à partir de ses transactions bancaires?
- Le chapitre 3 parle d’altruisme. Je l’ai trouvé moins intéressant que les autres.
- Le chapitre 4 montre comment certains problèmes complexes peuvent être réglés par des solutions simples et peu coûteuses. Le taux de mortalité infantile a grandement diminué suite à une recommendation aux médecins pour qu’ils se lavent les mains avant un accouchement. Comment le pétrole a-t-il permi d’éviter l’extinction des baleines? Comment la ceinture de sécurité contribue-t-elle à la sécurité automobile à peu de frais, alors que ce n’est pas le cas pour le siège de bébé et les coussins gonflables.
- Le chapitre 5, certainement le plus intéressant, parle du réchauffement climatique (plus de détails ci-bas).
- Ne négligez pas le savoureux épilogue, dans lequel les auteurs décrivent une expérience sur la monnaie conduite auprès de singes.
Qu’est-ce que Al Gore et le Mont Pinatubo ont en commun? Les deux ont le pouvoir d’affecter les changements climatiques, mais avec une efficacité et des coûts fort différents! Les moyens proposés par les écolos sont toujours coûteux et font peu de différence. Par exemple, il est beaucoup plus efficient de réduire ses émissions de GES en mangeant moins de viande qu’en s’achetant une Prius. Le méthane émis par le bétail a 25 fois plus d’effet de serre que le CO2 émanant des voitures.
L’éruption du mont Pinatubo en 1991 a projeté des tonnes de dioxide de souffre dans la stratosphère, ce qui a créé un écran solaire qui fait reculer la température de 0.5 degré Celcius, annulant temporairement le réchauffement des 100 dernières années. Pourrait-on utiliser cette trouvaille pour développer une technologie permettant de contrer les changements climatiques? C’est ce que l’entreprise Intellectual Ventures a fait! Cette firme a été fondée par l’ancien chef de la technologie de Microsoft et bras-droit de Bill Gates (qui l’a décrit comme l’homme le plus intelligent qu’il connaisse), Nathan Myhrvold.
Selon Myhrvold, les craintes face aux changements climatiques sont exagérées et l’emphase sur le CO2 est injustifiée. Au cours des 100 dernières années, le CO2 dans l’atmosphère est passé de 280 ppm à 380 ppm, mais il y a 80 millions d’années, ce niveau était de 1,000 ppm, le même niveau observé dans la plupart des édifices à bureau. Le CO2 n’est pas un poison, il est essentiel à la vie. L’augmentation du CO2 est en fait une excellente chose pour la biosphère et pour l’agriculture. Cependant, Myhrvold reconnaît que l’augmentation très rapide du CO2 dans l’atmosphère peut avoir eu des impacts sur le climat. Il a donc décidé de s’attaquer au problème d’une façon beaucoup plus simple et beaucoup moins coûteuse que celles proposées par les écolos. Il mentionne notamment l’exemple des panneaux solaires, lesquels coûtent très cher, requièrent beaucoup d’émissions de CO2 durant leur fabrication et installation, et n’auront qu’un impact très faible sur le climat et ce qu’à très long terme.
La solution proposée par IV est d’injecter 100,000 tonnes par année de dioxide de souffre dans la stratosphère. Il y a présentement 200 millions de tonnes de dioxide de souffre qui sont émises dans l’atmosphère chaque année, mais le problème est que ces émissions ne se rendent pas à la stratosphère et n’ont pas pas l’effet "désirable" de refroidir la terre. En en envoyant une petite quantité dans l’atmosphère, nous pourrions reproduire l’effet qu’a une grosse éruption volcanique sur le climat. Croyez-le ou non, cette solution coûterait moins cher que la campagne de publicité de Al Gore visant à sensibiliser les gens aux changements climatique! De plus, la viabilité de cette solution a été testée avec succès…par le mont Pinatubo et plusieurs autres éruptions volcaniques.
IV possède aussi une autre solution tout aussi abordable. Il a conçu une machine à fabriquer des nuages qui pourrait être déployée en pleine mer. Les nuages sont une excellente façon de refroidir la terre. Il ne suffit que de propulser une bruine d’eau salée suffisamment haut dans les airs pour que les nuages se forment au-dessus des océans, sans affecter les conditions météo sur les continents.
Ce que ce chapitre démontre est que si le réchauffement global était véritablement un problème, il existe des solutions simples et peu coûteuses pour le contrer sans avoir à appauvrir des centaines de millions de gens, sans avoir à taxer les contribuables pour dépenser des sommes faramineuses dans des projets inefficients et sans avoir à sacrifier davantage nos libertés individuelles pour laisser l’État nous dicter la marche à suivre selon ses intérêts.
S’il y a une leçon à retenir de ce livre c’est que malgré toutes les politiques, lois, règlements et recommandations imaginables, les gens réagissent aux incitatifs (financiers et autres). C’est pourquoi ces politiques produisent souvent des effets non-anticipés et peuvent même avoir l’effet inverse de celui qui est désiré.
Je recommande fortement ce livre, tant aux économistes chevronnés qu’au commun des mortels. C’est une lecture très instructive tout en étant fort divertissante.
« Confessions of an economic hit man. », par John Perkins, 2004, 277 pages (New York Times bestseller).
Ce livre se veut une sorte d’auto-biographie dans laquelle l’auteur, qui se décrit comme un « economic hit man » ou EHM, nous raconte comment il a participé à l’établissement de ce qu’il nomme la « corporatocratie » et à l’expansion de l’impérialisme américain. M. Perkins a oeuvré au sein de la firme d’ingénierie Chas. T. Main dans les années 1970s.
Un EHM est un économiste professionnel dont le modus operandi se résume comme suit:
- Il cible un pays émergent en manque d’infrastructure et/ou qui possède des ressources naturelles inexploitées, où le potentiel de croissance est élevé, où l’État est autocratique et où les politiciens sont corrompus et/ou corruptibles.
- Il émet des prévisions de croissance économique surévaluées de façon à convaincre les dirigeants de ce pays des bienfaits potentiels de projets d’infrastructures proposés par sa firme.
- Ces prévisions économiques sont utilisées pour justifier des emprunts importants auprès de la World Bank, de USAID ou autres institutions, pour financer lesdites infrastructures.
- Ces projets permettent à une poignées de corporations d’empocher d’importants contrats et permet aussi à l’élite dirigeante du pays en question d’obtenir d’importants avantages pécuniers (pot-de-vins) et politiques (soutien de la communauté internationale).
- La non-réalisation des prévisions économiques surévaluées fait souvent en sorte que les prêts ne peuvent être remboursés, ce qui permet aux créanciers d’exercer un contrôle important sur la politique du pays en question, à l’avantage de la corporatocratie.
- Lorsque les dirigeants politiques refusent de collaborer, les conséquences sont souvent très sévères. La première étape est l’envoi de « chacals », dont le résultat est souvent un assassinat et/ou un coup d’État. Perkins donne en exemple Mossadegh (père) en Iran, Roldós en Équateur, Torrijos au Panama et même Chavez au Vénézuela (2002). Lorsque les chacals ne réussisent pas, c’est l’invasion sous de faux prétextes qui est utilisée (Panama, Bosnie, Afghanistan, Iraq, etc).
Selon Perkins, les trois pilliers de la corporatocratie sont 1) les grosses entreprises, 2) les banques internationales et 3) les gouvernements corrompus. J’ajouterais que la corporatocratie aurait beaucoup de difficulté à opérer sans 4) l’existence d’une monnaie fiduciaire (créée à partie de rien pour financer les prêts) ainsi que 5) la présence du complexe militaro-industriel américain. Ces cinqs éléments sont la clé de l’impérialisme américain.
Bien que sa description from the inside de l’impérialisme américain soit fort intéressante et juste, les solutions proposées par Perkins sont plutôt boiteuses. Dans la conclusion de son livre, il nous propose notamment de consommer moins, surtout du pétrole. Le reste est du pelletage de nuage. Son épilogue est cependant plus mordant; étant presque un appel à la révolution.
En fait, Perkins fait erreur, comme beaucoup de gens d’ailleurs, lorsqu’il confond corporatocratie et capitalisme. Comme le mentionne Christopher Westley dans un article paru sur Mises, l’ouverture d’une usine de Nike dans un pays du tier-monde n’est pas la même chose que l’attribution d’un lucratif contrat à Halliburton en Irak. L’usine de Nike permet à des travailleurs libres d’avoir un emploi et de mettre de la nourriture sur leur table sans avoir à se prostituer ou à fouiller dans un dépotoir. Jusqu’à preuve du contraire, Nike leur fournit la meilleure opportunité à leur disposition. Halliburton quant à elle, dont Dick Cheney (ancien secrétaire à la défense et vice-président américain) est un actionnaire majeur ainsi que ancien PDG, obtient des contrats en Irak suite à ce que l’armée américaine ait envahi ce pays et remplacé sont gouvernement par des pantins dont les ficelles s’étendent jusqu’à Washington. Rien à voir avec le libre-marché, bien au contraire!!
Ceci étant dit, le livre est une façon divertissante de comprendre les rouages de la corporatocratie qui régit le pays le plus puissant du monde. Cet ouvrage a élargi et approfondi ma vision de ce sujet. Ceux qui connaissent les livres politiques de Noam Chomsky y trouveront ici un ouvrage plus léger et plus romancé, mais moins exhaustif.
"The Road to Serfodm", Friedrich von Hayek, 1944, 283 pages.
Le socialisme est un système de type collectiviste qui se traduit essentiellement par la propriété publique des instruments de production. Autrement dit, seul le gouvernement peut être propriétaire du capital productif de l’économie.
L’autre terme souvent utilisé pour désigner le socialisme est la planification centrale. C’est que dans ce système, il n’y a plus d’entrepreneurs, juste des fonctionnaires. Il n’y a plus de concurrence ni de profits. L’État a le monopole sur tout et décide de quoi et combien produire.
Comme il n’y a plus de profit, plus rien ne motive les travailleurs. Ceux-ci ne peuvent pas améliorer leur sort en travaillant plus dur ou en améliorant leurs compétences. C’est pourquoi les systèmes socialistes voient leur productivité baisser drastiquement. Il en résulte une baisse de la production et des pénuries. Par exemple, avant d’adopter le communisme, la Russie était un gros exportateur de céréales, alors qu’à une certaine époque sous le communisme, elle n’en produisait plus assez pour nourrir sa propre population, devenant éventuellement le plus gros importateur de céréales au monde.
De plus, sans profit, l’innovation n’est pas encouragée. Pour qu’un individu donne le meilleur de lui-même, il faut que ça en vaille la peine. Si personne ne peut profiter de son travail acharné ou des découvertes engendrées par son génie créatif, personne n’aura la motivation nécessaire à faire avancer la société vers un meilleur niveau de vie. L’absence de profit complique aussi les décisions d’investissement. Comment comparer deux investissements différents sans profit? Les pays socialistes accusent donc généralement un retard technologique important.
Karl Marx, auteur du « Manifeste du Parti Communiste », proclamait que dans le système qu’il préconisait, tous contribueraient à la mesure de leurs habiletés et chacun en bénéficerait selon ses besoins (« from each according to his abilities, to each according to his needs »). Cependant, nous avons tous des besoins différents. De nos jours, mêmes des individus considérés comme pauvre ont un lecteur DVD. Pourtant, cet objet n’existait pas il y a quelques décennies. Le planificateur aurait-il jugé ce bien superflu pour la population? Possiblement. C’est donc le planificateur qui a le pouvoir de décider de ce que nous avons besoin et de ce que nous sommes supposés vouloir.
Dans un système libre, les travailleurs génèrent un effort suffisant pour combler leurs besoins. Quel est leur incitatif à travailler à la mesure de leur pleine capacité si leurs besoins sont « assurés » d’être comblés par l’État? Cela crée un conflit entre ceux qui produisent plus qu’ils ne consomment et ceux qui consomment plus qu’ils ne produisent.
Par ailleurs, dans le système socialiste, tous les travailleurs deviennent des employés de l’État et deviennent donc les outils des planificateurs. La grande puissance de cet employeur lui confère une autorité absolue sur les travailleurs, qui ne deviennent alors que de vulgaires esclaves au service du système.
Comme il n’y a plus de concurrence, les consommateurs n’ont plus vraiment de choix. Seuls les produits de l’État sont offerts et ce dernier n’a aucune incitation à se démener pour offrir des produits innovateurs et meilleurs pour distancer un concurrent puisqu’il a le monopole. Comme il n’y a plus de choix, la qualité des produits et du service importe peu.
La planification d’une économie est une tâche excessivement difficile, voire impossible. Comment savoir combien il faudra produire de voitures ce mois-ci? Comment savoir quels types de voitures seront requis? Comment savoir les préférences des consommateurs puisque ceux-ci n’ont plus de choix? Prenons par exemple la production d’un pain. Le producteur doit prévoir la demande pour en produire assez, mais pas trop. Il doit ensuite acheter du grain ainsi que les autres ingrédients. Le producteur de grains doit aussi planifier sa récolte en fonction de la demande de pain, mais aussi d’autres utilisations du grain. Il aura besoin de semences, de fertilisants et d’essence pour ses tracteurs. Les producteurs de ces trois intrants devront à leur tour planifier la demande. Ce raisonnement continue à l’infini. La coordination effectuée par les marchés entre les différents acteurs économiques est une tâche magistrale qu’aucun planificateur ne peut effectuer, même s’il est armé d’un ordinateur hyperpuissant.
Comme l’État est partout dans un système socialiste, cela crée un environnement très fertile à la corruption. Dans ce système, le seul moyen d’améliorer sa situation est d’utiliser le pouvoir coercitif de l’État. Dans son livre « La route de la servitude », l’économiste Friedrich Hayek démontre comment il est inévitable que le socialisme se transforme graduellement en dictature totalitaire.
Le socialisme vise à diriger les ressources de la société vers un idéal unique Et comme les ressources sont toujours limitées, le planificateur socialiste doit faire des choix, il doit prioriser. Il est évident que l’ordre de priorité serait différent pour chaque personne car nous avons tous des besoins, valeurs, préférences et idéaux différents. Les choix des planificateurs doivent donc être imposés de force à la société. Il n’y a pas de place pour les désirs individuels dans le socialisme.
La planification centrale mène inévitablement à la dictature totalitaire parce que celle-ci est le meilleur moyen de contraindre les individus à obéir aux vus des planificateurs de façon à réaliser l’idéal socialiste. La planification centrale mène donc naturellement vers une réduction substantielle de la démocratie. Le socialisme ne peut être mis en pratique que par des méthodes que les socialistes eux-mêmes désapprouvent.
Dans une société libre et démocratique, les pouvoirs de l’État sont limités par la loi et la constitution, lesquelles protègent les droits et libertés ces citoyens. Dans un système socialiste, la disparition graduelle de la démocratie mène à l’affaiblissement du système légal. Le pouvoir étatique devient donc arbitraire plutôt que démocratique. Les planificateurs peuvent donc utiliser la loi pour contraindre les citoyens à leur obéir, plutôt que pour préserver leurs droits et libertés.
Même si les planificateurs ne se concentrent initialement que sur les aspects économiques de la société, il en résulte inévitablement un contrôle prépondérant dans toutes les sphères d’activité de nos vies, puisque tel que démontré dans l’introduction de ce livre, nous faisons tous des dizaines de décisions économiques par jour; l’économique est partout dans nos vies. L’absence de liberté économique est donc inextricablement liée à la disparition de la liberté politique.
Dans une société libre où les moyens de production sont répartis parmi des millions d’individus agissant indépendamment, personne ne peut avoir suffisamment de pouvoir pour diriger nos vies, mais dans un système socialiste où tous les moyens de production sont détenus par une seule entité, l’État, le petit groupe à la tête de cette entité a une emprise absolue sur nos vies. Dans ce système, ce sont les fonctionnaires qui décident, à leur discrétion de qui, quoi, quand et comment (« who?, whom? » comme le disait Lénine).
Le régime socialiste implique aussi que les médias soient la propriété de l’État. L’information perd alors son indépendance puisqu’elle ne provient plus que d’une seule source. La vérité n’a plus d’importance puisque tout ce qui est dévoilé au public a, au préalable, été approuvé par les dirigeants ou a même été inventé de toutes pièces par ceux-ci. Les dirigeants obtiennent alors la possibilité d’utiliser les médias pour arriver à leurs fins. Ils peuvent être utilisés pour déformer la réalité, voire créer des mythes, de façon à justifier des actions normalement indéfendables. De plus, toute critique du régime doit être supprimée de façon à ne pas affaiblir le soutien du peuple.
Dans un système socialiste, les planificateurs ne contrôlent pas seulement la nature et la quantité de ce qui est produit, mais aussi la façon dont la production est distribuée à l’intérieur du pays. Ils peuvent donc diriger la production de façon à discriminer les région ou groupes qui ne supportent pas le régime.
Les dirigeants des régimes socialistes sont toujours des êtres impitoyables dépourvus d’humanisme et des tyrans mégalomanes sans scrupule. Comme l’application du socialisme repose sur la contrainte, la bonne tenue du système nécessite beaucoup de surveillance, voire d’espionnage, ainsi que des actes de répression et de coercition (par exemple la Gestapo). Les hommes qui ont les aptitudes nécessaires à ces tâches sont souvent autocratiques et raffolent du pouvoir. Or ces positions sont souvent celles qui permettent d’accéder aux plus hauts échelons. Lénine, Hitler, Mussolini, Mao, Pol Pot, Mengistu, Kim Jong Il, Allende, Castro et éventuellement Hugo Chavez entrent tous dans cette catégorie. De plus, comme le disait Lord Acton en 1919 : « Le pouvoir a tendance à corrompre, et le pouvoir absolu corrompt absolument ».
La société qui découle d’une organisation socialiste devient vite invivable pour le commun des mortels, qui en viennent éventuellement à fuir le pays. Le parti au pouvoir en vient rapidement à la conclusion que pour éviter l’effondrement du système par l’attrition, les déplacements des citoyens doivent être restreints. L’illustration la plus éloquente en est certainement l’ignoble mur ayant séparé l’Allemagne de l’Est du reste du monde pendant si longtemps. Encore aujourd’hui, les Cubains et les Coréens du Nord, entre autres, vivent encore sous cette contrainte et risque leur vie pour arriver à fuir leur pays.
Comme nous l’avons vu avec les exemples du Chili des années 1970s et du Vénézuela des années 2000s, ainsi que dans plusieurs autres cas (Cuba, Allemagne de l’Est, Corée du Nord, etc), l’implantation d’un régime socialiste comprend des expropriations d’actifs, la centralisation du pouvoir, le contrôle des médias et l’ascension de dictateurs monstrueux.
Les symptômes du socialisme sont inévitablement la diminution de la qualité des produits, l’inadéquation de l’offre de produits en fonction des besoins et désirs des consommateurs, de sévères pénuries, des systèmes de rationnement, des retards technologiques importants, une faible productivité des travailleurs, de la répression, la perversion du système de justice, l’apparition de restrictions quant aux déplacements, la disparition de l’information véridique et de la liberté de presse, l’affaiblissement (voire l’extinction) de la démocratie et des droits humains et surtout l’anéantissement de la liberté.
La "route de la servitude" est un ouvrage fondamental dans l’histoire du libéralisme. Il a été publié à un moment critique de l’histoire humaine, durant laquelle les dangers et failles du collectivisme n’étaient pas aussi évidents qu’aujourd’hui. Certaines parties du texte se font un peu vieilles, mais le message que Hayek voulait transmettre est encore valable aujourd’hui et ne doit jamais être oublié.
"The Case For Legalizing Capitalism", par Kel Kelly, 2010, 492 pages.
Cet ouvrage vise à expliquer ce qu’est vraiment le capitalisme et comment celui-ci est la meilleure forme d’organisation économique possible. La plupart des mythes et sophismes économiques les plus répandus y sont abordés.
J’ai bien aimé ce livre, mais avec quelques petits bémols. Le livre est un peu trop long ce qui le rend un peu inaccessible à ceux qui auraient bien besoin de le lire (le commun des mortels). L’auteur aurait gagné à réduire le nombre de sujets couverts (j’aurais notamment laissé tombé la section sur l’Empire Romain). Cependant, le niveau de language utilisé est assez simple, pas trop technique, sauf pour ce qui est du chapitre sur le keynésianisme, que j’ai trouvé pénible à lire et mal structuré. L’autre conséquence du nombre très étendu de sujets abordés par ce livre est que certains sujets très importants ne sont qu’effleurés (par exemple, la théorie autrichienne des cycles économiques et le rôle de la création de monnaie dans les cycles économiques). D’autre part, l’auteur passe souvent du coq à l’âne à l’intérieur d’un même chapitre, ce qui peut devenir étourdissant. Certains sujets sont traités à plusieurs endroits dans le livre, ce qui porte parfois à confusion. Mon dernier reproche est à propos de la tendance "droitiste" de l’auteur sur certains sujets. Il est déjà assez difficile pour les libertariens de se dissocier de la droite, je pense qu’un ouvrage libertarien devrait éviter d’utiliser les arguments de la droite.
Les chapitres que j’ai préférés sont ceux sur le marché du travail (1), le commerce (2), la règlementation (4) et l’environnement (9). Le dernier chapitre (11) est plutôt original: l’auteur y commente et analyse des titres d’articles en provenance des médias "mainstream".
L’auteur a été négociateur sur Wall-Street et a aussi travaillé pour une firme de consultants en management du Fortune 500. Il détient une maîtrise en économie et un MBA. Il collabore souvent aux articles du Mises Institute.
Le livre est disponible gratuitement en pdf sur le site du Mises Institute alors que la version physique est en vente pour $20:
http://mises.org/resources/5642/The-Case-for-Legalizing-Capitalism
« The Wisdom of Crowds », James Surowiecki, 2004, 336 pages.
La théorie centrale de ce livre stipule que l’agrégation des informations de tous les membres d’un groupe mène à des décisions qui sont meilleures que la plupart des décisions des individus formant le groupe.
Par exemple, le livre débute par une anecdote d’un dénommé Francis Galton qui, en 1906 lors d’une foire d’agriculteurs durant laquelle les gens étaient amenés à tenter de deviner le poids d’un boeuf, a observé que la moyenne des réponses des 800 personnes ayant participé au concours fut très près du véritable poids du boeuf (1,197 livres versus 1,198 livres).
Quelques autres exemples :
En mai 1968, le sous-marin américain Scorpion est disparu dans l’Atlantique. Des recherches furent entamées dans un rayon de 20 miles. Un dénommé John Craven eut l’idée de demander à un groupe d’individus ayant différentes connaissances de deviner l’emplacement du sous-marin. La réponse la plus près de la réalité mériterait une récompense. Craven assembla ensuite les réponses pour former une moyenne. On découvrit ensuite que le sous-marin se trouvait à moins de 220 verges de l’emplacement estimé par le groupe. Aucun individu du groupe n’a fait mieux.
Le professeur de finance Jack Treynor a un jour demandé à sa classe de 56 étudiants d’estimer le nombre de bonbons se trouvant dans une jarre. La moyenne du groupe fut 871 alors que la jarre en contenait 850. Seulement un étudiant sur les 56 avait soumis une réponse meilleure que la moyenne du groupe.
En 1986, la navette Challenger a explosé en plein ciel. Les quatre entreprises impliquées dans le projet étaient Rockwell, Lockheed, Martin Marietta et Morton Thiokol. Environ 21 minutes après l’explosion, leurs actions étaient respectivement en baisse de 5%, 3%, 6%, alors que les transactions sur les actions de Thiokol durent être interrompues en raison d’un trop grand nombre de vendeurs. Thiokol termina la journée en baisse de 12% alors que les trois autres ne subirent une baisse que de 3%. À ce moment, aucune information n’aurait pu permettre de déterminer la cause de l’accident, mais 6 mois après l’explosion, une enquête détermina que les pièces fabriquées par Thiokol avaient causé l’accident et l’entreprise fut tenue responsable. Ainsi, à peine quelques minutes après l’incident, les millions d’intervenants du marché boursier avaient déjà réussi à établir la cause de l’accident.
L’auteur reconnaît trois types d’implications ce la « sagesse des foules ». Au niveau de la cognition, il mentionne que les résultats de marchés sont supérieurs au jugement d’experts. Au niveau de la coordination, il observe comment des individus coordonnent naturellement leurs actions sans planification, par exemple des gens marchant sur un trottoir bondé sans entrer en collision. Finalement, au niveau de la coopération, il décrit des réseaux complexes qui ne sont pas contrôlés par une entité centrale.
Surowiecki croit qu’il y a quatre conditions nécessaires à ce que la sagesse des foules puisse opérer :
- Diversité des opinions : un groupe dans lequel tout le monde pense de la même façon ne sera pas efficace.
- Indépendance : chacun doit avoir sa propre opinion sans être influencé par celle des autres.
- Décentralisation : les connaissances doivent être dispersées à l’intérieur du groupe et l’opinion de chacun doit compter.
- Agrégation : il doit exister un mécanisme par lequel les opinions sont agrégées (par exemple un marché).
L’auteur présente quelques exemples dans lesquels la sagesse des foules n’a pas pu fonctionner en raison de la non-présence d’une de ces quatre conditions.
J’ai adoré ce livre, qui est d’ailleurs un best-seller mondial. Il aide à comprendre comment les marchés agissent comme un mécanisme d’agrégation des connaissances variées de millions d’individus menant à un résultat non pas optimal, mais aussi près de l’optimum que l’on puisse l’espérer. Je le recommande fortement.
« Capitalism and Freedom », Milton Friedman, 1962 (édition 2002), 202 pages.
Comme le titre le laisse présager, ce livre se veut une défense du capitalisme sous l’angle de la liberté individuelle.
Le premier chapitre démontre à quel point la liberté économique et la liberté politique sont connectés. Friedman reprend ici certains des arguments de Hayek dans « La Route de la Servitude ». Il y mentionne notamment que le marché est un mécanisme qui permet la coopération volontaire sans obligation de conformité.
« Chaque personne peut voter pour la couleur de cravate qu’il veut et l’obtenir; il ne dépend pas de la couleur de cravate que la majorité désire et n’a pas à s’y soumettre. »
Dans le second chapitre, il parle du rôle du gouvernement dans une société libre et indique que son rôle doit davantage être celui d’un arbitre plutôt que d’un autocratique paternaliste. Selon lui, l’intervention gouvernementale crée des tensions dans la société (puisque la minorité doit se conformer aux décisions des politiciens). Le marché permet de minimiser ces tensions sur le tissu social en rendant la conformité non-nécessaire.
Le troisième chapitre traite du système monétaire et présente la solution de Friedman aux avaries de la manipulation monétaire effectuée par les banques centrales. Il rejette l’étalon-or du revers de la main en invoquant la seule raison valable de le faire, soit que l’intégrité de ce système nécessite que les gouvernements soient disciplinés et évitent d’émettre plus de billets qu’il n’y a d’or sous-jacent, ce qui est effectivement une attente irréaliste. Friedman propose en revanche que la masse monétaire soit augmentée à un rythme annuel situé entre 3% et 5%.
Au quatrième chapitre, Friedman s’attarde au commerce international. Il y fait notamment la promotion du libre-échange ainsi que du système de taux de change flottants.
Le cinquième chapitre traite de l’inutilité de la politique fiscale; il se veut une sorte d’attaque au keynésianisme et aux plans de relance.
Le rôle du gouvernement dans l’éducation est abordé au chapitre six. Friedman souhaiterait que les écoles soient privatisées et que les gens obtiennent des « bons d’éducation » d’une valeur monétaire fixe leur permettant d’inscrire leur enfant dans une école. Il justifie cette forme d’aide sociale sur la base de ses effets diffus car selon lui l’éducation générale bénéficie à l’ensemble de la société. Il propose aussi que les études universitaires et vocationnelles soient financées par des emprunts remboursés à même les salaires futurs de l’étudiant.
Au septième chapitre, Friedman aborde audacieusement la discrimination. Selon lui, les gens qui font preuve de discrimination, par exemple en achetant pas un bien parce qu’il a été produit par une personne de couleur, s’impose un coût à eux-mêmes puisqu’ils devront soit payer plus cher pour leurs biens ou faire face à un choix de biens plus limité.
« je crois fermement que la couleur de peau d’un homme ou la religion de ses parents ne justifie aucunement de le traiter différemment et qu’un homme doit être jugé pour ce qu’il est et ce qu’il fait et non par ses caractéristiques extérieures (…). Mais dans une société basée sur la discussion libre, mon recours le plus approprié est de tenter de persuader ceux qui font preuve de discrimination que leur comportement est mauvais, et non d’user de la force coercitive de l’État pour leur imposer mes vues. »
Le huitième chapitre fait la démonstration que la plupart des véritables monopoles découlent de la coercition étatique. Il poursuit sur ce même thème au chapitre 9 en décrivant les effets pervers des accréditations, son exemple central étant celui de l’American Médical Association.
Le dixième chapitre traite de la distribution des revenus et de l’inutilité, voire de l’impact négatif sur la société, ces mécanismes de redistribution. Certains individus méritent des revenus plus élevés que d’autres simplement parce qu’ils travaillent davantage, chose que l’impôt pénalise. Dans d’autres cas, les revenus plus élevés sont expliqués par le niveau de risque ou d’incertitude plus élevé (par exemple les prospecteurs de pétrole, les acteurs hollywoodiens ou les ingénieurs oeuvrant en Irak ou au Nigéria). Pour éviter ces distorsions néfastes, Friedman propose un taux d’imposition fixe.
Dans le même ordre d’idées, le chapitre 11 aborde le sujet du bien-être social et démontre que la plupart de ces mesures ont des effets pervers qui font en sorte non seulement les objectifs de ces politiques ne sont pas atteints, mais aussi que le résultat contraire est souvent obtenu (exemples : salaire minimum, contrôle des loyers, subventions agricoles, etc). Au chapitre 12, Friedman propose comme mesure de soulagement de la pauvreté l’implantation d’un taux d’imposition négatif. Lorsque les revenus d’un individus sont au-dessous d’un certain seuil, celui-ci pourrait obtenir un paiement en argent équivalent à un certain pourcentage de ce seuil. Ce mécanisme aurait comme avantage de cibler directement la pauvreté, de ne pas discriminer les individus dans le besoin (sexe, race, âge, occupation, niveau d’éducation, statut matrimonial, etc), d’être sous la forme la plus utile et la plus flexible (i.e. argent comptant), d’être facile à administrer avec un minimum de bureaucratie et, surtout, de minimiser les effets pervers sur le marché.
Le message central du livre est que le problème majeur avec l’interventionnisme gouvernemental est qu’il cherche à utiliser la force coercitive pour forcer les gens à agir contre leur intérêt au bénéfice d’un supposé intérêt collectif, soit en imposant au gens ce que les politiciens croient être bon pour eux, soit en prenant aux uns pour donner à d’autres. C’est pour ces raisons que les politiques ont souvent l’effet contraire à celui escompté.
Ce livre commence peut-être à se faire vieux à certains égards, mais la plupart des thèmes abordés sont encore très pertinents aujourd’hui. Il permet notamment d’obtenir de façon très concise une excellente synthèse des idées de Milton Friedman, un géant du libéralisme.
« Atlas Shrugged », Ayn Rand, 1957, 1,168 pages.
Ayn Rand est née en 1905 en Russie et est décédée en 1982. Elle a émigré aux États-Unis en 1926 et y a débuté une carrière de scénariste pour Hollywood. Elle est ensuite devenue romancière; ses deux romans les plus influents étant The Fountainhead en 1943 et Atlas Shrugged en 1957.
Les opinions politiques et philosophiques de Rand transparaissent à travers ses romans. Rand est d’ailleurs la mère d’un courant philosophique appelé objectivisme. L’objectivisme implique que la raison d’être de l’humain est la poursuite de son propre bonheur et de son intérêt personnel. La conséquence de cette vision des choses est que le capitalisme basé sur le laissez-faire et protégeant la liberté individuelle est le seul système qui soit moral. Selon Rand, l’utilisation de la force physique contre la volonté d’un individu est immorale, même si cela vient de l’État. Le gouvernement ne devrait utiliser la force seulement que pour protéger les droits individuels, incluant la propriété. En protégeant les droits individuels, le gouvernement agit comme un agent des citoyens et n’a aucun droit autre que ceux conférés par les citoyens.
"I am not primarily an advocate of capitalism, but of egoism; and I am not primarily an advocate of egoism, but of reason. If one recognizes the supremacy of reason and applies it consistently, all the rest follows." Ayn Rand.
Atlas Shrugged, publié en 1957, est certainement l’oeuvre la plus connue de Rand. Dans ce livre, un groupe de politiciens corrompus et opportunistes, auxquels l’auteure réfère souvent en les surnommant « les pilleurs », installent graduellement un système socialiste aux États-Unis. Pendant ce temps, les plus grands industrialistes du pays disparaissent mystérieusement les uns après les autres, précipitant l’économie et la société dans le chaos.

On peut y voir se dessiner « la route de la servitude » dans ses moindres détails, telle que décrite par Hayek. En même temps, Rand utilise ce livre pour faire l’apologie du capitalisme en tant que système économique et pour expliquer les nuances de sa propre philosophie : l’objectivisme.
Comme le mentionne Leonard Peikoff, ce livre est « une véritable révolution philosophique présentée sous la forme d’un roman à suspense ». L’intrigue est enlevante et le récit est plein de rebondissements inattendus. C’est probablement la meilleure oeuvre de fiction que j’ai pu lire dans ma vie. Mon principal reproche envers ce livre est que les descriptions et certains dialogues sont beaucoup trop longs, ce qui crée des longueurs dans le récit et augmente considérablement le nombre de pages de cette brique, la rendant par conséquent moins accessible au grand public.
Fait intéressant à noter, malgré la grande similitude entre l’objectivisme et le libertariannisme, Ayn Rand ne voulait aucunement s’associer aux libertariens, qu’elle décrivait comme étant :
"a monstrous, disgusting bunch of people who plagiarize my ideas when that fits their purpose".
Elle déclarait d’ailleurs :
"They are not defenders of capitalism. They’re a group of publicity seekers… most of them are my enemies… I’ve read nothing by a Libertarian (when I read them, in the early years) that wasn’t my ideas badly mishandled—i.e., had the teeth pulled out of them—with no credit given."
En réalité, Rand était surtout répugnée par les anarchistes, qui ne représentent qu’une faible portion des libertariens, qui sont surtout minarchistes comme les objectivistes. Je soupçonne aussi que Rand voulait conserver son hégémonie sur sa philosophie, question de préserver son prestige. Rand a d’ailleurs fait l’objet d’un véritable culte de la part de ses admirateurs, chose qu’elle semblait apprécier.
Personnellement, je considère que le minarchisme tel que je le présente sur ce blogue s’insère presque parfaitement dans l’objectivisme, qui est une philosophie beaucoup plus globale, et ce en tant que son volet politico-économique. Mon désaccord principal avec Ayn Rand est lié à la propriété intellectuelle, que Rand considère morale et légitime.
Notez que je dispose d’une traduction française de cet ouvrage en format PDF, que je vous enverrai par courriel si vous m’en faîtes la demande au minarchiste@gmail.com
En terminant, voici quelques bonnes citations tirées du livre :
“I swear by my life and my love of it that I will never live for the sake of another man, nor ask another man to live for mine.”
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“So you think that money is the root of all evil?” said Francisco d’Anconia, “Have you ever asked what is the root of money? Money is a tool of exchange, which can’t exist unless there are goods produced and men able to produce them. Not an ocean of tears not all the guns in the world can transform those pieces of paper in your wallet into the bread you will need to survive tomorrow. Those pieces of paper, which should have been gold, are a token of honor—your claim upon the energy of the men who produce. Your wallet is your statement of hope that somewhere in the world around you there are men who will not default on that moral principle which is the root of money, Is this what you consider evil? (…)
Gold was an objective value, an equivalent of wealth produced. Paper is a mortgage on wealth that does not exist, backed by a gun aimed at those who are expected to produce it. Paper is a check drawn by legal looters upon an account which is not theirs: upon the virtue of the victims. Watch for the day when it bounces, marked, ‘Account overdrawn.’
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"I do not seek the good of others as a sanction for my right to exist, nor do I recognize the good of others as a justification for their seizure of my property or their destruction of my life."
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“My philosophy, in essence, is the concept of man as a heroic being, with his own happiness as the moral purpose of his life, with productive achievement as his noblest activity, and reason as his only absolute.”
“Against intellectual monopoly”, Michele Boldrin & David K. Levine, Cambridge University Press, juillet 2008, 309 pages.
Disponible gratuitement en pdf (que j’ai lu convivialement grâce à mon nouveau Kindle!).
L’ouvrage débute en relatant l’histoire de l’invention du moteur à vapeur par James Watt vers la fin du 18e siècle, laquelle a joué un rôle primordial dans la révolution industrielle qui a suivi. Watt a obtenu son brevet en 1968, mais en 1975, son brevet a été prolongé jusqu’en 1800, grâce à l’influence politique de son partenaire d’affaires, le riche industrialiste Matthew Boulton.

Premier fait à noter, Watt n’est pas parti de rien pour en arriver à son invention; il s’est basé sur un moteur existant : le Newcomen. Son innovation a consisté à ce que l’expansion et la condensation de la vapeur se produisent dans des compartiments séparés. Si le Newcomen avait été sous brevet, Watt n’aurait pas pu mettre de l’avant son innovation.
Deuxième fait à noter, l’efficience des moteurs à vapeur n’a pas changé durant le règne du brevet de Watts alors qu’une fois le brevet expiré, entre 1810 et 1835, l’efficience a été multipliée par cinq grâce à diverses innovations apportées par des compétiteurs. En fait, Watts et Boulton ne produisaient pas vraiment de moteurs; leur activité principale consistait à mener des batailles légales contre leurs compétiteurs pour obtenir des royautés et des dédommagements. Ces actions ont limité l’innovation, notamment celle de Hornblower, que Watts et Boulton ont défait en cour dans les années 1790s.
Troisième fait à noter, l’expiration du brevet de Watt ne l’a pas mis en faillite, au contraire, les affaires se sont mises à s’épanouir. Watt et Boulton ont continué d’augmenter leurs prix et leurs volumes de production, bénéficiant d’une certaine notoriété attribuable au fait qu’ils furent les premiers sur le marché.
En somme, non seulement la possibilité d’obtenir un brevet n’a pas accéléré le développement du moteur à vapeur, elle l’a en fait grandement ralenti, tout comme son adoption. Et ce cas est la règle plutôt que l’exception. Notez que l’histoire des frères Wright, ayant breveté l’avion, n’est pas tellement différente de celles de Watt puisque ceux-ci ont aussi apporté une amélioration marginale à un produit existant et l’ont ensuite breveté pour s’approprier une rente monopolistique. Ils ont par le fait même grandement nuit au développement de l’industrie américaine de l’aviation. En fait, l’inventeur Glenn Curtiss avait parallèlement son propre avion, dont le système de contrôle était supérieur, mais Curtiss n’a pas été aussi efficace que les frères Wright à ériger une barrière légale autour de son invention. D’ailleurs, après s’être approprié son système de contrôle par élévateurs et ailerons (encore utilisé aujourd’hui), les Wright ont poursuivi Curtiss en cour pour protéger leur brevet, avec succès. Selon l’auteur Seth Shulman, Glenn Curtis a davantage contribué au développement de l’avion que les frères Wright et c’est son modèle qui a inspiré les avions modernes.
L’innovation dans l’industrie du logiciel, qui avant 1981 n’était pas protégée par les brevets, a grandement bénéficié de cette liberté. Selon Bill Gates : “If people had understood how patents would be granted when most of today’s ideas were invented, and had taken out patents, the industry would be at a complete standstill today.” La raison est que les nouveaux logiciels innovateurs sont élaborés, en tout ou en partie, à partir de logiciels existants.
Est-ce que l’innovation cesserait si les logiciels ne pouvaient plus être brevetés? L’environnement Linux a été développé en “open source”, sans protection de la propriété intellectuelle. Linus Torvalds est tout de même un millionnaire. C’est sur la plateforme Linux que Google opère, l’une des entreprises les plus innovatrices des dernières années. L’entreprise Red Hat vend une version modifiée du système Linux et distribue gratuitement son code source. Pourtant, cette entreprise survit et est profitable parce que les consommateurs sont prêts à payer une prime pour le logiciel de Red Hat, qui bénéficie d’une certaine notoriété. Red Hat vend son logiciel $59.95 alors que ses concurrents Hcidesign and Linuxemporium le vendent à $16.00. Dans l’Union Européenne, les bases de données sont protégées par des brevets alors que ce n’est pas le cas aux États-Unis. Il se trouve que le taux de création de bases de données est significativement plus élevé aux États-Unis qu’en Union Européenne.
L’ampleur du système de brevet ne cesse d’augmenter au fur et à mesure que de grandes entreprises cessent d’innover et désire se protéger des nouveaux concurrents plus dynamiques et innovateurs en transformant leurs profits en rentes monopolistiques. En plus de nuire à l’innovation, les brevets ne créent certainement pas d’emplois, sauf peut-être dans l’industrie du droit, car ce sont les avocats qui s’enrichissent le plus lorsque les monopolistes mènent d’épiques batailles légales contre les innovateurs. Le cas Polaroid versus Kodak dans les années 1980s est un bon exemple. Polaroid a reçu un dédommagement de $909 millions de Kodak, un record à l’époque, et cette dernière a instantanément délaissé le marché des caméras instantanées. Combien d’emplois furent créés suite à ce procès? Quelles innovations sont apparues grâce à ce procès?
L’une des stratégies d’enrichissements permise par le bureau des brevets consiste à utiliser des stratagèmes pour retarder autant que possible l’approbation finale du brevet (le brevet sous-marin). Par exemple, l’américain George Selden, un avocat et inventeur, a soumis son brevet pour l’automobile en 1879, mais il a ensuite soumis une série d’amendement qui ont eu pour effet de retarder l’approbation du brevet de 16 ans, jusqu’en 1895. Pendant ce temps, l’industrie de l’automobile s’est développée et améliorée d’elle-même. Une fois son brevet approuvé, Selden a pu bénéficier de ces innovations par l’entremise d’une redevance de 1.25% sur toutes les ventes d’automobiles aux États-Unis. Son brevet a été acheté en 1899 par un syndicat (l’Association of Licensed Automobile Manufacturers), qui l’a utilisé pour former un cartel restreignant l’accès au marché.
Plus récemment, Jerome Lemelson s’est certainement révélé être le plus grand spécialiste de tous les temps concernant la stratégie des brevets sous-marins. Il a détenu plus de 600 brevets lui conférant des revenus de plusieurs milliards de dollars. C’était davantage un « breveteur » qu’un véritable inventeur et il a utilisé ce talent pour soutirer des rentes d’un bon nombre d’entreprises.
Boldrin et Levine ont rassemblé une impressionnante revue de littérature académique visant à établir si l’introduction ou le l’augmentation de la protection des brevets permettait d’augmenter l’innovation. Ils ont trouvé 23 études couvrant les pays industrialisés depuis la Seconde Guerre Mondiale. Aucune d’elles ne représente une preuve solide prouvant que les brevets favorisent l’innovation.
En Allemagne et dans plusieurs pays européens (Italie et Suisse), les produits chimiques ne pouvaient jadis (avant 1980) pas être brevetés. Pour cette raison, les producteurs Allemands de produits chimiques devaient sans cesse innover pour demeurer compétitifs et maintenir une grande productivité, ce qui leur donna un net avantage sur les Britanniques et les Américains. C’est pour cette raison que l’Allemagne, la Suisse et l’Italie ont été des leaders mondiaux dans le développement de produits chimiques et pharmaceutiques entre 1850 et 1980.
Selon Peter Ringrose, scientifique en chef de la pharmaceutique Bristol Myers Squib, il existe environ 50 protéines potentiellement impliquées dans le cancer que la compagnie s’abstenait d’étudier parce que celles-ci sont brevetées. Encore une fois, cette situation est la règle plutôt que l’exception. Pour cette raison, les brevets nuisent grandement au développement de médicaments. Pourtant, les grandes pharmaceutiques affirment qu’elles ont besoin des rentes monopolistiques que leur procurent leurs brevets pour couvrir les immenses frais de R&D nécessaires à développer un nouveau médicament. Une étude réalisée par des économistes de l’Université de Chicago en 1995 a démontré que des $25 milliards dépensés annuellement en recherche biomédicale à l’époque, environ $11.5 milliards était financé par le gouvernement fédéral, plus un crédit d’impôt de 20% équivalent à $2 milliards et $3.6 milliards provenant des universités et fondations. La majorité des R&D n’est donc pas financée par les compagnies pharmaceutiques. En revanche, les compagnies pharmaceutiques dépenses d’immenses sommes en frais légaux pour ériger et défendre leurs brevets.
En 2006, le British Medical Journal a demandé à ses lecteurs de nommer les découvertes médicales et pharmaceutiques les plus fondamentales pour l’humanité. Voici le top 15 des réponses (ne pas tenir compte de l’ordre) :
Pénicilline, rayons-X, culture des tissus, éther, chlorpromazine, systèmes sanitaires publiques, théorie des germes, médecine basée sur les preuves, vaccins, pilule, ordinateur, thérapie de réhydratation orale, structure de l’ADN, technologie de monoclonage d’anticorps, risque associé au tabagisme.
Dans cette liste, seulement deux ont été soit brevetés ou développés durant un projet de recherche motivé par l’intention d’obtenir un brevet : le chlorpromazine et la pilule. D’ailleurs, le “cocktail” utilisé pour traiter le VIH n’a pas été inventé par une grande pharma, mais bien par un chercheur universitaire (Dr. David Ho).
D’autre part, en 1999-2000, le US Centers for Disease Control and Prevention (CDC) a compilé une liste des 10 plus grands accomplissements de la médecine aux États-Unis durant le 20e siècle. Des 10 découvertes de cette liste, aucune n’a été brevetée. Selon une liste compilée par Chemical and Engineering News Magazine, seulement 20 des 46 médicaments les plus vendus au monde ont eu quelque chose à voir avec un brevet.
En somme, Against Intellectual Monopoly est un livre très intéressant à lire et qui combine des arguments légaux à de solides preuves empiriques dans un langage divertissant et pas trop lourd. Cet ouvrage complète très bien les écrits de Stephen Kinsella et de Murray Rothbard à l’égard des fondements philosophiques de l’opposition à la propriété intellectuelle. Il arrive d’ailleurs à point, dans un monde où la protection coercitive de la propriété intellectuelle n’a jamais été aussi imposante et continue de prendre de l’expansion. Boldrin et Levine démontre bien qu’au final, ce sont les pauvres gens qui se font extirper des rentes et subissent les conséquences d’une économique moins dynamique, au profit de grosses corporations voulant s’assurer des rentes monopolistiques.
« The Tragedy of the Euro », Philipp Bagus, Ludwig Von Mises Institute, 2010, 149 pages.
Disponible gratuitement en pdf.
Bagus débute par exposer les circonstances dans lesquelles la Zone Euro a été créée. Il présente deux visions distinctes de l’Union Européenne : la vision libérale classique et la vision socialiste.
Le Traité de Rome de 1957 fut un pas important vers la vision libérale, établissant quatre libertés de base : liberté de circulation des biens, liberté d’offre de services, liberté de mouvements de capitaux et liberté de migration. Ce traité mettait en quelque sorte fin à l’ère de national-socialisme qui avait prévalu dans la première moitié du siècle, avec les conséquences dévastatrices qu’on lui connaît. La vision libérale de l’Europe n’implique aucunement la création d’un « super-État » pan-européen. Cette vision souhaite plutôt la saine concurrence entre différents systèmes politiques. Dans une telle Europe, le capital bouge des pays où les salaires sont élevés (les faisant ainsi diminuer) vers les pays où les salaires sont bas (les faisant augmenter). À l’inverse, les travailleurs migrent des pays où les salaires sont bas vers ceux où les salaires sont plus élevés. Ces migrations du capital et des travailleurs sont orientées des pays où les impôts sont plus élevés vers ceux où les impôts sont moindres, assurant une certaine discipline fiscale de la part des gouvernements. Les monnaies sont aussi en concurrence dans ce système libéral; les monnaies moins solides voyant leur pouvoir d’achat diminuer.
En revanche, la vision socialiste de l’Europe était, à une certaine époque, défendue par les Jacques Delors et François Mitterrand de ce monde. Ceux-ci voulaient voir une Europe protectionniste et interventionniste, gérée par un État central. Ils désiraient un État-providence européen assurant la redistribution de la richesse au sein de l’Union, la règlementation uniforme des pays membres et l’harmonisation de la législation dans toute l’Europe, incluant les niveaux de taxation. Plusieurs personnages ont véhiculé cette vision de l’Europe dans le passé, incluant Charlemagne, Napoléon, Staline et Hitler.

Selon Philipp Bagus, l’introduction de la devise unique, l’Euro, était un premier pas vers la création d’un État européen central. À preuve, dans l’article 3 du Traité de Lisbonne, on peut lire que l’Union Européenne s’engage à « combattre l’exclusion sociale et la discrimination », laissant la porte toute grande ouverte à l’interventionnisme étatique. D’ailleurs, aucune union monétaire n’est possible sans coordination des politiques fiscales. L’Euro avait donc un effet centralisateur indéniable dès le départ. Ceci étant dit, il est possible d’assurer les quatre libertés énoncées ci-haut sans pour autant former une union monétaire. À preuve, le Royaume-Uni, la Suède, le Danemark et la République Tchèque ne font pas partie de la zone Euro, mais font partie du marché commun européen.
D’autre part, les mouvements de devises entre les pays européens pouvaient parfois être très embarrassants pour les politiciens dirigeant les pays les plus inflationnistes, qui voyaient leur devise constamment se déprécier face au Mark allemand. Ceux-ci recherchaient une manière de coordonner l’inflation entre les différents pays d’Europe pour pouvoir s’endetter sans contrainte. À cet égard, le Système Monétaire Européen (SME), mis en place en 1979, devait être une solution à ce problème. Quand un taux de change menaçait de sortir de son corridor, les banques centrales intervenaient pour le ramener dans son corridor. Pour cela, celles-ci devaient créer de la monnaie ex nihilo pour acheter des devises étrangères pour faire baisser la valeur de leur devise lorsque celle-ci s’appréciait trop. Le problème est que lorsque la valeur d’une devise diminuait, le pays concerné ne pouvait forcer les autres pays à créer de la monnaie pour acheter sa devise. Ce pays devait utiliser ses propres réserves de devises étrangères pour acheter sa propre devise sur les marchés et l’amener à s’apprécier…jusqu’à ce que ces réserves soient épuisées.
La banque centrale allemande, la Bundesbank, était la plus récalcitrante face à ce système parce qu’elle ne créait pas suffisamment d’inflation comparativement aux autres pays. Il faut se rappeler qu’en Allemagne, une génération entière avaient vu ses épargnes s’évaporer deux fois suite aux deux guerres mondiales menant à des périodes d’hyperinflation et à des réformes monétaires (1923 et 1949). Contrairement à plusieurs autres pays, la Bundesbank était indépendante du gouvernement. Elle ne pouvait donc pas être utilisée à outrage pour financer les déficits du gouvernement. Ainsi, le SME ne pouvait fonctionner à long terme que si l’ensemble des pays membres ne créaient d’inflation à la même vitesse que la Bundesbank et son alliée des Pays-Bas, la De Nederlandsche Bank. En fait, plusieurs réajustements des corridors dans lesquels devaient fluctuer les devises furent requis durant l’histoire du SME pour refléter les déséquilibres inflationnistes entre les pays membres (sept fois entre 1979 et 1983 seulement). La crise finale du SME est survenue en 1992, lorsque le Peso Espagnol et la Livre Irlandaise furent réajustés à la baisse. Ceci étant dit, bien que le Mark Allemand semblait stable relativement aux autres devises Européennes, il était tout de même très inflationniste, perdant près de 90% de son pouvoir d’achat entre 1949 et la fin du SME.
La devise européenne unique apparaissait donc comme la solution pour les États inflationnistes d’Europe car celle-ci pourrait leur permettre de se débarrasser de l’embarrassante Bundesbank et de sa solide monnaie, le Mark. Ainsi, le Traité de Maastricht, signé en décembre 1992, établissait l’introduction d’une devise unique en Europe le 1er janvier 1999.
En signant ce traité, le gouvernement Allemand a agi contre la volonté du peuple qu’il représente, celui-ci voulant conserver le Mark. La constitution a d’ailleurs dû être modifiée pour que ce transfert de pouvoir à une autorité supra-nationale soit possible, et ce sans que le peuple ne soit consulté. Les politiciens ont défendu leur décision en amenant l’argument selon lequel l’Euro était nécessaire au maintient de la paix en Europe. Pour certains, dont François Mittérrand, l’Euro ne fut rien d’autres que le « prix de la réunification de l’Allemagne ».
Il est facile de comprendre pourquoi l’élite allemande, c’est-à-dire les politiciens, les banquiers et les exportateurs, ont favorisé l’introduction de l’Euro. Pour les politiciens, une Banque Centrale Européenne plus inflationniste leur permettrait de dépenser davantage en s’endettant. Pour les banquiers, une augmentation du rythme de création de monnaie leur permettrait de faire plus de profit. D’autre part, les banques allemandes détenaient de grandes quantités d’obligations de pays européens en situation financière précaire. L’introduction de la zone Euro a en quelque sorte agi comme un sauvetage de ces pays, au grand bénéfice de ces banques qui détenaient leurs titres de dette. Finalement, les exportateurs pourraient plus facilement préserver leur compétitivité étant donné qu’il serait impossible aux autres pays européens de dévaluer leur devise.
Bien que la BCE devait être élaborée similairement à la Bundesbank, il y avait des différences fondamentales entre les deux. En ce sens, la Bundesbank se concentrait uniquement sur la masse monétaire. La BCE quant à elle possède un second pilier, soit l’analyse d’indicateurs économiques, ce qui lui donne plus de marge de manoeuvre dans ses décisions, lui permettant de justifier une politique monétaire plus inflationniste. Il ne faut pas non plus oublier qu’aucun président de la BCE ne voudrait être étiqueté comme celui ayant déclenché une récession en haussant le taux d’intérêt directeur, même si cette politique monétaire est appropriée dans les circonstances.
L’indépendance de la BCE a toujours été douteuse puisqu’avant l’introduction de l’Euro et sa nomination comme président de la BCE, Jean-Claude Trichet s’était ouvertement opposé à l’indépendance de la BCE. Il était donc évident que la BCE serait utilisée à des fins politiques. L’autre faille de la BCE est qu’elle est contrôlée par les pays inflationniste puisque chaque pays n’a qu’un vote, peu importe sa population. Les pays inflationnistes sont nettement plus nombreux que les pays austères et responsables.
Ainsi, lors de l’introduction de l’Euro, les primes de risque et d’inflation des nations inflationnistes ont chuté, ce qui a fait baissé leurs taux d’intérêt nominaux. Cette situation a engendré une bulle, notamment au niveau de l’immobilier, surtout dans les pays inflationnistes. L’endettement ainsi facilité a aussi permis de financer des déficits gouvernementaux insoutenables. Bagus démontre que la masse monétaire a cru beaucoup plus vite dans les pays méditerranéens, notamment l’Espagne, le Portugal, l’Italie et la Grèce. Lorsque la bulle a éclaté et que la récession s’est pointée le bout du nez, la liquidation des mauvais investissements faits durant le boum a gravement affecté la solvabilité banques.
Comment ce différentiel d’inflation était-il possible sous l’Euro? Dans la zone Euro, les banques commerciales créent de la monnaie grâce aux réserves fractionnaires, ce qui fait gonfler leurs réserves. Celles-ci sont utilisées pour acquérir des titres de dette des gouvernements, qui s’endettent pour financer leurs déficits. Ces titres sont déposés en garantie à la BCE pour l’obtention de financement octroyé grâce à de la monnaie créée ex nihilo. La BCE, contrairement à la Federal Reserve, acceptait un large éventail de titres, coté au minimum A-. Notez que ce minimum fut réduit à BBB- durant la crise et à néant concernant les obligations grecques.
Vu l’ampleur de son déficit prévu en 2010 (12.7%), la cote de crédit de la Grèce menaçait d’être abaissée sous le minimum. Le 8 décembre 2009, Fitch l’abaissait à BBB+. Les obligations grecques risquaient donc de ne plus être acceptées en garantie à la BCE, ce qui ferait en sorte que les banques ne voudraient plus les acheter. Dans cette situation, le gouvernement grec n’arriverait pas à émettre les titres de dettes nécessaires à financer son déficit fiscal et à renouveler ses dettes venant à échéance. Cela signifiait donc un défaut de paiement et la faillite…
En février 2010, nous apprenions que Goldman Sachs avait aidé la Grèce à camoufler son déficit et son niveau réel d’endettement. En fait, la Grèce ne se serait jamais qualifiée pour joindre la zone Euro. En avril 2010, un premier sauvetage de $45 milliards fut annoncé, mais la cote de crédit de la Grèce fut quand même abaissée au niveau de pacotille. En mai, un nouveau sauvetage de l’ordre de $110 milliard fut annoncé. La BCE déclara qu’elle accepterait les obligations grecques en garantie peu importe leur cote de crédit. Pour l’ensemble des PIIGS, un « parachute d’urgence » de $750 milliard fut annoncé. De plus, la BCE allait franchir une ligne qu’elle ne devait jamais franchir : elle allait acheter des obligations gouvernementales directement sur les marchés pour soutenir leur valeur. L’indépendance de la BCE venait d’en prendre un coup! Le vrai visage du projet-Euro fut alors dévoilé…
La “tragédie” de l’Euro a résulté de l’incitatif qu’ont les gouvernements membres à générer des déficits, s’endetter pour les financer et faire subir les conséquences inflationnistes aux autres pays membres. Pourquoi les politiciens financeraient leurs dépenses exorbitantes de façon impopulaire en augmentant les impôts quand ils peuvent le faire de manière discrète par l’endettement? En émettant de la nouvelle monnaie en échange des obligations des PIIGS, la BCE a monétisé les déficits fiscaux de ces pays et a redistribué la perte de pouvoir d’achat de l’Euro à l’ensemble des pays de la zone. L’Euro n’est pas un échec parce que les pays membres ont une différente structure, mais bien parce que le système permet la monétisation des déficits des pays les plus dépensiers, au détriment des pays plus responsables fiscalement.
En conclusion, ce livre est concis, lucide et basé sur les faits. Il présente efficacement le processus qui a mené à la création de l’Euro et explique bien de quelle façon la crise s’est déroulée. Le point de vue économique autrichien est évidemment omniprésent. Je recommande fortement cette lecture à quiconque veut véritablement comprendre la nature de la crise financière qui frappe l’Europe présentement.
“Money, Bank Credit, and Economic Cycles”, Jesus Huerta De Soto, 812 pages.
Disponible gratuitement en pdf
Jesús Huerta de Soto Ballester est un économiste de l’école autrichienne et professeur d’économie politique à l’Université Rey Juan Carlos de Madrid en Espagne.
Dans les premiers chapitres, De Soto commence par relater l’histoire du système bancaire, partant d’aussi loin que de l’Empire Romain. Il se consacre plus précisément à l’évolution du dépôt bancaire. De Soto différentie les dépôts à terme des dépôts à vue. Dans le premier type de dépôt, la propriété du bien est transférée temporairement à la banque pour une durée déterminée, alors que ce n’est pas le cas pour le dépôt à vue, lequel est plutôt confié en garde auprès de la banque et disponible pour retrait en tout temps. En ce sens, le dépôt à terme est essentiellement un prêt octroyé à la banque par le déposant. Comme la propriété est transférée en vertu de ce prêt, la banque peut l’utiliser à sa guise, alors que pour le dépôt à vue, la banque s’engage à retourner la somme en tout temps, elle ne peut donc s’en départir en faisant un prêt sans déroger à son obligation contractuelle. Beaucoup de gouvernements ont permis aux banques d’effectuer légalement cette pratique frauduleuse, dans le but d’utiliser le stratagème pour financer les dépenses de l’État, surtout les dépenses de guerre, et pour en profiter par l’entremise de la fiscalité. De Soto décrit très bien ce lien de complicité entre les gouvernements et les banquiers.
Certains diront que la plupart des déposants autoriseraient contractuellement les banquiers à utiliser les dépôts à vue pour faire des prêts et investissements, mais ce genre de contrat est impossible puisque si c’était le cas, en acceptant ces termes, les déposants renonceraient au droit d’accès immédiat à leur argent, puisque celui-ci ne peut se retrouver à deux endroits en même temps. Ceci étant dit, les contrats de dépôt bancaire des banques ne spécifient pas les conditions et la véritable nature de l’entente. La lecture de ce contrat ne permet pas au déposant d’en comprendre les implications. En fait, c’est de façon secrète que les banquiers ont commencé à utiliser frauduleusement la monnaie de leurs déposants pour faire des prêts, et non de manière claire et explicite. Le paiement d’un taux d’intérêt minime et « symbolique » sur ces dépôts n’est que de la poudre aux yeux, de façon à dissimuler la vraie nature de l’activité et à la déguiser en prêt. Ce n’est que plus tard que cette pratique frauduleuse fut légalisée par les gouvernements, qui y ont vu un moyen efficace de financer leurs dépenses.
Par ailleurs, De Soto mentionne avec raison que le système bancaire à réserves fractionnaire et la banque centrale n’ont pas émergé naturellement sur le libre-marché, mais ont bel et bien été imposés par l’État par force de loi. La banque centrale sert non-seulement à fournir de la liquidité de dernier recours aux banques qui en de besoin, mais surtout à coordonner le rythme auquel elles génèrent du crédit (et crée de la monnaie). Pour De Soto, le système qui a émergé suite aux décisions économiques faîtes par des millions de personnes au cours de l’histoire est l’étalon-or, et non le système actuel.
Par la suite, De Soto décrit de quelle façon l’inflation monétaire a contribué à mener l’Empire Romain à sa chute. Il décrit aussi très fidèlement l’histoire de la fameuse Banque d’Amsterdam, qui ouvrit ses portes en 1609 et qui arrivait à être rentable même si elle n’utilisait pas les dépôts à vue pour faire des prêts, maintenant ainsi un ratio de réserves de 100% et exigeant des frais pour la garde de ces dépôts entre autres services financiers. La banque a divergé de cette discipline dans les années 1780s, pour financer les dépenses de l’État durant la guerre Anglo-Néerlandaise. Selon De Soto, la Banque d’Amsterdam fut la dernière de l’histoire à maintenir un ratio de réserves de 100%. L’auteur aborde aussi les failles du Peel Act de 1844 en Angleterre, qui empêchait l’émission de notes bancaires sans espèces sous-jacentes, mais qui permettait les réserves fractionnaires sur les dépôts à vue. De Soto relate aussi les histoires de John Law et Richard Cantillon, démontrant le pouvoir destructeur de l’inflation.
Dans une autre section de l’ouvrage, De Soto décrit de façon très exhaustive l’approche de l’école autrichienne d’économie et sa théorie des cycles économiques. Il critique ensuite les autres écoles de pensée, qui sont essentiellement les monétaristes et les keynésiens. Il montre que la faille de la plupart de ces doctrines est qu’elles ne disposent d’aucune théorie du capital qui soit valable et ne peuvent expliquer les déformations de la structure de production en fonction des préférences temporelles des agents.
Il explique de manière très exhaustive de quelle façon l’inflation engendre du chômage en occasionnant la décoordination des agents économiques et de mauvais investissements. La création de monnaie envoie un faux signal aux marchés ce qui fait allonger inutilement la structure de production. Des investissements sont alors entrepris sans qu’ils ne correspondent aux besoins réels du marché, sans qu’il n’y ait suffisamment d’épargne pour les compléter et sans que les biens intermédiaires soit disponibles en quantités suffisantes pour les alimenter.
De Soto consacre ensuite un chapitre à réfuter les arguments des défenseurs d’un système bancaire « libre » (a.k.a. White et Selgin), dans lequel les réserves fractionnaires seraient permises. Pour De Soto, un système avec réserves à 100% ne constituerait pas une diminution de liberté, mais plutôt une façon de préserver les droits de propriété. Selon lui, les réserves fractionnaires constituent une impossibilité légale et une violation des droits de propriété, au même titre que la contrefaçon de monnaie.
L’ouvrage se termine par un chapitre proposant une réforme du système monétaire, laquelle est basée sur un système bancaire avec des réserves entières ainsi que sur un retour à l’étalon-or. Tout comme Rothbard, il ne prône pas l’imposition légale de l’étalon-or, mais il affirme que c’est cette forme de monnaie qui émergerait librement sur le marché.
En somme, ce livre est un véritable traité sur l’histoire du système bancaire. C’est selon moi un incontournable pour quiconque désirant véritablement comprendre l’économie, et ce malgré qu’il soit trop long et qu’il comporte certains passages plutôt indigestes, voire inutiles. Je le recommande donc fortement.
« America’s Great Depression », par Murray Rothbard, Mises Institute, 1963, 337 pages.
Disponible gratuitement en pdf.
Dans cet ouvrage, Murray Rothbard tente de rétablir les faits quant à la Grande Dépression, un épisode de l’économie américaine qui est bien mal compris et qui, de nos jours, donne lieu à un grand nombre de fables et de fausses généralités. Pour y arriver, Rothbard passe par le chemin typique des économistes de l’école autrichienne : une description exhaustive des faits.

La première partie de l’ouvrage décrit la théorie autrichienne des cycles économiques. Cet section critique aussi le keynésiéanisme, s’attardant entre autres sur le concept de « trappe à liquidité » que Paul Krugman ne cesse de répéter depuis deux ans, pour finalement déconstruire la plupart des erreurs associées aux autres théories des cycles économiques, incluant la théorie de la surproduction, la théorie de l’accélération, la théorie de la sous-consommation et plusieurs autres.
Dans la seconde section, Rothbard décrit la période de boum inflationniste qui a marqué les « roaring twenties », entre 1921 et 1929. La plupart des économistes actuels affirme qu’il n’y a pas eu d’inflation durant cette période, ce qui est évidemment faux. Certes, les prix à la consommation n’ont pas augmenté de manière disproportionnée, mais il ne faut pas se laisser berner par cette mesure, comme l’a été Alan Greenspan durant les années 2000s. La masse monétaire a crû fortement au cours de cette période. La hausse de l’endettement que cela a occasionné a eu comme effet de gonfler les valeurs immobilières et boursières et de créer une bulle qui s’est soldée par le fameux crash de 1929. Rothbard décrit de façon détaillée de quelle façon la Federal Reserve, alors menée par Benjamin Strong, a orchestré cette inflation, notamment pour aider la Grande Bretagne à rétablir la valeur de sa devise (voir ceci).
La troisième partie de l’ouvrage s’attarde à la première manche de la Grande Dépression, soit la période 1929 à 1933, qui fut marquée par la présidence de Hoover. Le dogme keynésien actuel affirme que Hoover était un adepte du « laisser-faire » et qu’il n’est pas intervenu dans l’économie pour contrer la récession. Rothbard ridiculise littéralement cette croyance absurde, démontrant à quel point Hoover était un interventionniste avéré. En fait, Hoover avait entamé son agenda protectionniste bien avant sa présidence, au début des années 1920s.
Les politiques de Hoover durant la dépression ont consisté à créer de la monnaie de façon à redémarrer l’inflation. Il a mis en place d’immenses programmes de travaux publics. Il a aussi mis en place le fameux Smoot-Hawley Tariff, qui a fait tant de tort au commerce international, ainsi que ses mesures visant à maintenir les salaires, lesquelles furent catastrophiques pour l’emploi. Rothbard démontre bien que les politiques déployées par la suite par l’administration Roosevelt, incluant le New Deal, ne furent que la continuité des programmes interventionnistes de Hoover, et ils n’ont pas eu davantage de succès, la dépression s’étalant jusqu’à la Deuxième Guerre Mondiale.
Comme l’ensemble des oeuvres de Rothbard, ce livre est une source inégalable de références, de statistiques et de faits inédits. Cependant, Rothbard présente les faits de façon monotone et brutale, sans couleur, possiblement pour éviter d’être accusé d’être dogmatique et/ou de promouvoir son idéologie au détriment de la vérité. Cela en fait une lecture plutôt indigeste, qui ressemble davantage à un chapitre d’encyclopédie qu’à une lecture divertissante. Je ne le recommande qu’à ceux qui veulent à tout prix aller au fonds des choses quant à la Grande Dépression et qui ne craignent pas d’être enseveli sous une tonne de chiffres et de parenthèses historiques. Grâce à Murray Rothbard, la plupart des mythes reliés à la Grande Dépression en prennent pour leur rhume!
“Risk: The Science and Politics of Fear”, Dan Gardner, Emblem Editions, 2009, 416 pages.
Ce livre est excellent, c’est un des meilleurs que j’ai pu lire à ce jour. Je le recommande fortement à tous, peu importe votre profession ou votre idéologie politique. Il fera de vous un meilleur individu.
L’introduction débute avec un fait très intéressant. Suite au 11 septembre 2001, les gens avaient peur de prendre l’avion. Ils ont donc davantage utilisé l’automobile, un moyen de transport pourtant beaucoup plus risqué. Un chercheur a estimé que ce changement irrationnel de comportement a occasionné des accidents routiers supplémentaires causant la mort d’environ 1,595 personnes, presqu’autant que l’attentat en lui-même! La morale de cette anecdote est qu’une mauvaise évaluation du risque, souvent causée par une réaction trop émotionnelle ou par un biais cognitif, nous pousse à prendre de mauvaises décisions qui ont parfois de graves conséquences.
Selon l’auteur, l’humain possède deux systèmes de décisions : l’instinct, qui est rapide, mais souvent trop émotif et irréfléchi, ainsi que la raison, qui est plus rationnelle, mais prend plus de temps à opérer et est souvent influencée par la réaction initiale de l’instinct.
Ensuite, Gardner énumère certains des plus importants biais cognitifs de l’humain, lesquels contribuent à fausser l’évaluation du risque. Il y a évidemment le biais de confirmation, qui consiste à accorder davantage d’importance aux faits qui confirment notre opinion qu’à ceux qui la contredisent. Il y a aussi la polarisation de groupe, qui survient lorsque plusieurs personnes partageant la même opinion se réunissent et que cela renforci leur opinion tout en la rendant plus extrême.
Des scientifique ont réalisé une expérience durant laquelle ils montrent au sujet cinq lignes de différentes longueurs sur un écran, la quatrième ligne étant sans aucun doute la plus longue. Les sujets doivent ensuite répondre à la question : « quelle ligne est la plus longue des cinq? ». Les quatre premiers à répondre étant de connivence avec les scientifiques, répondent que c’est la cinquième ligne, ce qui est évidemment faux. Malgré l’évidence, 30% des gens ignorent ce qu’ils voient et suivent le groupe en répondant que c’est la cinquième plutôt que la quatrième qui est la plus longue.
Les balises, ou heuristiques d’ajustement, sont aussi un biais répandu et souvent utilisé pour manipuler les gens. À sa mort, Gandhi était-il plus vieux ou plus jeune que 9 ans? Quel âge avait-il selon vous? En moyenne, les gens qui ont répondu à ces deux questions successivement ont estimé l’âge de sa mort à 50 ans, alors que ceux à qui ont a remplacé le 9 ans par 140 ans à la première question ont répondu 67 ans à la seconde question. La première question crée donc une balise à laquelle les gens s’accrochent, souvent sans le savoir. En choisissant bien la balise, on peut obtenir un résultat qui nous convient mieux à la seconde question. Pensez aux questions d’un sondage ou à la sentence proposée à un jury.
Les medias véhiculent souvent des statistiques vides de sens, voire même fausses. Par exemple, la fameuse statistique citée par un lecteur de nouvelles selon laquelle il y aurait 50,000 pédophiles aux États-Unis qui tentent d’entrer en contact avec des enfants. Lorsque l’on se donne la peine de remontrer à la source, on se rend compte que celle-ci a n’est qu’une vague estimation sans aucun fondement. Pourtant, elle a été reprise des milliers de fois par des journalistes, des politiciens et des organisations diverses. Notez qu’on la retrouve notamment sur le site web de l’entreprise Spectorsoft, qui vend des logiciels permettant aux parents de superviser la navigation internet de leurs enfants. Cette entreprise a tout avantage à amener les parents à surestimer ce risque en citant une statistique bidon. Même si ce chiffre n’a aucun fondement, le simple fait de le mentionner créera une balise qui pourrait vous pousser à surestimer le chiffre réel. Est-ce que le nombre de pédophiles sur internet est inférieur ou supérieur à 50,000? Quel est selon vous le nombre de pédophiles sur internet? Vous avez certainement besoin de ce logiciel pour protéger vos enfants de ce fléau, non?
Il y a aussi la règle des choses typiques. Cette règle se manifeste lorsque nous surestimons la probabilité d’une séquence d’affirmations parce que celles-ci forment une histoire cohérente. Par exemple, est-il plus probable que 1) une inondation cause 1,000 morts en Amérique du Nord ou que 2) un tremblement de terre en Californie engendre une inondation causant 1,000 morts? Le premier événement est nettement plus probable que le second (pensez-y!), pourtant 57% des gens croient que le second est plus probable parce qu’il s’insère mieux dans une histoire qui semble typique.
Autre exemple : Saddam Hussein a réussi à développer une arme nucléaire, à les remettre à des terroristes, qui ont réussi à les faire entrer aux États-Unis et à les faire sauter dans une grande ville. Cette suite improbable d’événements a réussi à convaincre les américains qu’il était légitime d’envahir l’Irak. Pourtant, chaque maillon de la chaîne est très improbable et la faille d’un seul des maillons ferait échouer le scénario, ce qui rend cette suite d’événement très improbable.
Aux États-Unis, des sondages furent effectués avant et après la sortie du film-catastrophe « The Day After Tomorrow”. Mêmes les scientifiques les plus convaincus de la gravité des changements climatiques ont qualifié le scénario de ce film de saugrenu et irréaliste. Pourtant, suite au visionnement du film, une plus grande proportion de gens se sont dits inquiets des changements climatiques. Ce résultat s’explique parce que la suite d’événements décrite dans l’histoire semble crédible à nos yeux.
Gardner réfère ensuite à la règle de l’exemple. Certains nomment ce biais « heuristique de disponibilité ». Si nous pouvons facilement nous souvenir d’un exemple de quelque chose, nous en concluons que cette chose est plus probable qu’elle ne l’est réellement. Par exemple, lorsqu’une chose s’est produite récemment, nous avons tendance à surévaluer sa fréquence ou sa probabilité. Un tremblement de terre est un relâchement de pression résultant du pliage graduel de la croûte terrestre. Géologiquement, il est peu probable que deux tremblements de terre surviennent dans une même région dans un court laps de temps car il faut du temps à la croûte terrestre pour réaccumuler la pression. Pourtant, les ventes d’assurance-tremblement de terre sont plus élevées immédiatement après un séisme, ce qui est le moment où le risque est le plus bas, et elles diminuent au fur et à mesure que le temps passe. Cela devrait plutôt être l’inverse!
La moyenne des gens croient que les accidents de la route et les maladies tuent environ le même nombre de gens. En fait, les maladies tuent 17 fois plus de gens que les accidents de la route. Les gens pensent que les accidents de la route tuent 350 fois plus de gens que le diabète alors que le véritable chiffre est 1.5 fois plus. Pourquoi? Parce que les bulletins de nouvelles sensationnalistes sont remplis d’images d’accidents routiers meurtrier alors qu’on y parle rarement (voire jamais) de gens qui sont morts prématurément du diabète. C’est la règle de l’exemple à l’œuvre…manipulée par les médias!
La dernière règle mentionnée par l’auteur est l’heuristique d’affect, qu’il surnomme la règle du bon et du mauvais. Si une chose est risquée, mais « bonne » (par exemple prendre du soleil sur une plage du Mexique), nous sous-estimons son risque (cancer de la peau causée par les radiations du soleil), alors que si cette chose est « mauvaise » (une explosion nucléaire générant des radiations cancérigènes), nous surestimons son risque. Bien que le risque de cancer causé par les radiations solaires soit beaucoup plus grand que le risque de mourir d’une explosion nucléaire, les gens estiment que le second est beaucoup plus risqué.
Aux États-Unis, les incendies causés par les sapins de noël causent 500 morts et 2,000 blessés par année tout en causant $500 million en dommages, mais comme la fête de noël est perçue comme une chose positive, nous sous-estimons ce risque.
Le radon est un gaz mortel qui émane naturellement de la terre dans certaines régions. Aux États-Unis et dans l’Union Européenne, il cause environ 41,000 morts par année. Pourtant les médias et les gens y sont complètement indifférents. La nature est perçue comme étant un « bonne chose » et les bonnes choses ne sont pas risquées. Pourtant, le radon a tué beaucoup plus de gens que les radiations nucléaires, qui sont le sujet d’un plus grand niveau de crainte auprès de la population.
La même chose s’applique aux enlèvements d’enfants, une crainte excessivement élevée chez les parents. Pourtant, en moyenne, un enfant a 2.5 fois plus de chances de se noyer dans une piscine et 26 fois plus de chances de mourir dans un accident d’auto que d’être enlevé par un étranger. Cependant, les voitures et les piscines sont des « bonnes » pour l’humain, donc les risques qui y sont associés sont sous-estimés.
C’est aussi pour cette raison qu’une étude menée par les psychologues Michael Siegrist et George Cvetkovich a démontré que les gens accordent généralement plus de crédibilité aux études scientifiques qui démontrent un danger ou un risque, qu’à celles qui démontrent qu’il n’y en a pas.
Pour une raison obscure, la couleur noire a un impact négatif sur l’humain. Dans la National Football League, les équipes portant un uniforme noir obtiennent plus de verges de pénalité que la moyenne saison après saison. Au hockey, en 1979-80, les Pingouins de Pittsburgh on porté un uniforme bleu durant les 44 premiers matchs de la saison, obtenant en moyenne 8 minutes de pénalité par partie. Ils ont ensuite opté pour un chandail de couleur noire pour les 35 derniers matchs de la saison et ont obtenu une moyenne de 12 minutes de pénalité par match, avec les mêmes joueurs et entraîneurs. Les arbitres sont des humains après tout! Et ceux-ci ont un affect négatif pour la couleur noire, ce qui fausse leur jugement.
L’heuristique d’affect se manifeste aussi dans notre perception des chiffres. Nous préférons du boeuf maigre à 75% à du boeuf ayant 25% de gras (parce que le gras est une « mauvaise chose »), même si c’est la même chose. Les gens acceptent davantage de subir une opération chirurgicale à laquelle ils ont 68% de chance de survie, que de subir une chirurgie à laquelle ils ont 32% de chance de mourir.
L’humain est généralement « aveugle aux probabilités », c’est-à-dire que nous avons de la difficulté à évaluer les probabilités, surtout lorsque nous nous fions sur notre instinct. Lorsqu’ils jouent à pile ou face, la plupart des gens croient qu’après avoir obtenu face 5 fois de suite, il est plus probable qu’ils obtiennent pile au sixième lancer, ce qui est faux.
Dans le même ordre d’idées, l’auteur relate une semaine particulière durant laquelle 5 meurtres ont été commis à Toronto. Les médias s’étaient affolés et parlaient d’une série noire, soulevant les craintes dans la population. Pourtant, avec une moyenne de 1.5 meurtres par semaine, il y a une probabilité de 1.4% que la ville de Toronto connaisse une semaine de 5 meurtres. En fait, une telle semaine devrait se produire à toutes les 71 semaines en moyenne. Cette semaine n’avait donc rien de bien extraordinaire. Il y a aussi 22% de probabilité qu’une semaine soit sans meurtre, et cela arrive très souvent. Pourtant, la une des journaux n’a jamais affiché « Pas de meurtre cette semaine! ». Le même phénomène s’observe lorsque les médias relèvent un nombre particulièrement élevé de cancer dans une ville ou un arrondissement, générant une panique irrationnelle. Plus souvent qu’autrement, ces cas ne sont rien d’autres que le fruit du pur hasard.
La plupart des gens ont une peur bleue du cancer. Nous avons l’impression que cette maladie est en forte croissance et fait de plus en plus de victimes. En fait, le premier facteur de risque de cancer est l’âge. Donc plus nous vivons vieux, plus nous avons de chance d’avoir le cancer. Et comme l’espérance de vie augmente et que la population vieillit, il est normal d’observer plus de cas de cancer. Si on ajuste les statistiques pour l’âge, on se rend compte que les taux d’incidence de cancer sont à la baisse, tout comme le taux de mortalité suite à un cancer.
L’auteur fait référence à une publicité sanctionnée par l’American Cancer Society avertissant les gens du risque de mourir du cancer de la peau en raison du soleil. Pourtant, les cancers de la peau causés par le soleil sont rarement mortels. En fait, cette publicité était financée par Neutrogena, donc l’un des principaux produits est la crème solaire.
Concernant le cancer du sein, nous entendons souvent parler de jeunes femmes qui en sont atteintes et de l’importance de lever des fonds pour la recherche contre cette maladie. En 2001, une équipe de chercheurs menée par Wylie Burke de l’Université de Washington a publié une analyse sur les articles portant sur le cancer du sein paru dans des magazines américains entre 1993 et 1997. Environ 84% des femmes atteintes du cancer du sein figurant dans ces articles étaient plus jeunes que 50 ans, presque la moitié avait moins de 40 ans. Pourtant, seulement 16% des femmes diagnostiquées d’un cancer du sein ont moins de 50 ans et seulement 3.6% ont moins de 40 ans. Celles qui courent le plus grande risque (67% des cas) sont celles qui ont plus de 60 ans; elles ne sont pourtant présentes que dans 2.3% des articles.
En 2007, un sondage réalisé par l’Université d’Oxford demandait aux gens à quel âge une femme est-elle plus susceptible d’avoir le cancer du sein? 56% des gens ont répondu que l’âge n’avait pas d’importance, alors que c’est le facteur le plus important. 9% ont répondu que c’était dans la quarantaine, 21 % dans la cinquantaine, 7% dans la soixantaine et 1.3% dans la soixante-dizaine. La réponse correcte à cette question était « 80 ans et plus », mais elle n’a recueilli que 0.7% des réponses!
Cette mauvaise perception du risque relatif au cancer du sein est presque entièrement attribuable aux médias, qui exploitent les biais cognitifs des gens pour faire du sensationnalisme.
L’autre domaine auquel Gardner s’attaque est la criminalité. À écouter les médias, le crime est un fléau de plus en plus important. En 2005, au Royaume-Uni, un sondage a démontré que 63% de la population croyait que le crime était en hausse au pays. Pourtant, entre 1995 et 2005, le taux de criminalité a diminué de 44%. Beaucoup de gens ont avantage à ce que les gens croient cela : les politiciens qui tentent d’obtenir des votes en promettant des mesures anti-crimes, les syndicats des policiers qui veulent plus d’effectifs et de budget, les ONGs en prévention de crime qui veulent des subventions et, surtout, les entreprises de sécurité et de systèmes d’alarme qui veulent faire de bonnes affaires.
Les fusillades dans les écoles ont été des événements marquants partout où elles se sont produites. Elles ont presque toujours donné lieu à des peurs irrationnelles de ces événements. Pourtant, les statistiques démontrent que malgré ces événements tragiques, mais extrêmement rares, les jeunes sont davantage en sécurité à l’intérieur des murs de leur école qu’à l’extérieur. En fait, la violence dans les écoles est en baisse de 50% par rapport à la dernière décennie et le taux de crimes sérieux est en baisse de 67%. La probabilité qu’un enfant soit assassiné dans une école américaine est si petite qu’elle ne peut être considérée statistiquement différente de zéro!
Le cancer chez les enfants est une autre chimère effrayante pour la population. Dès 1962, le cancer était la principale cause de mortalité chez les enfants, non pas parce que son incidence a augmenté, mais bien parce que les autres causes mortalité infantiles, telles que la diphtérie, ont été éliminées.
En fait, selon Gardner, la lutte contre le cancer a été soulevée par les environnementalistes qui ont réussi à rallier beaucoup de gens à leur cause en leur faisant croire que la pollution est responsable de nombreux cancers. En inculquant cette peur aux gens, les groupes écolos ont réussi à obtenir plus d’attention et de financement pour mener leurs activités.
Pourtant, ce que les faits scientifiques démontrent est que les substances chimiques synthétiques que l’on retrouve en infimes quantités dans le sang des humains ne sont pas des causes significatives de cancers. Selon l’American Cancer Society (2006), seulement 2% de tous les cancers résultent d’une exposition à une substance cancérigène provenant de l’environnement. Notez que cela inclut la pollution humaine, mais aussi les substances naturelles telles que le radon. En fait, beaucoup de végétaux que nous mangeons produisent naturellement des substances cancérigènes (café, carottes, céleris, noix, etc). Selon Bruce Ames, un chercheur sur le cancer de Berkeley, 99.99% des pesticides diététiques que nous absorbons sont naturels et la moitié de ces composés chimiques causent le cancer à forte dose. Selon lui, les substances chimiques produites par l’humain sont la cause de bien moins que 1% des cancers.
Le premier principe de toxicologie énoncé par Paracelsus au 16e siècle stipule que toutes les substances sont poison, sans exception. C’est la dose qui différencie un poison d’un remède. Ce qui compte n’est pas la nature des substances qui sont en nous, mais plutôt la quantité qui s’y retrouve. Et il s’avère que les quantités de pesticides et autres substances chimiques retrouvées dans le corps humain sont de 100,000 à 1 million de fois moins élevées que les quantités qui seraient susceptibles de causer un cancer (selon le scientifique Lois Swirsky Gold). Selon beaucoup de scientifiques, le message véhiculé par les diverses organisations environnementalistes est carrément faux et trompeur. Leurs objectifs sont davantage d’effrayer les gens que de les informer.
En fait, ce sont surtout les habitudes de vie qui causent le cancer : le tabac, l’alcool, l’obésité et le manque d’exercice (65% de tous les cancers). Il faut être critique envers les études alarmistes. Par exemple, certaines études démontrent que les gens qui vivent près des raffineries ont plus souvent le cancer. Cependant, les gens qui vivent dans ces quartiers sont généralement plus pauvres, et les gens plus pauvres pratiquent davantage le tabagisme. Une fois les données corrigées pour la cigarette, on ne dénote aucune différence au niveau des taux de cancer, raffinerie ou pas. Cependant, l’âge est le principal facteur de risque concernant le cancer, c’est pourquoi le taux de cancer est trois fois plus élevé en Floride qu’en Alaska (parce que la population y est plus vieille).
Il y a plusieurs années, un journaliste publiait un article à sensation mentionnant que le taux de cancer chez les enfants canadiens avait augmenté de 25% en 30 ans. En fait, l’augmentation est survenue entre 1970 et 1985, puis s’est arrêtée. En 1970, on dénotait 13 cas de cancer par 100,000 enfants, augmentant à 16.8 cas par 100,000 en 1985. Cependant, il faut noter qu’au cours de ces années, les techniques de dépistage du cancer se sont beaucoup améliorées et qu’un bien plus grand nombre de dépistages a été effectué. L’utilisation des ordinateurs a permis de mieux compiler, organiser et partager les données. Donc, l’augmentation du taux de cancer ne signifie pas que plus d’enfants ont le cancer, mais plutôt que plus de cancer sont dépistés, diagnostiqués et compilés dans les statistiques. Par ailleurs, en 1970, 7 enfants sur 100,000 sont décédés du cancer, alors qu’en 2000, ce chiffre avait diminué à 3, ce qui prouve que le taux de cancer n’a pas augmenté.
Dans un chapitre subséquent, Gardner s’en prend au principe de précaution. Ce principe implique que l’on doive interdire un produit ou une activité tant que nous n’avons pas la certitude que ce produit ou cette activité est sans risque. Il existe possiblement un risque que le chlore utilisé pour traiter l’eau potable cause le cancer? Cette pratique fut interdite en Amérique du Sud. Résultat? 2,000 cas de cholera.
Sommes-nous sûrs que les pesticides causent le cancer? Non, mais ce que nous savons est que si nous cesserions de les utiliser, la production de fruits et légumes diminuerait, tout comme leur consommation. Quel serait alors l’impact de cette mesure sur la santé des gens et sur les taux de cancer? Sommes-nous prêts à subir une perte certaine pour nous protéger d’un risque hypothétique? C’est ce que le principe de précaution suggère. Tel qu’énoncé précédemment, un grand nombre de composés chimiques naturels contenus dans les fruits et légumes peuvent possiblement causer le cancer, même s’ils sont produits par des techniques purement biologiques. Devons-nous bannir les fruits et légumes pour cela? C’est pourtant ce que le principe de précaution suggère.
L’une des grandes peurs du 21e siècle est certainement le terrorisme, surtout depuis le 11 septembre 2001. Cet attenta fut certes terrible, mais même en présumant qu’un tel événement survenait tous les mois aux États-Unis, le terrorisme ne serait pas un risque significatif pour l’américain moyen. La probabilité de mourir dans un attentat serait alors similaire à la probabilité de mourir dans un accident de la route.
Selon la base de données RAND-MIPT, il y a eu 10,119 attentats terroristes dans le monde entier entre 1968 et 2007, lesquels ont coûté la vie à 14,790 personnes, soit 379 morts par année. Aux États-Unis seulement, il y a à chaque année 497 personnes qui suffoquent accidentellement dans leur lit, 396 personnes qui s’électrocutent accidentellement, 515 qui se noient dans une piscine et 347 qui sont tués par des policiers.
De plus, la majorité de ces attentats sont survenus en Asie et au Moyen-Orient. Seulement 4,998 morts furent attribuables au terrorisme aux États-Unis et en Europe Occidentale entre 1968 et 2007. En fait, le terrorisme n’est définitivement pas un risque significatif pour les citoyens des pays occidentaux et il est d’ailleurs en déclin au cours des dernières décennies.
Le risque que représente le terrorisme a été grandement augmenté par les politiciens ainsi que par les lobbys des entreprises faisant partie du complexe militaro-industriel américain. Lorsque l’on s’éloigne de cette rhétorique fallacieuse, on réalise vite que cela ne tient pas debout. La fabrication d’armes de destruction massive requière des ressources financières et scientifiques très importantes, ainsi que des équipements très difficiles à obtenir. Ces armes sont hors de portée des organisations terroristes, voire même de plusieurs États.
Dans les années 1990s, Aum Shinrikyo, une organisation terroriste japonaise disposant de centaines de millions de dollar en actifs, de connections internationales, de laboratoires avancés ainsi que de scientifiques de calibre mondial formés dans les meilleures universités, a commis 17 attaques terroristes visant à tuer le plus grand nombre de gens possible. Au total, ils n’ont réussi à tuer qu’une centaine de personnes, soit beaucoup moins que les 168 personnes qui sont mortes à Oklahoma City quand un seul homme, Timothy McVeigh, a fait exploser une bombe artisanale fabriquée avec du fertilisant et de l’essence.
Selon Georges W. Bush en janvier 2002 : “le monde civilisé fait face à des dangers sans précédent (…) si nous n’agissons pas, une nouvelle vague de terrorisme impliquant potentiellement les armes les plus destructrices du monde pourrait survenir en Amérique (…) c’est le défi le plus formidable auquel notre nation n’a jamais fait face (…) la nation, voire même la civilisation sont en danger ». Il serait utile de rappeler à M. Bush que Al-Quaeda a réussi sont coup grâce à 19 fanatiques armés d’un couteau-exacto. Il va sans dire que c’est un ennemi puissant et sophistiqué…
En juin 2007, des terroristes ont tenté de commettre un attentat à l’aéroport JFK de New York. Les quatre hommes planifiaient de faire exploser un réservoir de carburant de l’aéroport. Pourtant, ils ne disposaient d’aucun contact à l’aéroport, n’avaient pas d’argent et, surtout, n’avaient pas d’explosifs en leur possession! Finalement, leur plan n’aurait pas fonctionné car selon un expert de l’aéroport, il est excessivement difficile de faire exploser ces réservoirs et même s’ils avaient réussi, l’explosion n’aurait pas pu se propager aux autres réservoirs par les tuyaux de connections comme ils l’avaient prévu. En fait, cet attentat était voué à l’échec, comme dans la plupart des cas.
La réalité est que l’administration Bush avait comme objectif de lier le terrorisme aux armes de destruction massive, ce qui justifierait de combattre Saddam Hussein. Le principe de précaution fut alors fortement utilisé par les politiciens pour justifier cette guerre contre l’Irak. Le risque de ne pas agir était présenté comme étant plus grand que le risque d’agir. Suite aux attentats, le taux d’approbation du président Bush était parfaitement corrélé au niveau de risque terroriste. Aucun politicien ne pouvait donc se permettre de déclarer que le risque n’était pas si grand. Bush a parfaitement utilisé la tactique consistant à faire peur aux gens pour ensuite leur promettre de les protéger en échange de leur vote et de leur contribution financière. Par ailleurs, le nombre de lobbyistes oeuvrant auprès du département de Homeland Security est passé de 15 en 2001 à 861 en 2004. La guerre au terrorisme est donc devenue une source de revenus importante pour les partis politiques américains ainsi que pour les entreprises impliquées. Les médias ont aussi saisi l’opportunité de captiver les auditoires en faisant du sensationnalisme. Tout ce qui indiquait que la menace terroriste était réelle faisait la une. Toute ce qui indiquait que le risque n’était pas si grand était ignoré. Ils ont ainsi créé une énorme boucle rétroactive contribuant à faire croire aux gens que le terrorisme est un risque de tous les instants.
En fait, tout cela démontre que les terroristes ont parfaitement réussi leur coup : ils ont réussi à créer une atmosphère de peur qui a mené à des sur-réactions et qui a contribué à faire avancer leur cause. L’invasion américaine de l’Afghanistan et de l’Irak a convaincus les musulmans les plus extrémistes que la cause de Ben Laden était juste; ils ont donc joint le mouvement jihadiste. En menant une « guerre contre le terrorisme », les américains ont transformé les fanatiques en soldats et Al-Quaeda en armée. En exagérant énormément l’ampleur de la chose, au point de déclarer qu’il s’agissait de la « Troisième Guerre Mondiale », les américains déclaraient implicitement que le jihad pourrait être assez puissant pour réussir à vaincre les États-Unis, ce qui fut une grande source de motivation pour ces extrémistes. Les actions de l’administration Bush ont donc fortement contribué à renforcir le terrorisme. Elles ont aussi contribué à faire des États-Unis une nation affaiblie et effrayée.
La question que Gardner pose ensuite est la suivante : est-ce que les centaines de milliards engloutis dans ces guerres auraient pu être mieux utilisés? Chaque année, la malaria tue 67 fois plus de gens que tous les gens tués par des attentats terroristes dans le monde depuis 40 ans. Cela vous donne un bon indice quant à la réponse…
L’auteur conclu son ouvrage remarquable en se demandant pourquoi les humains les plus en sécurité de l’histoire du monde (c’est-à-dire nous!) sont-ils aussi effrayés. La réponse est que le marketing de la peur est omniprésent. Les politiciens s’en servent pour obtenir des votes. Les entreprises s’en servent pour vendre leurs produits. Les activistes et ONGs s’en servent pour obtenir des dons et des subventions. Ces gens utilisent constamment nos biais cognitifs pour fausser notre jugement. Le message du livre est donc : fiez-vous à votre raison plutôt qu’à votre instinct et soyez conscients de vos biais cognitifs. Soyez critiques envers ceux qui veulent vous faire peur avec des risques surévalués. Questionnez les statistiques et demandez-vous si l’étude qui vous est présentée est réellement scientifique.
« Dead Aid: Why Aid Is Not Working and How There Is a Better Way for Africa”, par Dambisa Moyo & Niall Ferguson, 2010, 188 pages.
Ce livre complète très bien l’article que j’ai publié il y a quelques temps au sujet des effets néfastes de l’aide internationale aux pays du Tiers-monde. Il apporte énormément d’arguments (dont certains sont questionnables…) supportés par des exemples concrets, des données statistiques et des études empiriques. L’auteure est une économiste originaire du Zambie, supportée par le célèbre historien Britannique Niall Ferguson.
Selon Moyo, plus de US$ 1 billion en aide au développement a été transmise des pays riches à l’Afrique en 50 ans. Pourtant, le revenu réel par habitant est plus bas présentement que dans les années 1970s. L’aide n’a donc pas amélioré les choses. Pendant ce temps, une bonne douzaine de pays (surtout Asiatiques) ont connu une croissance de leur PIB de près de 10% par année et ont vu leur niveau de pauvreté diminuer fortement. Présentement, l’Afrique reçoit de l’aide internationale équivalant à 15% de son PIB, soit quatre fois plus que le Plan Marshall à son apogée.
L’aide internationale est facile à usurper puisqu’elle est, la plupart du temps, transmise directement aux gouvernements corrompus. Cette situation favorise la prise de contrôle de l’État par des individus corrompus puisque cette stratégie devient plus lucrative. Pour arriver à leurs fins, ces gouvernements interfèrent dans le système de justice et mine la protection des droits de propriété ainsi que des libertés civiles. Cela nuit à l’investissement étranger ainsi qu’à l’entreprenariat local et, par conséquent, à la création d’emploi, ce qui accentue la pauvreté.
Selon l’auteure, les frontières des pays Africains dessinées à la Conférence de Berlin en 1885 ont grandement nuit à l’essor économique et politique du continent, engendrant des petites nations divisées. Par ailleurs, selon une étude de Paul Collier, plus un pays est divisé ethniquement, plus il est propice à la guerre civile. Or, les pays africains comportent généralement beaucoup plus d’ethnicités différentes que les pays Asiatiques, ce qui a engendré plus de guerres civiles nuisibles.
Selon Moyo, les organisations reliées à l’aide doivent absolument justifier leur existence. Elles ont un incitatif à ce que la pauvreté perdure et certaines d’entre elles (Banque Mondiale et FMI) ont des agendas cachés. La Banque Mondiale emploie 10,000 personnes, le FMI 2,500, les agences de l’ONU 5,000 et les ONGs 25,000. Tous ces gens doivent, jour après jour, justifier leur travail. Soit ils prêtent, soit ils donnent, soit ils investissent, mais ils doivent faire quelque chose, même si c’est mal ficelé. Les aides ne mènent pas à des résultats durables et ne font que rendre ces populations dépendantes de ces organisations.
Plus loin, Moyo cite le Président du Sénégal, en 2002 :
« Je n’ai jamais vu un pays se développer avec l’aide. Les pays qui se sont développé, en Europe, en Amérique, au Japon, des pays Asiatiques comme Taiwan, la Corée et Singapour, ont tous embrassé le libre-marché. Il n’y a pas de mystère à cet égard. L’Afrique a pris la mauvaise route après l’indépendance. En fait, c’est maintenant le temps de corriger la situation et de ne pas se laisser bercer par le sensationnalisme médiatique et le populisme. "
L’auteure souligne finalement que des pays tels que l’Afrique du Sud et le Botswana, qui n’ont pas adopté un modèle basé sur l’aide internationale, ont bien mieux fait que les autres.
“The Consuming Instinct: What Juicy Burgers, Ferraris, Pornography, and Gift Giving Reveal about Human Nature”, par Gad Saad,
La thèse centrale du livre de Gad Saad est que les comportements de consommation des humains tirent leurs racines des impacts qu’a eut la sélection naturelle sur l’évolution de notre espèce. Pourquoi aimons-nous tant les aliments gras et sucrés? Pourquoi voudrions-nous gaspiller de grosses sommes d’argents pour acquérir une voiture de luxe? Pourquoi achetons-nous des cadeaux à nos proches?
Selon Saad, la théorie basée sur le « constructivisme social » largement répandue porte à croire que nos comportements ne sont pas innés, ils sont forgés par notre environnement durant notre processus de socialisation. Selon Saad, cette théorie est complètement fausse et mène les dirigeants d’entreprises ainsi que des gouvernements à prendre de mauvaises décisions.
D’ailleurs, au fil des pages de ce livre, Saad donne une grande quantité d’exemples de comportements observés au sein de toutes les cultures humaines. La raison pour laquelle ces comportements sont si universels est qu’ils tirent leur origine de l’évolution biologique de l’humain par la sélection naturelle, ils sont innés. Plusieurs de ces comportements sont reliés à la recherche de nourriture, à l’évitement des prédateurs et à la reproduction.
L’humain a longtemps évolué en situation de déficit calorique, si bien que nous avons développé une capacité à entreposer les calories sous forme de gras lorsque celles-ci sont « temporairement » plus abondantes. C’est pourquoi nous aimons tant le gras et le sucre, qui furent des denrées rares et précieuses à notre survie à une certaine époque. Et c’est donc pourquoi nous préférons les hamburgers gras de McDonald’s à un bouquet de brocoli cru. Les chaînes de fast-food on bien comprit ce fait.
Par ailleurs, l’humain a ce qu’on appelle un « instinct de stockage », c’est-à-dire que tant qu’il y a de la nourriture disponible, notre appétit nous poussera à nous empiffrer jusqu’à la pleine capacité de notre système digestif. On peut contrer le phénomène en évitant les buffets à volonté et en cuisinant de plus petites portions. S’il y en a moins dans notre assiette et sur la table, on a moins faim!
Pourquoi aimons-nous les épices? Parce que celles-ci servent à limiter les impacts des pathogènes dans notre alimentation. Et comme ces pathogènes sont plus prévalant dans les climats plus chauds, des études ont montré une corrélation positive entre températures climatiques et l’utilisation d’épices par les populations. Ce n’est pas une question de goût, c’est une question de survie!
Le dédain est aussi un comportement inné qui sert à nous protéger des pathogènes potentiels. Par exemple, des études ont démontré que la simple exposition à des photographies de gens qui éternuent et se mouchent suffit à déclencher une réaction de notre système de défense immunitaire. Ce n’est pas pour rien que certaines choses nous dégoûtent (les excréments, le vomis, la nourriture avariée, etc), c’est pour nous protéger.
Nos goûts concernant les lieux où nous aimons habiter sont aussi influencés par notre évolution. Les humains aiment les topographies à flanc de montagne (facile de se protéger des prédateurs et de voir au loin), qui sont près d’une étendue d’eau. C’est pourquoi les maisons et terrains riverains valent beaucoup plus cher que les autres, tout comme les chalets en montagne.
Les ptilonorhynchidés (un oiseau jardinier de l’Océanie) bâtissent des structures ressemblant à des berceaux pour attirer les femelles. Plus le berceau est élaboré et bien construit, plus la femelle sera excitée. Saad insinue que les résidences cossues des quartiers riches servent, au même titre que les nids des oiseaux, de phénotype étendu; un signal du statut du propriétaire.
Concernant l’aspect reproduction, Saad considère que nous nous comportons comme des produits sur le marché de l’accouplement, sur lequel nous tentons de nous démarquer en envoyant des signaux (cosmétiques, talons hauts, voitures de luxe, coiffure, chirurgie plastique, etc).
Beaucoup d’études ont démontré que la beauté est un indice de fertilité et que celle-ci n’est pas un concept subjectif. Il existe bel et bien des critères universels de beauté forgés par notre évolution. Il a d’ailleurs été démontré que la symétrie du corps est un critère de beauté très important. Un article publié dans Nature par William M. Brown a démontré que les qualités de danseur des hommes sont corrélées positivement à leur symétrie corporelle…et donc à leur fertilité! Cela explique donc pourquoi les hommes aiment danser (pour se montrer) et que les femmes aiment les hommes qui dansent bien.
Le ratio de mensuration presque universellement préféré des hommes est det 0.68 à 0.72. Cependant, des études ont démontré que dans les environnements où les calories sont plus rares, les hommes préfèrent les femmes plus « ronde »!
En général, les femmes préfèrent les hommes ayant une voix grave et profonde. Ces types de voix sont liés à une plus grande exposition à la testostérone durant la puberté. Des études ont démontré que le type de voix des hommes est corrélé à leur capacité de reproduction.
Une étude menée par Saad lui-même a démontré que le niveau de testostérone des hommes augmente significativement lorsqu’ils conduisent une voiture de sport. Ces voitures agissent tel un signal sexuel du statut du conducteur (un phénotype étendu). D’ailleurs, lorsque l’on montre aux femmes des photos d’hommes se tenant à côté d’une voiture luxueuse et d’autres où l’homme se tient à côté d’une voiture économique, les femmes trouvent les premiers plus séduisants. Le signal de prestige de la voiture est donc transféré à la perception morphologique de l’homme qui la possède. Ceci étant dit, cela ne fonctionne pas si on inverse les genres; les hommes sont indifférents quant à la voiture de leur partenaire potentielle.
Même chose au niveau des vêtements. Lorsqu’on leur montre des photos d’hommes, les femmes préfèrent systématique les hommes portant des vêtements évoquant un statut élevé (complet haut de gamme, habit de chirurgien, toge d’avocat, etc). Pour les hommes, le statut évoqué par l’habillement des femmes n’a aucune importance significative.
Dans une expérience menée il y a plus de 40 ans, des chercheurs ont arrêté une voiture de luxe à un feu rouge. Une fois le feu tourné au vert, la voiture de luxe demeurant immobile, ils ont mesuré le temps écoulé avant que le conducteur de la voiture bloquée à l’arrière ne klaxonne. Ils ont ensuite refait l’expérience avec une voiture de moindre statut et ils observèrent que le klaxonnement venait beaucoup plus rapidement que dans le premier cas. Il semble donc que ce comportement indique une forme de soumission envers les individus affichant un statut supérieur.
Dans le monde animal, les échanges de nourriture contre un accouplement sont très fréquents (Saad mentionne les antilopes et les chimpanzés), tout comme chez l’humain. Dans beaucoup de cultures, le mariage implique un cadeau venant de l’époux à sa concubine, souvent sous la forme d’un jonc. La valeur du jonc agit comme un signal de la capacité de l’homme à subvenir aux besoins en ressources de sa future épouse et de leur éventuelle progéniture. Par ailleurs, le jonc sert à compenser (symboliquement) la femme pour l’engagement parental moindre de l’homme.
Saad réfère souvent au cycle menstruel des femmes dans le livre, comme d’un indicateur de leur activité hormonale et de leur niveau de fertilité. Les montants de pourboires générés par les danseuses nues sont liés à leurs cycles menstruels. Plus elles sont près de leur période de fertilité maximale, plus les pourboires sont élevés.
Pourquoi les hommes aiment-ils les femmes qui portent des talons aiguilles? Parce que la contraction des muscles de la jambe qu’ils causent la place dans une posture évoquant la copulation. Par ailleurs, les talons aiguilles allongent la jambe, ce qui est un phénotype important pour l’homme.
Pourquoi les femmes portent-elles des cosmétiques? Il y a plusieurs raisons. Premièrement, ils sont utilisés pour répliquer les signes d’excitation sexuelle (rougeurs des lèvres et des joues). Deuxièmement, ils sont utilisés pour rajeunir en lissant la peau, en l’adoucissant et en éliminant les imperfections. Troisièmement, ils sont utilisés pour augmenter le niveau de symétrie du visage. Dans les trois cas, les cosmétiques servent à artificiellement augmenter les signes de fertilité sous le regard des hommes. Par ailleurs, 83% des femmes souffrant d’acné souffrent aussi du syndrome des ovaires polykystiques, qui nuit à la fertilité. C’est pourquoi l’acné a un effet répulsif sur l’homme. Il est aussi intéressant de noter que la qualité de la peau d’une femme varie durant son cycle menstruel, devant plus attrayant lorsque le niveau de fertilité est maximal.
Pourquoi les femmes s’épilent? Parce que le poil chez la femme est un signal d’une plus grande sécrétion d’androgène et d’une plus faible sécrétion d’estrogène, une condition défavorable à la fertilité. Par ailleurs, les femmes qui ont des cheveux longs, soyeux et éclatants sont généralement en meilleure santé que la moyenne, et donc plus aptes à la reproduction.
La consommation est beaucoup utilisée pour « tricher » au jeu de la séduction. Les femmes portent des brassières « push-up », des gaines, des talons-hauts, des cosmétiques et représentent 90% des patients de chirurgie plastique, alors que les hommes s’achètent des imitations d’items de luxe (fausses montres, etc) et mentent sur leur emploi et sur leurs diplômes pour signaler un statut supérieur.
Pourquoi les humains adoptent-ils des comportements altruistes? Tout d’abord, lorsqu’il est question d’individus qui partagent nos gênes (i.e. de notre famille), nous avons un « intérêt évolutionnaire » à agir de manière à favoriser la propagation de nos gènes. Puis, la philanthropie est un signal de statut, un phénotype étendu au même titre qu’une voiture de luxe ou une résidence cossue.
Pourquoi aimons-nous jouer (à des sports, des jeux de société et des jeux vidéos)? Parce que les jeux nous permettent de nous préparer à certaines éventualités en testant des comportements et des stratégies dans un environnement à faible risque.
Avez-vous remarqué que dans une famille de plusieurs enfants, il y a toujours un studieux, un sportif et un rebelle. C’est que chaque enfant tente de se positionner dans une niche inoccupée de façon à apparaître unique aux yeux de ses parents. L’objectif de cette stratégie est de ne pas être redondant et potentiellement délaissé.
L’un des concepts les plus souvent évoqués par Saad dans le livre est celui de l’incertitude paternelle : le père ne peut jamais être certain que l’enfant est vraiment de lui, alors que pour la mère c’est une quasi certitude. Cela influence l’investissement que chaque parent est prêt à sacrifier pour l’enfant. Plusieurs études ont démontré que les grand-mères maternelles sont celles qui investissent le plus dans leurs petits-enfants car leur incertitude est la plus faible. À l’inverse, les grand-pères paternels, qui subissent deux générations d’incertitude paternelle, sont ceux qui s’investissent le moins.
Selon l’auteur Britannique Quentin Crisp, « les jeunes ont toujours le même problème : comment se rebeller et se conformer en même temps. Ils ont maintenait résolu cela en défiant leurs parents et en se copiant les uns les autres. » Le but d’un jeune adolescent est d’être aussi identique que possible aux membres de son groupe social, tout en étant aussi différent que possible de ceux qui n’ont font pas partie. En fait, les humains cherchent à atteindre un équilibre optimal entre ces deux tensions opposées : la conformité et l’individualité.
Pourquoi aimons-nous supporter des équipes sportives gagnantes? L’humain est un animal social qui forme des hiérarchies à l’intérieur de son groupe. Il est donc normal que l’humain veuille être associé aux « gagnants ». En passant, une étude a démontré que les joueurs de soccer masculins ont des niveaux de testostérone plus élevés lorsqu’ils jouent à domicile, évoquant une forme de défense territoriale.
Pourquoi les humains aiment-ils les produits culturels (e.g. musique)? Parce que c’est un signal sexuel au même titre que la queue du paon. D’ailleurs, Saad avance que les paroles de chansons reflètent largement cette dynamique. La littérature et le cinéma nous permettent de nous évader dans des mondes fictifs forgés pour interpeler les forces biologiques universelles qui nous animent.
Des études ont démontré que lorsqu’il est question d’infidélité, les hommes craignent davantage l’aspect sexuel alors que les femmes craignent l’aspect émotif. La raison est simple : les hommes subissent les effets de l’incertitude paternelle alors que les femmes craignent d’être abandonnées par celui qui fourni les ressources et la protection à la femme et ses enfants.
Dans beaucoup d’espèces animales, incluant l’humain, la couleur rouge est associée à un niveau plus élevé de testostérone, un indicateur de dominance et d’agressivité potentielle. Une analyse des jeux Olympiques de 2004 a démontré que les boxeurs portant le rouge avaient un taux de victoire significativement plus élevé.
L’effet Coolidge réfère au penchant qu’ont les mâles de la plupart des espèces animales (incluant l’humain) à rechercher la variété sexuelle, c’est-à-dire de s’accoupler au plus grand nombre de femelles possible. Selon la théorie de l’investissement parental, il est logique que les hommes se comportent ainsi.
Selon les adeptes de la théorie du constructivisme social, les consommateurs sont souvent irrationnels parce qu’ils manquent de connaissances; ils ont donc besoin d’être davantage éduqués. En fait, ces comportements ne sont que des dérives de mécanismes nécessaires à notre survie. Ils sont imbriqués dans notre instinct. Les politiques publiques fondées sur le constructivisme social sont donc vouées à l’échec.
Pour Saad, nos péchés capitaux ont tous des racines biologiques. Par exemple, la consommation compulsive réfère à notre tendance à l’accumulation (hoarding).
Les opérateurs de casino engagent des femmes attrayantes pour que celles-ci déambulent dans leur établissement. Leur présence fait augmenter le niveau de testostérone des parieurs, qui sont par la suite enclins à prendre plus de risque, au profit du casino. En fait, une simple photo suffit à déclencher le processus. La prise de risque est un moyen employé par les hommes pour se démarquer de leurs rivaux. L’appât du gain joue aussi un rôle important puisque l’homme est sur-emballé par la perspective de disposer de ressources importantes qui lui permettront d’impression la gente féminine.
Des études ont démontré que le ratio entre la longueur de l’index et de l’auriculaire est une mesure indiquant l’exposition d’un feotus à l’androgène dans l’utérus. Cette mesure est un proxy de la « masculinité » d’un homme et, par le fait même, de son appétit pour le risque. Ainsi, ce ratio est un prédicteur statistiquement significatif du niveau de succès des négociateurs boursiers, lesquels ont un ratio plus élevés que la moyenne des hommes en général. Ce ratio est aussi prédicteur des aptitudes athlétiques des hommes. Des études ont montré que les joueurs de soccers qui ont un ratio plus élevé sont de meilleurs joueurs.
Par ailleurs, les hommes ont des préférences temporelles différentes des femmes. Les individus de gendre masculin valorisent davantage les bénéfices à court terme que les membres de la gente féminine. Les hommes accordent plus d’importance aux récompenses immédiates de leurs actions et se soucient moins des conséquences potentielles à long terme. Ils sont aussi plus impatients. D’ailleurs, ce penchant s’accentue lorsqu’on montre à un homme des photos de belles femmes en petite tenue! Notre horizon temporel se raccourci aussi lorsque nous avons faim.
Sur le marché du travail, les hommes sont plus enclins à embaucher de belles femmes que les femmes sont enclines à embaucher des hommes séduisants. Par contre, les femmes sont plus enclines à ne pas embaucher une belle femme que les hommes le sont à ne pas embaucher d’hommes séduisants. Autrement dit, la rivalité intra-gendre est beaucoup plus intense chez les femmes que chez les hommes.
Les diplômés de MBA, les avocats et les quart-arrières de la NFL qui sont plus séduisants (tel que mesuré par leur symétrie faciale) récoltent des salaires de départ plus élevés que les autres. Quant aux enseignants, plus ils sont beaux, plus leur évaluation par leurs étudiants et étudiantes sera positive. En général, le succès d’un homme dans sa carrière est corrélé à sa grandeur. D’ailleurs, aux élections présidentielles américaines, le candidat le plus grand l’emporte presque toujours.
Des chercheurs ont montré des photos de candidats politiques à de jeunes enfants et ceux-ci sont capables d’identifier celui qui a gagné son élection simplement qu’en les regardant. D’autres études ont démontré que les caractéristiques faciales des PDG du Fortune 1000 sont fortement corrélées aux niveaux de profits de leur entreprise.
En somme, ce livre est très divertissant, bourré de faits intéressants et plaira beaucoup aux adeptes des livres de Richard Dawkins. Notez que ce livre a une orientation très marketing. Il aurait été intéressant qu’il traite davantage des implications politico-économiques de ces faits. En somme, je le recommande à tous ceux que le sujet intéresse.
Je termine ce compte-rendu par une citation intéressante de Saad au sujet de la religion :
“It is impossible to provide an accurate historical estimate, but the number of deaths caused by religious strife is certainly greater than several hundred million. That said, the misery inflicted by religion is not simply measured by death totals. Religion parasitizes the human mind in the most insidious of ways. It teaches people that the suspension of reason, logic, and evidence is laudable. It infantilizes the human spirit by holding people captive to superstitions and fairy-tales. It holds humans in eternal bondage to celestial dictators (to use Hitchens’s poignant term). It turns close neighbors into enemies (witness the Lebanese civil war, the recent conflict in the Balkans, and the sectarian violence in Iraq). The misery-inducing capacity of religion is genuinely limitless.”
“Economic Facts and Fallacies”, Thomas Sowell, Basic Books, 2007, 239 pages.
Ce livre de Thomas Sowell vise à démystifier certains sujets pour lesquels beaucoup d’individus (journalistes, politiciens, etc) entretiennent des mythes qui perdurent et qui mènent à des politiques publiques inefficaces, voire néfastes.
Dans son premier chapitre, Sowell s’attaque à la planification urbaine. Les villes et banlieues ne se développent pas comme les planificateurs le voudraient, mais ce développement n’est toutefois pas désordonné, il respecte les préférences des gens. Les fonctionnaires font plus de tort que de bien en forçant les gens à s’adapter à leur vision et à agir contre leur gré. Pour Sowell, les gens ne sont pas des objets inanimés – des pièces d’échec – prêts à faire partie d’un plan expérimental.
La congestion routière est généralement causée par la gratuité des routes, qui fait en sorte que les usagers les utilisent davantage que s’ils avaient à en assumer tous les coûts, incluant les coûts reliés à la congestion routière, soit plus de $1,500 par année/conducteur à Los Angeles selon une étude citée dans le livre. Les experts-planificateurs quant à eux voient la congestion comme un bon moyen de forcer les gens à délaisser leur auto pour prendre le transport en commun. Les politiciens et fonctionnaires des villes y voient un bon moyen de freiner l’exode des citadins vers les banlieues, hors de leur zone de taxation. Cependant, ces politiques engendrent des problèmes économiques significatifs pour la population. Par exemple, à Cincinnati (et dans la plupart des villes), les résidents peuvent rejoindre en voiture les lieux de 99% des emplois offerts dans la région en 20 minutes ou moins (hors-pointe). Avec le transport en commun, c’est moins de 50% en 40 minutes. En forçant les gens vers le transport en commun, on réduit leur accès à beaucoup d’emplois.
Le deuxième chapitre concerne les différences salariales entre les hommes et les femmes. Durant les premières décennies du 20e siècle, quand la présence des femmes aux études supérieures et dans des occupations de « haut niveau » était plus élevée que dans les années 1950s, l’âge médian des femmes à leur mariage était aussi plus élevé. C’est lorsque l’âge du mariage s’est mis à diminuer que la présence des femmes dans des disciplines professionnelles mieux rémunérées a décru.
La raison la plus importante pour laquelle les femmes ont des salaires inférieurs aux hommes n’est pas qu’elles sont payées moins pour faire le même travail, mais plutôt que leur distribution d’emplois est différente, qu’elles travaillent moins d’heures et que la continuité de leur travail est souvent interrompue. Les femmes qui ont un diplôme universitaire, célibataires, sans enfant, qui travaillent à plein temps et qui ont entre 40 et 64 ans gagnent 18% de plus que les hommes. Les femmes diplômées en ingénierie, journalisme, gestion de portefeuille et en technologies médicales gagnent plus que les hommes pratiquant ces professions, mais les femmes sont beaucoup moins nombreuses que les hommes dans ces professions. Une étude datant de 1994 et portant sur les gradués d’école de droit a démontré que les salaires de départ des femmes étaient supérieurs de plus de 4% à ceux des hommes. Une étude du New England Journal of Medecine a montré qu’en 1990, après ajustement pour la spécialité, le type de pratique et d’autres caractéristiques, il n’y avait aucune différence salariale entre les jeunes médecins masculins et féminins.
En moyenne, à âge et éducation égaux, les hommes mariés ont des salaires plus élevées que les hommes célibataires. C’est que le temps que les célibataires dépensent à faire les courses, préparer les repas, faire le ménage, sortir dans les bars et restaurant, est disponible en entier ou en partie aux hommes mariés pour faire avancer leur carrière, et ce grâce à la contribution de leur épouse, qui se retrouve à faire un « investissement » dans la carrière de son mari. Ceci étant dit, les femmes bénéficient de ces salaires plus élevés car elles sont responsables de 80% des dépenses des ménages.
Au troisième chapitre, Sowell traite des mythes associés au réputé système d’éducation universitaire américain, au sein duquel Sowell œuvre. Il souligne que les coûts associés à l’éducation universitaire ont augmenté beaucoup plus rapidement que l’inflation et que le revenu disponible des ménages. Plus il y eu d’argent disponibles pour l’éducation provenant de subventions gouvernementales, de dons privés et de prêts étudiants, plus les écoles sans but lucratif ont augmenté leur bureaucratie et leurs dépenses inutiles. Une entreprise recherchant le profit cherchera à accomplir une tâche le plus efficacement possible en utilisant le moins de ressources possible, alors que pour les écoles à but non-lucratif, c’est souvent le contraire puisque le salaire et le prestige des dirigeants y est corrélé au nombre d’employés et à la taille du budget.
Pourtant, les moyens d’évaluer et de comparer ce que les étudiants obtiennent contre ces sommes faramineuses sont déficients et confus. C’est que la plupart des agences d’accréditation n’observent que les intrants (e.g. nombre de livres à la bibliothèque ou la taille des laboratoires) et négligent les extrants. Cela pousse les écoles à dépenser énormément pour augmenter les intrants et ainsi améliorer leur score, alors que la qualité de l’éducation ne s’y améliore pas vraiment.
Par ailleurs, les coûts reliés à l’admission des étudiants sont effarants. Tout d’abord, les universités font beaucoup de publicité pour attirer le plus de demandes possible, afin de pouvoir en rejeter le plus possible, car un bas taux d’acceptation est considéré comme un critère de qualité, de sélectivité et d’exclusivité. Ensuite, ces écoles se dotent d’une véritable armée de dépisteurs qui parcourent le pays pour analyser les candidatures et dénicher les « meilleurs » étudiants. Comme l’affirmait un responsable des admissions de l’Université Stanford : « si nous n’admettions les étudiants qu’en fonction de leur score SAT, je n’aurais pas ce travail. »
Le fait qu’une université ne recherche pas le profit ne signifie pas qu’elle soit indifférente à l’argent et qu’elle ne poursuivra pas celui-ci avec assiduité. Les universités qui ont des lobbys oeuvrant auprès des politiciens fédéraux dépensent en moyenne plus de $100,000 à cet égard et récoltent par la suite $1 million en fonds gouvernementaux.
Chaque dollar dépensé par les universités est considéré comme étant un coût. Pourtant, ces dépensent n’améliorent pas toujours la qualité de l’éducation. Sowell donne plusieurs exemples, dont celui de l’Université Princeton qui a fait construire un nouveau dortoir pour 500 étudiant, avec des fenêtres en verre cathédrale et cadre en acajou, avec une salle à dîner comportant un plafond de 35 pieds de hauteur, le tout au coût de $130 millions. Sowell relate que l’Université Baylor a fait augmenté la hauteur de son mur d’escalade de 41 à 52 pieds suite à ce que l’Université Texas A&M en ait construit un de 44 pieds. Puis, l’Université de Houston en a construit un de 53 pieds, qui fut vite surpassé par celui de l’Université du Texas à San Antonio. Comme quoi les murs d’escalade mènent à des escalades de coûts, refilés aux contribuables puisque le gouvernement subventionne ces « coûts » excessifs. En revanche, les coûts des universités à but lucratif sont plus directement reliés à l’éducation en elle-même et sont mieux contrôlés. D’ailleurs, aucune de ces institutions, incluant l’Université de Phoenix qui a plus d’étudiants que n’importe quelle université à but non-lucratif, n’a de stade de football.
Une bonne part des coûts des universités sans but lucratif sont reliés à la recherche. C’est d’ailleurs la qualité de la recherche et la réputation de certains de leurs professeurs qui fait la renommée des universités les plus prisées. Pourtant, cette recherche ne sert souvent qu’à améliorer le c.v. et à faire avancer la carrière de certains professeurs et la plupart des étudiants de premier cycle n’en bénéficient pas et n’ont pas accès aux fameux professeurs-vedettes.
Les subventions qui servent à aider les étudiants dont les familles ne sont pas assez riche pour payer leurs études donnent un incitatif aux écoles à maintenir les frais de scolarités dispendieux. Ainsi, lorsque les subventions aux étudiants sont augmentées, les universités augmentent les frais de scolarité d’un montant équivalent et dépensent l’argent sur des intrants qui rendent leur école plus concurrentielle sur les palmarès et plus attrayante pour les étudiants.
Concernant les dettes d’étude, un tiers des étudiants n’ont pas de dette alors que les autres ont une dette moyenne de $20,000, soit environ le prix d’un Ford Escape. Pourtant, personne ne clame que le poids de la dette automobile est « écrasant » et que le gouvernement doit subventionner l’achat d’automobiles. Par ailleurs, le gradué moyen gagnera un salaire supérieur au contribuable moyen, il est donc injuste de forcer les contribuables à subventionner les étudiants.
En somme, Sowell conclut que le mode de financement des universités américaines donne trop de latitude aux administrateurs de ces institutions, comparativement à ceux oeuvrant pour des entreprises dont la survie dépend de leur capacité à satisfaire leurs consommateurs au plus bas coût possible. Il n’est donc pas surprenant que ces individus prennent des décisions qui servent davantage leurs intérêts que ceux des étudiants, ce qui mène à des niveaux exubérants de frais de scolarité.
Au chapitre suivant, Sowell traite des fameuses inégalités de richesse. Selon les statistiques, le revenu réel moyen des ménages américains n’a cru que de 6% entre 1969 et 1996. Cette statistique est souvent citée sur un ton sensationnaliste pour dénoncer la stagnation du niveau de vie des masses. Pourtant, le revenu réel moyen par habitant a cru de 51% sur la même période. La différence s’explique simplement par le fait que le nombre d’individus par ménage a diminué, ce qui n’est pas mentionné par tous ces journalistes qui relatent les statistiques de revenu des ménages. La consommation a quant à elle augmenté de 74%, grâce aux innovations qui ont fait baisser le coût des produits.
Par ailleurs, en 2001, une étude a révélé que la majorité des gens considérés comme pauvres selon les statistiques avaient un climatiseur, une télévision couleur, une micro-onde, soit un lecteur VHS ou DVD, et un véhicule automobile, alors qu’en 1971, moins de la moitié des Américain avaient de tels biens. Peut-on vraiment parler de stagnation?
L’autre erreur prépondérante est de confondre revenu et richesse. Beaucoup de gens ont peu ou pas de revenus et sont pourtant bien loin d’être pauvres : les femmes d’hommes riches (ou vice-versa), les individus dont la carrière est axée sur la vente (e.g. agent immobilier) qui connaissent une mauvaise année, les étudiants qui graduent au milieu de l’année n’obtenant que la moitié de leur première année de salaire, les médecins et dentistes qui n’ont pas encore une grosse clientèle et qui, pour le moment, font moins que leur potentiel, des retraités qui vivent sur leurs revenus de placement. Par exemple, imaginez un retraité dont le seul actif est une participation de $150 million dans l’entreprise Osisko. Si cette année le prix de l’action ne varie pas et comme cette entreprise ne paie pas de dividendes, le revenu annuel de ce retraité serait de $0; serait-il pauvre pour autant? En somme, cette erreur consiste visualiser la richesse comme un flux, alors que c’est plutôt le stock de richesse qui importe.
Par ailleurs, ceux qui mesurent la richesse en tant que revenu font souvent l’erreur de considérer les quintiles comme étant des groupes statiques, ce qui est une grave erreur car les individus qui les composent changent de quintile au fil du temps. Il est plus cohérent de suivre l’évolution d’individus plutôt que d’entités statistiques. Ainsi, les revenus moyens des américains de 25 ans et plus qui ont soumis un rapport d’impôts en 1996 et qui se situaient dans le plus bas quintile avaient augmenté de 91% en 2005. En revanche, les revenus des individus se situant dans le premier percentile – c’est-à-dire les 1% ayant les revenus les plus élevés – avaient vu leur revenu diminuer de 26% en 2005. D’ailleurs, plus de la moitié de ceux-ci ne figuraient plus dans le 1% en 2005.
Une autre étude de l’Université du Michigan a démontré que seulement 5% des individus situés dans le cinquième quintile des revenus en 1975 y était encore en 1991, alors que 29% d’entre eux avaient atteint le premier quintile à cette date. Plus de la moitié des individus du dernier quintile en 1975 avaient été dans le premier quintile pendant au moins une année entre 1975 et 1991.
Selon la liste Forbes 400 de 1982, 21% des 400 avaient hérité de leur fortune; en 2006 c’était moins de 2%. Ensuite on veut nous faire croire que les riches s’enrichissent alors que les pauvres s’appauvrissent?
Plus loin, Sowell relate une citation amusante (et stupide) de l’économiste Paul Krugman, qui dénonce le fait que la classe moyenne est plus petit aujourd’hui qu’en 1973. Cela est simplement dû au fait que Krugman n’ajuste pas les braquettes de revenu pour l’inflation! Donc, au fur et à mesure que les revenus de la classe moyenne augmentent, ces individus sortent de la braquette observée, ce qui donne l’impression que leur nombre diminue.
Certains croient que des individus ne méritent pas leur salaire, qu’il est immoral de les laisser s’enrichir ainsi. Pourtant, dans une économie libre, les salaires sont déterminés par l’offre et la demande sur le marché. Pour Sowell, le marché n’est pas un séminaire moral servant à évaluer le mérite des gens. C’est plutôt un système qui sert à générer la richesse dont le niveau de vie des masses dépend.
Sowell s’intéresse ensuite aux mythes associés aux races. Étant lui-même de race noire, il n’est pas surprenant que cet économiste se soit intéressé à ce sujet. Sowell explique d’abord que race ou l’ethnie n’est pas la seule différence entre les différents groupes raciaux. Par exemple, l’âge moyen des afro-américains est de 5 ans inférieur à la moyenne nationale. Ce facteur à lui seul peut expliquer une bonne part des différences de revenus entre les noirs et le reste de la population.
Concernant l’esclavage, une excuse fréquente pour expliquer le sort des noirs, peu de gens savent qu’il y a eu davantage d’Européens enlevés et soumis à l’esclavage par des Africains du Nord entre 1500 et 1800 (plus d’un million) que d’Africains transportés aux États-Unis (ou ses colonies à l’époque) et soumis à l’esclavage. Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, l’esclavage n’est pas une question de race ou de racisme. L’esclavage a devancé l’existence du racisme de plusieurs milliers d’années. L’origine esclavagiste des Afro-américains n’est pas une excuse valable pour expliquer quoi que ce soit quant à leur sort actuel et à leurs accomplissements.
Ceci dit, l’esclavage se déroulait surtout dans le Sud des États-Unis. C’est pour cette raison qu’encore aujourd’hui, 90% des Afro-américains vivent dans les états du Sud, contre seulement 33% des blancs. C’est une différence importante puisque la culture du Sud est différente et les écoles du Sud ont longtemps été inférieures en termes de quantité et de qualité. Durant la première guerre mondiale, les soldats blancs du Sud avaient des notes moyennes inférieures à ceux du Nord à leurs tests mentaux. Ce n’est pas pour rien qu’on les appelait les « rednecks ». Ainsi, pendant des décennies, les Afro-américains ont reçu une quantité et une qualité inférieure d’éducation dans le Sud, en compagnie des « rednecks », un fait qui peu expliquer une bonne partie de leurs accomplissements scolaires et intellectuels subséquemment inférieurs à ceux des blancs, dont la population est mieux répartie entre le Nord et le Sud.
L’autre particularité des ménages Afro-américains est que le père de famille est souvent absent. Malheureusement, Sowell ne fournit pas d’explication relativement à cette situation non-négligeable. En 2000, les ménages noirs avaient des revenus équivalents à 66% de la moyenne nationale. Cependant, les couples mariés noirs avaient des revenus équivalents à 88% des couples mariés blancs.
En somme Sowell ne pense pas que les noirs soient sujets à de la discrimination au sein de l’économie américaine. La raison est que la discrimination a un coût significatif pour celui qui la pratique. Par exemple, un organisateur raciste de tournoi de golf de la PGA, qui exclurait Tiger Woods de son événement parce qu’il est noir subirait un coût évident en termes de revenus perdus. Ainsi, un employeur qui pratique la discrimination, toute chose égale par ailleurs, devra soit payer des salaires plus élevés, soit endurer des employés moins productifs. Dans un environnement concurrentiel, cette entreprise aura un désavantage compétitif et sera éventuellement évincée du marché.
Ainsi, Sowell note que la discrimination est plutôt rare chez les entrepreneurs qui recherchent le profit, même en Afrique du Sud sous l’Apartheid. Par contre, Sowell note qu’avant que la discrimination raciale ne devienne illégale aux États-Unis, les organisations sans but lucratif, telles que les universités, les syndicats et les hôpitaux, discriminaient allègrement, parce que leur survie ne dépendait pas de leurs profits et parce que leurs coûts de discrimination étaient supportés par les contribuables ou les donateurs.
Sowell cite une étude de 1980 montrant que les salaires moyens des couples afro-américains mariés qui détiennent un diplôme universitaire étaient un peu plus élevés que ceux des blancs. Une autre méthode consiste à ajuster les salaires non pas en fonction du nombre d’années d’études, mais en fonction des résultats à des tests d’aptitudes. À cet égard, une étude de 1991 montre que les salaires ajustés des noirs sont 9% plus élevés que ceux des blancs.
Le chapitre final du livre porte sur les pays du tiers-monde. Certains croient que ces pays sont pauvres parce qu’ils ont été conquis et colonisés par des nations plus avancées. Cependant, cela n’explique pas pourquoi ces pays étaient plus pauvres et moins avancés avant d’être conquis. Sowell souligne qu’à un moment de leur histoire, tous les pays ont déjà été sous-développés.
D’autres blâment la surpopulation et la trop grande densité de population. Il n’y a pourtant aucun lien statistique entre la densité de population et le niveau de richesse. Le Japon a une densité de population nettement supérieure aux pays africains les plus pauvres.
L’autre explication populaire quant au niveau de richesse d’un pays est liée à sa quantité de ressources naturelles. Pourtant, des pays tels que l’Uruguay et le Venezuela ont des quantités de ressources naturelles par habitant maintes fois supérieures à la Suisse et le Japon.
Ensuite, Sowell mentionne que l’isolation géographique est une cause importante de la pauvreté des pays du tiers-monde; que ce soit par des déserts, des montagnes ou des îles éloignées. Cette explication est nettement plus plausible que celles énoncées ci-haut.
Selon la Banque Mondiale, le ratio des revenus des 20 pays ayant les revenus les plus élevés sur ceux des 20 pays aux revenus les moins élevés est passé de 23x en 1960 à 36x en 2000. Certains en ont profité pour clamer que la mondialisation avait creusé l’écart entre les pays riches et les pays pauvres. Cependant, ces pays n’ont pas été les mêmes de 1960 à 2000. Si on suit l’évolution des pays faisant partie de ces deux catégories en 1960, on constate que le ratio a en fait diminué de 23x à 10x en 2000.
L’exemple fourni par Sowell est celui du Japon. Le Japon du 17e siècle a adopté une politique de nationalisme et d’autarcie, et ce jusqu’au milieu du 19e siècle. C’est alors que le pays a réalisé l’ampleur de son retard et à quel point il était pauvre. Le Japon entreprit alors des réformes visant à l’ouvrir sur le monde, ce qui le propulsa parmi les pays les plus riches de la terre. N’ayant jamais été conquis à l’époque, le pays n’aurait pas pu rejeter le blâme sur le colonialisme et s’apitoyer sur son sort. De plus, ayant été isolé du commerce international et des investissements étrangers pendant si longtemps, il n’aurait pas pu blâmer l’exploitation par les pays riches et la mondialisation comme étant des causes de sa pauvreté.
Pour Sowell, les facteurs qui expliquent la pauvreté des nations du Tiers-Monde sont internes. C’est en partie pour cela que le niveau de vie des anciennes colonies Sub-Saharaniennes a diminué suite au départ des colons et ce malgré les nationalisations d’entreprises et l’aide étrangère. Les nations qui sont sorties de la pauvreté ont appliqué des politiques de changement internes : l’Écosse, le Japon, la Chine, la Korée du Sud, Singapour, etc.
Puis, l’auteur explique que le facteur qui explique le manque de développement de ces pays est l’absence de droits de propriété et de marchés financiers efficaces.
Ce chapitre complète bien mon article sur l’aide internationale aux pays africains. Sowell explique que l’aide internationale est en fait inutile. Concernant les statistiques sur le Tiers-monde, Sowell mentionnent qu’elles surestiment leur niveau de pauvreté puisque la majeure partie de l’activité économique qui s’y déroule n’est pas comptabilisée.
Au final, ce livre est une sorte de Freakonomics, mais en moins sensationnaliste et portant sur des sujets plus pertinents. L’ouvrage – bourré de faits et de statistiques intéressantes – est bien écrit et se lit très bien, n’étant pas trop long. Je le recommande sans hésitation aux amateurs de ce genre de littérature.
“Empire: The Rise and Demise of the British World Order and the Lessons for Global Power”, par Niall Ferguson, Basic Books, 2004, 384 pages.
Avec cet ouvrage, le célèbre historien Britannique Niall Ferguson réussit un tour de maître : décrire de manière intéressante un sujet aussi riche et complexe en si peu de pages. Ce sujet est selon moi essentiel puisque l’Empire Britannique a forgé le monde que l’on connaît aujourd’hui. Cela fait de cet ouvrage une lecture incontournable à quiconque veut comprendre le monde. Je le recommande fortement. Voici quelques extraits de mes notes de lecture :

- Dans la course européenne à l’impérialisme, la Grande Bretagne avait pris bien du retard. Ce n’est qu’en 1655 qu’elle acquit la Jamaïque.
- La différence entre la monarchie Britannique et les autres monarchies européennes était que ses pouvoirs étaient limités par l’aristocratie ainsi que par les deux chambres du parlement, l’empêchant de sombrer dans l’absolutisme destructeur. Les impôts ne pouvaient être levés que sous l’approbation du parlement, ce qui conférait une certaine protection aux fortunés et donnait un incitatif aux entrepreneurs à créer de la richesse.
- Entre 1652 et 1674, les Anglais ont combattu trois guerres contre les Hollandais, dont l’enjeu était le contrôle des principales routes maritimes vers les Indes Orientales, la Baltique, la Méditerranée, l’Amérique et l’Afrique de l’Ouest.
- Entre 1500 et 1700, le nombre d’Amérindiens en Amérique du Nord a chuté de plus de la moitié. La première cause de ce déclin est la panoplie de maladies infectieuses amenées par les colons Européens (variole, diphtérie, influenza).
- Mêmes libérés, les esclaves des Caraïbes ont gardé l’anglais comme langue puisque c’était le dénominateur commun entre ces tribus variées. C’est d’ailleurs cette langue que parlait les fameux Maroons de Jamaïque (d’anciens esclaves rebelles qui menait une guérilla contre leurs anciens maîtres).
- Beaucoup de gens connaissent le Boston Tea Party de 1773, durant lequel 342 caisses de thé valant 10,000 livres ont été jetées dans les eaux du port en guise de protestation. La plupart des gens croient que c’était pour protester contre la hausse de la taxe sur le thé. En fait, le prix du thé ainsi gaspillé était très bas, même après taxes. Le Tea Party n’était pas constitué de consommateurs irrités par les taxes, mais plutôt par des contrebandiers qui n’aimaient pas cette concurrence à bas prix.
- Par ailleurs, le fameux slogan de Samiel Adams “No taxation without representation” n’était pas une forme de rejet de l’Empire Britannique, au contraire. Les colons voulaient que leur assemblée ait le même poids politique que celle du Parlement de Westminster.
- Le grand paradoxe de l’histoire de l’Australie est que malgré qu’elle ait d’abord été constituée de gens rejetés par leur pays (i.e. des prisonniers déportés), cette colonie a été si loyale à l’Empire pendant si longtemps. L’Amérique quant à elle avait débuté comme une plantation de tabac et un refuge religieux, pour finir en république rebelle se divisant de l’Empire.
- Ce fut le fameux Rapport Durham qui marqua le début de la fin pour l’Empire. Son objectif était d’établir des politiques à adopter pour éviter que d’autres colonies imitent les États-Unis et se dissocient de l’Empire. En fait, suite à ce rapport, tout ce que les colonies demandaient, elles l’obtenaient. Par exemple, lorsque l’Australie demanda la fin des transports de prisonniers, la Grande Bretagne acquiesça; le dernier transport eut lieu en 1867. Le rapport Durham a même été jusqu’à suggérer, avec grand regret, que si de telles politiques avaient été adoptées dans les années 1770, il n’y aurait pas eu de guerre d’indépendance. Les États-Unis auraient continué à faire partie de l’Empire et des millions d’émigrants Britanniques auraient peut-être choisi la Californie plutôt que le Canada comme destination.
- L’une des questions à laquelle tente de répondre Ferguson est la suivante: comment était-il possible pour 900 fonctionnaires et 70,000 soldats Britanniques de gouverner (et assujettir) 250 millions d’Indiens? Ce fut en effet un accomplissement insolite.
- Entre 1873 et 1904, environ le tiers de l’Afrique fut annexé à l’Empire Britannique alors que presque tout le reste fut pris par d’autres puissances européennes. En 1909, le territoire de l’Empire s’étendait sur 12.7 millions de milles-carrés, soit 25% de la surface terrestre. La Grande Bretagne régnait alors sur 444 millions de sujets.
- Pour plusieurs, incluant David Lloyd George, l’Empire était devenu une entreprise immorale et coûteuse, payée par les contribuables et ne bénéficiant qu’à un petit groupe de millionnaires. Et il avait bien raison. Ainsi, la guerre d’Égypte avait été combattue pour assurer les intérêts de Lord Rothschild, alors que la guerre des Boer en Afrique du Sud avait pour but de sécuriser la propriété des mines d’or. D’ailleurs, la Banque Rothschild, la plus grande institution financière au monde au 19e siècle, bénéficiait grandement de l’expansion de l’Empire.
- Au 19e siècle, l’Empire est devenu si coûteux à maintenir que si la Grande Bretagne s’en était départi, elle aurait pu réduire les impôts de 25%.
- En 1914, les Libéraux se sont engagés à défendre la France contre l’Allemagne, alors la plus grande puissance militaire du monde, mais sans imposer la conscription militaire, ce qui fut décrit par plusieurs comme étant un véritable suicide. Cela illustre bien le paradoxe entre l’impérialisme britannique et la liberté, une valeur chérie par les Britanniques.
- Au cours du 20e siècle, ce ne sont pas les mouvements d’indépendance qui ont le plus menacé l’Empire Britannique, mais plutôt les autres empires. Comme le démontre Ferguson, ces empires (Belgique, Allemagne, Turquie, Japon, Italie, Russie) étaient beaucoup plus durs et cruels envers leurs sujets que les Britanniques. La défense de l’Empire contre ces rivaux fut très coûteuse et amena le pays au bord de la ruine.
- Au 20e siècle, l’Empire a suivi une formule récursive concernant ses colonies: tout d’abord une révolte mineure du peuple, suivie d’une sévère réponse militaire répressive, suivie d’une perte de confiance des Britannique en leur système impérialiste, suivie de l’expression d’amers regrets, suivis d’une difficile concession de liberté et d’indépendance envers la colonie. C’est l’Irlande qui a été la première à tracer ce chemin en 1920. La colonie de peuplement britannique du Nord est demeurée dans l’Empire alors que le Sud est devenu indépendant.
- La Grande Bretagne a importé une grande quantité de richesses de ses colonies, mais elle y a aussi exporté énormément de savoir-faire et d’institutions viables. L’Empire leur a notamment imposé le libre-marché, l’État de droit (« rule of law ») et la protection de la propriété. Une fois ces institutions adoptées, il devint très difficile aux Britanniques de refuser la liberté politique et l’indépendance aux colonies. La Grande Bretagne a d’ailleurs été une force significative dans l’abolition de l’esclavage à travers le monde (et ce après avoir été un grand utilisateur et marchand d’esclaves auparavant).
- La Grande Bretagne (et ses alliés) a remporté la première guerre mondiale grâce à ses équipements modernes et sa supériorité technologique, mais dans les années 1920s, par soucis d’économie, le pays a cessé d’investir dans ses équipements militaires. Le remplacement des chevaux par des véhicules motorisés a été tardif et la Royal Air Force n’était pas bien menaçante. Au début de la seconde guerre en 1939, la plupart des fusils britanniques étaient encore ceux de 1905, avec une portée deux fois moins longue que ceux des Allemands.
- Mais durant la seconde guerre mondiale, les colonies sont venues au secours de l’Empire, amenant au combat plus de 5 millions de soldats, soit presqu’autant de soldats de la Grande Bretagne elle-même. Évidemment, c’est une ancienne colonie qui a fait la différence dans ce conflit, nul besoin de la nommer. Mais Roosevelt avait mis cartes sur table en écrivant une lettre au Peuple d’Angleterre en Octobre 1942 : « Une chose est sure, nous ne nous battons pas pour le maintien de l’Empire Britannique. » Pourtant, malgré leur attitude anti-impérialiste à cette époque, cette guerre allait entraîner la naissance de l’Empire Américain. Et cette aide a coûté cher aux Britanniques. C’est John Maynard Keynes qui a été envoyé à Washington pour négocier l’aide financière américaine après la guerre. Ce dernier s’est senti comme le représentant d’un peuple vaincu qui négocie les termes de sa défaite.
- C’est aussi durant la crise du Canal de Suez de 1956 que la faiblesse de l’Empire fut mise au jour. Le président Égyptien Nasser avait eu la curieuse idée de nationaliser ledit canal. Des attaques furent alors menées par le Royaume-Uni et la France pour en regagner le contrôle, mais ces forces durent se retirer sous la pression des États-Unis, qui menaçaient de liquider leurs obligations en livres sterling (obtenues suite à la Deuxième Guerre Mondiale en vertu du plan Marshall), ce qui aurait détruit la devise Britannique. Les nationalistes de toutes les nations de l’Empire en ont alors pris bonne note; le temps était venu de se libérer de l’Empire.
- Dans les années 1960s, les anciennes colonies britanniques d’Afrique ont été chaudement disputées entre les Américains et les Soviétiques durant la guerre froide. Malheureusement, le résultat a souvent été le remplacement du joug colonial par la guerre civile.
- La thèse centrale de l’ouvrage de Ferguson est que sans l’expansion de l’Empire Britannique autour du monde, il est difficile de croire que les structures du capitalisme libéral auraient été établies avec autant de succès dans un si grand nombre d’économies. Les Empires qui ont adopté un modèle alternatif, telles que l’Union Soviétique et la Chine, ont imposé une terrible misère à leurs populations. Sans l’Empire, il est peu probable que la démocratie parlementaire aurait été adoptée dans la plupart des pays du monde comme c’est le cas présentement. Par ailleurs, l’implémentation des institutions britanniques dans des pays sous-développés a fortement encouragé les investissements étrangers dans ces pays (notamment en protégeant mieux les droits de propriété des investisseurs), ce qui a favorisé le développement de ces nations.
- Pour ces raisons, Ferguson doute de la thèse selon laquelle les nations colonisées par les Britanniques ont été appauvries. En fait, si on considère les anciennes colonies Africaines, tel que le Zambie, la différence de PIB par habitant entre le Royaume-Uni et le Zambie a nettement augmenté depuis la fin du colonialisme dans ce pays, passant de 7 fois en 1955 à 28 fois aujourd’hui. Ces nations se sont donc relativement appauvries suite à leur accession à l’indépendance. La seule exception à cette règle est le Botswana.
- En fait, les anciennes colonies britanniques ont eu plus de succès à conserver un système démocratique suite à leur indépendance que les anciennes colonies des autres empires. En effet, presque tous les pays de plus d’un million d’habitants qui ont réussi à émerger du colonialisme sans sombrer dans la dictature sont d’anciennes colonies britanniques.
- L’Empire Britannique n’a pas démarré avec comme objectif de dominer le quart de la surface du globe. Il a plutôt démarré tel un réseau informel de bases côtières axées sur le commerce. C’est en réponse aux menaces extérieures face à ses intérêts commerciaux que cet impérialisme commercial est devenu plus formel.
“Why We Get Fat: And What to Do About It”, par Gary Taubes (aussi disponible en français).
En juillet 2011, j’avais publié un billet sur le guide alimentaire canadien et l’alimentation. À ce sujet, je vous recommande cet excellent article paru sur Contrepoints au sujet du livre FAT de Gary Taubes. Le présent billet résume mes notes de lecture.
Il y a 50 ans, un Américain sur huit ou neuf aurait été officiellement considéré obèse. Aujourd’hui, c’est un sur trois qui est considéré obèse et deux sur trois qui a un surplus de poids. Qu’est-ce qui peut bien avoir causé une telle épidémie? Les recommandations actuelles de lutte contre le surpoids et l’obésité, tant de la part des institutions publiques que de la grande majorité des médecins, peuvent pour l’essentiel être ramenées au “modèle de l’équilibre calorique”, à savoir que la prise ou perte de poids est invariablement déterminée par la quantité de calories ingérées par rapport à la quantité de calories dépensées. Ce modèle, issu de la loi de la thermodynamique, est une hypothèse qui semble plausible, mais qui n’a jamais pu être prouvée malgré l’acharnement des « autorités » à le faire.

Ainsi, les gouvernements nous ont mis sur la mauvaise voie et, pendant ce temps, la population grossit. Pourtant, les dernières décennies ont été marquées d’une forte hausse de l’exercice physique. Donc, si le comportement sédentaire fait engraisser et que l’exercice physique fait maigrir, nous aurions dû assister à une épidémie de maigreur, et non une épidémie d’obésité. Cette observation montre déjà des failles dans la théorie généralement acceptée. Taubes note que jusqu’en 1960, la plupart des médecins traitant des patients obèses trouvaient fort naïf de croire que l’exercice physique leur ferait perdre du poids.
Selon Hugo Rony de l’Université Northwestern, en 1940 : « l’exercice musculaire vigoureux mène immédiatement à l’envie d’un gros repas. Les dépenses énergétiques élevées stimulent inévitablement l’appétit. » C’est pourquoi l’apport quotidien moyen en énergie d’un bucheron est de 5,000 calories alors que celui d’un tailleur n’est que de 2,500 calories.
En 1977, alors que l’exercice physique devenait de plus en plus populaire, l’Institut National de la Santé tenait sa seconde conférence sur l’obésité et le contrôle du poids et le panel d’experts y participant déclarait que « l’importance de l’exercice dans le contrôle du poids est moindre que ce que l’on pourrait croire parce que l’augmentation de la dépense énergétique attribuable à l’exercice fait aussi augmenter la consommation de nourriture et il n’est pas possible de prévoir si l’augmentation de l’extrant énergétique sera supérieure à l’augmentation de l’intrant. » En bref, la quantité d’énergie que nous dépensons et celle que nous absorbons sont corrélées. Comment ces connaissances ont-t-elles pu être jetées par les fenêtres et remplacées par une théorie non-prouvée?
C’est à Jean Mayer que l’on doit la théorie erronée selon laquelle on peut perdre du poids en faisant de l’exercice physique. Le mouvement qu’il a déclenché a rapidement dominé le champ d’expertise de la nutrition. Contrairement à Hilde Bruch, Wilder, Rony et Newburgh, qui étaient des médecins pratiquant auprès de patients obèses, Mayer était un chimiste physiologique qui a fait son doctorat auprès de rats de laboratoires. Il a écrit plusieurs articles sur la nutrition, mais n’a jamais eu à travailler auprès de gens ayant un surplus de poids.
Si on remplace cinq livres de gras par cinq livres de muscle, ce qui est tout de même une tâche très ardue pour la plupart des gens, nous augmenteront nos dépenses énergétiques par deux douzaines de calories par jour, soit le quart d’une tranche de pain. Une livre de gras contient approximativement 3,500 calories, c’est pourquoi les nutritionnistes disent que pour perdre une livre de gras par semaine, il faut créer un déficit calorique de 500 calories par jour. Selon les chercheurs de WHI, des femmes qui participaient à une étude portant sur une diète basée sur la réduction des calories ingérées, ont consommé en moyenne 360 calories de moins par jour durant l’étude comparativement à leur alimentation normale, soit environ 20% de moins. Après huit ans, ces femmes n’avaient perdu que 2 livres de poids, mais la circonférence de leur taille (corrélée au taux de gras) avait augmenté. Ainsi, selon cette étude, en mangeant 20% de moins, ces femmes n’ont fait que perdre de la masse musculaire, elles n’ont pas maigri. Selon une revue de littérature scientifique réalisée par l’Université Tufts en 2007, les diètes visant à réduire le nombre de calories ingérées ne permettent que de modestes pertes de poids qui ne sont que temporaires.
En somme, attribuer l’obésité à la suralimentation est équivalent à expliquer l’alcoolisme par le fait de boire trop d’alcool : c’est trivial. Ce qu’il faut expliquer est pourquoi les gens obèses mangent trop et pourquoi cela résulte en une accumulation morbide de gras. Taubes consacre une section du livre sur le sujet. Les recherches sur la prise de poids effectuées entre 1920 et 1980, dont les résultats sont le coeur du livre de Taubes, n’ont jamais été controversées ou contestées. Cependant, les « autorités » en sont venues à croire que ce qui fait grossir est la suralimentation et la sédentarité. Ainsi, toute recherche qui n’est pas en ligne avec cette théorie non-prouvée est ignorée. L’une des explications est qu’après la Deuxième Guerre Mondiale, le sentiment anti-germanique avait aussi atteint la communauté médicale. Les scientifiques américains traitaient la littérature allemande comme si elle n’existait pas, même si les chercheurs allemands et autrichiens avait fait la majorité de la recherche en nutrition, métabolisme, endocrinologie et génétique à ce jour, soit les disciplines les plus pertinentes concernant la prise de poids.
Voici donc le processus qui nous fait grossir. Quand notre niveau d’insuline est élevé, notre corps accumule du gras dans nos tissus adipeux. Quand le niveau d’insuline diminue, nos cellules libèrent du gras qui est utilisé comme énergie. Ce processus est connu depuis le début des années 1960s et n’a jamais été remis en question. Notre niveau d’insuline est stimulé par l’ingestion d’hydrates de carbone. Plus nous en mangeons et plus ils sont faciles à digérer (par exemple sous forme liquide), plus nous sécrétons d’insuline. Donc les « carbs » stimulent la sécrétion d’insuline, qui elle stimule l’accumulation de gras.
L’ingestion d’hydrates de carbone stimule grandement la production d’insuline, qui agit de façon à garder le niveau de sucre dans le sang sous contrôle. Nous commençons à sécréter de l’insuline avant même d’avoir commencé à manger, sa production étant stimulée juste en pensant que l’on va manger. Lorsque l’on prend les premières bouchées de notre repas, davantage d’insuline sera sécrétée. Celle-ci signale aux cellules du corps d’augmenter le taux auquel elles absorbent le glucose du flux sanguin. Les cellules vont brûler une partie de ce glucose pour leurs besoins immédiats en énergie et entreposer le reste. Les cellules musculaires le conserve sous forme de glycogène alors que les cellules adipeuses le convertissent en gras.
Lorsque nous nous entraînons physiquement, les enzymes LPL font en sorte que nos cellules adipeuses relâchent du gras pour nous fournir de l’énergie, mais lorsque nous avons terminé, la situation se renverse et nos cellules adipeuses se remettent à re-stocker le gras perdu, ce pourquoi l’exercice nous donne faim. Lorsque nous absorbons des hydrates de carbone et que nous les consumons durant un exercice physique intense, notre corps se retrouve alors avec un besoin énergétique. Cependant, comme notre niveau d’insuline est élevé, le gras de nos tissus adipeux n’est pas disponible. Nous nous mettrons donc à avoir très faim. Plus nous devenons gras, plus notre demande énergétique augmente ainsi que notre appétit, particulièrement pour les carbs puisque c’est le seul carburant que nos cellules consument lorsque le niveau d’insuline est élevé. Cela ralentit notre métabolisme et augmente le problème car face au manque d’énergie, les cellules se mettent alors automatiquement à consommer moins d’énergie pour la préserver.
Plus nous sécrétons d’insuline, plus les LPL agissent sur nos cellules de gras, ce qui fait en sorte qu’elles entreposent davantage de gras. Elles suppriment aussi l’activité au niveau des cellules musculaires, les empêchant d’utiliser du gras comme source d’énergie. Les HDL agissent quant à elles à l’intérieur des cellules adipeuses, décomposant les triglycérides en acides gras qui peuvent rejoindre la circulation sanguine et servir d’énergie. Or, les HDL sont inactivées par l’insuline. L’insuline active aussi un mécanisme dans les cellules adipeuses leur ordonnant de pomper plus de glucose. Ces molécules de glycérol peuvent ensuite être combinées à des acides gras pour former des triglycérides. L’insuline stimule aussi la construction de nouvelles cellules adipeuses pour entreposer le gras. Le cortisol est l’hormone que nous sécrétons en réaction au stress ou à l’anxiété, en nous levant le matin ou durant un exercice physique intense. Cette hormone stimule l’enzyme LPL, tout comme l’insuline, ce qui fait en sorte que nos cellules accumulent du gras.
L’élément principal à retenir de tout cela est que les aliments les plus engraissants sont ceux qui ont le plus d’impact sur le niveau de sucre dans le sang et, par conséquent, sur le niveau d’insuline. Les hydrates de carbone, et particulièrement ceux qui se digèrent rapidement (boissons sucrées et aliments fait de farine raffinée) et les aliments féculents tels que les pommes de terre, le riz et le maïs. La meilleure source d’énergie pour nous est le gras. Pourtant, depuis des décennies, les « autorités » nous indiquent qu’il faut éviter le gras et surtout le gras saturé, alors qu’aucune étude ne prouve que ce gras est mauvais pour la santé.
En 1984, le National Heart, Lung, and Blood Institute (NHLBI) avait dépensé $115 millions sur une étude clinique de 10 ans sur une diète faible en gras saturé et les résultats ont été inconclusifs. En 2001, des chercheurs de la Cochrane Collaboration ont trouvé 27 études cliniques faites depuis 1950 et portant sur l’apport en gras ou gras saturé. Voici leur conclusion :
“Despite decades of effort and many thousands of people randomized, there is still only limited and inconclusive evidence of the effects of modification of total, saturated, monounsaturated, or polyunsaturated fats on cardiovascular morbidity and mortality.”
Depuis, les résultats de la plus grande et dispendieuse étude jamais faîte ont été publiés, par la Women’s Health Initiative. Celle-ci comprenait 49,000 femmes d’âge moyen, dont 20,000 furent misent sur une diète faible en gras et riche en grains, fruits et légumes. Après 6 ans, leur consommation de gras avait diminué d’environ 25%. Comparativement aux 29,000 autres femmes qui pouvaient manger ce qu’elles voulaient, cette diète n’eut aucun effet bénéfique sur les maladies cardiovasculaires, le cancer du sein, le cancer du colon ou l’accumulation de gras. En fait, l’alimentation faible en gras n’eut aucun effet bénéfique observable.
En revanche, ce que nous savons depuis longtemps est qu’une baisse du cholestérol HDL (aka le bon cholestérol) est une cause de maladies cardiaques. Le niveau de HDL est le meilleur (voire le seul) prédicteur à cet égard. Une diète consistant à remplacer le gras saturé par des hydrates de carbone résultera en une baisse du HDL. Donc remplacer un déjeuner d’œufs et bacon par des céréales, du lait et des bananes fera augmenter le risque de maladies cardiovasculaires; cette relation est connue et incontestée depuis les années 1970. Par ailleurs, les triglycérides sont un facteur de risque prépondérant pour les maladies cardiovasculaires. Ceux-ci sont formés à partir des hydrates de carbone que nous mangeons et sont transportés par les mêmes lipoprotéines que le cholestérol (ce qui a porté certains scientifiques à faussement accuser le cholestérol de causer les maladies cardiaques).
Au cours des dernières années, des chercheurs ont réalisés plusieurs études visant à comparer une alimentation riche en gras et en protéines (aka Atkins) avec les régimes faibles en calories et faibles en gras recommandés par l’American Heart Association ou la British Heart Foundation. Les sujets Atkins ont perdu plus de poids, leur cholestérol HDL a augmenté, leurs triglycérides ont diminué et leur pression sanguine a diminué. Conséquemment, leur risque de subir une maladie cardiovasculaire a diminué considérablement.
L’Alzheimer et la plupart des cancers sont corrélés au syndrome métabolique, à l’obésité et au diabète. Ce lien a été démontré, entre autres, par une étude publiée par le World Cancer Research Fund et l’American Institute of Cancer Research en 2007. Donc, ce qui nous rend gros et diabétique, soit une alimentation riche en hydrates de carbone, cause aussi le cancer et l’Alzheimer. Le diabète et l’obésité sont très corrélés car la plupart des diabétiques de type 2 sont obèses et plusieurs personnes obèses deviennent diabétiques. Ces deux problèmes ne sont en fait que les deux faces d’une même médaille.
En ce qui a trait aux légumes verts, les preuves scientifiques montrant leur contribution à une alimentation saine sont plutôt faibles. Au 19e siècle, les populations les plus en santé au monde ne mangeaient pas de légumes ni de grains (Inuits, Maasai, Amérindiens, Sibériens, etc). Ces populations qui n’ont pas été exposés au mode de vie occidental et qui ne mangent que de la viande ne souffrent généralement pas de maladies cardiovasculaires, de diabète et d’obésité. Pour ce qui est des fruits, ils sont plutôt rares dans la nature et disponible de façon discontinue en raison des saisons. L’humain n’a cultivé les fruits que depuis quelques milliers d’années et les fruits contemporains sont plus juteux et sucrés que ceux que l’humain a pu trouver durant son évolution.
En somme, l’excellent ouvrage de Gary Taubes confirme ce que j’énonçais dans mon article précédent : nous avons fait une grande erreur en nous fiant sur les gouvernements et ses “utilités publiques” pour nous dire quoi manger et quoi faire pour être en bonne santé. Les faussetés véhiculées par les disciples de Mayer sont pour moi tout aussi envahissantes, persistantes et destructrices que les théories keynésiennes en économie. Pour moi il ne fait aucun doute que tout le monde devrait lire ce livre, c’est urgent!
Subliminal: How Your Unconscious Mind Rules Your Behavior”, par Leonard Mlodinow.

“Give Me a Break”, par John Stossel.
John Stossel est un journaliste qui a débuté sa carrière au bas de l’échelle, en tant que journaliste de consommation. Il s’est taillé une solide réputation en dénonçant les fraudeurs et les tricheurs ainsi qu’en défendant les gens qui se sont fait avoir. Son succès fut retentissant; tel que démontré par la croissance de son auditoire et par les nombreux prix qu’il a remportés (19 Emmys).
Au fil du temps, parfois en réaction à certains de ses reportages percutants, le gouvernement a augmenté ses activités de protection du consommateur. Ces dernières décennies ont été marquées par une croissance exponentielle de la réglementation aux États-Unis. Est-ce que cela a permis de mieux protéger la population? Pour Stossel, la réponse est non! L’intervention accrue du gouvernement et la croissance de la règlementation n’ont fait que faire augmenter les coûts pour les consommateurs et mettre des bâtons dans les roues des entrepreneurs. Pour Stossel, « toute règlementation semble avoir des conséquences inattendues. L’argent des contribuables fini dans les poches des riches plutôt que des pauvres. Des règlementations bien intentionnées visant à protéger les consommateurs font plutôt en sorte de leur nuire en faisant augmenter les prix et en réduisant leurs choix de consommation. »
Stossel a alors commencé à critiquer les gouvernements et à dénoncer leurs abus. C’est à ce moment qu’il s’est fait beaucoup d’ennemis, dont notamment le démocrate Ralph Nader. Dans un des chapitres, Stossel s’insurge d’ailleurs contre ce qu’il appelle la « gauche totalitaire », des individus qui non seulement désapprouvent ses idées libertariennes, mais qui en plus n’hésitent pas à utiliser la violence pour le faire taire. Pour ces gens, la liberté d’expression ne s’applique pas aux gens qui ne pensent pas comme eux.
Au fil du livre, Stossel relate les histoires les plus intéressantes qui ont marqué sa carrière. Par exemple, il a enquêté sur la fameuse histoire d’Erin Brockovich. Il note qu’il n’a jamais été démontré que l’entreprise d’électricité en question a rendu quiconque malade. L’entreprise a semblé coupable simplement parce qu’elle a fait ce que les entreprises font généralement dans ces cas : régler à l’amiable pour éviter les frais légaux et la mauvaise presse. L’EPA affirme qu’aucune donnée ne démontre que le chromium cause le cancer. Le California Cancer Registry a analysé les statistiques de cancer de la région et des employés de l’entreprise (50,000 sujets) et a relevé que ces gens étaient en meilleure santé que la moyenne. L’histoire d’Erin Brockovich n’est qu’une fable cinématographique. Cette histoire démontre bien l’un des points principaux de Stossel dans ce livre : les avocats ont beaucoup trop de pouvoir aux Etats-Unis. Même s’ils ont tort, les avocats peuvent soutirer beaucoup d’argent aux entreprises (et donc aux consommateurs). Stossel dénonce d’ailleurs le fait qu’aux Etats-Unis, si vous poursuivez quelqu’un et que vous perdez, vous n’avez pas à payer les frais de défense de l’autre partie. Selon Stossel, les poursuites nuisent à l’innovation car elles exposent les inventeurs à des conséquences légales désastreuses. Elles découragent la prise de risque qui précède généralement les grandes innovations.
Ce genre de film (i.e. Erin Brockovich) contribue aussi à colporter le mythe voulant que l’environnement se détériore. Pourtant, depuis 1976, les émissions de dioxyde de souffre ont diminué de 67%, de dioxide d’azote de 42%, de monoxyde de carbone de 73%, de plomb de 97% et les smogs sont en baisse d’environ un tiers. Stossel se souvient d’une entrevue avec Patrick Moore, ancient directeur de Greenpeace, qui a quitté cette organisation parce qu’il affirme qu’elle a été corrompue par des activistes politiques qui l’utilise pour amasser des fonds en faisant peur aux gens. Ces gens distordent la science pour pousser leur agenda anti-capitaliste, ce qui n’a rien à voir avec la protection de l’environnement.
Stossel s’est aussi intéressé au cas de l’amiante. Les avocats ont poursuivi toutes les entreprises reliées de près ou de loin à l’amiante, soit plus de 6,000. Les coûts engendrés par ces poursuites auraient détruits plus de 60,000 emplois. C’est d’ailleurs avec cette cause que l’avocat Peter Angelos a pu générer assez d’honoraires pour acheter l’équipe de baseball des Orioles de Baltimore. Quant au règlement sur les fabriquant de cigarettes, Stossel le décrit comme la plus grande arnaque de tous les temps. Les dédommagements ont fini en majeure partie dans les poches des avocats et les producteurs de cigarettes les ont payés en augmentant les prix des cigarettes! Les avocats se sont donc enrichis sur le dos des fumeurs, qui représentent en moyenne une classe plus pauvre de la société.
Pour Stossel, le monde est devenu excessivement averse au risque. Il a déjà posé la question suivante à son auditoire : supposons que j’invente un nouveau type de carburant pour concurrencer le pétrole. Celui-ci est cependant très explosif, invisible, inodore et poison. Par ailleurs, il tuerait en moyenne 400 Américains par année suite à des accidents. Est-ce que vous l’adopteriez? La foule répondait alors unanimement non. Pourtant, le carburant décrit par Stossel était nul autre que le gaz naturel, utilisé par tous les américains depuis longtemps. Selon Stossel, les Américains acceptent ce carburant simplement parce qu’il a été adopté avant que nous devenions si averse au risque.
Les médias font en sorte que nous surestimons certains risques, notamment les crimes violents, les attaques de requin et les accidents d’avion. Cette mauvaise perception mène à de mauvaises décisions. En 2001, la recherche sur le VIH a reçu $4,439 de subventions, le cancer du sein $290 et le parkinson $175. Le diabète, qui tue plus de gens que le VIH, n’a reçu que $41, alors que les maladies les plus meurtrières de toutes, les maladies cardiovasculaires, n’ont reçu que $58 par patient.
Au sujet des pesticides, les recherches de Stossel démontrent que 99% des pesticides que nous ingérons sont naturellement produits par les plantes. Bien entendu, les aliments organiques sont moins exposés aux pesticides synthétiques, mais en revanche, ils sont davantage exposés aux bactéries puisque les agriculteurs organiques utilisent le fumier comme fertilisant plutôt que l’azote. Ces bactéries (dont la e-coli) font pourtant bien plus de victimes que les pesticides. Par ailleurs, les aliments organiques ne sont pas plus nutritifs, ils coûtent beaucoup plus cher et nuisent à l’environnement (puisque en raison des rendements plus faibles, les agriculteurs organiques ont besoin de plus de territoire pour générer la même quantité de nourriture).
De nos jours, il existe des milliers d’organismes de régulation aux Etats-Unis, que ce soit pour les coiffeurs, les médecins ou les astrologues. Malheureusement, ces organismes n’améliorent pas les choses. Les entrepreneurs les plus riches et les mieux connectés se paient des avocats pour remplir la paperasse et refilent les coûts aux consommateurs. Quant aux plus petites entreprises, elles se font écarter du marché. Pourtant, ce ne sont souvent pas elles qui causent problème. Ces petites entreprises opèrent souvent dans des milieux plus défavorisés et permettent aux plus pauvres d’obtenir des services pour moins cher. En fait, les véritables bénéficiaires de la régulation sont les entreprises établies (et leurs avocats), les syndicats et les bureaucrates-régulateurs eux-mêmes. En 1900, les États-Unis comportaient 6 millions de fermes et le Département de l’Agriculture employait 3,000 personnes. Aujourd’hui, il n’existe plus que 2 millions de fermes et le Département emploie 100,000 personnes.
Stossel explique que les règlementations sont si complexes et lourdes qu’elles deviennent ridicules. L’une d’elles est le American Disability Act, qui favorise l’accès au travail à des gens qui souffrent d’une forme d’invalidité. Stossel relate alors le cas d’Exxon et du nauffrage du Exxon-Valdez. Le pilote était un ancien alcoolique qui avait fait une rechute à bord du navire pétrolier pour ensuite confier la barre à un subordonné, qui l’a fait échouer, causant ainsi un immense désastre écologique. Selon le ADA, l’alcoolisme est une forme d’invalidité pour laquelle un employeur ne peut discriminer. Donc, en vertu de l’ADA, Exxon n’aurait pas pu rejeter la candidature de Joseph Hazelwood parce qu’il est un ancien alcoolique. En fait, Exxon n’aurait même pas pu lui demander s’il avait des antécédents à cet égard!
En guise d’exemple, Stossel raconte l’histoire de Cornrows, une chaîne de salons de coiffure spécialisée dans les nattes africaines, fondée par un couple d’immigrants. Leur succès était tel que certains de leurs 20,000 clients faisaient 6 heures de route pour s’y rendre! Puis, les autorités ont déclaré l’entreprise illégale car elle n’avait pas de permis. Pour l’obtenir, ils auraient à effectuer une formation de 1,000 heures coûtant $5,000, qui leur apprendrait à faire des teintures et des permanentes (même si ces services ne sont pas offerts à leur salon). Cette formation inclut un cours de 125 heures sur le shampoing! En fait, le régulateur de la coiffure est contrôlé par les grandes chaînes de salon de coiffure qui n’aiment pas la nouvelle concurrence. Et ces bureaucrates doivent justifier leur salaire en harcelant les petits entrepreneurs comme les fondateurs de Cornrows.
À Charlotte en Caroline du Nord, Stossel a interviewé deux vieilles dames qui tricotaient des mitaines et des chandails de laine à la maison. Ils vendaient leurs produits à un marché local, jusqu’au jour où il leur fut interdit par les « autorités » de travailler de la maison, car leur quartier n’est pas zoné industriel ou manufacturier. À Baltimore, Stossel a fait un reportage sur une dame qui après avoir perdu son emploi, était déterminée à ne pas être dépendante de l’aide sociale. Elle cuisinait 6 douzaines de muffins par jour et les vendaient au porte-à-porte dans son quartier. Les gens adoraient ses muffins maison, mais elle dû arrêter cette pratique car elle ne disposait pas d’une cuisine commerciale certifiée.
À Chattanooga au Tennessee, Stossel a rencontré un entrepreneur qui avait voulu démarrer une entreprise de vente de cercueils peu dispendieux. Un cercueil n’est en fait qu’une boîte en bois. Il n’y a pas de raison pour que des familles en deuil doivent payer $3,000 pour cela. Cependant, il dû fermer ses portes car il lui était interdit par les autorités de vendre des cercueils sans permis de directeur funéraire. Pour obtenir ce permis, il aurait dû suivre une formation et travailler comme apprenti pendant 2 ans pour apprendre à embaumer des corps et à gérer un salon funéraire, ce que son entreprise ne faisait pas.
Une nouvelle entreprise démarrée par des immigrants a connu un certain succès. À l’aide d’un mini-van, ces gens reproduisaient un service d’autobus en amenant les gens où ils le voulaient pour $1, comparativement à $1.50 pour le service municipal. Les mini-van offraient cependant plus de flexibilité sur les arrêts et les horaires. Un véritable service de transport en commun privé. Il ne fallu pas grand temps à la municipalité pour mettre un terme à cette pratique sous divers prétextes incohérents, sous la pression du syndicat des chauffeurs d’autobus.
À Snowmass au Colorado, Stossel a visité un marché local qui embauchait jadis de jeunes étudiants pour emballer les sacs d’épiceries, pour quelques heures par semaines, les aidant à amasser de l’épargne pour leurs études. Cet épicier ont dû les renvoyer car ils contrevenaient à la réglementation sur le travail des enfants. Même chose pour un garçon de 12 ans qui s’amusait comme un fou dans son emploi de préposé aux bâtons (« batboy ») dans une ligue mineure de baseball de sa ville.
Stossel habite la ville de New York, où l’un des problèmes de longue date est le manque de toilettes publiques décentes. Dans les années 1980s, la firme française JC DeCaux a soumis un modèle de toilette auto-nettoyantes à la ville. Elle dû obtenir l’approbation de 13 différentes agences de réglementation. Après plus d’un an de négotiations, les bureaucrates ont finalement accepté de faire un essai de quatre mois. Les toilettes de DeCaux connurent un immense succès et elles ne couteraient rien à la ville puisque la firme les rentabiliseraient en y affichant de la publicité. Cependant, le gouvernement fédéral a déclaré que le projet n’était pas conforme avec l’American Disability Act car il n’y avait pas d’accès pour les fauteuils roulant. DeCaux avait expérimenté un modèle pour fauteuils roulants à Londres et cela n’avait pas bien fonctionné. Les bureaucrates ne voulurent rien entendre. Ainsi, les toilettes d’essai furent détruites les trottoirs refaits. Les New Yorkais continuent d’uriner sur les murs et dans les ruelles.
À Jersey City, le service d’aqueduc était médiocre. L’eau goûtait mauvais et échouait parfois les tests de potabilité. Les fonctionnaires en charge affirmaient qu’ils ne pouvaient rien faire sauf si les tarifs étaient augmentés pour investir dans le réseau. C’est alors que le maire a décidé de sous-traiter le service d’aqueduc à des entreprises privées. En quelques mois, l’entreprise qui a remporté le contrat a réparé le réseau. L’eau de Jersey City rencontre maintenant les standards les plus élevés et la municipalité économise $35 million en dépenses.
La Food and Drug Administration (FDA) est l’un des organismes de règlementation attaqués par Stossel. Lorsque la FDA annonce fièrement aux médias qu’un nouveau médicament qu’elle vient d’approuver pourra permettre de sauver 14,000 vies par année, cela ne signifie-t-il pas qu’en prenant deux ans de trop pour l’approuver, la FDA a tué 28,000 personnes? Stossel a interviewé une jeune fille atteinte d’une rare forme de cancer qui l’aurait tuée avant l’âge adulte car aucun traitement n’existait à l’époque. Ses parents voulaient qu’elle bénéficie d’un nouveau traitement développé par un médecin du Texas, mais la FDA a refusé car ce traitement n’avait pas été approuvé par l’agence.
Sans la FDA, serions-nous victimes de fraudeurs sans scrupule? Peut-être, mais même avec la FDA, ces fraudeurs n’ont jamais été aussi actifs, vendant des remèdes bidon contre la perte de cheveux, pour le grossissement de la poitrine ou pour faire maigrir. La FDA ne réussi pas à protéger la population de ces crapules. Tout ce qu’elle a réussi à faire, c’est à mettre des bâtons dans les roues de l’innovation médicale.
Cependant, la FDA est loin d’être la seule agence gouvernementale américaine à présenter un bilan aussi médiocre et coûteux. Stossel mentionne l’exemple du scandale d’Enron. Ce ne sont pas les régulateurs du gouvernement qui ont décelé l’anomalie comptable. Ce sont des analystes et des investisseurs de firmes privées. Le Départment de l’Agriculture a des inspecteurs dans chaque usine de transformation de poulets. Chaque inspecteur examine les poulets visuellement alors qu’ils défilent sur un tapis roulant. Son l’épidemiologue Dr Glenn Moris, les bactéries susceptibles de rendre les gens malades sont invisibles à l’œil nu. En fait, les entreprises aiment bien ces inspecteurs car ceux-ci leur offrent gratuitement un service de contrôle de qualité aux frais des contribuables, sans pour autant protéger la population de la salmonelle ou d’autres microbes.
L’autre agence écorchée par Stossel est l’Occupational Safety and Health Administration (OSHA), qui coûte si cher à tant d’entreprises aux Etats-Unis, prescrivant de manière très précise comment chaque travailleur doit faire ses tâches pour « être en sécurité ». Beaucoup de petites entreprises n’ont pas les moyens d’encourir les frais légaux nécessaires à contester les ordonnances farfelues de l’OSHA.
Stossel consacre ensuite un chapitre aux riches qui bénéficient des largesses de l’État. Il prend comme exemple les amphithéâtre de sport professionnel, qui sont souvent subventionnés par les gouvernements. Les subventions pour le stade de baseball de Cleveland ont coûté $170,000 par emploi créé. En fait, ces subventions ne font que permettre à de riches propriétaires d’équipes sportives de financer leurs entreprises sur le dos des contribuables. Stossel dénonce aussi le fameux National Flood Insurance Program, qui assure les propriétés côtières pour une valeur de $640 milliards. En fait, le NFIP est devenu le plus gros assureur des Etats-Unis! Cette subvention ne bénéficie pratiquement qu’aux riches puisque ce sont eux qui sont les propriétaires de ces résidences cossues en bord de mer.
Une autre section du livre est dédiée aux entrepreneurs créateurs de richesse, en commençant par les fameux « robber barons » américains. Pour lui, ceux-ci n’étaient pas des voleurs (robers) parce qu’ils n’ont rien pris à personne de force et n’étaient pas non plus des barons, puisqu’ils étaient nés pauvres. Vanderbilt s’est enrichi parce qu’il a réussi à réduire les coûts de voyage et d’expédition. Ses navires plus gros et plus rapides ont permis de réduire le coût d’un voyage New York – Hartford de $8 à $1. Rockefeller a réussi dans l’industrie pétrolière parce qu’il a abaissé ses coûts, ce qui lui a permis de réduire le prix du pétrole drastiquement. En fait, le surnom de « robber baron » ne leur a pas été attribué par les consommateurs, mais bien par leurs concurrents, qui eux n’appréciaient pas les bas prix qui faisaient baisser leurs profits.
On a parfois l’impression que les riches entrepreneurs s’enrichissent en « prenant une plus grande part de la tarte de richesse ». En fait, ceux-ci « cuisinent une toute nouvelle tarte ». Et pour y arriver, ceux-ci doivent servir les consommateurs mieux que leurs concurrents. Les gouvernements eux n’agrandissent pas la tarte, ils ne font qu’en prendre des morceaux en utilisant la force. Et qu’en est-il des salaires de PDG et des inégalités? L’entreprise Ben & Jerry a un jour annoncé que son travailleur le mieux rémunéré, le PDG, ne ferait pas plus de 5 fois le salaire de l’employé le moins bien payé, mais cela n’a pas fonctionné car Ben et Jerry n’étaient pas satisfait des candidatures qui leurs ont été soumises. Ils ont fini par payer 14 fois le salaire du bas de l’échelle, mais ce fut un désastre qui résultat en la vente de l’entreprise. Stossel traite aussi de la lutte à la pauvreté aux États-Unis. Il estime que l’état-providence a littéralement créé une « industrie de la pauvreté », administrée par les bureaucrate et les organismes sociaux, qui ont intérêt à ce que les pauvres restent dépendants du gouvernement.
Dans un autre chapitre, Stossel se pose une question très controversée : qui a fait une plus grande contribution au monde, Michael Milken (qui a « inventé » les junk-bonds) ou Mère Teresa? La réponse semble évidente lorsqu’on considère que Milken a été condamné à une peine de prison pour avoir enfreint les lois sur les valeurs mobilières. Cependant, lorsqu’on y pense plus longuement, on réalise que Milken a inventé une nouvelle manière pour des entreprises qui sont en démarrage ou en difficulté de lever des fonds pour créer ou sauver des millions d’emplois. Milken a notamment aidé MCI (50,000 employés) et CNN à démarrer. Il a aussi permis de sauver Mattel, Revlon et Safeway de la faillite. En tout il a financé plus de 3,000 entreprises incluant Barnes & Noble, AOL-Time Warner, Comcast, Mellon Bank, Occidental Petroleum, Jeep Eagle, Calvin Klein, Hasbro, Days Inn, 7-Eleven et Computer Associates. En permettant à ces millions de gens d’obtenir ou de conserver un emploi, il a créé bien plus de richesse que Mère Teresa, qui s’est pourtant dévouée aux pauvres toute sa vie.
Stossel consacre finalement un chapitre à la liberté individuelle et au droit que nous avons de disposer de notre corps. Il critique ainsi la criminalisation de la drogue et de la prostitution, entre autres. Il trouve ridicule (avec raison) qu’il soit légal que deux hommes entrent dans un ring de boxe pour se taper dessus pour de l’argent alors qu’il est illégal de donner du plaisir à quelqu’un contre rémunération. Concernant la légalisation des drogues, Stossel raconte l’histoire d’un sidatique qui consommait de la marijuana pour l’aider à tolérer sa médication, ce qui avait été légalisé par la Californie. Les policiers fédéraux l’ont arrêté et traîné en cour pour possession de drogue. Lors de son procès, son avocat n’a pas eu le droit de mentionner qu’il était sidatique et que la Californie lui permettait de consommer pour raisons médicales. Il fut alors envoyé en prison, où on ne lui permettait pas de consommer de la marijuana, qui l’aidait pourtant à ne pas vomir sa médication. Sa condition de santé s’est alors détériorée et il en est mort. Une autre victime de la guerre contre la drogue.
En somme, ce livre est très divertissant et fournit toute une panoplie d’exemples, tirés de la réalité, des désastres engendrés par l’interventionnisme du gouvernement et par son empiètement sur les libertés individuelles. L’aspect un peu auto-biographique du livre est moins pertinent, mais permet tout de même de bien saisir le cheminement de Stossel, qui ressemble étrangement à celui de la plupart des libertariens. Le livre n’est pas trop long et se lit d’un trait. Je n’hésite pas à le recommander.
“Abundance”, par Steven Kotler et Peter H. Diamandis.
Peter Diamandis est le PDG de la X PRIZE Foundation, le cofondateur de la Singularity University et le fondateur de plus d’une douzaine d’entreprises de technologie. Il est diplômé en biologie moléculaire (MIT), en ingénierie aérospatiale (MIT) et en médicine (Harvard).
Ce livre est une réponse savante et puissante aux « malthusiens » de ce monde (voir ceci); qui croient que l’humain manquera bientôt de ressources sur la terre et que, pour cette raison, nous devons réduire notre niveau de vie pour les préserver. Ces gens sous-estiment grandement le génie humain et son potentiel d’innovation. Diamandis utilise l’exemple de l’aluminium, un métal si utile, présent en grande quantité dans la croute terrestre, mais jadis si difficile à produire, jusqu’à ce qu’en 1886 les chimistes Charles Martin Hall et Paul Héroult eurent inventé le procédé d’électrolyse qui permet maintenant d’en produire de grandes quantités à un coût très abordable. L’histoire est remplie d’exemple de ressources rares, rendues abondante par l’innovation technologique. Pour un homme qui ne peut atteindre que la première branche d’un oranger, les oranges sont une ressources plutôt rare, mais lorsque celui-ci invente une échelle, les oranges deviennent alors abondantes.
L’innovation technologique, le fer de lance de Diamandis, a fait des miracles pour l’humanité. Aujourd’hui, un guerrier Masai qui dispose d’un simple téléphone cellulaire a accès à une capacité de téléphonie mobile supérieure à celle du président des États-Unis il y a à peine 25 ans. Pourtant, beaucoup de gens n’ont toujours pas accès à certains des avancements les plus essentiels de l’humanité.
Présentement, un milliard de personnes n’ont pas accès à de l’eau potable et 2.6 milliard n’ont pas accès à des installations sanitaires de base. Conséquemment, environ la moitié des hospitalisations dans le monde sont dues à des intoxications par de l’eau contaminée. La diarrhée cause 4.1% des maladies globalement, tuant 1.8 million d’enfants par année. L’autre problème pour les pays pauvres est que, vu le manque d’accès à l’eau potable et à l’électricité, les enfants doivent passer leurs journées à colporter de l’eau et à ramasser du bois plutôt que d’aller à l’école, tout comme leur mère qui ne peut pas travailler en raison de ces obligations. Selon un rapport de l’OMS, 36% des infections respiratoires, 22% des maladies pulmonaires chroniques et 1.5% des cancers (donc environ 4% des maladies) sont causés par la pollution de l’air à l’intérieur des maisons résultant de l’utilisation du bois et des matières fécales comme carburant pour le chauffage et la cuisson des aliments. Pour Diamandis, ces problèmes pourraient être facilement réglés par la technologie, pour aider les habitants des pays pauvre (qu’il appelle le « rising billion ») à atteindre la prospérité.
Pour beaucoup, la « surpopulation » est un grave problème dans les pays pauvres. En fait, c’est plutôt la mortalité infantile qui est le vrai problème. Dans ces pays où les régimes de retraite et les filets sociaux sont sous-développés, ce sont les enfants qui prennent soin de leur parent lorsqu’ils vieillissent. Dans un endroit où beaucoup d’enfants meurent, il est donc logique que ces gens fassent beaucoup d’enfants pour s’assurer qu’il y en ait au moins un ou deux qui survivent jusqu’à l’âge adulte, pour qu’ils s’occupent éventuellement d’eux durant leurs vieux jours. Ainsi, en réduisant la mortalité infantile, on réussirait à réduire la « surpopulation ». L’urbanisation et l’industrialisation sont d’autres manières de réduire l’ampleur de la « surpopulation ». La principale occupation des habitants ruraux des pays en développement est l’agriculture. Dans ces pays, cette pratique est plus manuelle et nécessite beaucoup de main d’œuvre, de préférence des garçons. Ces pourquoi ces familles font beaucoup d’enfants; pour s’assurer d’avoir au moins trois garçon pour travailler sur la ferme et nourrir la famille.
Diamandis consacre ensuite un chapitre à expliquer pourquoi les gens sont si pessimistes à propos du futur de l’humanité. S’appuyant sur des recherches faîtes sur le cerveau, l’auteur décrit pourquoi nous sommes si sensible aux mauvaises nouvelles et pourquoi nous accordons tant d’importance aux prophètes de malheur.
L’une technologies encensées par Diamandis sont les OGMs. Il ridiculise ceux qui s’y oppose en mentionnant que l’agriculture traditionnelle n’est pas plus naturelle. Toutes les plantes cultivées sont, par construction, modifiées génétiquement. Ce sont des mutants capable de produire des aliments en quantités et qualités impossible à trouver dans la nature. Par ailleurs, ces plantes ont absolument besoin de l’intervention humaine pour exister et survivre. Les carottes oranges que nous connaissons aujourd’hui descendent toutes d’un mutant découvert en Hollande au 16e siècle. Le blé que nous consommons actuellement est une combinaisons de trois herbes sauvages; le blé n’existe pas et n’a jamais existé à l’état sauvage. Pour lui, le train des OGMs a quitté la station, il est trop tard pour reculer; et suite à l’augmentation vertigineuse de la production d’OGMs, les risques scandés par les environnementalistes ne se sont pas manifestés.
L’un des chapitres intéressants porte sur la dématérialisation et ce qu’elle peut faire pour réduire notre « empreinte écologique » tout en améliorant notre niveau de vie. De nos jours, un simple iPhone contient un téléphone cellulaire, un GPS, une console de jeux vidéos, un lecteur audio de bonne qualité, un ordinateur personnel, un appareil photo, une caméra vidéo, un agenda électronique, un téléviseur, un réveil-matin, une calculatrice et plusieurs autres fonctions. En 1985, ces appareils auraient pris beaucoup de place, leur fabrication aurait consommé beaucoup de matériaux et d’énergie et le tout aurait coûté plus de $10,000 (ajusté pour l’inflation).
Au fil du livre, Diamandis dresse un portrait large de diverses technologies qui sont présentement en développement et qui pourraient grandement améliorer le sort de l’humanité, que ce soit au niveau de l’énergie, des transports ou de l’alimentation, et lesquelles contribueron à nous faire progresser vers l’abondance (d’où le titre du livre).
Concernant l’éducation, l’auteur critique le modèle actuel basé sur la mémorisation de faits. Ce système qui a émergé lors de la révolution industrielle est désuet et néglige de développer la créativité, la collaboration, l’esprit critique et la résolution de problèmes. Selon Diamandis, des études démontrent que les jeux surperforment les livres de référence à aider les étudiants à apprendre des sujets factuels tels que la géographie, l’histoire, la physique et l’anatomie. À cet égard, l’amélioration de l’informatique, le développement de l’intelligence artificielle, le développement de l’internet sans-fil et la commercialisation de « tablettes » peu coûteuses pourraient permettre d’offrir une éducation presque gratuite, de haute qualité et personnalisée à n’importe qui, n’importe où et n’importe quand (notamment au « rising billion »).
Dans la dernière section du livre, Diamandis discute du cheminement qui l’a mené à fonder la X Prize Foundation. Selon lui, cela fait plus de 300 ans que les concours contribuent à accélérer le progrès technologique. Il relate notamment l’histoire de Charles Lindbergh, qui avait entrepris sa fameuse traversée New York-Paris pour remporter le prix Orteig de $25,000 après que 6 aviateurs eurent perdu la vie pour tenter d’obtenir le prix. Cet exploit fut un véritable catalyseur pour le développement de l’aviation.
S’il y a une chose que l’innovation requière, c’est une forte tolérance au risque. Les meilleures inventions résultent d’une idée qui apparaît d’abord comme insensée; comme une brisure avec ce qui s’est fait auparavant. Ce sont souvent des paris très risqués. Ainsi, un système économique qui ne rémunère pas suffisamment la prise de risque (ou même qui la pénalise) et qui privilégie les experts du moment au détriment des innovateurs de demain est voué à la stagnation; on pense ici à la planification centrale communiste. Diamandis néglige d’approfondir ce point, c’est-à-dire de l’importance des institutions politiques dans le développement technologique. Il ne fait aucun doute que les systèmes orientés vers le libre-marché sont bien plus innovateurs que ceux basés sur la planification centrale étatique. Les gouvernements peuvent grandement nuire à l’innovation technologique lorsqu’ils font eux-mêmes le choix des technologies ou entreprises gagnantes, comme c’est si souvent le cas.
Ce livre est bien intéressant pour quiconque veut se renseigner sur les nouvelles technologies les plus prometteuses, qui nous permettront de continuer à augmenter notre niveau de vie de manière durable dans le futur. Et l’optimisme de l’auteur vous aidera certainement à adopter une vision plus positive de l’avenir. Si Diamandis a raison, les disciplines de Malthus continueront de perdre lamentablement la face…
“Consumer Republic: Using Brands to Get What You Want, Make Corporations Behave, and Maybe Even Save the World”, par Bruce Philp.
Bruce Philp est un spécialiste de l’image de marque et de la publicité basé à Toronto. Sa théorie est que les marques de commerce donnent énormément de pouvoir aux consommateurs. De plus, Philp croit que, grâce à l’internet et aux médias sociaux, ce pouvoir n’a jamais été aussi grand que maintenant.
L’acétaminophène est un produit efficace contre les maux de tête. En Amérique du Nord, la marque la plus populaire est Tylenol, qui a environ un tiers du marché. Pourtant, il existe des alternatives génériques parfaitement équivalentes significativement moins dispendieuses. Pourquoi alors est-ce que les gens achètent quand même Tylenol même s’il est plus cher? La réponse est parce que la marque agit comme une police d’assurance pour le consommateur; il impose au fabricant une forme d’imputabilité plus forte que bien des règlementations.
En 1982, un criminel a trafiqué des contenants de Tylenol sur les tablettes d’une pharmacie de Chicago, causant la mort de 7 personnes (voir ceci). L’entreprise Johnson & Johnson a répondu avec panache pour défendre leur marque. Ils ont été transparents avec les médias, ils ont détruit des produits d’une valeur de plusieurs millions de dollars par précaution et ils ont amélioré les caractéristiques de sécurité des contenants pour prévenir ce genre de chose. Leur part de marché est passée de 37% à 7% pour ensuite remonter à 30%. Ainsi, beaucoup de gens paient plus cher pour la marque Tylenol parce qu’ils savent que si quelque chose tourne mal, l’entreprise fera ce qu’il faut pour corriger la situation pour défendre son image de marque.
Suite à un défaut majeur sur leur camionnette Tacoma résultant en l’apparition de rouille, Toyota a offert aux propriétaires de ces véhicules de les racheter à 150% de leur valeur (voir ceci). Pourquoi? Pour conserver son image de marque axée sur la qualité et la fiabilité.
Lors d’une étude, les participants étaient confrontés à deux téléviseurs complètement identiques, excepté que l’un d’eux portait la marque Philips et l’autre ne portait aucune marque. Les chercheurs ont ensuite demandé aux participants le prix qu’ils seraient prêts à payer pour chaque téléviseur. Les gens qui ont évalué le téléviseur Philips lui ont attribué une valeur de 20% supérieure à la valeur attribuée à l’autre téléviseur. Pourquoi? Parce que ces gens attribuaient une valeur au sentiment de sécurité que la marque apporte. Une marque indique que des gens endossent le produit qu’ils fabriquent.
En 2009, Walmart a décidé d’éliminer des centaines de marques de produits dont la vélocité des ventes était faible. Par la suite, le trafic dans les magasins a fortement chuté, les consommateurs n’appréciant par le manque de choix. Il n’a suffit que de quelques mois avant que l’entreprise face marche arrière et se plie à la volonté de ses clients qui ont voté avec leurs pieds et leurs portefeuilles (voir ceci). Ceux-ci ont dicté à l’une des plus grandes corporations au monde comment elle devait gérer ses magasins.
En 2010, la pétrolière BP a été impliquée dans une importante catastrophe écologique : l’explosion de Deepwater Horizon. Peu après l’événement, le président Obama a baptisé l’événement « the BP oil spill ». Il n’a pas été mention de TransOcean, ni d’Halliburton, mais bien de BP. Pourquoi? Parce que contrairement à ces deux autres entreprises impliquées dans le désastre, BP avait une marque et un logo; elle faisait affaire face à face avec le grand public à ses stations services. La Maison Blanche savait qu’en ciblant et nommant l’entreprise qui avait une marque, elle engendrerait la réaction la plus active en sachant que BP allait sortir les grands moyens pour défendre sa marque (voir ceci). La réaction de BP face à la catastrophe a été bien au-delà de ce qui aurait pu être exigé d’elle de la part du gouvernement et des régulateurs. C’est son désir de protéger sa marque qui l’a poussée à en faire autant, même si pour certains (incluant moi-même) ce n’était toujours pas assez.
Les marques nous donnent du pouvoir face au marché et aux grandes entreprises, mais pour pleinement profiter des effets bénéfiques de ce pouvoir, il nous faut assumer notre penchant pour la consommation, qu’elle soit ostentatoire ou non. La consommation ostentatoire n’est pas nécessairement une forme de vanité ou d’affichage de notre statut socio-économique. Il s’agit en fait de plus en plus d’une forme d’expression de son individualité et d’affirmation de sa personnalité. En évitant d’accorder de l’importance aux marques, nous nous privons de leur pouvoir.
Le consumérisme est associé à la liberté individuelle. Les régimes totalitaires, qu’ils soient Nazi, Soviétiques ou théocratiques, comportent tous un volet anti-consommation. La consommation est une expression d’autonomie personnelle et de diversité, ce qui déplaît à ces régimes qui préfèrent l’homogénéité. Dans les anciennes monarchies européennes, la consommation ostentatoire était une façon d’enfoncer les barrières entre les classes aristocratiques.
Selon Philp, les groupes de focus sont une perte de temps car les gens ne disent pas la vérité. C’est avec leur portefeuille que les gens s’expriment de la manière la plus fidèle à ce qu’ils pensent vraiment. Ainsi, durant ces discussions de groupe, les gens n’osent pas avouer devant les autres qu’ils sont influencés par les marques. La fausse conclusion dérivée de ceux-ci est que la marque n’a pas tant d’importance, ce qui pousse les entreprises à prendre de mauvaises décisions, ce qui résulte souvent en un focus sur les baisses de coûts (et de qualité) pour gagner des parts de marché.
Selon Philp, de nos jours, beaucoup trop de gens négligent la qualité de ce qu’ils achètent et s’acharnent plutôt à payer moins cher de façon à pouvoir acheter le plus de choses possibles. La marque perd ainsi de l’importance et nous nous retrouvons avec des produits de piètre qualité et peu durables. Nous ne sommes pas victimes de l’obsolescence hâtive, nous faisons partie intégrante de l’équation. Ce sont nos choix de consommation qui influencent l’équilibre entre prix, qualité et durabilité. Prenons les automobiles comme exemple car il s’agit d’un bien pour lequel la durabilité est une qualité prisée par les consommateurs. Leur durabilité a énormément augmenté au cours des dernières décennies. De nos jours, les voitures sont munies de garanties de plusieurs années ce qui n’était pas le cas il y a 30 ans. Ce sont les désirs des consommateurs qui ont forgé ces changements.
Dans les mots de l’auteur :
“Regardless of where cheapness begins, the outcome is products that don’t last, plundering the planet and filling landfill sites with the wreckage of our short-term thinking. Cheapness exports jobs. Cheapness gives too much power to too few retailers. Cheapness turns shopping into a sport. It encourages us to consume for the sake of consuming. Cheapness discourages respect for the work of others and, ultimately, our own. Cheapness is, indisputably, toxic to our way of life. »
Dans son livre “No Logos”, l’auteure Naomi Klein blâmait l’entreprise Nike pour ses pratiques douteuses dans les pays du Tiers-Monde. L’image de Nike en a été très négativement affectée. Klein s’est attaquée à l’une des marques les plus prisées du monde, et Nike a réagi. L’entreprise a fait énormément pour améliorer les choses en changeant ses pratiques commerciales significativement. Aujourd’hui, Nike est classée comme l’une des corporations les plus éthiques (voir ceci). Quelle a été la motivation pour cette transformation? Préserver la valeur sociale et monétaire de sa marque. On en vient alors à se demander pourquoi Klein tient tant à ce que l’on vive dans un monde sans logos…avec tous les changements positifs que Nike a fait pour préserver l’image du sien.
Le monde du marketing a profondément changé à partir des années 1990s. Vu la diversité grandissantes de leurs intérêts, les jeunes sont devenus plus difficiles à cibler. Les publicistes ont dû davantage être à leur écoute que par le passé. Puis, cette tendance s’est accentuée avec les chaînes spécialisées, l’internet, You Tube et Facebook. Non seulement les firmes de marketing ont perdu le contrôle sur leurs canaux de communication avec les consommateurs, ils ont en plus dû rendre la communication bidirectionnelle. Les entreprises sont de plus en plus à l’écoute de ce que nous pensons de leur marque et de leurs produits, et elles réagissent.
Nous vivons maintenant à une époque où un consommateur fâché peut, grâce aux nouveaux médias sociaux, attirer l’attention d’une grande entreprise et la faire réagir. Les consommateurs n’ont jamais eu autant de pouvoir que maintenant. Au début des années 1980s, une étude avait évalué qu’un consommateur insatisfait partageait son expérience avec 10 à 16 personnes. Grâce aux réseaux sociaux, ce nombre est passé à 290 (selon une étude de Claudine Ouellet de l’Université Laval).
Prenons l’exemple de Dave Carroll, qui avait filmé les employés de United Airlines briser sa guitare en 2008. Le transporteur refusait de l’indemniser convenablement, jusqu’à ce que la pression des internautes viennent lui forcer la main. La banque HSBC, qui avait voulu introduire un taux d’intérêt sur les comptes à découvert d’étudiants suite à la crise financière en 2007, a dû rebrousser chemin après que des milliers de gens aient joint une page Facebook dénonçant la manœuvre (voir ceci). En 2010, Gap a abandonné son nouveau logo suite aux critiques des internautes (voir ceci). Tropicana avait subi le même sort l’année précédente (voir ceci). La chaine de restaurants Le Commensal a quant à elle fait face à de virulentes critiques concernant l’introduction de plats non-végétariens sur le menu, encore une fois sur les médias sociaux (voir ceci). An avril 2012, Deborah Kudzman a gagné sa bataille contre les Industries Lassonde concernant l’utilisation du mot « Oasis » grâce aux réseaux sociaux (et notamment l’intervention de Guy A. Lepage sur Twitter) et a obtenu le remboursement de ses frais juridiques de $80,000. En moins de 24 heures, les réseaux sociaux avaient permis de régler une histoire qui durait depuis plus de 7 ans! (voir ceci) L’internet a complètement changé la donne et permet maintenant aux consommateurs d’avoir beaucoup d’impact sur les entreprises.
Warren Buffet, reconnu comme étant le plus grands investisseurs boursier de tous les temps, a toujours favorisé les actions d’entreprises dont la marque de commerce est très forte. Pour ces entreprises, c’est leur marque qui leur permet de faire des profits et la force de leur marque, qui résulte de la satisfaction de leurs clients, leur confère un avantage concurrentiel durable qui bénéficie au prix de leur action à long terme.
La firme Covalence compile un classement des 100 entreprises les plus « éthiques ». Environ un tiers des 100 entreprises ayant les marques qui valent les plus cher selon Interbrand au monde figure sur la liste de Covalence des entreprises les plus éthiques, même si beaucoup d’entreprise sur cette dernière n’ont pas vraiment de marque de commerce et n’ont donc pas été évaluées par Interbrand. Il est donc clair que les marques motivent un comportement éthique de la part des entreprises.
Notre façon de consommer injecte nos valeurs personnelles directement dans le système commercial. Ce qui motive nos achats, finit par motiver les entreprises qui produisent ce que nous achetons. Notre façon de consommer aide à forger les entreprises desquelles nous achetons. C’est pourquoi les marques nous donnent beaucoup de pouvoir face aux entreprises; bien plus que la réglementation et l’intervention gouvernementale.
“Bad Pharma: How Drug Companies Mislead Doctors and Harm Patients”, par Ben Goldacre.
Ben Goldacre est un médecin de Londres qui oeuvre en épidémiologie (voir son TED Talk). Ce livre traite des problèmes et des mauvaises pratiques de l’industrie pharmaceutique. C’est un excellent ouvrage, incisif, bien documenté et plutôt apolitique, bien que l’auteur ait un peu trop foi en la règlementation comme solution alors que certaines portions du livre démontrent que les régulateurs font partie du problème. Voici comment l’auteur résume son argumentation :
Les médicaments sont testés par les gens qui les fabriquent, dans des essai cliniques mal conçus menés sur un petit nombre de patients non-représentatifs, et analysés en utilisant des techniques qui sont biaisées, de manière à exagérer les bienfaits des traitements. C’est sans surprise que ces études produisent des résultats qui favorisent le produit testé. Quand les essais cliniques ne donnent pas les résultats escomptés, les données sont cachées des médecins et des patients ce qui laisse une image distordue de la réalité. Ces faits distordus sont communiqués de manière biaisée par des régulateurs et des éditeurs de journaux scientifiques qui sont en conflit d’intérêts, tout comme les associations de patients et les universités. Le résultat est que dans la plupart des cas, nous n’avons aucune idée du traitement qui est le plus efficace.
Des études cliniques biaisées
Les pharmas font souvent plusieurs séries de tests, mais excluent les séries dont les résultats ne sont pas positifs. Donc, si dix séries de tests ont été effectuées, il se peut que l’étude publiée et soumise aux régulateurs ne présente les résultats que de trois ou quatre d’entre elles. Par exemple, pour le reboxetine, sept séries de tests ont été faits, mais seulement une a été rendue publique et publiée dans un journal académique. Les six autres sont demeurées dans l’ombre, inaccessible, même si leurs résultats ne montraient aucune amélioration face au placebo.
Les conséquences négatives des « données manquantes » ne s’arrête pas à l’évaluation de l’efficacité; elles concernent aussi la sécurité des patients. Dans les années 1980, un médicament contre l’arythmie cardiaque, le lorcainide, fut testé auprès d’une centaine d’hommes ayant subi une attaque cardiaque. Le taux de décès fut 9 fois supérieur chez les candidat ayant pris lorcainide que ceux qui ont pris le placebo. L’étude ne fut jamais publiée et les résultats sombrèrent dans l’oubli. Pourtant, à la même époque, les médecins ont commencé à systématiquement prescrire des médicaments anti-arythmie aux gens ayant subi une attaque cardiaque, par mesure de prévention, sans savoir qu’une étude avait démontré que c’était dangereux. Résultat : environ 100,000 personnes sont mortes avant que l’on ne se rende compte que c’était une mauvaise idée. Ces morts auraient pu être évitées si l’étude sur lorcainide avait été publiée.
Il y a seulement la moitié des résultats d’essais cliniques qui sont publiés, et celles dont les résultats sont négatifs ont deux fois plus de chances de ne pas être publiées. Conséquemment, les informations disponibles aux médecins font en sorte de constamment surestimer les bienfaits des médicaments. Ainsi, comme les médecins sont maintenu dans l’ignorance, les patients sont exposés à des traitements inférieurs, inefficaces, non-nécessaires, plus dispendieux et/ou plus risqués, voire dangereux.
Une étude a recensé des essais cliniques pour 12 médicaments produits par différents manufacturiers. Des 75 études faîtes sur ces 12 médicaments, seulement 51 ont été publiées dans la littérature académique. Des 75 non-publiées, le taux de résultats positifs était de 51%, alors que pour les 51 études publiées il était de 94%! Cette pratique introduit un biais significatif dans la manière de juger ces produits et d’interpréter les résultats. Le problème est en partie causé par le fait que les journaux académiques sont moins enclins à accepter de publier des études dont les résultats sont négatifs ou encore des études qui répliquent une étude existante.
Les régulateurs eux ont accès à beaucoup plus de données sur les essais cliniques, mais ils refusent de les diffuser, souvent pour préserver le « secret commercial » des grandes pharmas. Ces régulateurs estiment que leur tâche s’arrête à décider si un médicament devrait aller sur le marché ou non et que les médecins ainsi que leurs patients n’ont pas besoin d’en savoir plus. Ceci est une grave erreur. Le fait qu’un médicament atteigne le marché ne signifie pas qu’il soit nécessairement le meilleur. Par ailleurs, un médicament n’est pas nécessairement bon ou mauvais. Certains médicaments conviennent mieux à certains patients qu’à d’autres, que ce soit par leur efficacité ou leurs effets secondaires. Lorsqu’un médicament ne fait pas l’affaire, il peut être utile d’avoir accès à un autre qui pourrait donner de meilleurs résultats dans un cas spécifique, même si généralement cet autre médicament est considéré comme moins efficace ou plus coûteux ou comporte plus d’effets secondaires. Pour prendre ce genre de décision, les médecins ont besoin de toute l’information disponible et pas seulement les études publiées dans les journaux académiques.
Le rosiglitazone est une nouvelle sorte de médicament contre le diabète mis en marché en 1999. En 2003, l’OMS a contacté Glaxo concernant un rapport associant rosiglitazone à des troubles cardiaques. En 2005 et 2006, Glaxo a mené une enquête interne là-dessus, qui fut classée auprès de la FDA, mais ne fut rendue publique qu’en 2008. En fait, c’est plutôt le professeur Nissen, de son initiative personnelle, qui a alerté la communauté médicale de ces risques suite à ses analyses en 2007, lesquelles montraient une hausse de 43% du risque de troubles cardiaques. En 2010, le médicament fut retiré du marché. Ainsi, beaucoup de gens sont possiblement morts alors que la FDA et Glaxo disposaient d’informations critiques à l’égard de ce médicament.
Les essais cliniques sont de plus en plus sous-traités dans les pays émergents, moins régulés et moins dispendieux. Cependant, les populations de ces pays sont différentes des population des pays où les médicaments testés seront éventuellement commercialisés. Dans ces pays, des sujets du groupe de contrôle tout de même atteints de maladies graves ne reçoivent qu’un placebo, ce qui fait bien paraître le médicament testé, mais est totalement contraire à l’intérêt du patient (cette pratique est interdite dans les pays industrialisés).
Souvent, les études cliniques mesurent l’impact d’un médicament sur une mesure auxiliaire (proxy). Par exemple, un médicament supposé réduire le risque d’attaques cardiaques pourrait être évalué par rapport à sa capacité à faire baisser la pression sanguine. Le problème est que parfois l’amélioration du proxy n’améliore pas l’objectif principal. C’est notamment le cas du doxazosin, qui est un médicament très dispendieux ayant remplacé le chlorthalidone une fois son brevet expiré. Le gouvernement a financé une étude qui a démontré que doxazosin faisait bien pire que chlorthalidone quant au risque d’attaque cardiaque (tellement que l’étude a dû être arrêtée prématurément car on nuisait trop aux patients). Pourtant, ce médicament continue d’être prescrit allègrement grâce au marketing efficace de Pfizer.
Souvent, le choix des patients participant à une étude permet d’obtenir un résultat plus favorable. En 2007, une étude a été faîte sur 179 véritables asthmatiques en vérifiant s’ils auraient été admissibles à des essais sur des médicaments contre l’asthme : seulement 5% à 6% d’entre eux auraient été acceptés pour ces essais cliniques par les pharmas! Donc les patients choisis pour ces essais ne sont pas représentatifs de la population visée par le traitement. Le choix des patients vise à faire mieux paraître l’efficacité du médicament. Aussi, une bonne façon de mettre en valeur un médicament dont l’efficacité est faible consiste à découper l’échantillon de patients en sous-groupes pour voir si, par chance, un des sous-groupes affiche de meilleurs résultats. Par exemple, un médicament pourrait n’avoir montré aucun bienfait pour l’ensemble de l’échantillon, mais avoir semblé montrer une certaine efficacité chez les asiatiques de 45 à 55 ans.
Les pharmas peuvent aussi jouer sur les doses pour faire valoir leur nouveau produit comparativement à un concurrent établi. Lorsque le brevet du médicament antipsychotique risperidone a expiré, les concurrents ont tenté de démontrer que leur nouvel antipsychotique était supérieur à risperidone pour s’accaparer une part de marché. Cependant, leurs essais utilisaient une dose de 8 mg de risperidone, ce qui est beaucoup trop élevé et susceptible de causer des effets secondaires, faisant bien paraître le médicament du concurrent.
Des conflits d’intérêts troublants
Les régulateurs sont en conflit d’intérêt, notamment parce que plusieurs de leurs employés envisagent et obtiennent éventuellement une carrière plus lucrative au sein d’une compagnie pharmaceutique, ce qui les incite à être moins sévères envers elles. Les pharmas le savent et jouent très bien cette carte. Par ailleurs, les régulateurs sont généralement très réticents à retirer un médicament du marché parce qu’il est inefficace ou dangereux, car cela équivaut pratiquement à avouer leur erreur de l’avoir approuvé au départ. Le problème est que ce sont eux qui ont le meilleur accès aux données. Pourtant, dans le cas de médicaments qui se sont avérés dangereux, comme rosiglitazone, vioxx ou benfluorex, ce sont des individus qui ont levé le drapeau rouge de leur propre initiative; pas des régulateurs! Et ils l’ont fait dans ces cas spécifiques justement parce que les données avaient été rendues disponibles dans le cadre de procès.
Même les associations de patients sont en conflit d’intérêt; notamment parce qu’ils cherchent souvent à favoriser l’approbation rapide de médicaments dits « révolutionnaires », alors qu’il n’a pas encore été démontré qu’ils étaient sécuritaires (pour un patient en phase terminale désespéré, ce n’est pas un soucis). La communauté de patients atteint du VIH a milité pour que les temps d’approbation des médicaments soient réduits pour les médicaments concernant des patients dont l’espérance de vie est faible et qui ne disposent d’aucun traitement alternatif. Le problème est que cette législation est utilisée de manière beaucoup plus large par les pharmas, menant à des abus.
Le cas d’Iressa est très intéressant à cet égard. Suite à ce que des études n’aient démontré aucun bienfait de la part du médicament, la FDA allait le retirer du marché. Puis, des cancéreux qui avaient reçu le médicament gratuitement se sont présentés pour témoigner aux audiences publiques. Certains d’entre eux ont supplié la FDA de le laisser atteindre le marché, affirmant qu’il avait fait des miracles sur eux, par chance ou par effet placebo. La FDA a succombé à ces témoignages malgré les études probantes et ont approuvé Iressa. Il faut cependant savoir que les frais de déplacement de ces gens avaient été payés par Astra-Zeneca. Par la suite, une étude de 1,700 patients menée par la compagnie a confirmé qu’il n’y avait aucun bienfait à utiliser Iressa. Il est pourtant toujours sur le marché et continue d’être prescrit à des nouveaux patients par des médecins mal informés, malgré un avis contraire de la FDA.
Dans le même ordre d’idée, la Fédération Nationale du Rein a fustigé le régulateur britannique pour avoir refusé des traitements dispendieux et peu efficaces. Le budget annuel de £300,000 de cette fédération provident en grande partie des compagnies pharmaceutiques.
Les médecins sont aussi en conflit d’intérêt. Les compagnies pharmaceutique s’assurent souvent le support des experts et leaders d’opinion en les engageant comme consultants ou conseillers ou en finançant leurs recherches contre une rémunération intéressante et un apport de prestige non-négligeable. Il est bien connu que l’industrie pharmaceutique dépense deux fois plus en marketing et promotion qu’en recherche et développement. Mais où va tout cet argent? Pour le médecin qui prescrit un médicament, l’image de marque de la compagnie devrait avoir bien peu d’importance; ce qui compte sont les preuves scientifiques qui supportent la décision de prescrire un médicament . Ainsi, presque chaque dollar dépensé en marketing sert à distordre ou pervertir le processus de décision scientifique. En fait, le marketing a plus d’incidence sur les prescriptions que les nouvelles publications scientifiques. Les publicités de médicaments sont aussi forts trompeuses. Dans celles-ci, seulement la moitié des affirmations sont supportées par une étude et moins de la moitié de celles-ci citent l’étude supportant les affirmations de la publicité.
Présentement, les médecins ne disposent d’aucune information leur permettant de déterminer si, par exemple, atorvastatin est plus efficace ou génère moins d’effets secondaires que son concurrent simvastatin. En fait, les médecins n’ont pas le temps de lire tous les articles scientifiques pertinents. Il y en a des dizaines de milliers par années publiés dans de nombreux journaux. Une étude récente a estimé que pour un seul mois, il faudrait 600 heures pour tous lire les nouveaux articles reliés à la médecine générale (29 heures par jour de semaine). La principale source d’éducation continue pour les médecins réside dans les conférences, lesquelles sont commanditées par les grandes pharmas. Cette contribution leur permet d’influencer le contenu des conférences, de choisir les présentateurs, les sujets, etc. Ce sont aussi des occasions de pervertir le bon jugement des médecins en les gâtant allègrement de toutes sortes de manières.
Il y a environ une décennie, le médicament omeprazole contre les brûlures d’estomac générait $5 milliards de revenus par année pour AstraZeneca. Alors que son brevet allait expirer, l’entreprise a fait approuver ce que l’on surnomme un « me-again », esomeprazole, c’est-à-dire un médicament similaire à l’original, mais avec une infime différence. Celui-ci n’est pas plus efficace qu’omeprazole, mais il coûte 10 fois plus cher, grâce à une soigneuse campagne de marketing d’AstraZeneca, qui génère…..$5 milliards de revenus par années de son « me-again »! En 2010, une équipe de chercheur a analysé les dix classes de médicaments les plus prescrites et ont calculé que £1 milliard est gaspillé par année parce que des médecins utilisent des versions « me-too » plutôt que des génériques.
Publier des articles scientifiques est un bon moyen pour un docteur de gagner en prestige. Cependant, le processus est long, coûteux et fastidieux, surtout pour un médecin praticien qui a un horaire de travail chargé. C’est pourquoi beaucoup de médecins acceptent de servir de « prête-nom » pour endosser des études menées par des compagnies pharmaceutiques (cette pratique se nomme « ghost-writing »). Cela permet à la pharma de donner une fausse impression d’indépendance concernant son étude. Le médecin lui peut ajouter une publication à son CV sans trop de travail et est même parfois payé par la compagnie pour mettre son nom sur une étude pour laquelle il n’a presque rien fait. Ce fut le cas pour le médicament Zyprexa de Ely Lilly, dont un article à son sujet, publié dans le journal Progress in Neurology and Psychiatry, fut soumis au nom du Dr Peter Haddad, un psychiatre de Manchester, mais fut entièrement rédigé et approuvé par Lilly.
La majorité des revenus des journaux scientifiques proviennent de la publicité. Les compagnies pharmaceutiques dépensent environ $500 million par année en publicité dans ces journaux. En 2011, une étude Allemande portant sur 412 articles émettant une recommandation sur des médicaments parus dans des journaux dédiés à des médecins généraux a démontré que les articles publiés dans des journaux dont les revenus proviennent surtout de la publicité recommandaient presque tous les médicaments discutés alors que les journaux dont les revenus dépendent des frais d’abonnement recommandaient plutôt de ne pas les prescrire. En 2009, la American Heart Rhythm Society a reçu la moitié de ses revenus ($7 million) des compagnies pharmaceutiques. La situation est similaire pour la American Academy of Allergy, Asthma and Immunology et la American Academy of Pediatrics. En 2002, le American College of Cardiology a reçu $750,000 de Pfizer et $500,000 de Merck.
Conclusions
Les problèmes soulevés par Goldacre sont majeurs et alarmants.
- Beaucoup de médicaments ne sont pas vraiment utiles et ne font que gonfler les coûts des soins de santé.
- Les brevets font aussi gonfler les coûts du système.
- Nous faisons beaucoup trop confiance aux régulateurs, qui sont en conflit d’intérêt et manquent de transparence.
- En fin de compte, ce sont les assureurs qui auraient avantage à être plus vigilants, mais dans la plupart des pays, ceux-ci ne peuvent pas et/ou n’ont pas avantage à le faire en raison de la structure règlementaire du système de santé.
- La fausse représentation (de la part des pharmas) et la négligence (des médecins) restent souvent impunies en raison des lacunes du système légal et règlementaire.
Est-ce que le libéralisme pourrait améliorer les choses concernant cette industrie (indice)? Et si oui, comment (indice)?
La Collaboration Cochrane représente une solution privée fort efficace quant à l’évaluation des médicaments. Il s’agit d’une organisation sans but lucratif, indépendante et non-gouvernementale. Ben Goldacre y fait constamment référence dans le livre comme étant une source fiable de données agrégées et de méta-analyses. Selon moi, une telle organisation rend bien plus service à la société que la FDA ou Santé Canada. Les pharmaciens pourraient aussi jouer un plus grand rôle, en mettant leur sceau d’approbation sur les médicaments, mettant du même coup leur réputation et leur responsabilité financière en jeu.

Si l’approbation de la FDA n’était plus nécessaire à la commercialisation d’un médicament, est-ce que cela ferait en sorte d’abaisser les standards de l’industrie? Non, au contraire! Les pharmaceutiques devraient convaincre les médecins de l’utilité, de l’efficacité et de la sécurité de leurs produits. Celles-ci devraient être plus transparentes quant à leurs données cliniques et devraient possiblement être plus collaboratives avec les organisations telles que la Cochrane. Le fardeau de la preuve deviendrait plus exigeant. Les compagnies pharmaceutiques miseraient davantage sur leur réputation et sur leur crédibilité plutôt que sur le sceau d’approbation des bureaucrates de la FDA.


























Bonjour,
Je me permet de vous écrire car je suis entrain d’effectuer des recherches sur les possibles évolutions que pourrait subir le modèle de banque universelle face aux récents événements qui ont fortement modifié le monde de la finance.
Etudiant ingénieur, je ne suis pas spécialisé dans ce genre de domaine. Il me serait très utile de pouvoir lire des articles ou livres en relation avec le sujet pour en ressortir des axes de réflexion puis un plan d’étude.
Je vous remercie du temps que vous voudrez bien accorder a ma demande.
Je vous prie d’agréer, Madame, l’expression de ma considération distinguée
@Randy
Tout d’abord, je suis un Monsieur!
Tapez simplement "banque" dans le moteur de recherche de ce blogue. Vous y trouverez une avalanche d’articles sur le sujet.
Un petit commentaire : l’avis de Saad sur la religion est péremptoire et complètement biaisé par ses présupposés idéologiques (on devine l’athée militant ou l’« humaniste laïque » engagé) : il met sur le compte de la religion des conflits qui sont tout simplement dus à la violence interethnique (assez indépendante du contenu même des religions en question), il fait comme si la croyance irrationnelle pouvait disparaître (alors que l’une ne fait que chasser l’autre : par exemple, le communisme se revendique athée, mais il est une religion en lui-même au sens de croyance dogmatique transcendentale) et dernier point mais non le moindre, il met de côté le rôle de régulateur social joué par la religion et les progrès qu’elle apporte (une thèse intéressante est que le capitaliste est apparu entre autres grâce au christianisme ; voir par exemple les travaux du célèbre sociologue Max Weber).
Ah oui, et encore un autre point, en fait : dire que la religion infantilise l’esprit et l’aliène n’est pas vrai pour toutes les religions ; on peut penser aux Jésuites, qui ont au contraire beaucoup fait pour l’étude et l’éducation : une religion peut encourager le travail intellectuel (ce n’est pas nécessairement vrai pour toutes les religions, je ne pense notamment pas que l’islam soit un cadre favorable pour un tel développement).
Voilà, je voulais juste réagir à ce paragraphe qui m’a fait bondir tant son parti-pris tranche avec l’approche froide et objective qui semble être celle du reste du livre.
Excellente liste de lecture. Les livres de Rothbard sont d’un grand intérêt. J’ajouterais volontiers à la liste les essais économiques du philosophe David Hume, écrits au XVIIIème siècle. Dans ces essais, Hume réfute les théories mercantilistes en vogue à son époque : il a inspiré beaucoup d’économistes postérieurs… et nul doute qu’il n’aurait pas été keynésien.