Par Meng Hu (collaboration spéciale)
The Bell Curve, publié en 1994, par Herrnstein et Murray, est un ouvrage dense, aussi riche qu’il a été couvert de critiques venant de toutes parts, attaquant tous les aspects du livre. Que ce soit la question de la pertinence du test de QI, sa valeur prédictive sur les résultats socio-économiques, les différences de QI entre les ethnies, l’héritabilité et les tentatives échouées à stimuler le QI, aucun sujet n’a été épargné par les auteurs qui ont tenté de couvrir autant de sujets que possible.
Peut-être une des raisons pour laquelle le QI est si critiqué serait que le QI est assez peu malléable [c’est-à-dire qu’il est peu influencé par les facteurs extérieurs]. Les auteurs rappellent que la littérature indique que le QI est fortement héritable. Les estimations d’héritabilité tourneraient autour de 40% à l’enfance et à 80% vers l’âge adulte. De telles données rejettent bien sûr le concept de l’égalité des chances, mais seulement parce que les différences individuelles de QI ont des conséquences bien réelles dans la vie. On nous apprend effectivement que la littérature et les méta-analyses existantes indiquent que l’importance relative de l’âge et de l’expérience sur le marché du travail est assez marginale lorsque le QI a été pris en compte. Cette variable est souvent négligée, que ce soit par les économistes ou les sociologues. En bref, dans tous les domaines de la science. C’est pourquoi les auteurs prêtent une attention particulière au QI.
La plupart des analyses effectuées par Herrnstein et Murray proviennent des données du National Longitudinal Survey of Youth (NLSY) et ont pour objectif de mettre en évidence le rôle du QI dans la vie quotidienne. Il en ressort de ces analyses que le QI a une valeur prédictive au moins égale à l’éducation de la mère. Dans la plupart des analyses présentées, néanmoins, l’importance relative du QI de la mère dépasse considérablement celui de l’éducation maternelle. Ceci est très vrai en ce qui concerne la qualité de l’environnement familial. Cette donnée est d’une importance cruciale dans la mesure où, bien souvent, les enfants à faible QI grandissent dans des familles instables et chaotiques. Cela indique deux choses. Soit le faible QI de l’enfant est dû essentiellement au QI hérité de la mère, sous-entendant que l’environnement familial n’y est pour rien, soit le développement cognitif de l’enfant a été perturbé par l’instabilité de l’environnement. Dans ce cas, une interrogation persiste : pourquoi le QI de ces mères était faible pour commencer ? L’hypothèse du 60-80% génétique pourrait fournir un début de réponse.
Il y a plusieurs façons de tester cette hypothèse. Pour commencer, il se trouve que le QI de l’enfant dépend en grande partie du QI de la mère. En comparaison, l’éducation de la mère n’exerce pratiquement aucun effet. Ce facteur n’exerce pas non plus un impact très important sur le taux de décrochage scolaire et il se trouve que ce qui est réellement déterminant est le QI de l’enfant. La probabilité d’obtenir un diplôme universitaire dépend plus du QI de l’enfant que du statut socio-économique des parents.

Sur le marché du travail, également, nous pouvons constater l’importance relative du QI. Étonnamment, le QI du sujet est très déterminant dans la probabilité d’avoir été au chômage, mais pas le statut socio-économique (SSE) des parents. Curieusement, la probabilité de se retrouver hors de la population active diminue lorsque le QI du sujet augmente alors que cette même probabilité augmente lorsque le SSE des parents augmente. Même si toutes ces analyses indiquent que le QI est bien souvent plus important que le SSE, et que ces deux variables sont interconnectées, le QI influence le SSE plus que l’inverse.

Un sujet assez sensible, mais tout de même important, est le lien entre le crime et le QI. La probabilité d’avoir été incarcéré, interrogé, interpellé, augmente sensiblement à mesure que les groupes de sujets étudiés montrent des niveaux de QI de plus en plus faibles. L’explication avancée par les auteurs est que le QI serait inversement corrélé à l’impatience et l’impulsivité. Et pour cette raison, les criminels ne réalisent pas tout à fait les conséquences à long terme de leurs actes. Une autre explication, plus indirecte, pourrait être que les gens à faible QI, en raison des échecs répétés à l’école comme sur le marché du travail, tendent à se tourner vers le crime. Enfin, une dernière tentative d’explication serait que les principes éthiques et moraux sont moins accessibles, ou disons moins compréhensibles, pour les individus à faible QI. Une autre possibilité qui n’a pas été relevée directement par les auteurs serait que les parents à faible QI éduquent bien assez mal leurs enfants. Mais ils ne doivent sûrement pas l’ignorer puisqu’ils insistent à plusieurs reprises sur le fait que les enfants qui grandissent dans des familles instables ont plus souvent des problèmes de comportement.
Le chapitre 13, Ethnic Differences in Cognitive Abilities, est celui qui a fait couler beaucoup d’encre, focalisant à lui seul pratiquement toutes les critiques. Les auteurs traitent du sujet sensible des différences de QI entre groupes ethniques. Selon les données du NLSY, le QI moyen des noirs américains (85) est de 1,21 écart-type inférieur à celui des blancs (103). Pour ce qui est des autres ethnicités, le QI moyen des asiatiques est de 106, celui des latinos de 89, et celui des juifs de 112.
Un faible niveau de SSE est soupçonné par la plupart des sociologues comme étant la cause et non l’effet d’un faible QI. Malheureusement, cette déclaration n’a jamais été démontrée par les faits. Les chiffres ne prêtent absolument pas à l’optimisme. Lorsque le SSE est contrôlé (c’est-à-dire, maintenu constant), les différences entre les noirs et les blancs en termes de QI ne sont réduites que de 37%, selon les données du NLSY. Mais il y a une autre donnée encore plus inquiétante. Le coeur de l’argument de la théorie culturelle serait que lorsque l’on grimpe au niveaux supérieurs du SSE, les différences de QI vont rétrécissant. Ceci n’est absolument pas vrai. Le NLSY indique que lorsque le SSE des noirs augmente, leur QI moyen augmente également, certes, mais les différences de QI doublent. Autrement dit, l’écart de QI entre les blancs et les noirs est deux fois plus marqué chez les plus riches que chez les plus pauvres.
Le chapitre 14 est un peu l’extension du précédent. S’appuyant toujours sur les données du NLSY, les auteurs examinent les conséquences des disparités ethniques de QI, notamment entre les noirs, les blancs et les latinos. Les auteurs examinent ici l’impact du QI sur les différences de taux de chômage, de salaires, de criminalité, de taux de mariage, etc. Pour être bref, le QI peut avoir un impact considérable sur les résultats socio-économiques. Le meilleur exemple qu’ils proposent est l’examen des disparités de salaires par type de profession lorsque sont contrôlés (1) l’âge, (2) l’âge et l’éducation, (3) l’âge, l’éducation et le SSE parental, (4) l’âge et le QI. Le tableau ci-dessous présente la situation de façon très claire :

Quand l’âge et le QI sont contrôlés, les différences s’évaporent complètement, pour ainsi dire. Cette donnée ne s’accorde pas bien avec l’idée selon laquelle les noirs gagnent moins de revenus parce qu’il seraient victimes de discrimination.
Contrôler le niveau de QI réduit considérablement les différences du revenu familial. Quand le QI n’est pas pris en compte, les taux de pauvreté étaient de 7%, 26%, et 18% pour les blancs, les noirs et les latinos. Une fois le QI pris en compte, les taux sont de 6%, 11%, et 9%, respectivement. Ce n’est pas tout. Lorsque le QI est contrôlé, les différences ethniques dans la probabilité de donner vie à un enfant de faible poids de naissance sont réduites entre les noirs et les blancs, de même que la probabilité d’avoir un enfant à bas QI, de vivre des aides sociales, ou d’avoir été au chômage. Il faut bien comprendre néanmoins que certaines disparités persistent encore, même après contrôle du QI. Cela ne signifie pas, comme les critiques laissent souvent entendre, que le QI n’est pas un prédicteur important, mais simplement qu’il y a d’autres facteurs explicatifs au-delà du QI.
En revanche, certains détails sont assez exceptionnels et méritent qu’on s’y focalise. Par exemple, une fois le QI contrôlé, les différences entre les blancs et les noirs dans la probabilité d’obtenir un diplôme universitaire ne sont pas tout à fait réduites puisque, à QI constant, les noirs (68%) sont même plus susceptibles que les blancs (50%) d’obtenir un diplôme. La même chose est vraie en ce qui concerne la probabilité d’occuper une profession de niveau supérieur, à 10% pour les blancs, et 26% pour les noirs. Plusieurs explications sont possibles. Soit les noirs font preuve de plus de motivation que les blancs, soit les noirs sont avantagés du fait de la discrimination positive. Cette dernière hypothèse est celle optée par les auteurs, bien que certains chercheurs ne sont pas spécialement d’accord, optant pour la première hypothèse.
Dans tous les cas, l’importance du QI explique pourquoi les autorités publiques ont plusieurs fois tenté de stimuler le QI des enfants pauvres. Le chapitre 17 apporte justement une réponse concrète quant à savoir si le QI est aussi "malléable" qu’on le prétend. Si tel était le cas, les interventions éducatives financées à coût de milliards de dollars produiraient des effets substantiels parmi les enfants de familles défavorisées. Par voie d’introduction, les auteurs mettent en garde sur l’impact des interventions. Même si le QI pouvait être stimulé de cette manière, il ne s’ensuit pas que les différences entre groupes vont se rétrécir. La littérature indique plutôt le contraire. L’explication tient du fait que les enfants à fort QI en profiteraient davantage. Lorsque les ressources supplémentaires sont mises à la disposition de tout le monde, disons une bibliothèque, ce sont les enfants intelligents à être les plus susceptibles de consulter les bibliothèques.
Mais que se passe-t-il si la durée des interventions s’étale sur les années ? La réponse est que le gain de QI s’estompe. Pour preuve, les célèbres Perry Preschool, Head Start, Infant Health and Development Program, etc., n’ont pas réussi à stimuler le QI des enfants pauvres, blancs et noirs, de façon durable. L’explication tient du fait que la variance génétique du QI augmente de l’enfance à l’âge adulte. Les gains de QI s’évaporent naturellement. Il existe un énorme consensus autour de la question de la durabilité des gains de QI. Il se trouve que les années qui suivent la fin des programmes éducatifs, les gains de QI s’estompent rapidement. La méta-analyse de Leak, Is Timing Everything? (2010), parvient à la même conclusion. De façon générale, les interventions sont de purs échecs, et décrits par les auteurs comme un gaspillage en termes d’efforts, d’investissement, et d’argent.
L’échec des politiques inspirées de l’idéal égalitariste repose sur l’idée erronée que les comportements et les environnements peuvent être façonnés indépendamment de la volonté des individus. Comme ils l’ont clairement expliqué, au delà du QI, la liberté d’agir et de se comporter différemment est cela même qui crée les inégalités économiques que l’État-providence tend à supprimer. S’attaquer à ce problème signifie supprimer le libre arbitre, les libertés individuelles étant comprimées dans un uniformisme toujours plus grand.
L’idée que les inégalités soient le reflet du capitalisme dégénéré est assez curieuse, autant qu’improbable. Comme Gottfredson l’a expliqué, dans Why g Matters (1997), il s’avère que la complexité croissante de nos sociétés accentue les disparités sociales simplement parce que l’avantage (désavantage) d’un QI élevé (faible) devient alors plus important. Le même argument a été avancé par Herrnstein et Murray qui, en outre, suggèrent que la stratification sociale, et avec son corollaire la ségrégation sociale des riches entre riches et pauvres entre pauvres, peut aussi avoir été accentuée par la prime au diplôme. Dans la mesure où le diplôme est devenu un passe obligatoire, les individus à faible capacités cognitives ayant échoué à obtenir ces diplômes voient leurs opportunités se réduire. Tout ceci s’accompagnant d’une inflation de la bureaucratisation, les individus à faible QI ont plus de difficulté à gérer cette complexité croissante, comme de contourner la réglementation. C’est pourquoi les auteurs recommandent sérieusement de repenser ce système dépourvu de sens qui ne possède l’avantage que de favoriser les individus à fort QI.
Mais selon les auteurs, les inégalités ne sont pas autant un problème que l’élargissement des disparités culturelles. L’État-providence en aurait une grande part de responsabilité. Quand le gouvernement souhaite étendre sa politique de logements sociaux, de centres de garderie et refuges pour sans-abri, les individus à revenus modestes vont avoir tendance à se regrouper et former des ghettos de plus en plus concentrés. Le regroupement de personnes aux caractéristiques similaires, cherchant les mêmes intérêts dont celui de récipiendaire, conduit aussi à la ghettoïsation d’une culture, celle qui prévaut dans le quartier. L’hétérogénéité au sein d’un quartier diminue alors qu’elle augmente entre différents quartiers. C’est le scénario qu’ils ont prédit, et dont Murray détaille en profondeur dans son récent livre, Coming Apart.
Parmi les recommandations qu’ils ne font pas, mais que les critiques tendent encore à lui prêter, serait le recours à l’eugénisme. Ils ont été très clairs là-dessus : "The government should stop subsidizing births to anyone, rich or poor" (le gouvernement devrait cesser de subventionner les naissances, que les parents soient riches ou pauvres). En revanche, ils recommandent vivement de repenser l’État-providence qui selon eux serait responsable de l’érosion de la famille, avec pour conséquence l’augmentation des naissances illégitimes et des familles monoparentales ainsi que le déclin du mariage. Bien entendu, le premier coupable serait la révolution féministe, mais l’état-providence décourage clairement la responsabilité à diriger une famille. Cela est un frein à la mobilité sociale. Charles Murray développe en profondeur cette idée dans Losing Ground. L’idée populaire selon laquelle il serait plus difficile aujourd’hui de constituer une famille traditionnelle parce que les gens à revenus modestes ne gagneraient justement pas assez d’argent, n’est pas supportée par les faits. Ce détail est d’importance puisque ces incitations perverses sont vraisemblablement les mêmes que celles qui conduisent à l’augmentation de la criminalité, masquée par la hausse du taux d’incarcération.
Les règles actuelles sont devenues complexes à tous les niveaux parce que l’élite cognitive considère qu’un système de règles complexes est plus efficace, voire supérieur; l’ironie étant qu’il a été conçu pour aider les pauvres. Mais la nécessité de déchiffrer, démêler toute cette complexité est une barrière pour les individus moins intelligents. Cette simplification des règles est nécessaire même en ce qui concerne les notions de justice et d’honnêteté pour ainsi éviter les interprétations maladroites d’un principe moral complexifié. Les auteurs pensent sans doute que l’idéologie selon laquelle tout individu possède le même potentiel cognitif est dangereuse. Cette idée fausse conduit à former des systèmes dommageables pour ceux qu’ils sont censés aider.
Addendum – par Minarchiste.
J’ai demandé à M.H. de rédiger cette synthèse sur The Bell Curve car je crois que c’est un sujet fascinant et qui a de nombreuses implications en terme de politiques publiques. Tout d’abord, la complexification du système social qui désavantage les plus pauvres, la « ghettoisation » des pauvres résultant des politiques d’État-providence et le subventionnement des naissances dans les familles pauvres sont à considérer.
Par ailleurs, cet ouvrage apporte des réponses intéressantes aux interrogations soulevées dans mon article sur la mobilité sociale. Aux États-Unis, la mobilité sociale est moins élevées chez les plus riches (voir ce tableau), autrement dit les enfants dont les parents sont dans le premier quintile de revenus ont de grandes chances de se retrouver eux aussi dans le premier quintile de revenus. Pourquoi? Selon The Bell Curve, ces enfants héritent de leurs parents d’un QI plus élevé de la moyenne, ce qui leur permet de demeurer parmi les plus riches. Le graphique ci-bas supporte cette affirmation : les jeunes enfants de parents éduqués que la moyenne (et aussi plus riches que la moyenne) réussissent mieux des tests de vocabulaire que les autres, avant même que le SSE n’ait pu avoir un impact significatif. Cet élément explicatif – le QI – a été largement négligé par les chercheurs qui ont étudié la faible mobilité sociale des États-Unis.
D’autre part, la moins grande mobilité sociale des États-Unis pourrait simplement refléter le fait que la structure économique de ce pays est plus méritocratique et qu’une intelligence supérieure y permet d’obtenir un revenu supérieur (i.e. la prime au diplôme y est plus élevée). En fait, un objectif des politiques publiques pourrait être de faire en sorte que les individus à QI élevés nés dans une famille pauvres puissent quand même réaliser leur plein potentiel. Les chiffres montrent qu’aux États-Unis, cet objectif est atteint.
Finalement, l’héritabilité et la non-malléabilité du QI démontrent que les interventions gouvernementales pour favoriser la mobilité sociale ne peuvent être fructueuses, à un point tel que les bénéfices pourraient bien être inférieurs aux conséquences négatives inattendues. Cela me donne envie de rééditer mon article sur la courbe de Gatsby…


Quelques liens suggérés par M.H. :
The Bell Curve
http://mh19870410.files.wordpress.com/2013/02/herrnstein-richard-j-murray-charles-the-bell-curve.pdf
Genetic Influence on Risk of Divorce
Black Americans Reduce the Racial IQ Gap
http://www.brookings.edu/views/papers/dickens/20060619_IQ.pdf
The nature of nurture: Genetic influences on “environmental” measures
Race to College: The Reverse Gap
http://mh19870410.files.wordpress.com/2013/02/race-to-college-the-reverse-gap.pdf
Is Timing Everything?
http://www.gse.uci.edu/docs/Leak_Duncan_Li_Timing_Paper_APPAM_102810.pdf
Why g Matters
http://www.udel.edu/educ/gottfredson/reprints/1997whygmatters.pdf
Losing Ground

Il y a un détail sur lequel je voudrais insister. La corrélation entre le QI et le statut social tourne autour de 50% (source : The g Factor). Même si la corrélation est assez positive, une bonne partie des différences des niveaux socio-économiques n’est pas influencée par le QI, mais par des facteurs externes, dont particulièrement les politiques économiques.
Ceci étant dit, on parle aussi de la mobilité ascendante des classes à faibles revenus. C’est en partie causée par la régression vers la moyenne. Ce qui se passe, c’est que les enfants de parents à faible QI ont des QIs faibles eux aussi, à ceci près qu’ils tendent à être un peu plus élevés que celui des parents. L’inverse est constaté chez les individus à fort QI, dont les enfants ont certes des hauts QIs, mais ils tendent à être un peu plus faible que celui des parents. Qu’on se le dise néanmoins, ce n’est pas un effet culturel ou environnemental. C’est probablement un effet génétique; Arthur Jensen, dans Educability and Group Differences (1973) explique justement que les théories environnementales/culturelles avaient prédit l’exact opposé de ce que la régression vers la moyenne démontre actuellement. Ce phénomène est assez curieux. Il arrive qu’il y ait des accidents. Des parents ayant un QI tout à fait dans la moyenne de la population blanche (100) mais qui ont des enfants à QI incroyablement haut (150) ou incroyablement bas (70). La régression vers la moyenne tend apparemment à corriger ces espèces d’anomalies. Plus votre QI a dévié de la moyenne de votre population, plus le QI de vos enfants (et celui de vos frères et soeurs) tend à régresser vers la moyenne, càd qu’ils auront des QIs inférieurs (ou supérieurs) selon que vous avez un QI très au-delà (ou en-deçà) de la moyenne de votre population.
Maintenant, si la mobilité sociale diffère entre pays, cela n’a certainement rien à voir avec la régression vers la moyenne, mais sans doute des facteurs politiques liés à un pays particulier. Lisez ceci par exemple.
Comme d’habitude, un article ultra intéressant. C’est ce que j’aime chez minarchiste, des recherches avec une véritable volonté d’éviter d’être tendancieux.
Merci à
M.H également.
Une question intéressante serait de regarder QI et personnalité vs réussite, mais j’admet que c’est beaucoup plus difficile.
Je me permets de reposter ici mon commentaire sur Contrepoints, ne sachant si vous fréquentez le site assidument
Les auteurs ont-ils tenu compte, et comment, de la variabilité de la mesure du QI ? Il est tout à fait démontré qu’une mesure de QI n’est qu’une sous-estimation de la valeur réelle qui elle est difficile à atteindre. Autrement dit, on ne peut pas obtenir plus que son vrai QI, mais on mesure bien plus souvent moins. Pourquoi ? Parce que l’état d’esprit, la santé physique et mentale, la motivation et j’en passe, influencent les performances des testés.
De là, faire des comparaisons SES/QI, c’est plutôt risqué, vu que les SES peuvent tout à fait jouer sur la capacité à réussir son test de QI à 100% de ses capacités ou à seulement 80%. Or les SES sont liées aussi aux couleurs de peaux dans un pays où la ségrégation n’est qu’officiellement abolie.
Pour exemple, il y a des tas d’enfants qui sont diagnostiqués idiots à cause de tests de QI très mauvais (inférieurs à la moyenne standard), et qui, savamment repérés et replacés dans un contexte adéquat, déploient tout leur potentiel pour atteindre des sommets. La littérature sur les Hauts Potentiels (comme leur nom l’indique), autrement nommés surdoués ou Enfants Intellectuellement Précoces, regorge de ces cas d’école.
D’ailleurs, quel test de QI est utilisé ? Beaucoup sont par définition incomplets, et là encore la littérature sur les HP vous apprendrait que le nombre obtenu ne veut pas dire beaucoup de chose, car le potentiel est multiforme, il peut être concentré dans des domaines cognitifs et pas d’autres, ou plus également réparti entre tous. Vous pouvez être un surdoué en musique et littérature, et une bille en logique et mathématique, pour faire simple. Comment les auteurs peuvent-ils conclure sur la seule base du chiffre, moyenne des deux ?
Voilà. Des critiques sur les tests de QI. Je les attendais. Comme je m’y attendais aussi. Rien de bien nouveau à l’horizon. Donc, commençons.
"Pourquoi ? Parce que l’état d’esprit, la santé physique et mentale, la motivation et j’en passe, influencent les performances des testés."
Measurement Invariance. Je suppose que vous n’en avez jamais entendu parler, n’est-ce pas ?
Lorsque 2 individus ayant les mêmes capacités latentes ont différentes chances d’atteindre le même score, on dit que le test est biaisé. Les scores aux tests cognitifs "violate measurement invariance" et "show evidence of measurement bias". Vous voulez des preuves que les tests de QI ne dérèglent pas au modèle d’invariance de mesure ?
Lisez ceci :
Investigating Spearman’s Hypothesis by Means of Multi-Group Confirmatory Factor Analysis (Dolan 2000)
On the relationship between sources of within- and between-group differences and measurement invariance in the common factor model (Lubke 2003)
Investigating black-white differences in psychometric IQ – Multi-group confirmatory factor analyses of the WISC-R and KABC and a critique of the method of correlated vectors (Dolan & Hamaker 2001)
En utilisant une autre technique, plus simple, Skuy, Rushton, Jensen, et bien d’autres avaient démontré que les items de test dont les membres d’un groupe ethnique trouvèrent les plus difficiles étaient également perçus par les autres groupes ethniques comme étant les plus difficiles. Les plus simples, comme étant les plus simple pour les autres groupes ethniques. Le même schéma est reproduit systématiquement. Voir ceci
"D’ailleurs, quel test de QI est utilisé ?"
AFQT. Un test connu pour être très chargé en facteur g, le facteur général.
"car le potentiel est multiforme, il peut être concentré dans des domaines cognitifs et pas d’autres"
Non. Il y a un mot à dire sur le facteur g. Le Minarchiste a posté ici la version abrégée de mon article original. J’y avais écrit au début la chose suivante, car je savais à l’avance quels genres de critiques j’allais avoir affaire :
Ceci, est pour être bref. Bias in Mental Testing présente une large panoplie de preuves que les tests de QI sont de fiables mesures de l’intelligence. Même si, à mon sens, les techniques du MGCFA sont les plus sophistiquées pour détecter les possibles biais de mesures.
Concernant vos affirmations en général, il serait raisonnable de citer les études en question. Je ne suis pas impressionné par les arguments d’autorité de style "les études ont montré que". Parce que, sauf si l’étude en question est citée, la phrase n’est que du vent.
Aussi, tant que les tests de QI ne montrent aucune évidence de biais de mesures, les probabilités d’atteindre un même score étant identiques pour les membres de divers groupes ethniques, les tests ne sauraient être considérés comme étant biaisés, ou "irrelevant". Malheureusement, les méthodes utilisées par Dolan, Wicherts et consorts sont tellement au-delà de la compréhension du commun des mortels que je n’espère pas un seul instant que ceux qui iront jeter un oeil à mes liens comprennent ne serait-ce qu’un morceau de ce qu’ils disent. C’est le seul hic que je vois.
J’oubliais de préciser, à propos du facteur g. Il est plus prononcé sur les tests les moins chargés culturellement. Mais surtout, la validité prédictive des tests de QI augmente lorsque g est plus prononcé, c’est-à-dire qu’un test possède plus de valeur prédictive à mesure que les tests sont culturellement réduits. Dans The Bell Curve, lien dans l’article, lisez les pages suivantes (pp. 282-285, 718 fn. 34). Les auteurs expliquent en termes assez simples (plus accessibles que les méthodes MGCFA) en quoi le QI mesure essentiellement la vitesse de traitement de l’information, et rien d’autre. Notez que les tests de temps de réaction sont considérés par Jensen (et Galton par la même occasion) comme étant les tests de QI les plus purs (i.e., dénués de contenu culturel). Pour une étude plus récente de la validité des tests dit "ECTs" (Elementary Cognitive Task) je recommande l’article suivant.
Black-White differences on IQ and grades: The mediating role of elementary cognitive tasks
Quand est-il des rendements marginaux décroissants liés à un QI de plus en plus élevé? Dans « Outliers », Malcom Gladwell (citation plus bas) semble avancé qu’au-delà de 120, ce n’est plus le QI n’a plus grand chose à voir avec la réussite. Il avance qu’une grande partie du succès passé ce point provient de l’environnement, de l’effort et de la capacité créative (ce qui me semble être « confirmé » par la démarche souvent peu commune de ceux qui réussissent le mieux).
« IQ does play a role in success in life, but only to a point (an IQ of 120). Beyond that, what makes the difference is the family and community environment, and hard work. Lewis Terman, a professor of psychology at Stanford University has tracked about 1450 Californian kids with high IQs since 1921, and until 1955, before he died. The study, called Genetic_Studies_of_Genius is still going on. However, sociologist Pitirim Sorokin showed that their performance was indistinguishable from that of kids taken at random, from families of similar backgrounds. Terman’s fieldworkers also rejected two students who were to become Nobel laureates because their IQs were too low. »
http://en.wikipedia.org/wiki/Genetic_Studies_of_Genius
"Dans « Outliers », Malcom Gladwell (citation plus bas) semble avancé qu’au-delà de 120, ce n’est plus le QI n’a plus grand chose à voir avec la réussite"
Examinez attentivement le premier graphique du post de Minarchiste. Il semble clair que la courbe noire montre au contraire qu’une hausse d’un écart-type de QI à l’extrémité inférieure ne fait pas beaucoup varier la probabilité d’obtention du ‘college degree’. Par contre, si l’on regarde à l’extrémité supérieure, la courbe me semble être très escarpée, non ?
Pour que vous comprenez bien, néanmoins, voyez ce que Jensen avait à dire dans
How Much Can We Boost IQ and Scholastic Achievement? (1969).
To be sure, genetic factors become more important at the extremes. Some minimal level of ability is required for learning most skills. But while you can teach almost anyone to play chess, or the piano, or to conduct an orchestra, or to write prose, you cannot teach everyone to be a Capablanca, a Pederewski, a Toscanini, or a Bernard Shaw. In a society that values and rewards individual talent and merit, genetic factors inevitably take on considerable importance.
Aussi loin que je peux me rappeler, les données supportent le point de vue Jensen, pas celui de Malcolm. Récemment, Rindermann a comparé l’effet des très hauts QIs et des QIs moyens d’une population sur sa prospérité. Plus simplement, quel est l’effet du QI national d’un pays sur sa croissance/PIB par hab. comparé à l’effet du top 5% du QI national de ce même pays sur sa croissance/PIB par hab. ?
Le résultat est réellement extraordinaire. Rindermann et ses collègues trouvent effectivement que ce qui compte le plus n’est pas le QI moyen de la population, mais le pourcentage d’individu ayant de très hauts QIs. Voici l’étude en question :
The impact of smart fractions, cognitive ability of politicians and average competence of peoples on social development
En d’autres termes, ce sont les hauts QIs qui tirent l’économie vers le haut. Vous pouvez ainsi rapprocher la théorie du "smart fraction" avec la théorie libertarienne, si l’on peut l’appeler comme ça. Les libertariens disent que ce sont les capitalistes, et les entrepreneurs plus exactement, qui créent les richesses. Or, semble-t-il, ce sont bien eux (et non les modestes ouvriers de base) qui ont les niveaux de QI les plus élevés, non ?
Quant à l’échantillon de Terman, Jensen dans Educability and Group Differences (1973) l’avait analysé. Page 13, il écrit : "more than two-thirds of Terman’s gifted children, with IQs over 140, did not come from the highest socioeconomic group labeled ‘professional and managerial’. Yet the vast majority of the gifted children themselves ended up in that top socioeconomic level". Cette découverte ne m’étonne guère. La corrélation du QI d’un enfant avec le statut socio-économique de ses parents est moins élevée qu’avec le statut économique qu’il obtiendra plus tard dans la vie.
Dans The g Factor (1998), Jensen disait donc "IQ is more highly correlated (about .70) with individuals’ own attained SES (as adults) than individuals’ IQs are correlated with their parents’ SES (about .40)." (page 384). Cette remarquable découverte indique surtout que ce n’est pas réellement le statut économique, et par conséquent l’influence familiale et le revenu familial, qui cause le QI, mais plutôt l’inverse.
Quelques documents à l’appui du livre.
Intelligence and Social Inequality: Why the Biological Link?
The Role of Intelligence in Modern Society
Income Inequality and IQ
Le troisième lien est intéressant dans la mesure où les différences de QI entre frères et soeurs prédisent tout aussi bien la réussite économique. L’idée d’analyser les fratries, c’est que les influences parentales ou styles parentaux ont pu être considérablement réduits. Pensez-y. Des frères et soeurs qui partagent le même toit, reçoivent la même éducation, et pourtant, les différences de QI entre frères et soeurs prédiront un avenir très différent pour eux. Peu importe comment les parents ont élevé les enfants, ou comment ils se sont efforcés à les traiter de la même façon. Les différences de QI entraînent des différences de réussite à l’intérieur même des familles, même si d’autres facteurs sont également à l’oeuvre.
Certains livres ont directement attaqué The Bell Curve. Lynn leur a répondu. Et je dois dire que certaines critiques ont été fatales.
Toujours plus à propos des critiques du livre. Certains arguments concerneraient aussi la malléabilité du QI. Jaeggi prétend que l’entraînement cognitif (le fameux dual-n-back) hausse le QI. Comme je l’ai expliqué dans un autre post, tout ceci est erroné. Le facteur g n’est pas affecté. Le fait que g n’est pas affecté par les pratiques et les entraînements cognitifs, contrairement aux compétences spécifiques, est une preuve supplémentaire à l’appui de l’hypothèse du g de Spearman. Je peux aussi recommander une nouvelle fois de lire les 3 papiers de Dolan et Lubke, dans mon commentaire plus haut, concernant "l’équivalence de mesure" (i.e., measurement invariance).
Comment augmenter votre QI ou comment les rêves deviennent des illusions
Flynn avait autrefois prétendu que les pays occidentaux connaissaient des gains séculaires de QI, phénomène appelé Effet Flynn. Comme je l’ai dit là aussi, l’Effet Flynn est inversement corrélé aux charges en g. Les gains de QI sont dûs probablement à des améliorations dans les compétences cognitives spécifiques et non générales. D’où l’absence de corrélation avec g.
L’Effet Flynn et gains séculaires de QI : une illusion
Cette étude est intéressante.
Intellectual classes, technological progress and economic development: The rise of cognitive capitalism
Rindermann, dans une série de papiers, tente de démontrer que le QI national mesuré à une année donnée conduit à une croissance du PIB aux années subséquentes, et tente de reproduire ce schéma en analysant l’effet de la liberté économique et autre variables à une année donnée sur les performances de l’économie aux années subséquentes.
National IQ and economic outcomes
Meisenberg teste ici l’importance relative des facteurs généralement connus pour affecter la croissance. Les betas standardisés indiquent là encore que le QI est le facteur prédominant, le beta est facilement deux fois plus élevé pour le QI qu’il ne l’est pour l’éducation ou la liberté économique (voir Table 2). Si vous préférez, Lynn et Vanhanen proposent une revue de littérature assez vaste, par ici.
Is It the Epidemiologists’ Elusive “Fundamental Cause” of Social Class Inequalities in Health ?
Ce papier de Gottfredson est à mon goût trop peu souvent cité tant il est incontournable. Elle présente toute une panoplie de données sur les conséquences des différences de QI en matière de santé. Aussi surprenant que cela puisse paraître, lorsque la disponibilité des soins de santé a été rendue universelle, les différences en matières de santé ne se réduisent pas. Elles augmentent. Pourquoi ? Brièvement, parce qu’aujourd’hui, la société devient plus complexe, ainsi que toutes les tâches quotidiennes. La santé aujourd’hui est plus que jamais dépendante de vos propres choix personnels, et de vos jugements. Les preuves que les disparités sociales augmentent avec le niveau de complexité sont accablantes. Mais Gottfredson tire aussi la conclusion que c’est pour cela que les inégalités augmentent nécessairement. Cela n’a rien à voir avec le capitalisme barbare comme les marxistes aiment à dire, mais parce que, avoir un g élevé devient de plus en plus avantageux, et inversement pour un g faible.
A Place at the Policy Table? Behavior Genetics and Estimates of Family Environmental Effects on IQ
David Rowe explique ici pourquoi les interventions éducatives et adoptives n’ont pas d’influence sur le QI à long terme. C’est pour cette raison que l’écart de QI entre noirs et blancs a dû mal à se rétrécir : le document plus haut ("Black Americans Reduce the Racial IQ Gap") indique justement que le retard de QI des noirs s’est réduit, seulement pour les jeunes, mais pour les adultes de plus de 24 ans, le retard est actuellement de 17 points à peu près. C’est parce que l’héritabilité est peu prononcée durant l’enfance. Rowe démontre aussi que les différences de QI entre noirs et blancs proviennent de sources identiques. C’est cohérent avec l’idée que les scores de QI entre groupes ethniques ne montrent aucune source de biais de mesure (cf. Dolan et coll.).
Parlant de biais de mesure, la fameuse théorie de la menace du stéréotype popularisée par Steele et Aronson est écornée par ce même groupe de chercheurs (Wicherts, Dolan et consort). Ils indiquent que si les scores de QI ont été artificiellement réduits pour certains groupes ethniques en raison d’un quelconque ‘stéréotype’, les capacités latentes ne sont nullement affectés. J’en ai fait une vaste revue de toute la critique par ici.
The neuroscience of human intelligence differences est un article intéressant, qui résume un peu le résultat des recherches quant à la "réalité biologique" du facteur g. Dans la même veine, je recommanderai aussi Genetic Contributions to Anatomical, Behavioral, and Neurophysiological Indices of Cognition qui est tout aussi fantastique.
J’ai sinon récolté par ici quelques citations de Gottfredson sur ce que le QI, ou plutôt g, est censé mesurer et comment il affecte les chances de succès économique. C’est un parfait début pour ceux qui ne comprennent pas bien ce qu’est le QI, tant les sceptiques sont nombreux.
Intelligence Predicts Health and Longevity, but Why?
Ce papier est celui que je recommande en premier. Car il est le plus court mais aussi le plus accessible. Il est dit que lorsque le QI et le niveau socio-économique sont considérés séparément, le premier facteur explique la plus grande partie des différences de longévité, même si les auteurs, en particulier Gottfredson, ne doivent pas ignorer que le QI étant lui-même un prédicteur du niveau socio-économique. Contrôler ce dernier revient à contrôler le premier. La probabilité d’arrêter de fumer dépendrait lui aussi du QI, et très peu du SES, vu que son inclusion ne réduit presque pas l’association entre le fait d’arrêter de fumer et le QI. Les variations de QI (en écart-type, SDs) font aussi varier la probabilité d’avoir des accidents de voitures, mais aussi la probabilité de mourir de cancer.
D’après moi, donc, les détracteurs au livre "The Bell Curve" sont ceux qui portent le fardeau de la preuve.
Je comprends très bien la conclusion de l’étude. Toutefois, je trouve étonnant que l’étude "Genetic Studies of Genius" démontre que le QI ne suffit pas pour atteindre un succès élevé.
"In a society that values and rewards individual talent and merit, genetic factors inevitably take on considerable importance.".
Il est prudent avec sa déclaration. Je crois plutôt que ça confirme ce que Gladwell avance: le QI est corrélé à la réussite économique, mais ça prend plus qu’un QI élevé pour atteindre une réussite économique élevée.
Comme vous dites, l’entrepreneuriat est le coeur de l’économie. Ce que vous ne dites pas, c’est que l’enrepreneuriat ne récompense pas nécessairement le plus intelligent, mais aussi le plus créatif et le plus acharné. Toutefois, les études que vous citez ne parle pas que de l’intelligence. Gladwell avance qu’une forte proportion de QI élevés est incapable de faire preuve d’imagination. Il serait intéressant de chercher "plafond de verre" où on peut observer ce phénomène.
Bref, j’aimerais avoir le temps de lire toutes les sources que vous citez, car c’est un sujet qui me passionne. Néanmoins, pour l’instant, je crois que le point de Gladwell complète celui Jensen. À suivre.
Je vois. Vous avez décidé de prendre littéralement ce qui vous arrange. C’est comme si j’avais mentionné The Bell Curve et Rindermann pour rien. Comme si Jensen n’avait pas dézingué Terman. Quant à votre commentaire sur la citation de Jensen (1969, page 46), je me demande si vous avez bien compris. Jensen dit que les capacités héritables (ex, le QI) sont plus importantes quand les exigences cognitives sont plus élevées. C’était pourtant très clair quand il disait : "But while you can teach almost anyone to play chess, or the piano, or to conduct an orchestra, or to write prose, you cannot teach everyone to be a Capablanca, a Pederewski, a Toscanini, or a Bernard Shaw." Mais surtout, et ce qui me fait dire que vous ne comprenez pas réellement ce que vous citez, c’est la contradiction entre votre commentaire et votre propre citation de Gladwell : "what makes the difference is the family and community environment, and hard work". Où voyez-vous que leurs points de vue convergent ? Ce n’est visiblement pas le cas.
Quand, ensuite, vous dites "Toutefois, les études que vous citez ne parle pas que de l’intelligence." je me demande si vous les avez lu. Il est bien expliqué comment et pourquoi le QI est le facteur le plus important. Etre imaginatif ne sert à rien si vous n’avez pas les capacités. Vous comprendrez sans doute mieux ce que je veux dire après lu Is It the Epidemiologists’ Elusive “Fundamental Cause” of Social Class Inequalities in Health ?.
Enfin, quand vous dites "Gladwell avance qu’une forte proportion de QI élevés est incapable de faire preuve d’imagination." sachez que des affirmations du style "un tel a dit que" ne m’impressionnent pas, et ça n’avance à rien. Citez-moi plutôt des études. Je peux en citer pour ma part. Dans Why g Matters, il est expliqué que la personnalité n’a que peu d’importance, or c’est exactement l’inverse de ce à quoi on devrait s’attendre si la créativité seule, indépendamment du QI, est réellement ce qui importe. D’ailleurs, je me demande si la créativité est réellement indépendante du QI. Je ne crois pas que ce soit le cas, au vu de ce qui a déjà été dit. Dans ma note de lecture, j’ai insisté sur le fait que les individus à faible QI ont plus de chances de grandir dans un environnement familial assez chaotique, et par conséquent, deviennent peu disciplinés et fort mal éduqués.
Dans Why g Matters (lien ci-dessus), on peut lire page 83 :
Maintenant que j’y repense, c’est assez curieux puisque les emplois aux plus bas niveaux sont ceux qui justement sont les plus automatisés (la fameuse "automatisation du travail"), et sont moins exigeants en termes de capacités cognitives, et reposent moins sur le jugement, comparés aux emplois très qualifiés, comme le management ou la publicité. Si la personnalité est réellement importante, ce serait dans ces métiers là qu’elle devrait compter le plus, or c’est le contraire. Qui l’aurait cru ? La personnalité semble avoir visiblement moins d’importance dans les métiers où il y a plus de communication avec le client. Lire également, Occupational Aptitude Patterns Map – Development and Implications for a Theory of Job Aptitude Requirements, spécifiquement les pages 285-286.
Sinon, voir la méta-analyse de Barrick et Mount (ici) à la Table 2. On peut voir dans la colonne p^ où les coefficients de corrélation pour les cinq traits de personnalité (le fameux Big Five) tournent autour de 0.00 et 0.10 quel que soit les types d’emploi. Conscientiousness est la dimension la plus importante parmi les cinq traits, mais le coefficient tourne autour de seulement 0.20 (même s’ils racontent à la fin que ces estimations sont peut-être sous-estimées).
http://www.theverge.com/2013/2/24/4023906/china-child-prodigy-IQ-genetics-study