Dans un récent billet, le blogueur gauchiste Darwin s’attaque aux clichés concernant les hausses d’impôts des plus riches. Comme d’habitude (ou presque), Darwin défend bien sa position et je suis passablement en accord avec ses trois principaux arguments. En théorie, la droite a raison, mais dans la pratique, et surtout en ce qui concerne le Québec, les choses ne sont pas aussi simples.
Le premier argument de Darwin est que les riches font déjà tout ce qu’ils peuvent pour éviter l’impôt, donc une hausse d’impôt ne les incitera pas à en faire plus puisqu’ils font déjà tout ce qui est possible. Il n’a pas tort à l’égard du fait que l’évasion fiscale n’augmentera pas drastiquement, mais à la marge, je crois tout de même que les hausses d’impôt amèneront un incitatif supplémentaire à s’assurer que la planification fiscale est optimale et rentabiliseront davantage les services de professionnels en la matière. Les hausses d’impôt amélioreront aussi le ratio rendement/risque pour ce qui est de l’utilisation du « dessous de la table », du marché noir et du blanchiment d’argent. Par ailleurs, Darwin propose justement de s’attaquer plus activement à ces techniques d’évasion fiscale et de les rendre illégales. Cela équivaudrait à une hausse d’impôt supplémentaire pour les riches, chose qu’il souhaite. Je proposerais plutôt de simplifier la fiscalité en éliminant les crédits d’impôt (incluant pour les REER et pour les dividendes). (voir ceci)
Son deuxième argument est que les gens riches ne sont pas payés à l’heure et ne comptent pas sur les heures supplémentaires pour boucler leur budget, donc une hausse des impôts ne leur donnera pas un incitatif à moins travailler. Je pense que c’est vrai en général. Si je me prends en exemple, la hausse de mes impôts n’affectera pas le nombre d’heures que je passerai au travail. Au contraire, certains professionnels (comme mon dentiste par exemple) pourraient se mettre à travailler davantage pour maintenir le même revenu après impôt. D’autre part, je ne crois pas que les travailleurs aux revenus les plus élevés ne décident de prendre leur retraite plus tôt à cause d’une hausse d’impôt. Cet argument est tout à fait valable.
Son troisième argument est que les hausses d’impôt n’engendrent pas d’exode des cerveaux. Pour le prouver, il se base sur une étude portant sur les médecins québécois, qui ne montre aucun exode de ce côté entre 2000 et 2008 (en fait le solde migratoire est positif). Son explication repose sur le fait que les francophones sont moins enclins à quitter le Québec malgré les impôts plus élevés. Comme je le reprochais à Darwin à l’époque, son étude est plutôt discutable étant donné qu’elle ne porte que sur les médecins et qu’elle étudie une période durant laquelle les impôts était en tendance baissière au Québec. Ceci dit, je suis passablement d’accord pour dire que les hausses d’impôt de Mme Marois ne vont pas engendrer un exode massif de cerveaux du Québec, mais à la marge je pense qu’on verra une petite détérioration à cet égard. J’aimerais bien savoir de quelle façon Darwin explique ce graphique (voir plus bas)…
Cependant, Darwin néglige de s’attarder à l’argument le plus important concernant l’impact économique des impôts. Une hausse des taux d’imposition ne fait peut-être pas fuir les cerveaux québécois de souche récente, vu leur attachement à leur culture et à leur langue, mais il repousse les cerveaux immigrants de l’étranger. Si vous inventez une nouvelle technologie prometteuse, allez vous établir votre entreprise au Québec ou à Singapour? L’aspect fiscal aura un grand impact sur cette décision. De plus, ces taux d’impositions repoussent le capital, qui lui n’a pas d’attachement culturel. C’est pourquoi peu d’entreprises choisissent le Québec pour investir, établir un bureau, une usine ou encore moins un siège social (dont le nombre est en déclin). Même nos équipes de sport professionnel s’enfuient et ne reviennent pas. Cela explique en partie pourquoi le taux de chômage du Québec est constamment plus élevé que celui de la moyenne canadienne. L’impôt décourage l’investissement, et c’est l’investissement qui est le moteur de la création de richesse. Cela est facile à démontrer : le Québec est l’une des provinces les plus taxées…et c’est aussi l’une des plus pauvres.
Concernant les ressources naturelles, il est vrai que le minerai, le gaz naturel et l’eau sont présents dans le sous-sol québécois et ne peuvent être déplacés à moins d’êtres extraits sur place. Cependant, les capitaux qui financent les investissements nécessaire à leur exploitation peuvent aller ailleurs, et des gisements il y en a encore à beaucoup d’endroits ailleurs qu’au Québec. Si les redevances augmentent, les emplois associés à ces projets seront créés ailleurs. Heureusement pour le PQ, aucune statistique ne démontrera « combien d’emplois n’ont pas été créés au Québec en raison de la hausse des redevances ». Le minerai sera toujours là…mais il ne produira aucune richesse pour le Québec.
Dans un autre billet, Darwin critique l’argument de Mitt Romney stipulant qu’aux Etats-Unis, 47% des gens ne paient pas d’impôts. Il a raison sur ce point, car ces gens sont essentiellement des retraités, des étudiants et de jeunes chômeurs qui n’arrive pas à trouver un emploi dans une économie morose. Cependant, Darwin est-il conscient que les Etats-Unis ont un taux d’imposition corporatif nettement supérieur à la moyenne de l’OCDE et que cela nuit au dynamisme de son économie et à sa capacité de créer des emplois pour ces jeunes chômeurs? En passant, le chiffre est de 38% pour le Canada selon le National Post.
En fait, Darwin est bien conscient de ce phénomène, qu’il appelle la concurrence fiscale. La raison pour laquelle certains pays subissent une perte économique lorsqu’ils augmentent les impôts est que d’autres pays s’efforcent d’abaisser les leurs à des niveaux plus intéressants, attirant ainsi les investissements étrangers. Pour Darwin, il s’agit d’un jeu à somme nulle : ce que l’Irlande gagne, c’est la France qui le perd. La solution qu’il propose est plutôt grandiose : il souhaiterait l’existence d’un gouvernement mondial qui ferait en sorte que les taux d’imposition soient tous alignés, tous comme les programmes sociaux et la réglementation. J’avoue avoir ressenti un vertige quand j’ai lu cela…
Ce que Darwin ne réalise pas – étant donné son penchant idéologique- est que la concurrence fiscale est l’un des rares freins à l’expansion de l’État et à son niveau de parasitisme économique (l’autre frein est le système financier qui achète les dettes gouvernementales). Sinon, quelle serait la limite des dépenses gouvernementales?
Pour Darwin, ceux qui sont contre les hausses d’impôts se font les défenseurs des « privilèges des riches ». Les riches paient déjà les taux d’imposition les plus élevés et paient la plus grosse part des impôts perçu par le gouvernement. Quels chanceux ces riches! De vrais privilégiés! Blague à part, le fait de dire que cela suffit est loin de correspondre à la quémande d’un « privilège »! Il s’agit plutôt de chercher à ne pas alourdir le fardeau. Malheureusement, les électeurs ne craignent pas l’irresponsabilité financière (presque la moitié de la population ne paie pas d’impôt), comme nous l’avons vu aux dernières élections. Il est donc facile pour un parti opportuniste comme le PQ de s’acheter l’élection avec l’argent des autres. Cela n’augure pas bien pour la création de richesse au Québec et le niveau de vie des citoyens québécois.



Reblogged this on le blog a lupus…un regard hagard sur l'écocomics et ses finances…..
"Son troisième argument est que les hausses d’impôt n’engendrent pas d’exode des cerveaux. Pour le prouver, il se base sur une étude portant sur les médecins québécois, qui ne montre aucun exode de ce côté entre 2000 et 2008 (en fait le solde migratoire est positif)."
C’est un sophisme assez courant. De négliger que d’autres facteurs indépendants ont pu induire les médecins à rester plutôt qu’à partir, et ce, en dépit de la hausse des impôts. Autrement dit, une fois les facteurs confondants contrôlés, pris en compte, on pourrait très bien observer une fuite des cerveaux. L’un des nombreux problèmes qu’on est susceptible de rencontrer à la lecture des études empiriques, c’est le fait que les chercheurs en question, me semble-t-il, ont tendance à construire leur théorie sur la base des preuves empirique.
Mais c’est prendre la raison par son mauvais bout. Car cette logique présuppose tout simplement que l’étude en soi est parvenue à contrôler tous les facteurs confondants. Je ne vais pas vous rappeler ce que Mises disait à propos des limites de l’empirisme, vous le savez aussi bien que moi. Ce faisant, on aurait tendance à construire des théories farfelues mais crédibles sur la seule base qu’elle est supportée par des "preuves" empiriques. il vaudrait mieux d’abord penser la théorie avant de se lancer dans des recherches empiriques. Si l’empirisme "réfute" la théorie, il y a deux possibilités: soit la théorie est fausse et doit être repensée, soit l’étude ne prenait pas en compte les facteurs confondants potentiels.
Malheureusement, les chercheurs en sciences sociales ont parfois cette impression que lorsqu’une théorie est "contredite" par les faits empiriques, la théorie est nécessairement fausse. Il se posent rarement la question de savoir si les facteurs confondants importants ont été capturés ou non.
"J’avoue avoir ressenti un vertige quand j’ai lu cela…"
Pas moi. Surtout venant de lui.
@MH
"De négliger que d’autres facteurs indépendants ont pu induire les médecins à rester plutôt qu’à partir, et ce, en dépit de la hausse des impôts. "
En fait, c’est ce qu’il affirme, i.e. que l’on peut augmenter les impôts des riches sans retenue au Québec parce qu’il existe des facteurs qui les retiennent ici malgré cela (langue et culture notamment).
Oui, je l’ai bien compris. Mais à la différence de lui, je n’affirmerai pas que sous prétexte qu’entre 2000 et 2008, le Québec n’a pas connu un exode significatif, que cela prouverait l’hypothèse selon laquelle les impôts n’incitent pas les individus (immigrés ou non) à quitter le pays. Je dis que d’autres facteurs pouvant favoriser l’exode (ou la contenir) ont pu être atténués (ou renforcés) durant cette même période. Ces changements auraient contrebalancé les mauvais effets des hausses d’impôts, qui ne se voient pas dans les statistiques, mais qui sont susceptibles d’être réels malgré tout.
Hmmm un gouvernement mondial. Pas tanné de la corruption au Québec ? Attendez de voir dans un gouvernement mondial !
Déjà qu’à l’ONU….
Nassim Taleb est un expert en risque. Voici ses propositions :
1) skin in the game
2) anti-interventionism
3) Decentralization (size effects),
4) Avoiding bureaucrats and empty suits having too much power over citizens,
5) anti-deficits (coming from bureaucrats),
6) Liberty.
Nettement plus intéressant qu’un gouv. mondial !
Et si l’on arrache toutes les pattes à une puce et qu’on lui dit saute ?
Comme elle ne saute pas, on peut conclure de manière certaine
qu’elle est devenue SOURDE !
C’est la fameuse blague (en raccourci) qu’on racontait pour stigmatiser
les "polytechniciens" et leurs démonstrations aussi péremptoire …
que ridicule.
Pour ma part, vivant au Québec depuis 36 ans, j’ai vu PARTIR
BEAUCOUP TROP DES MEILLEURS MÉDECINS DE MA RÉGION
(aux USA entre autres)
Sans oublier tout plein d’excellents professionnels, vers les autres provinces canadiennes ET AUSSI aux USA.
J’ai vu AUSSI … MES ENFANTS (PHD et MBA) s’expatrier,
tant les conditions de rémunération ET LES FISCALES les décourageait
de faire leur vie "au pays" (sic) sans parler de l’exode irréversible
des sièges sociaux qui depuis 1977 ONT FAIT LA FORTUNE …
DE TORONTO.
Alors ? Une couche de plus ? Madame Marois est en train de s’en occuper,
ce qui fait bien l’affaire DES AGENCES IMMOBILIÈRES FRONTALIÈRES
DU QUÉBEC. Mais Darwin a bien annoncé ça dans sa théorie me semble t-il ?
LES ESPÈCES S’ADAPTENT AUX CONDITIONS QU’ELLES ONT À VIVRE
ET MUTENT EN CONSÉQUENCE.
C’EST SUR, ET C’EST EN TRAIN DE (continuer) À SE PRODUIRE.
Son adepte ou homonyme aurait-il oublié les leçons de son maître ?
Tentons de ne pas sombrer dans l’anecdote. Je pourrais vous parler de collègues ontariens qui ont choisi de s’établir ici pour la qualité de vie (Toronto étant hors de prix, trop rapide et impersonnelle) et de médecins spécialistes de mes amis qui par amour de leur communauté ont fait le choix de rester en région et de soigner les gens de leur coins de pays. Il n’y a pas que la fiscalité qui importe. Si le rythme de vie permet de passer plus de temps en famille, au diable les disparités de salaire.
Tout dépend de quelle richesse on parle.
Et pendant ce temps, la Suède continue de baisser les impôts:
http://www.contrepoints.org/2012/10/09/99948-la-suede-relance-par-la-baisse-des-impots
"Son explication repose sur le fait que les francophones sont moins enclins à quitter le Québec malgré les impôts plus élevés."
Ça explique sûrement pourquoi le PQ veut que les québécois ne soient pas à l’aise avec la langue anglaise. Ils savent ce qu’ils font.
Et puis pas besoin d’un exode physique pour freiner l’innovation, des impôts élevés + la paperasserie ça décourage l’entreprenariat et c’est dans l’entreprise privée que les meilleurs peuvent s’épanouir.
"L’impôt décourage l’investissement…"
Et pas juste l’investissement financier, l’investissement de temps aussi. Quelqu’un pourrait avoir une bonne idée/concept mais réaliser que son investissement de temps dans le démarrage/développement de son entreprise ne lui sera pas rendu en revenus suffisants pour que ça en vaille la peine.
Qui créé la grande majorité des emplois?
Ensuite ces gauchistes essaient de nous faire croire qu’ils sont Bons, qu’ils combattent pour la Justice, qu’ils sont des Humanistes, etc. alors que leur vision moralistico-bureaucratique de l’économie est l’expression d’un sentiment de mépris envers l’humain. Gauchisme = misanthropie + autoritarisme. Il faut contrôler au maximum les gens pour tenter de les égaliser et les remettre dans le droit chemin. C’est une espèce de religion. Ce n’est donc pas surprenant de voir ce type parler de gouvernement mondial, de pouvoir suprême et de justifier les moyens par la fin.
"Quelqu’un pourrait avoir une bonne idée/concept mais réaliser que son investissement de temps dans le démarrage/développement de son entreprise ne lui sera pas rendu en revenus suffisants pour que ça en vaille la peine."
Il est certain que si l’on pompe davantage vos revenus, vous investirez moins, plus prudemment, en plus petite quantité, ce qui veut dire que l’économie sera moins fortement capitalisée, moins fournie en facteurs de production. Dans ces conditions, même en supposant que la demande de crédit et le montant d’épargne restent constant, la structure de production sera moins intensive en capital.
Le blogueur Darwin a répondu au billet ici.
Voici ce que j’ai à ajouter.
1) Il est vrai que Darwin n’a pas prononcé les mots « gouvernement mondial », mais plutôt « gouvernance mondiale » (ici), sans toutefois énoncer précisément en quoi cela consisterait. On peut cependant l’inférer à partir de ses autres billets. Beaucoup de gens militent présentement pour une uniformisation de la fiscalité, de la réglementation et du filet social au sein de la zone Euro, et à la lecture de ses billets sur le sujet, il semble soutenir cette position, mais peut-être que je me trompe. Cedi dit, si Darwin affirme vraiment que cette « gouvernance » n’aurait pas de pouvoir coercitif, alors mon argument était vraiment un épouvantail et mon vertige se dissipe.
2) Les données du graphique proviennent d’un billet du blogue La Vitre Cassée, dont la source est forcément Statcan, et j’avoue qu’il y a manque de rigueur quant à l’absence de source. Je suis d’accord avec la transformation des données en pourcentage, ce qui donne un meilleur portrait. Il est intéressant de noter que malgré tout, la province ayant le régime fiscal le moins attrayant (le Québec) a un solde migratoire significativement négatif, alors que celle ayant le régime le plus attrayant (l’Alberta) a le solde migratoire le plus positif.
3) Je le répète, je suis d’accord avec l’argument de Darwin selon lequel les « cerveaux » francophones ne vont pas quitter le Québec significativement suite aux hausses d’impôts. Dans le billet, j’énonçais : « Son explication repose sur le fait que les francophones sont moins enclins à quitter le Québec malgré les impôts plus élevés. (…) Ceci dit, je suis passablement d’accord pour dire que les hausses d’impôt de Mme Marois ne vont pas engendrer un exode massif de cerveaux du Québec, mais à la marge je pense qu’on verra une petite détérioration à cet égard. »
4) La théorie que j’ai toujours eue sur le sujet est que beaucoup d’immigrants internationaux quittent le Québec pour des provinces où il y a davantage d’opportunités pour faire leur vie (ou vont aux Etats-Unis). Ceux-ci n’ont pas d’attachement à la culture et n’ont généralement pas autant de famille et d’amis au Québec, donc le départ est plus facile, et comme le souligne Darwin, ce sont surtout des non-francophones.
Je répète donc que ma façon de voir les choses n’est pas vraiment en opposition avec celle de Darwin.
5) Pourquoi voient-ils davantage d’opportunités en Alberta qu’au Québec? Parce que l’économie est plus dynamique, en partie en raison du régime fiscal attrayant qui attire les investissements et la main d’œuvre qualifiée.
6) Effectivement, le solde migratoire interprovincial Québécois s’est amélioré au cours de la dernière décennie, alors que le régime fiscal devenait plus attrayant (même si le Québec a le régime fiscal le moins attrayant). Aurions-nous aussi mis plus d’emphase sur la langue française concernant la sélection de nos immigrants ces dernières années? Se pourrait-il que le spectre de la souveraineté se soit dissipé suite à l’élection du gouvernement Charest? Je pense que c’est fort possible.
7) Je suis partiellement d’accord avec Darwin pour dire que les différences d’opportunités économiques (mesurées par Darwin en utilisant l’écart de taux de chômage entre le Québec et le reste du Canada) ont davantage d’impact sur la migration interprovinciale que les changements fiscaux. Mais justement, est-ce que le fait que ces opportunités semblent constamment plus attrayantes dans l’Ouest qu’au Québec est lié à la différente fiscalité? Pour moi c’est clair qu’il y a un lien.
8) Je pense que l’écart entre le taux de chômage du Québec (moyenne à long terme) et celui du reste du Canada est davantage lié à la moins grande flexibilité de son marché du travail qu’à sa fiscalité (voir ceci). La fiscalité (et son effet sur le dynamisme de l’économie) a aussi un impact, mais pas aussi grand selon moi.
9) Je pense que les variations de cet écart dépend davantage des changements de la conjoncture économique que des changements fiscaux.
En conclusion, je suis d’accord avec Darwin lorsqu’il conclue que « les facteurs qui semblent le mieux expliquer la persistance d’un solde migratoire interprovincial négatif au Québec sont dans l’ordre la différence entre le taux de chômage du Québec et celui du reste du Canada, et ses particularités culturelles et linguistiques ».
Darwin termine par la question suivante : « On pourrait toujours prétendre que l’écart entre le taux de chômage du Québec et celui du reste du Canada est dû aux différences des taux d’imposition, mais comment pourrait-on alors expliquer que l’écart entre le taux de chômage du Québec et celui du reste du Canada s’est grandement réduit depuis 2006, même si le taux marginal d’imposition maximal du Québec est devenu le plus élevé au Canada en 2011? »
Voici ma réponse :
1) L’écart à long terme est dû à la moins grande flexibilité du marché du travail québécois.
2) L’écart s’est réduit parce que le Québec a été moins affecté par la récession vu la structure moins cyclique de son économie.
3) Le taux marginal du Québec est peut-être devenu le plus élevé, il n’en demeure pas moins qu’il a significativement diminué au cours de la dernière décennie (voir ceci).
"Se pourrait-il que le spectre de la souveraineté se soit dissipé suite à l’élection du gouvernement Charest?"
Quelqu’un peut-il me traduire cette phrase ? J’avoue ne pas trop la comprendre. (sinon, les balises dans mon précédent commentaire n’ont pas l’air d’avoir fonctionné…)
Avec l’arrivée du gouvernement Libéral de Jean Charest en 2003, le risque que le Québec devienne un pays souverrain indépendant a diminué, ce qui aurait pu inciter certaines personnes à demeurer au Québec et donc à ralentir l’exode.
«Il est vrai que Darwin n’a pas prononcé les mots « gouvernement mondial », mais plutôt « gouvernance mondiale »
Dites vous bien que j’avais vérifié cela avant d’écrire mon billet et que j’avais lu cette mention, la seule que j’ai faite sur le sujet! Mais vous ne citez pas le contexte. Je vais donc le faire : «Le cas de la concurrence fiscale n’est pas réglé. Pour y parvenir, il faudrait un accord entre tous les pays, ou au moins ceux d’une zone économique. On pourrait aussi rêver à une forme de gouvernance mondiale, mais cela ne sera pas demain la veille…»
Il est clair que cette mention sur la gouvernance mondiale n’était pas pour la promouvoir, mais bien pour insister sur le fait qu’on ne doit absolument pas s’attendre à ce qu’elle arrive! Alors, l’utiliser pour inférer à partir de ce que d’autres (gauchistes?) disent était carrément malhonnête. J’ai maintenant écrit près de 300 billets, et dans aucun je n’ai parlé d’«uniformisation de la fiscalité, de la réglementation et du filet social» pas juste au niveau mondial, mais à aucun autre niveau!
Cela dit, comme je l’ai mentionné dans mon billet, je parlais de la situation en Europe, qui s’est dotée de structures régionales à l’intérieur desquelles on peut très bien négocier des ententes pour limiter la concurrence fiscale. Ces structures imposent déjà le niveau du déficit et de la dette ou le retour à des niveaux inférieurs en prévoyant des mesures coercitives. Êtes-vous d’accord avec ces mesures? Pas moi! En fait, j’ai toujours été contre la monnaie unique, alors…
@Darwin
"Il est clair que cette mention sur la gouvernance mondiale n’était pas pour la promouvoir"
Non ce n’était pas clair! Généralement, l’expression "rêver de quelque chose" signifie que l’on souhaite cette chose…
«signifie que l’on souhaite cette chose»
… mais surtout qu’on sait qu’on ne l’atteindra pas!
Quelques mises au point.
Les graphiques sur les soldes migratoires ne sont pas tout à fait éclairants dans la mesure où si la thèse selon laquelle les impôts élevés provoquent une fuite des plus riches, ces derniers représentent juste une minorité, ce qui signifie que ça ne se verra pas nécessairement dans les chiffres. Pourtant, ce sont bien eux qui créent les richesses en investissant pour accroître l’intensivité en capital de l’économie. Donc l’effet sur l’économie n’est probablement pas négligeable.
N’oublions pas, en outre, que lorsque l’impôt est fort, cela implique nécessairement une redistribution plus forte des revenus, ce qui ferait du Québec une destination très attractive pour des individus aux revenus moins élevés. Cet effet peut facilement contrebalancer l’effet pervers des impôts élevés sur les très hauts revenus, à savoir, faire partir une famille riche, et faire venir deux familles à revenus modestes, et ceci, en plus des autres facteurs pouvant inciter les riches québecois à ne pas quitter le pays. Même si la fuite des cerveaux n’est toujours pas visible, la hausse des impôts attirera nécessairement les travailleurs les moins productifs tout en décourageant l’arrivée des étrangers les plus riches, résultant en une immigration de moindre qualité, ceci, encore une fois, après ajustement d’autres variables confondantes potentielles. Les graphiques présentés ne décomposent même pas l’effet des impôts selon les tranches de revenus, corrigé de l’origine ethnique, de l’âge, du statut professionnel, de la richesse globale du pays, et de l’évitement fiscal. Rappelons que prendre des mesures pour combattre l’évitement fiscal est une initiative du gouvernement qui représente, par conséquent, un coût supplémentaire pour les contribuables. Pas très sexy, tout ça.
Un autre détail important consiste à poser la question de la généralisation du phénomène. Quand bien même Darwin aurait raison, il est nécessaire de tenir compte du contexte culturel. L’impact des impôts élevés pourrait être fort dans certains pays, plus faible dans d’autres. Prétendre ainsi que le fait que le Québec n’ait pas connu une exode des riches suite à des hausses d’impôts validerait l’idée générale que les impôts n’induiraient aucune exode des riches dans n’importe quel autre pays est pour le moins fallacieuse.
Même en supposant que le phénomène décrit par Darwin était généralisable, les impôts élevés décourageraient quand même l’investissement privé, rendant l’économie moins intensive en capital, et par conséquent, plus pauvre.
Quand Darwin écrit ensuite :
"les facteurs qui semblent le mieux expliquer la persistance d’un solde migratoire interprovincial négatif au Québec sont dans l’ordre la différence entre le taux de chômage du Québec et celui du reste du Canada, et ses particularités culturelles et linguistiques"
Il ne m’apparaît pas clair que le taux de chômage soit aussi important qu’il le prétend. Les immigrés avaient-ils d’abord connaissance du taux de chômage ? Si les immigrés sont majoritairement peu éduqués, il y a peu de chance que ce soit le cas. Même parmi les individus fortement éduqués, il n’apparaît pas clair qu’ils soient nécessairement au courant des taux de chômage. On pourrait objecter bien sûr que le taux de chômage est lié à la prospérité économique. Mais si cela était vrai, on pourra faire valoir que ce n’est pas le taux de chômage en soi qui détermine les sorties et entrées migratoires.
"On pourrait toujours prétendre que l’écart entre le taux de chômage du Québec et celui du reste du Canada est dû aux différences des taux d’imposition"
Il faut noter que l’impôt a très certainement des effets sur le chômage, dépendant de la productivité des travailleurs et du salaire minimum. Si les entreprises répercutent la hausse des coûts par une réduction des salaires, le salaire minimum imposant un niveau plancher provoquerait une hausse de chômage indirectement médiée par la hausse des impôts. Bien sûr, si les travailleurs au Québec étaient relativement très productifs par rapport au niveau actuel du salaire minimum, une hausse d’impôts aurait un impact un peu plus faible. Mais si les impôts ont un impact indépendant sur le taux de chômage, il le fera augmenter, pas diminuer.