Les banques américaines et le "Foreclosuregate":
Alors que le "Foreclosuregate" bat son plein (voir cette synthèse de Vincent Bénard en français), les banques américaines pourraient bien se trouver dans l’eau chaude. Cette problématique pourrait faire empirer le marché immobilier américain innondé de reprises de finance.
Les emprunteurs hypothécaires américains ne paient pas leur hypothèque parce que la valeur de celle-ci est supérieure à la valeur de la maison. Ils ont donc un incitatif à remettre les clés à la banque. Pour régler ce problème sans déclencher la réaction en chaîne que nous avons observé, il aurait fallu que les banques prennent une perte et réduisent la valeur de l’hypothèque à un niveau inférieur à la valeur de la maison. Cependant, cela aurait amené leur capital à un niveau très bas, les mettant en faillite ou à tout le moins éliminant les possibilités de profiter de la reprise.
Les banques ont donc opté pour la "tricherie", utilisant leurs lobbys pour modifier les règles du jeu. Les banques américaines ont bénéficié en avril 2009 d’amendements à certaines règles comptables leur permettant une certaine discrétion quant à l’évaluation de leurs actifs. Autrement dit, certains de leurs actifs dont la valeur s’est fortement dépréciée à l’instar du marché immobilier américain sont maintenus au bilan à une valeur "fictive". En évitant ces charges, les banques ont pu préserver leur capital et demeurer en opération…du moins en attendant que le marché immobilier reprenne du poil de la bête.
Le foreclosuregate vient mettre un peu plus de sable dans cet engrenage, ce qui n’augure certainement rien de bon pour l’économie américaine. Outre les amendes et les frais occasionnés par les délais, les banques devront faire face aux hordes d’avocats des investisseurs ayant acheté des créances titrisées (MBS) qui tenteront de démontrer que ces titres, dont la valeur s’est effrondrée, n’étaient pas valides en raison de la documentation inadéquate. Les banques pourraient donc avoir à les dédommager, ce qui pourrait bien en mettre plusieurs en faillite vu l’ampleur du marché MBS avant la crise. À suivre…
À cet égard, voici un bon article du Mises Institute.
Quantitative Easing - Part 2:
Selon Goldman Sachs, la seconde vague d’assouplissement quantitatif (a.k.a. QE2) pourrait atteindre $2 billions ($2,000,000,000,000). Cette mesure risque évidemment de générer des bulles spéculatives. La Fed utilisera cette monnaie fraîchement créée pour acheter des bons du trésor. Certains de ces titres seront fraîchement émis par le gouvernement fédéral pour financer son immense déficit alors que d’autres seront vendus par des investisseurs. Ces investisseurs redéploieront alors ces fonds dans d’autres actifs, ce qui fera monter les prix de ces actifs à des niveaux artificiellement élevés. Parmi ceux-ci, on retrouve potentiellement entre autres l’or, le cuivre, le pétrole, les obligations corporatives, les obligations gouvernementales de pays émergents ainsi que les actions (ordinaires et privilégiées). Je noterais en outre que les actifs des fonds de couverture (hedge funds) ont augmenté de $120 milliards au troisième trimestre de 2010, la plus grosse hausse en 3 ans.
Les entreprises américaines ont commencé à profiter de cet environnement de bas taux d’intérêt pour se ré-endetter, non pas pour investir dans leur capital, mais bien pour racheter de leurs propres actions! Les rachats d’action sont une bonne façon de faire croître les bénéfices par action (et le prix des actions) en s’attaquant au dénominateur (i.e. le nombre d’action) plutôt qu’au numérateur. Cela contribue à mettre de la pression à la hausse sur les marchés boursiers.
Pendance ce temps, en anticipation de QE2, le taux d’intérêt réel est en territoire négatif aux États-Unis alors que le dollar américain est en chute libre. Le premier graphique présente le taux de rendement des Treasury Inflation Protected Securities (TIPS), dont les paiements d’intérêts sont indexés à l’inflation. Cette mesure est souvent utilisée comme proxy pour le taux d’intérêt réel puisque les rendements des TIPS sont nets d’inflation. Le second graphique présente l’indice du dollar américain contre un panier de devises.
Un prix plafond sur l’essence:
Après avoir milité pour un prix plancher, voilà que les illettrés économiques de l’Association Québécoise des Indépendant du Pétrole (AQUIP) réclame un prix plafond sur l’essence, et ce pour "protéger les consommateurs de potentielles hausses subites du prix de l’essence. Ils nous prennent vraiment pour des imbéciles! Ce n’est pas les consommateurs que l’AQUIP cherche à protéger, mais bien ses membres, qu’elle cherche à isoler de toute concurrence. Ce que l’AQUIP propose en fait est de limiter les marges de profit. Ainsi, si un producteur a des coûts plus élevés que ce que la Régie de l’Énergie déclarerait, il ne pourrait exiger un prix supérieur au prix plafond et serait donc évincé du marché. Cela pourrait bien créer des pénuries à certains endroits, ce dont l’AQUIP ne se soucie guère. Je vous rappelle qu’il existe déjà un prix plancher, aussi pour protéger le consommateur de la méchante concurrence des distributeurs les plus efficaces…
Les voitures électriques:
Pendant que les politiciens cherchent à subventionner les voitures électriques, ils ne font que prouver que les gouvernements sont infiniement moins efficaces que les marchés pour trouver les meilleures solutions aux problèmes environnementaux. Voici un extrait d’un article paru dans The Economist:
Although electric cars may not themselves produce greenhouse gases, generating the electricity they use does. How green they are depends on the fuel mix at the power plants in the country in which they are driven. An electric car in Britain today, for instance, produces around 20% less in CO2 emissions than a car with a petrol engine. Even if the generating mix gets greener, electric vehicles are so expensive to produce, that they will still be a relatively costly way of abating CO2 emissions. Sceptics therefore doubt that the subsidy is a good use of public money. According to Richard Pike, chief executive of the Royal Society of Chemistry, replacing all of Britain’s cars with subsidised electric cars would cost the taxpayer £150 billion and, with Britain’s current fuel mix, cut CO2 emissions from cars by about 2%. For the same money, Britain could replace its entire power-generation stock with solar cells and cut its emissions by a third.
En complément, je vous invite à consulter ce très bon article de Philippe David sur les voitures électriques.
Hausse des taux d’intérêt en Chine:
Pour la première fois depuis décembre 2007, la Chine a haussé ses taux sur les dépôts de 2.25% à 2.50% et sur les prêts de 5.31% à 5.56%, en raison de craintes inflationnistes, notamment au niveau des prix immobiliers qui furent en hausse de +9.1% en septembre dernier. Si les planificateurs centraux de la Federal Reserve s’étaient préoccupé des valeurs immobilières en 2005-2006, peut-être que l’ampleur de la bulle et de la crise qui a suivi aurait pu être réduite. Peut-on en conclure que les autorités chinoises sont plus lucides et comprennent mieux l’inflation que leurs homologues américains?
La règlementation des banques canadiennes:
Le 27 octobre dernier, j’ai eu la chance d’assister à un discours de Julie Dickson, Superintendente des Institutions Financières, en charge de la règlementation des banques canadiennes, devant la Société CFA de Montréal, dont je fait partie. J’ai trouvé la dame plutôt brillante pour une fonctionnaire. Elle a souligné la contribution des programmes gouvernementaux d’accession à la propriété à la formation de la bulle immobilière qui a précédé la crise, ce que peu de fonctionnaires seraient prêts à admettre en public. Elle est consciente que les bulles résultent d’une expansion significative du crédit et propose donc d’exiger des niveaux plus élevés de capital suite à une telle expansion (ce qu’on appelle "couter-cyclical buffers"). Je ne suis pas vraiment en accord avec cette politique, mais l’OSFI ne peut quand même pas se substituer à la Banque du Canada, c’est donc le mieux qu’elle puisse faire. Finalement, elle veut à tout prix éviter que les grandes banques soient considérées "too-big-to-fail" et bénéficient d’une escompte sur leur coût de financement, les encourageant à prendre des risques sur-élevés. Malheureusement, je crois qu’il est trop tard à ce niveau. Le risque moral du système bancaire n’a jamais été aussi élevé suite aux actions gouvernementales des dernières années. J’ai cependant peu apprécié ses commentaires sur la "nature humaine" et le besoin de la restreindre, faisant référence aux "esprits animaliers" de Keynes. Elle voudrait le faire en contrôlant les structures de rémunération des banquiers; une bien mauvaise idée selon moi. Le rôle d’OSFI n’est pas de se préoccuper de la propension à prendre des risques, cela relève des marchés financiers, des conseils d’administration et des actionnaires. À chacun son rôle!
Le copinage politique:
Une enquête menée par le quotidien « La Presse » révèle que les trois quarts des personnes ayant été nommées à des postes prestigieux à Hydro-Québec, Loto-Québec, à la SAQ et à la Régie des installations olympiques ont contribué à la caisse des Libéraux. Une enquête a également été faite sur quelques autres sociétés d’État, dont Service Québec et la Régie de l’assurance-maladie, donnant des résultats similaires. Il est aussi révélé que Michael Sabia a donné près de 10 000$ au PLQ avant d’être nommé à la tête de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Cette façon de fonctionner ne serait pas uniquement l’apanage des Libéraux, mais ces derniers l’auraient poussée à un degré exagéré, selon des experts de l’éthique en administration publique rencontrés dans le cadre de l’enquête.

