Selon Krugman (ici et ici), les entreprises n’investissent pas parce qu’elles ont de la sur-capacité de production, donc aucun besoin d’investir. Elles maintiennent en outre des niveaux d’encaisse très élevés.
Pour que celles-ci investissent et embauchent, il faudrait une augmentation de la demande qui vienne utiliser la capacité de production de ces entreprises.
Pour créer cette demande, il faut selon lui que le gouvernement mette de l’avant un autre plan de relance (puisque le premier n’était pas assez gros selon lui). Comme je le démontrais lundi, le premier plan de relance fut un échec lamentable.
Selon lui, l’État n’a pas grand chose à perdre puisque s’il ne fait rien, la situation économique va se détériorer, ce qui augmentera le déficit de toute façon (donc aussi bien dépenser!).
De plus, les conséquences négatives de cette détérioration auront des répercussions à plus long terme:
"what if there are long-run negative effects of a deeper slump on the economy? The WSJ piece showed one example: workers driven permanently out of the labor force. There’s also the negative effect of a depressed economy on business investment. There’s the waste of talent because young people have their lifetime careers derailed. And so on. And here’s the thing: if the economy is weaker in the long run, this means less revenue, which offsets any savings from the initial austerity."
Cette vision keynesienne de l’économie est complètement erronnée. Voici pourquoi.
Tout d’abord, l’explication de Krugman repose sur une hypothèse très contestable, stipulant que les plans de relance réussissent à relancer l’économie durablement. En termes keynesiens, cela signifie que le "multiplicateur" est supérieur à 1. Dans son exemple, Krugman utilise d’ailleurs un multiplicateur de 1.4. Où prend-il ce chiffre? Dieu seul le sait!
Ainsi, si vous aviez une entreprise de construction et que le gouvernement fédéral vous octroyait un contrat dans le cadre d’un nouveau stimulus, allez-vous vous mettre à investir dans votre entreprise et à embaucher des employés permanents? Bien sûr que non! Car vous savez que cette "manne" n’est que temporaire et ne représente aucunement de la demande durable. Donc une fois le stimulus passé, c’est le retour à la case départ.
Krugman craint que si le gouvernement ne fait rien, certains emplois dispaîtront pour de bon. J’espère bien que certains emplois ne reviendront jamais; puisque ceux-ci étaient le fruit des mauvais investissements effectués durant le boum artificiel.
C’est justement ce à quoi une récession devrait consister: nettoyer les mauvais investissements et éliminer les emplois inutiles. L’économie n’a plus besoin d’autant de travailleurs de la construction et tout ce qui tourne autour de cette industrie; il ne sert à rien de vouloir maintenir ces emplois. Par la suite, l’investissement peut reprendre dans d’autres industries. Tout ce processus a été ralenti par l’incertitude et la confusion générées par le gouvernement avec ses plans de relance, ses bailouts, ses déficits et ses réformes.
Au contraire, le gouvernement tente d’aller à contre-courant du processus normal de rétablissement d’une récession en tentant de sauver les emplois qui devraient disparaître, en maintenant des entreprises en vie alors que celles-ci auraient dû disparaître, en décourageant l’épargne par la manipulation monétaire, et en choisissant lui-même les industries méritant de l’investissement (par exemples: énergie renouvelable, voitures électriques, infrastructure routière, etc). Le résultat n’est pas surprenant: du chômage persistant.
En somme, il est vrai que les entreprises ont de la sur-capacité de production présentement, mais celle-ci est dans les mauvaises industries. La solution ne consiste pas à tenter de relancer la demande de ces industries. Elle consiste plutôt à ce que le gouvernement s’abstienne d’intervenir pour que ces industries réalisent que la demande n’est plus là et que ce capital soit ré-alloué ailleurs dans l’économie. La dépression de 1920-21 a démontré que cette politique fonctionne.
Paul Krugman est préoccupé par le sort des chômeurs si l’économie se détériorait davantage. Il devrait plutôt se préoccuper du fait que les plans de relances et les subventions rendent certaines industries dépendantes du gouvernement; les conséquences à long terme de cela seront très négatives lorsque l’aide s’arrêtera éventuellement.
Finalement, si les entreprises maintiennent des niveaux d’encaisse élevés, c’est qu’elles ont appris la leçon et qu’elles veulent pouvoir se maintenir en vie en cas de temps dur. Il n’y a rien de mal là-dedans.
À ce sujet, Peter Boettke a déterré de fascinantes coupures de journaux datant de 1932; notez que l’une est signée par Keynes et l’autre par Hayek. Leur débat est très similaire à celui que Paul Krugman aurait avec Thomas Woods aujourd’hui. Bonne lecture!
http://austrianeconomists.typepad.com/files/cambridge_vs._lse_1932.pdf

Je vois deux principaux problèmes avec Krugman.
-Le problème avec les plans de relance est qu’ils sont uniquement des exercices qui sont dans des domaines qui sont inefficaces et politisés. Or, faire des programmes de types New Deal (comme creuser des trous) n’est aucunement gage d’une économie forte, diversifiée et surtout basée sur le savoir et surtout du fait que les emplois sont déterminés par des exercices de pork barrel auquel celui qui crie le plus fort ou donne plus à la caisse du parti a plus de l’argent de l’état.
-Dans une logique de vulgarisation économique, Krugman vient exactement aussi de se couler car dépenser davantage est va amener une spirale sans fin.
-D’abord le côte de crédit du gouvernement va descendre.
-Ensuite, le gouvernement devra imprimer davantage d’argent par la Fed pour payer l’épicerie.
-Après, le gouvernement va probablement taxer davantage pour garder le stimulus. On vole donc Jean pour payer Paul.
-Donc, personne ne vaudra investir et les meilleurs éléments iront ailleurs.
Très bon article encore une fois.
Merci!
Il écrit tellement de stupidités quotidiennement que je pense que je pourrais écrire un billet par jour démontrant son ignorance.
Encore aujourd’hui, il s’en prend à Hayek.
Selon lui, Hayek avait tort d’affirmer que les récessions sont causées par une mauvaise allocation des emplois et ressources durant le boum; la cause des récessions selon Krugman est le chômage!!
"Hayek, like his modern followers, never could get his mind wrapped around the fact that the key problem in depressions, and the key observation his theory needed to explain, wasn’t misallocation of labor and other resources — it was mass unemployment. "
Il m’apparaît plus qu’évident que le chômage est causé par une mauvaise allocation des emplois et ressources dans l’économie; dans le cas récent c’était dans la construction.
http://krugman.blogs.nytimes.com/2010/07/10/hayek-trade-restrictions-and-the-great-depression/
Sauf à supposer que les dépenses du plan de relance ne servent strictement à rien, le problème n’est pas que le mutliplicateur soit inférieur à 1 mais qu’il ne soit pas nul voire légèrement négatif. Ce qui est le cas si la Fed fait bien son boulot.
@Fred
Voici un article qui te donneras de quoi te gratter la tête!
http://mises.org/daily/4552
En quoi le truc vers lequel vous pointez répond à mon commentaire?
Moi je dis juste:
_que le problème n’est pas que le multiplicateur soit inférieur à 1 mais qu’il soit nul.
_que pour l’économie "classique", le multiplicateur est nul.
Ces deux points n’ont rien à voir avec l’économie keynésienne.
Je ne vous pointais pas le lien "en réponse à votre commentaire".
C’était juste une boutade.
Ceci étant dit, si j’étais keynesien, je le prendrais au sérieux…
Sinon, pour répondre au truc, le modèle cité regroupe effectivement dans la même catégorie chômeurs et non-chômeurs. En somme, ce modèle explique plus le chômage partiel/technique que le chômage tout court.
On pourrait tout-à-fait rajouter une catégorie chômeurs à ce modèle, chose qui a sans doute été faite avant même que l’auteur du truc soit né.
Cependant, ce modèle a l’avantage de la simplicité et c’est la raison pour laquelle on l’enseigne.
Enfin, si la conclusion du modèle est que les dépressions peuvent conduire à des morts en masse, cela n’en rend l’action publique que plus nécessaire.
En lisant le post de Paul Krugman ce matin, je trouve fascinant que nos conclusions soient les mêmes, mais pour différentes raisons!
Ces conclusions se résument à ce que les États-Unis traversent une "lost decade" similaire à ce qu’a connu le Japon.
Krugman affirme que c’est parce que le gouvernement japonais (et américain) n’en a pas assez fait pour relancer l’économie, ce que je trouve absolument ridicule étant donné l’ampleur des déficits et de l’endettement générés.
Je crois plutôt que c’est ce qui a été fait qui n’était pas approprié.
http://krugman.blogs.nytimes.com/2010/07/16/frogs-boiling-water-and-central-banks/