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Archive for juin 2010

Dans le premier billet de cette série, j’avais demandé aux lecteurs de me suggérer des pays pour la suite de la série. Un blogueur du nom de Jonathan a eu la brillante idée de suggérer le Chili. Ce pays a été un véritable laboratoire économique, puisque suite aux insuccès d’un gouvernement socialiste, une profonde libéralisation de l’économie a été implantée par diverses réformes. Le résultat est souvent qualifié, avec raison, de « miracle économique ».

Pinochet

Je commence en vous avertissant que le gouvernement de Augusto Pinochet, une junte militaire implantée suite à un coup en 1973, n’a pas eu grand chose à voir avec le libertariannisme. En fait, Pinochet a commis des crimes contre l’humanité qui sont fermement condamnés par les libertariens. Je ne vais pas non plus encenser les Chicago Boys, qui ont soutenu le régime de dictature et fait plusieurs erreurs coûteuses qui ont parfois servi leurs intérêts personnels.

Ce billet vise plutôt à décrire objectivement les réformes économiques qui ont permis au Chili de récemment accéder à l’OCDE et de supplanter l’ensemble des pays d’Amérique du Sud au niveau du développement. Ces réformes ne nécessitent pas une dictature militaire et de la répression pour être implantées. Au contraire, le retour à la démocratie et à la liberté non-économique a certainement contribué au succès du Chili de façon significative.

Est-ce que la dictature a facilité l’implantation de réformes capitalistes dans un pays profondément socialiste? Évidemment! Cela dit, ça ne veut pas dire qu’il faille encourager les dictatures. Bref, ne vous laissez pas aveugler par l’ignobilité du régime de Pinochet et concentrez-vous sur les réformes économiques. D’ailleurs, suite au retour à la démocratie au Chili, le cap vers le libre-marché a été maintenu par le parti de gauche au pouvoir, ce qui prouve que les mentalités ont véritablement changé pour de bon au Chili.

Les chiffres

Qu’entend-ton pas miracle économique? Le graphique suivant parle de lui-même. Le PIB per capita du Chili a augmenté drastiquement au fur et à mesure que les réformes ont commencé à fonctionner. Entre 1950 et 1970, la croissance moyenne du PIB réel par habitant a été de 1.6%, le plus bas taux de croissance de tous les pays d’Amérique du Sud. Entre 1985 (date à laquelle la crise de 1982 a été définitivement réglée) et 1996 (crise Asiatique), le PIB réel par habitant a cru en moyenne de 7%.

Le tableau suivant compare les 10 plus gros pays de l’Amérique du Sud entre eux. On constate que le Chili a la meilleure note au niveau de la liberté économique et qu’il fait mieux que les neuf autres pays dans presque l’ensemble des catégories et mieux que la moyenne dans toutes les catégories. On peut affirmer hors de tout doute que le Chili est le pays d’Amérique du Sud offrant le meilleur niveau de vie.

Le gouvernement Allende

En 1970, le parti de gauche mené par Salvador Allende a été élu, avec pour but de converger vers le socialisme. Ce gouvernement débuta une série de nationalisations d’entreprises et d’expropriations. Dans le but de stimuler la croissance économique et de faire augmenter les salaires, Allende a mis en place un programme « à la Keynes » de dépenses gouvernementales visant à stimuler la demande. Ce gouvernement croyait qu’en redistribuant la richesse aux plus pauvres, ceux-ci dépenseraient davantage, ce qui stimulerait la demande. Ces programmes seraient évidemment financés par la création de monnaie. L’inflation serait retenue par des prix-plafonds imposés par le gouvernement.

En 1972, l’inflation dépassait les 200%. Le déficit fiscal se chiffrait à 13% du PIB en 1972 et à 23% l’année suivante. Les salaires réels ont baissé de 25% en 1972. Les prix plafonds ont évidemment généré de graves pénuries; il fallait faire la queue de longues heures pour obtenir les biens de base. En somme, le pays était en crise économique.

Le coup et le début des réformes

En septembre 1973, un coup d’État mené par le Général Pinochet a mené au renversement du gouvernement et à la mort de Allende. En 1975, les Chicago Boys, un groupe d’économistes Chiliens formés à l’Université de Chicago, ont pris le contrôle de la politique économique du Chili. Ceux-ci ont entamé une série de réformes visant à réduire l’intervention de l’État dans l’économie, libéraliser le commerce international et établir le libre-marché comme forme d’organisation économique.

Les réformes ont été orientées de façon à réduire les dépenses du gouvernement pour retourner à l’équilibre budgétaire et stabiliser l’inflation. L’élément central du programme a été d’ouvrir l’économie chilienne au reste du monde en abaissant les barrières protectionnistes. Selon la Banque Mondiale, le Chili était en 1990 le pays le plus libre-échangiste au monde. Les tarifs sont passés de 105% en moyenne en 1973 à 15% en 1989 et 6% aujourd’hui.

En 1973, la plupart des banques chiliennes étaient opérées par le gouvernement. Les réformistes ont, dès 1974, commencé à graduellement libéraliser le secteur financier par des privatisations et dérèglementations.

Le secteur financier n’a pas été le seul à être privatisé. La plupart des secteurs de l’économie y ont été sujet, notamment le secteur minier, jadis sous le monopole de l’entreprise publique CODELCO, mais maintenant largement opéré par l’entreprise privée qui produit davantage et à moindre coût que CODELCO le faisait.

En 1973, 50% des terres agricoles étaient détenues par l’État suite à des expropriations menées par les socialistes. Dès 1974, le gouvernement a distribué des titres de propriétés agricoles à 109,000 fermiers et 67,000 descendants des Mapuche en 3 ans. Le tiers des terres jadis expropriées ont été retournées à leurs propriétaires légitimes et le reste a été vendu.

Le marché du travail a aussi été réformé par de nouvelles lois le rendant plus flexible. De plus, la constitution de 1980 renforçait la protection des droits de propriété.

Un autre élément clé du miracle chilien a été la réforme des pensions de 1981 (voir cet article de l’IEDM). Cette réforme remplaça le système public de régime de retraite par un système de capitalisation et de comptes d’épargne-retraite individuels, où chaque travailleur dispose de son compte, géré par le secteur privé. Aujourd’hui, 95% des travailleurs sont cou verts par le nouveau système. Au cours des 26 premières années suivant son entrée en vigueur, le rendement annuel des épargnants, en tenant compte de l’inflation, s’est élevé à 10,3 %. Devant ce succès, le modèle chilien a été imité, en tout ou en partie, par une trentaine de pays aux quatre coins du monde (dont la Suède). Ce nouveau système a permis de générer l’épargne nécessaire à financer le formidable essor de l’investissement privé au pays. Il a aussi permis aux Chiliens d’obtenir une part (en tant qu’investisseurs) du succès économique de leur pays.

Le résultat de ces réformes a été une augmentation substantielle des exportations, une plus grande diversification des exportations, une hausse de la productivité et une grande augmentation des investissements étrangers au Chili. La croissance du PIB, des revenus et de l’emploi ont été fulgurantes.

Les réformes sociales ont été limitées, mais étaient plutôt inutiles puisque la croissance économique a eu comme impact d’améliorer la qualité de vie des pauvres en leur donnant un emploi. Les inégalités se sont certes accrues, mais le niveau de vie a augmenté pour tout le monde. À cet égard, la critique de Naomi Klein est typique des gauchistes. La gauche préfère vivre dans un pays pauvre, mais égalitaire, que dans un pays riche inégalitaire, même si les plus pauvres du pays riches ont un niveau de vie maintes fois supérieur à ceux du pays pauvre.

Les erreurs

La plus grande erreur des Chicago Boys a été, durant la première portion de leur mandat, de maintenir un régime de taux de change fixe. Cela a rendu le pays vulnérable lors de la crise de 1982 et a fait en sorte que le Chili a été le pays le plus affecté par la crise en raison de sa devise surévaluée. L’ampleur de cette crise et son impact sur l’économie du Chili auraient bien pu miner la suite des choses et renverser l’implantation des réformes.

La deuxième erreur a été la trop rapide privatisation des entreprises d’État. En les vendant plus graduellement, des meilleurs prix auraient pu être obtenus et celles-ci auraient probablement été achetées par les fonds de pension chiliens plutôt que par les riches collaborateurs de Pinochet.

La troisième erreur a été de ne pas réformer le système de santé publique et le système d’éducation publique, tous deux inefficaces et victimes de sous-investissement. Le gouvernement de Pinochet les a nettement négligés, ce qui a grandement nui au sort des plus pauvres. Le gouvernement Ailwyn a corrigé le tir lorsqu’il a pris le pouvoir en 1990. Il a augmenté un peu les impôts pour financer des programmes sociaux qui ont contribué à améliorer le sort des pauvres dans les années 1990s. Il faut cependant, reconnaître que si le Chili a eu les moyens de faire ces dépenses sans s’endetter ou créer de la monnaie, c’est grâce à l’énorme création de richesse que les réformes libérales ont permis de générer.

 

Taux de mortalité infantile:

 

Conclusion

La gauche tente par tous les moyens de discréditer le Miracle Chilien : soit en faisant référence à l’horrible dictature de Pinochet, soit en pointant vers le coefficient de Gini, soit en relatant l’ampleur de la crise de 1982. Selon moi, ces points ne sont pas suffisants pour démontrer que les réformes visant à augmenter la liberté économique n’ont pas été bénéfiques au Chili.

Si vous relisez la conclusion de mon billet sur le Bangladesh, vous constaterez que plusieurs de mes recommandations ont été appliquées au Chili. Résultat : le Chili est passé de pays sous-développé à membre de l’OCDE.

Si vous cherchez des solutions aux problèmes économiques des pays du tiers-monde, l’histoire du Miracle Chilien comporte certainement plusieurs ingrédients importants au développement d’un pays; le principal étant bien sûr la liberté économique.

Il est intéressant de noter que le Vénézuela est présentement en train d’adopter les mêmes politiques que le gouvernement socialiste de Allende entre 1970 et 1973, qui ont mené à une crise économique. Je maintiens que la seule raison pour laquelle le Vénézuela n’est pas encore en grave crise économique (seulement très mal-en-point), c’est grâce au prix du pétrole qui frôle les $80.

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Ce billet vise à répondre aux 9 plus mythes les plus répandus au sujet des libertariens. Espérons que ça permettra d’éclaircir les choses…

1- Les libertariens n’ont pas de morale, ni de valeurs autres que l’argent et aux profits.

Le fait de vouloir vivre dans une société où le code moral n’est pas imposé par décret par l’élite politique ou religieuse ne signifie pas que les libertariens n’ont pas de morale. Chacun a ses propres valeurs et devrait pouvoir les exercer dans la mesure où on n’empiète pas sur la propriété et la liberté d’autrui (la liberté des uns s’arrête là où celle des autres commence).

 Lorsque qu’il est question d’organisation économique, il est vrai que les libertariens portent une importance particulière au rôle de la monnaie et du profit pour l’allocation efficiente des ressources. Cependant, l’argent et le profit ne sont pas centraux au libertariannisme. La base de cette idéologie repose sur la liberté.

2- Les libertariens sont à la solde des corporations et du monde des affaires.

Lorsqu’on parle de liberté, cela inclut évidemment la liberté de former une entreprise. La libre-entreprise est un des éléments défendus par les libertariens. C’est pourquoi vous entendrez souvent les libertariens critiquer l’État lorsque celui-ci restreint la liberté des entreprises. Ceci étant dit, les libertariens ne militent pas pour que les corporations soient favorisées par l’État. Les libertariens s’opposent aux plans de relance économique, aux sauvetages bancaires, subventions, au protectionnisme, aux brevets et aux autres privilèges accordés par l’État à certaines corporations.

L’une des dérives du clivage gauche / droite veut que la gauche défend le filet social, donc les pauvres, alors que la droite défend les hommes d’affaires, donc les riches. Les libertariens ne défendent ni un, ni l’autre; ils ne défendent que la liberté individuelle face à l’État. En ce sens, les libertariens ne défendent pas nécessairement les entreprises privées, mais plutôt le droit à la libre-entreprise privée; un corolaire de notre idéologie.

Par exemple, vous me verrez parfois prendre la défense d’entreprises persécutées par le pouvoir coercitif de l’État, mais vous me verrez aussi condamner les entreprises qui violent les lois et qui utilisent le pouvoir coercitif de l’État avec l’aide de leurs lobbys ou en profitant de la corruption des fonctionnaires de l’État. Encore une fois, il ne faut pas confondre capitalisme et corporatisme.

3- Les libertariens ne sont intéressés qu’à payer moins d’impôts.

L’expression la plus fondamentale de la liberté est que nous sommes les légitimes propriétaires de notre corps. Lorsqu’on utilise notre corps pour produire du travail, que ce soit pour le profit ou pour un salaire, nous sommes donc les légitimes propriétaire de ce profit ou de ce salaire. Lorsqu’une loi coercitive nous force à remettre une partie de cette somme à l’État, cela revient à dire que nous ne sommes pas les légitimes propriétaires de notre corps et ne sommes donc pas libre. L’impôt est donc la négation de la liberté; il nous rend esclaves de l’État.

Ainsi, si il est admit que les libertariens combattent pour la liberté, il est logique que ceux-ci combattent l’impôt. Par contre, payer moins d’impôt est loin d’être le but ultime de la plupart des libertariens. Ce n’est qu’une conséquence collatérale.

4- Les libertariens sont individualistes et anti-sociaux et ne compatissent pas avec la misère de leur prochain.

Encore une fois, chaque libertarien est un individu unique ayant ses propres valeurs. La solidarité peut très bien être l’une d’elles. Dans une société libertarienne, la solidarité s’exprimerait différemment (elle ne serait pas imposée par la force), mais ne serait certainement pas inexistante.

L’individualité est certes primordiale pour les libertariens pusique la première étape de la liberté est la propriété légitime de son propre corps. Cependant, cet individualisme n’implique pas que les libertariens soient avares, égoïstes et insensibles à la misère de leur prochain.

L’État a d’ailleurs contribué à créer une société individualiste. Les gens envoient leurs impôts anonymement à l’État et considèrent que c’est suffisant pour aider son prochain. Les démunis eux reçoivent l’aide de l’État tout aussi anonymement et considère que c’est leur droit sacro-saint. La charité privée est minimale puisqu’on considère que l’État est là pour s’occuper des démunis, donc après avoir versé plus de 40% de son revenu en taxes et impôts, pas besoin d’en faire plus, c’est bien assez. Et comme il faut travailler 40% de plus pour avoir le même niveau de vie après impôts, pas le temps de faire du bénévolat. Il y a aussi cet antagonisme entre ceux qui sont forcés de payer et ceux qui ont le « droit » de recevoir, qui crée des frictions dans les communautés. Bien entendu, une bonne partie de ce 40% reste entre les mains des fonctionnaires-bureaucrates et ne se rend jamais à destination…

L’État providence, cette solidarité forcée, a détruit l’entraide communautaire et disloqué la société; il a favorisé l’individualisme, l’antagonisme et le parasitisme.

5- Les libertariens sont anti-gouvernement et pro-capitalisme.

Il est vrai que la plupart des libertariens voudraient réduire la taille de l’État et favorise le capitalisme comme organisation économique, mais le libertariannisme n’implique pas l’abolition du gouvernement et l’exclusion de toute forme d’organisation économique autre que le capitalisme.

Par exemple, une mini-société communiste pourrait très bien se former librement au sein d’une société libertarienne. Ces gens pourraient mettre en commun leurs avoirs et appliquer l’égalitarisme. Le mot clé ici est « librement ».

De plus, les libertariens reconnaissent l’existence d’une certaine forme de gouvernement : décentralisé, minimaliste et responsable. Les libertariens admettent que certains services peuvent être plus efficacement offerts par le gouvernement plutôt que par les entreprises privées, en autant que le privé puisse librement concurrencer les fonctionnaires.

Ce n’est pas strictement contre le gouvernement que les libertariens s’opposent, mais plutôt contre le gouvernement tel qu’il est présentement (liberticide, gros, inefficient, omniprésent et centralisé).

6- Dans un monde libertarien, la corruption et la fraude seraient omniprésents parce que la règlementation serait minime.

Un monde libertarien ne signifierait pas l’absence de lois et de règles. La fraude serait punie, tout comme la corruption. La règlementation serait par contre plus décentralisée et plus efficace. Elle ne servirait plus qu’à enrichir les avocats, mais plutôt à protéger l’intégrité du marché. Que l’on parle des scandales de Norbourg, Maddoff, Enron ou BP, la règlementation s’est avérée inefficace à prévenir les abus. La confiance aveugle envers les régulateurs a d’ailleurs facilité ces scandales.

La responsabilité (qui va de pair avec la liberté) et un système légal efficace sont aptes à protéger la population que la règlementation étatique.

7- Dans un monde libertarien, les inégalités seraient omniprésentes; c’est la loi du plus fort qui prévaudrait.

Plus l’État est gros, plus la loi du plus fort prévaut. Les groupes de pression, dont le poids politique est démesuré relativement au petit peuple, obtiennent des privilèges des politiciens qui s’adonnent au clientélisme politique pour se faire élire. Dans un monde libertarien, il n’y a pas de minorités privilégiées; tout le monde est égal devant la loi et le marché. Mais pour y arriver il faut un État minimal et décentralisé, qui ne priviligie pas "les plus forts" au détriment du "monde ordinaire".

8- Les libertariens sont à l’extrême droite.

Les gauchistes veulent utiliser l’État pour grossir le filet social et renforcer l’égalitarisme de la société alors que les droitistes veulent utiliser l’État pour obtenir des faveurs économiques pour les entreprises (protectionnisme, subventions) et pour intervenir dans l’économie (plans de relance, "bailouts”) et sur la scène internationale (guerres, impérialisme). Qu’ils soient de gauche ou de droite, les étatistes sont tout aussi néfastes pour la société et pour les libertés individuelles.

Les libertariens et la droite divergent grandement. Les libertariens sont contre les subventions, le protectionnisme, les plans de relance économiques, les "bailouts” , le lobbying, les banques centrales, la monnaie fiduciaire, les brevets, et toutes les autres interventions de l’État dans l’économie qui visent à procurer un avantage particulier à un groupe d’individus au détriment des autres.

Je vous recommande de lire mon billet intitulé La Vraie Politique, qui présente plus en détail la façon dont je vois le clivage politique.

9- Le libertarianisme n’est qu’une utopie irréalisable. Les libertariens ne sont pas activistes.

Il est vrai que le libertariannisme est confronté à beaucoup de barrières l’empêchant de s’implanter.

Les politiciens et les fonctionnaires, dont le gagne-pain consiste à parasiter les contribuables et à grossir leur empire bureaucratique, ne vont certainement pas se réveiller un matin et décider de rationaliser leurs effectifs. Ils n’ont aucun incitatif à le faire, et ont même des incitatifs à faire le contraire. D’autre part, un pourcentage significatif de la population est dépendant de l’État et craint une réduction de l’État-providence. Si on additionne les votes de ces deux camps, ils sont assez nombreux pour gagner une élection.

De plus, le système d’éducation néglige de présenter l’idéologie libertarienne, ce qui fait en sorte que la grande majorité de la population ne sait même pas de quoi il s’agit. Ceux qui en connaissent l’existence sont souvent déroutés par les gauchistes qui véhiculent des mythes à son égard, tels que ceux décrits ci-haut.

Quelle est la solution à cette impasse?

La première étape consiste faire connaître la philosophie libertarienne en bonne et due forme. La blogosphère permet de le faire avec une certaine efficacité, mais il faudra que ça aille plus loin éventuellement pour rejoindre plus de gens.

L’étape suivante consistera à exiger une plus grande liberté de nos politiciens. Je pense que cela peut s’effectuer un pas à la fois. Contrairement à d’autres libertariens, tel que Martin Masse, je pense qu’il faudrait un accès au système politique, aussi petit soit-il. Certains petits partis, tels que Québec-Solidaire et le Parti Verts, ont réussi à obtenir beaucoup d’exposition médiatique malgré un petit électorat et ont forcé les grands partis à adapter leurs programmes pour ne pas perdre d’électeurs. Il faut davantage de Maxime Bernier et Ron Paul pour défendre la liberté au sein des institutions démocratiques.

C’est de cette façon que les libertariens arriveront à changer le cours des choses. Entre-temps, je pense qu’il est faux de prétendre qu’il est utopique de demander davantage de liberté.

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 Encore au 21e siècle, la plupart des gens ne comprennent pas les bienfaits du commerce international (voire du commerce tout court) et véhiculent encore de vieux clichés mercantilistes. Le réflexe protectionniste semble bien incrusté dans la population. Pour bien comprendre l’organisation économique d’une société, il est impératif de connaître la loi des avantages comparatifs. Cette théorie repose sur le principe simple que si deux parties consentent à un échange, c’est que les deux en bénéficient et améliorent leur situation (selon eux), autrement ils choisiraient de ne pas y participer.

Tout d’abord, retournons à notre analogie de l’île déserte et permettez-moi d’emprunter la petite histoire de l’excellent Russell Roberts.

Deux couples naufragés, les Palmers et les Fishers, occupent une île déserte et ont besoin d’eau et de nourriture pour subsister. Voici la production quotidienne initiale des deux couples qui, au départ, ne partagent rien :

  Rations d’eau Poissons
Palmers 2 2
Fishers 3 6

 

Comme vous pouvez le constater, étant plus grands, plus agiles et plus forts, les Fishers font mieux que les Palmers dans les deux activités. Par contre, au fil du temps, les deux couples réalisent que les deux peuvent bénéficier à faire des échanges. Les deux couples ont suffisamment d’eau (les Fishers en ont même trop), mais voudraient plus de poisson car la production actuelle ne suffit pas à les nourrir convenablement. Conséquemment, les Palmers cessent de pêcher et les Fishers cessent d’aller chercher de l’eau. Voici donc la production des deux couples :

  Rations d’eau Poissons
Palmers 4 0
Fishers 0 12

 

Ensuite, les Palmers échangent deux rations d’eau contre 4 poissons. Ainsi, les deux couples se retrouvent dans une meilleure situation qu’avant grâce aux échanges et ce même si les Fishers étaient meilleurs dans les deux activités. La situation des deux couples après les échanges se résume comme suit :

  Rations d’eau Poissons
Palmers 2 4
Fishers 2 8

 

En réalité, même si les Palmers ont un désavantage absolu dans les deux activités, ils ont quand même ce qu’on appelle un « avantage comparatif » dans la cueillette d’eau. Les Fishers quant à eux, même s’ils sont meilleurs dans les deux activités, ont un avantage comparatif dans la pêche.

D’autre part, il très probable qu’au fil des jours, étant spécialisés dans leurs activités respectives, les deux couples s’amélioreront et deviendront plus productifs. C’est un des bénéfices de la spécialisation du travail.

Cela démontre bien que l’économie n’est pas un jeu à somme nulle. Nous avons tous quelque chose à gagner à faire du commerce, tant local qu’international. C’est pourquoi le libre-échange est une source d’enrichissement pour tous, même pour les nations moins productives et moins avancées technologiquement.

Maintenant, imaginons deux chocs économiques différents qui pourraient affecter ces échanges :

  1. Un indigène qui s’avère être un excellent pêcheur arrive en pirogue et propose aux Palmers huit poissons en échange d’une ration d’eau à chaque jour.
  2. Un jour, les Palmers ont suffisamment de temps pour fabriquer un filet de pêche, ce qui leur permet de pêcher suffisamment de poissons (huit) pour ne plus dépendre des Fishers.

Vous aurez compris que ces deux scénarios sont défavorables aux Fishers, puisque le prix de leur production (poissons) diminue. Le scénario numéro 1 représente les importations alors que le scénario numéro 2 représente une augmentation de la productivité par le développement technologique.

La plupart des gouvernements verraient la nécessité d’agir devant ces situations pour « sauver les emplois » des Fishers, en restreignant les importations et/ou en les subventionnant. Est-ce que cela est justifiable? Absolument pas. Les deux couples n’auraient qu’à réorganiser leurs activités pour tenir compte des nouveaux faits. Voici la nouvelle répartition des avoirs dans l’un ou l’autre des deux scénarios :

  Rations d’eau Poissons
Palmers 1 8
Fishers 3 6

 

Comme les Palmers manquent d’eau et les Fishers de poissons, les Palmers pourraient échanger 3 poissons aux Fishers contre une ration d’eau. Voici ce que ça donnerait au final :

  Rations d’eau Poissons
Palmers 2 5
Fishers 2 9

 

On peut voir que dans les deux scénarios, tout le monde y gagne lorsque le marché est laissé libre. La même chose s’applique dans l’économie. Il est normal que certaines personnes perdent leur emploi suite à une innovation technologique ou suite à l’introduction sur le marché local d’un produit importé à meilleur marché (parce qu’un producteur étranger a un avantage comparatif). Ces gens doivent par la suite se trouver un autre créneau dans lequel ils ont un avantage comparatif. C’est la destruction créatrice qui fait son œuvre et nous enrichit.

L’apparition de la monnaie :

C’est d’ailleurs l’essor du commerce et de la spécialisation du travail qui ont nécessité l’apparition de la monnaie pour faciliter les échanges. La monnaie élimine notamment la nécessité de la double-coïncidence des désirs et permet la divisibilité des biens. Elle permet aussi de mieux comparer la valeur des biens entre eux et, par conséquent, de mieux allouer les ressources dans la production de ces biens.

La monnaie permet les échanges indirects, c’est-à-dire que plutôt que d’échanger un bien contre un autre que l’on désire, on échange son bien contre un bien intermédiaire que tout le monde accepte (la monnaie), qui pourra ensuite être échangé contre le bien désiré.

Les caractéristiques d’une bonne monnaie sont :

  • Largement en demande
  • Difficile à contrefaire
  • Facilement transportable
  • Divisible
  • Durable
  • Sa production ne doit pas croître trop vite

Comme vous pouvez le constater, il est peu surprenant que l’or et l’argent aient naturellement émergé comme monnaies de choix à travers l’histoire. Vous comprendrez aussi que lorsque l’État manipule à sa guise la quantité de monnaie en circulation, il déforme les paramètres qui servent à allouer les ressources, ce qui créent éventuellement des problèmes économiques néfastes.

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Paul Krugman continue à s’accrocher aux théories keynesiennes malgré l’évidence de leur échec.

Sur son blogue, il compare souvent la récession que nous avons de traverser avec la Grande Dépression des années 1930s et affirme que sans l’intervention étatique à la Keynes, nous aurions connu une autre Grande Dépression, prouvant de ce fait l’efficacité des politiques keynesiennes. En revanche, il ne cesse de blâmer les politiques de Hoover, qu’il présente comme un maître de l’austérité, pour avoir agravé la Grande Dépression. Selon lui, une augmentation du taux directeur de la Fed en Octobre 1931 et une petite coupure dans les dépenses de l’État en 1932 ont été catastrophiques pour l’économie.

Tout d’abord, Krugman devrait réaliser qu’en Octobre 1931, le taux de chômage officiel frôlait déjà les 16%. Autrement dit, l’économie était déjà en lambeaux. Deuxièmement, lorsqu’on met en perspective les dépenses de l’administration Hoover, on se rend compte qu’il était aussi austère que Tiger Woods était fidèle! Il a augmenté les dépenses de 42% entre 1930 et 1932. Le déficit fiscal s’est chiffré à $2.6 milliards en 1932, ou 4% du PIB. Cependant, comme c’est toujours le cas lorsque les politiques keynesiennes ne fonctionnent pas, le seul argument qu’il leur reste est de dire que ce n’était pas assez! Troisièmement, le taux directeur de la Fed était quand même très expansionniste même après la hausse de 1931. La façon dont Paul Krugman décrit ce qui s’est passé durant ces années est donc fallacieuse. En revanche, il s’abstient systématiquement de parler de la Dépression de 1920-21!

En fait, s’il y a une chose que l’on peut reprocher à Hoover qui a vraiment eu un impact négatif sur l’économie, c’est son penchant pour le protectionnisme. Pour comprendre ce qui s’est réellement passé en 1929, je vous propose ceci.

Figure 1
Figure 2
Figure 3

Dans un billet publié le 25 mai dernier, Krugman affirme que les gigantesques dépenses gouvernementales engendrées par le plan de relance économique Bush/Obama n’ont pas eu d’effet « crowding-out »; c’est-à-dire qu’elles n’ont pas eu comme effet de se substituer aux investissements privés.

L’effet crowding-out se produit lorsque le gouvernement génère des déficits pour stimuler l’économie (à la Keynes). Ces déficits font augmenter les taux d’intérêt, ce qui signifie que les entreprises privées et autres emprunteurs doivent se financer à un taux plus élevé. Cela a un effet négatif sur l’investissement, la consommation et donc sur la création d’emplois. Ainsi, en voulant stimuler l’économie, le gouvernement se trouve à l’étouffer.

L’argument de Krugman est que le taux sur les obligations du gouvernement américain n’a pratiquement pas augmenté depuis un an, donc manifestement pas de crowding-out.

 

Comment le crowding-out fait monter les taux d’intérêt?

Il y a deux façons par lesquelles le crowding-out fait augmenter les taux.

La première survient lorsque les titres de dette du gouvernement sont achetés par des investisseurs. Cela a comme impact d’augmenter l’offre d’obligations sur les marchés, ce qui a un effet à la hausse sur les taux d’intérêt. Bref, le gouvernement « inonde » les marchés obligataires, ce qui crée un surplus de titres de dette. Pour attirer davantage d’investisseurs, les taux doivent augmenter. L’épargne disponible dans l’économie va davantage vers le gouvernement plutôt que vers les entrepreneurs. Autrement dit, lorsque le gouvernement vend ses titres de dette sur le marché, il s’accapare une plus grande partie de la quantité d’épargne disponible. Il en reste donc moins pour les emprunteurs privés. Ce n’est pas vraiment cela qui s’est produit au cours des 12 derniers mois.

La deuxième façon survient lorsque la dette du gouvernement est achetée par la Federal Reserve avec de la monnaie créée ex nihilo. L’effet sur les taux d’intérêt n’est alors pas immédiat. Cette création de monnaie génèrera éventuellement de l’inflation (ou du moins fera augmenter les anticipations d’inflation), ce qui mettra de la pression à la hausse sur les taux d’intérêt.

Dans la période récente, le déficit du gouvernement américain a été financé avec de l’argent créé ex nihilo par la Federal Reserve. La Federal Reserve a utilisé ce qu’on appelle le « quantitative easing »; c’est-à-dire qu’elle a créé de la monnaie pour acheter des obligations (surtout celles du gouvernement). À preuve, la Fed est maintenant le plus gros détenteur de bons du trésor au monde. Il est normal de ne pas avoir assisté à une augmentation du taux d’intérêt du gouvernement depuis le plan de relance, puisque celui-ci est maintenu à la baisse par la Fed!

Quand verrons-nous le crowding-out alors?

En fait, on pourrait montrer à Paul Krugman que le taux 10 ans sur les obligations du gouvernement a fortement augmenté depuis le début de 2009 (de 2.5% à 3.5%).

Les taux vont monter davantage lorsque l’inflation se manifestera. Présentement, l’économie est trop faible et la tendance est au désendettement. Il n’y a donc pas de pressions inflationnistes.

D’autre part, le taux directeur de la Federal Reserve a beau être de 0% et celui des bons du trésor à 3.5%, c’est sur les marchés obligataires et auprès de leur banque que les entreprises et particuliers doivent se financer. Voyons voir si le crowding out s’est manifesté depuis un an.

Le graphique suivant montre les dépenses en capital des entreprises américaines. Elles sont en forte baisse depuis le début du plan de relance et n’ont pas rebondi malgré la supposé reprise économique.

  

Ainsi, il m’apparaît clair que 1) le plan de relance n’a pas fonctionné et que 2) l’investissement privé est très faible. Paul Krugman n’a donc pas de quoi taper sur la table en nous montrant son graphique du taux d’intérêt des bons du trésor…

Ensuite, Paul Krugman ne s’arrête pas là. Il affirme que ceux qui craignent un épisode d’hyper-inflation suite à l’immense création de monnaie engendrée par la Federal Reserve dans ses manœuvres de « quantitative easing », devraient observer le Japon qui malgré une forte augmentation de sa masse monétaire dans les années 2000 (suite à du quantitative easing), n’a pas subi d’hyper-inflation. Donc, s’il n’y a pas d’inflation, les taux de monteront pas, et si les taux ne montent pas, il n’y aura pas de crowding-out et tout ira bien!

Effectivement, le Japon n’a pas subi d’hyper-inflation; il n’a d’ailleurs pas connu de croissance économique non plus! Le Japon est un exemple flagrant de l’échec des politiques keynesiennes. La croissance du PIB n’y a pas dépassé 2% dans les années 2000 et le taux de chômage n’a jamais été aussi élevé. Il y a plusieurs explications, au marasme économique japonais (système bancaire déficient, changements démographiques, interventionnisme étatique, inflexibilité du marché du travail, etc), mais il est plutôt fallacieux d’utiliser cet exemple pour vanter les plans de relance et le « quantitative easing » puisque ces politiques n’ont carrément pas fonctionné. Bref, si c’est pour nous réconforter que Krugman nous pointe le Japon, c’est manqué!

Ce que Krugman répondrait est probablement que, tout comme le Japon, les Etats-Unis sont dans une trappe à liquidité, une autre chimère keynesienne, directe conséquence de leurs politiques. L’autre conséquence des politiques keynesienne est la stagflation. C’est probablement ce qui attend les États-Unis une fois qu’ils seront sortis de leur trappe à liquidité après une ou plusieurs décennies perdues!

 

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