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Archive for 5 mars 2010

Selon certaines personnes de l’école keynesienne / néoclassique, les marchés sont médiocres pour allouer les ressources parce qu’ils souffrent de défauts récurrents. Ceux-ci se basent sur la théorie (notez bien qu’il s’agit d’une théorie) de la concurrence pure et parfaite, et observent que les conditions nécessaires au « bon fonctionnement » d’un marché ne sont jamais réunies.

Voyons quelles sont ces conditions:

  1. Atomicité des agents : il faut qu’il y ait un grand nombre d’acheteurs et de vendeurs, ce qui empêche toute coalition entre acteurs économiques. Autrement dit, les agents ne doivent pas avoir suffisamment d’importance pour directement influencer le prix par leurs transactions sur le marché.
  2. Homogénéité des produits : les produits sont semblables et donc interchangeables.
  3. Transparence de l’information : toutes les caractéristiques du marché sont connues des acteurs de façon gratuite et immédiate.
  4. Libre entrée et libre sortie : il ne doit y avoir aucune entrave tarifaire (protectionnisme), administrative ou technique à l’entrée d’un offreur ou d’un demandeur supplémentaire.
  5. Libre circulation des facteurs de production : la main-d’œuvre et les capitaux se dirigent spontanément vers les marchés où la demande est supérieure à l’offre ; il n’y a pas de délai ni de coût dans leur reconversion.

À la lecture de ces hypothèses, vous aurez vite réalisé qu’elles sont très rarement confirmées par la réalité, ce qui implique que la concurrence pure et parfaite n’existe pas. Cette « doctrine » néoclassique veut qu’en l’absence de concurrence pure et parfaite, il est impossible de maximiser l’utilité des agents économiques (l’optimum de Pareto); le marché est donc inefficace ce qui justifie que l’État intervienne pour corriger le tir et atteindre la situation optimale.

La réalité est tout autre. L’optimum de Pareto n’est à la base qu’une démonstration mathématique d’un concept plutôt utopique et pas nécessairement souhaitable. Un état optimal au sens de Pareto signifie qu’on ne peut améliorer l’utilité d’un agent sans réduire celle d’un autre agent. Pour fonctionner, la démonstration a besoin de ces cinq hypothèses (ci-haut mentionnées), lesquelles ne sont pratiquement jamais satisfaites. Cela prouve que le concept ne fonctionne pas, mais ça ne prouve pas que le marché ne fonctionne pas et qu’il n’est pas le meilleur moyen d’allouer les ressources!

Premièrement, de nombreux états possibles de la société sont des optima de Pareto. Pour cette raison, une situation d’optimalité au sens de Pareto n’est pas nécessairement une situation souhaitable ou « idéale ». Pour prendre un exemple extrême, une société où toutes les richesses appartiennent à un seul homme est un optimum de Pareto, car transférer une partie de ses richesses à d’autres personnes réduirait le bien-être d’au moins un individu. L’optimum de Pareto n’est donc pas nécessairement souhaitable.

Deuxièmement, en voulant corriger les « failles du marché », les interventions de l’État ont souvent des conséquences négatives inattendues qui font en sorte que la situation se détériore plutôt que de s’améliorer. En réalité, l’État n’est pas plus rationnel que les agents du marché et ne peut savoir quelles sont leurs préférences.

Le libre-marché, quant à lui, fait en sorte d’auto-corriger ses failles en fonction des préférences des consommateurs. Voici quelques exemples:

1. Si un vendeur devient trop important et influence les prix à la hausse, ses profits plus élevés attireront les nouveaux entrants et la situation sera rétablie automatiquement. Si un acheteur devient trop important et utilise son pouvoir de négociation pour faire baisser les prix, l’offre diminuera et le marché s’ajustera. Aucune intervention étatique n’est nécessaire.

2. Sur le marché de l’automobile, chaque modèle est différent. Si un fabricant amène un nouveau modèle sur le marché, la demande ne sera inititalement pas optimale, puisque le produit est inconnu et différent de ses concurrents. Cependant, le nouveau véhicule sera analysé par les publications spécialisées et le « bouche-à-oreille » fera son oeuvre. Par la suite, le marché s’ajustera et la demande reflètera les préférences des consommateurs pour les automobiles, étant donné leurs particularités et leurs qualités. Le produit n’a pas besoin d’être homogène et il n’y a aucune raison pour que l’État intervienne pour qu’il en soit autrement (des Ladas pour tous!).

3. L’information est asymétrique et a un coût d’acquisition, ce qui est indéniable. C’est pourquoi l’État tente de favoriser la transparence de l’information en forçant les vendeurs à donner plus d’information, que ce soit sur l’étiquette ou par un autre moyen. Cette intervention est inutile puisqu’elle ne tient pas compte des préférences des consommateurs quant à l’information. Nous pouvons imaginer les situations suivantes sur le marché de l’eau de javel:

 A. L’une des trois marques disponibles (XYZ) offre un étiquettage plus complet, mais se vend plus cher. Ses parts de marché sont faibles puisque les consommateurs n’attribuent pas beaucoup de valeur à ces informations additionnelles et préfèrent donc payer moins cher. La marque XYZ finit par réduire l’étiquettage pour réduire ses coûts et baisser son prix.

B. L’une des trois marques disponibles (XYZ) offre un étiquettage plus complet, mais se vend plus cher. Les consommateurs apprécient l’information additionnelle et sont donc prêts à payer plus cher pour cette marque. Ses parts de marché augmentent, ce qui force les deux autres marques à améliorer leur étiquettage.

C. Les trois marques disponibles ne fournissent que très peu d’information sur leur étiquette. Cependant, les consommateurs préfèrent nettement la marque XYZ parce qu’elle est plus efficace. Ce fait a d’ailleurs été confirmé par le magazine Protégez-vous et par l’émission l’Épicerie. Les ventes de XYZ sont excellentes.

D. L’État oblige les trois marques disponibles à divulguer une panoplie d’informations sur leur étiquette. Cette politique fait augmenter les coûts de production et, par conséquent, les prix de vente de l’eau de javel. La demande diminue.

Dans les trois premiers cas, l’information n’est pas « parfaitement » transparente, mais une situation optimale est quand même atteinte sans intervention de l’État. Dans la quatrième situation, on ne peut savoir si la situation est optimale, à savoir si les consommateurs sont généralement satisfaits de payer plus cher pour avoir l’information additionnelle. La politique est imposée par décret et le consommateur n’a pas son mot à dire.

4. La quatrième condition (libre entrée et sortie) est spécifiquement minée par l’intervention étatique puisque les barrières à l’entrée sont généralement une conséquence de celle-ci. C’est presque toujours l’État qui crée des monopoles ou des oligopoles par ses interventions. Est-ce qu’un avantage technique peut permettre à un producteur de barrer l’entrée à la compétition indéfiniement? J’en doute fortement…à moins que l’État ne lui octroie un brevet!

5. Il est plutôt rare qu’une industrie « frappe un mur » et se retrouve subitement à l’agonie. Le déclin d’une industrie se produit plutôt graduellement et lentement, ce qui laisse le temps aux facteurs de production de s’adapter…sauf si l’État tente de maintenir cette industrie en vie et repousse les problèmes en la subventionnant. Le choc sera alors plus brutal et l’adaptation plus laborieuse.

Par exemple, lorsque le téléphone est apparu, le nombre de jeunes individus voulant devenir opérateur de télégraphe a sûrement diminué, alors que plusieurs opérateurs de télégraphe sont sans doute retournés sur les bancs d’école pour apprendre un autre métier. Les plus agés ont pris leur retraite. L’offre de ce type de travail a par conséquent graduellement diminué et a été redirigée ailleurs. Le processus n’est pas immédiat et n’est pas sans coût, comme le voudrait la théorie néoclassique, mais c’est quand même le mieux qu’on puisse faire.

La machinerie d’une industrie en déclin est aussi redirigée dans l’économie. Si une machine peut être utilisée dans une autre industrie, elle est vendue à un producteur de cette industrie, sinon ses composantes sont recyclées, ne seraient-ce que pour la valeur du métal qu’elle contient.

Lorsque l’État décide de quelles industries doivent être « sauvées » et de quelles industries seront florissantes, et qu’il intervient à grands coups de subventions pour faciliter la chose, il fait trop souvent plus de tort que de bien et perturbe ce magnifique processus qu’est la destruction créatrice.

En somme, la concurrence pure et parfaite est une utopie pratiquement inatteignable. Cependant, le libre-marché est le seul mécanisme capable de nous en approcher. Chaque intervention de l’État visant à corriger le marché a des conséquences négatives, certes non-intentionnelles, mais tout de même dommageables à la création de richesse.

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