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Archive for février 2010

Le 13 janvier dernier, Eugene Fama a donné une entrevue à The New Yorker au sujet de l’efficience des marchés financiers durant la crise financière. Fama est un pilier de la théorie financière et est à l’origine de l’un des concepts les plus importants en finance : la théorie de l’efficience des marchés. Cette théorie stipule que le prix d’un actif transigé sur un libre-marché liquide reflètera en tout temps toute l’information disponible et que, par conséquent, il sera impossible de tirer un rendement « anormal » de ce titre compte tenu de son risque.

Les attaques à cette théorie se sont multipliées suite à la crise financière, surtout de la part des observateurs « anti-marché », sur la base que le marché a complètement déraillé ce qui a mené à une bulle immobilière. La défense de Fama est à cet égard très intéressante, mais à mon avis incomplète.

Selon moi, les marchés financiers se sont comportés de façon tout à fait rationnelle étant donné les contraintes qui leur ont été imposées. Comme je le disais ici, la condition essentielle pour une bulle est la création de monnaie. Ainsi, lorsque la quantité de monnaie augmente, les prix des actifs et des biens montent. Lorsque la création de monnaie est excessive et dirigée vers un secteur particulier par une intervention gouvernementale, les prix dans ce secteur montent tellement que l’on peut parler d’une bulle. Comme le dit M. Fama :

 “People who get credit have to get it from somewhere. (…) That was government policy; that was not a failure of the market. The government decided that it wanted to expand home ownership. Fannie Mae and Freddie Mac were instructed to buy lower grade mortgages.“

 Dans l’extrait suivant, Fama met le doigt sur le problème sans toutefois l’identifier :

 “There was enormous investment across the board; it wasn’t just housing. Corporate investment was very high. All forms of investment were very high. (…) Can you have a bubble in all asset markets at the same time? Does that make any sense at all? Maybe you can convince me there can be bubbles in individual securities. It’s a tougher story to tell me there’s a bubble in a whole sector of the market, if there isn’t something artificial going on. Now we are talking about saving equals investment. You are basically telling me people are saving too much, and I don’t know what to make of that.”

 Lorsqu’il parle de “quelque chose d’artificiel”, c’est évidemment à la création de monnaie qu’il fait référence (peut-être sans le savoir?). Et le problème n’est évidemment pas relié à un « surplus d’épargne », mais bien à un surplus de liquidité sur le marché du crédit, lequel a été occasionné par l’inflation générée par la Federal Reserve et le système bancaire.

Quel a été le catalyseur de la crise? Selon M. Fama, la récession a fait en sorte que certaines personnes n’avaient plus les moyens de faire leurs paiements hypothécaires. Qu’est-ce qui a causé la récession? M. Fama avoue humblement ne pas le savoir (puisqu’il n’est pas un économiste). J’ai cependant ma petite idée là-dessus…

Mon explication principale quant au catalyseur de la récession a été un ralentissement de la création de monnaie, et donc du potentiel inflationniste de la politique monétaire. On peut très bien voir sur le graphique ci-bas à quel point la politique monétaire s’est resserrée vers la fin de la bulle (fin 2006 / début 2007). Évidemment, les bulles sont en quelque sorte des chaînes de Ponzi; donc lorsque le nombre d’acheteurs plafonne, la pyramide s’effondre. Un resserrement du crédit a très bien pu avoir cet effet.

La seconde explication est selon moi le prix du pétrole. Observez le graphique ci-bas qui montre le prix du pétrole avec les récessions mondiales en ombragé. Toutes les récessions des quatre dernières décennies ont été déclenchées par un « pic » dans le prix du pétrole. Notez que je ne prétends pas que les récessions ont été « causées » par le prix du pétrole; mais bien que le pétrole a juste été un élément déclencheur que Fama semble avoir manqué.

  

Quant au bailout, la vision de Fama est plutôt pragmatique. Selon lui, la politique du « too-big-to-fail » est un gros problème de sélection adverse. Sans le sauvetage, est-ce que le système financier se serait effondré? Là-dessus, M. Fama me rejoint :

“Maybe it would have—for a week or two. But it pretty much stopped for a week or two anyway. (…) There is just a high degree of risk aversion on the part of people currently in government. They don’t want to be blamed for bad outcomes, so they are willing to do bad things to avoid them.”

 Au niveau de la réglementation, la perspective de M. Fama est proche de la vision libertarienne :

 “[Regulation] is inevitable, if you accept the view that the government will bail out the biggest firms if they get into trouble. But I don’t think it will work. Private companies are very good at inventing ways around the regulations. They will find ways to do things that are in the letter of the regulations but not in the spirit. You are not going to be able to attract the best people to be regulators.“

 Conclusion:

Ce qu’il faut retenir de cela est que bien que les marchés puissent parfois paraître irrationnels et exhubérants, ces situations ne sont le résultat que des interventions étatiques qui influencent les marchés souvent de façon incontrôlable. Comme Bastiat disait "il y a ce qu’on voit et ce que l’on ne voit pas". Les interventions étatiques ont toujours des conséquences inattendues et imprévisibles. La création de monnaie par la banque centrale est une intervention étatique, tout comme l’agenda politique visant à favoriser l’accession à la propriété. Il ne faut pas oublier cette réalité lorsqu’on critique les marchés. Avant de blâmer le libre-marché, il faut s’assurer que ce dont on parle est vraiment un libre-marché…et c’est rarement le cas!

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- Le budget Obama:

 Selon le budget présenté par le Président, Le déficit devrait atteindre cette année un niveau record de $1,560 milliards. Environ $100 milliards seront dédiés à la création d’emploi, dont notamment un crédit d’impôt pour les entreprises qui embaucheront cette année. M. Obama veut augmenter les impôts des ménages dont les revenus dépassent $250,000 par année. En pourcentage du PIB, le déficit 2010 serait à 10.6%, soit la proportion la plus élevée depuis la seconde guerre mondiale. Notez que le budget de la défense augmentera de 3.4% en 2010…

Évidemment, Paul Krugman pense que ce n’est pas assez et voudrait encore plus de dépenses pour relancer l’économie. M. Krugman ne comprend pas que les dépenses des gouvernements ne créent pas d’emplois, même si financées par l’endettement et la création de monnaie. 

- Le PIB américain pour le quatrième trimestre:

La première lecture du PIB américain pour le quatrième trimestre indique une croissance annualizée de +5.7%. De ce chiffre, environ 3.4% est relié à la reconstruction d’inventaires, ce qui n’est pas de la demande finale. Le "vrai" chiffre est donc de +2.3%. Les principales sources de croissance ont été les investissements non-résidentiels (probablement relié au plan de relance) les exportations, qui ont augmenté de +18.1% ainsi que la consommation personnelle.

Il ne faut pas oublier que la première lecture du PIB ne comprend que 40% des données (le reste est estimé à l’aide de modèles). En guise de rappel, au troisième trimestre, la première lecture du PIB avait été de +3.5%; elle avait ensuite été révisée à la baisse à +2.8%, alors que le chiffre final a été de +2.2%. Il semble donc que les modèles ont tendances à surestimer le PIB durant cette reprise.

Je ne suis pas seul à être sceptique et pessimiste; les marchés boursiers ayant baissé de plus de 4% depuis l’annonce.

“Les sources de cette croissance ne sont pas généralisées et elles sont surtout issues des mesures gouvernementales de relance et du renversement de la correction des stocks et non d’une hausse robuste de la demande intérieure privée “, disent les économistes de Desjardins.

- Financement des partis politiques au Québec:

Je n’étais pas au courant de l’existence de ce "jury citoyen" mandaté par le Directeur Général des Élection, mais je ne réjouis tout de même de leurs conclusions. Ce jury recommande de ne pas permettre aux entreprises de contribuer aux caisses électorales. Ils recommandent aussi l’abolition des dons anonymes, Cependant, je ne suis pas en accord avec leur proposition de hausser le financement public des partis ni celle visant à créer un organisme indépendant pour promouvoir la participation civique et la démocratie.

Les américains ne voient pas les choses de la même manière. Un jugement de la cour suprême rendu le 21 janvier dernier permettra aux corporations, syndicats et groupes idéologiques de dépenser autant qu’ils le veulent en "publicité" de nature politique et ce au nom de la liberté d’expression. La cause concernait un documentaire de Citizens United sur Hillary Clinton qui devait être diffusé durant les élections présidentielles de 2008. Notez cependant qu’il y a une différence entre contribuer à la caisse électorale d’un parti et se payer une publicité visant à défendre ses intérêts politiques.

- Pauline la libertarienne:

Pauline Marois a déclaré il y a quelques jours que les demandes des syndicats de la fonction publique québécoise étaient "un peu trop élevées" et que l’État québécois avait besoin d’un certain "dégraissage". Comme l’indiquait Joseph Facal, cette prise de position plutôt surprenante est due au fait que la chef du PQ ne peut à la fois se prononcer contre les déficits et pour les augmentations salariales des fonctionnaires. Ces propos, pourtant très lucides, ont évidemment choqué l’aile gauche du parti (SPQ Libre).

Comme le mentionne Pierre Duhamel ce matin: "Même si nous sommes plus pauvres, notre gouvernement dépense 26 % de plus que celui de l’Ontario pour offrir les services publics à la population. Comment cela se peut-il ? Il n’y a pas de miracle : c’est en taxant plus (38 % du PIB contre 33 % pour le reste du Canada), en s’endettant davantage (50 % du PIB contre 24 % pour le reste du Canada)."

- Le GIEC continue d’être discrédité:

Le rapport du GIEC faisait mention d’une réduction des calottes glacières dans les Andes, les Alpes et en Afrique. Cependant, cette affirmation est basée sur des sources douteuses: un article publié dans Climbing Magazine en 2002 (un rassemblement d’anecdotes d’alpinistes) ainsi qu’une dissertation d’un étudiant en géographie à la maîtrise. Ces articles n’ont évidemment aucune valeur scientifique. Cette histoire survient moins d’un mois après la rétraction des affirmations concernant la fonte des glaciers en Himalaya. La qualité des informations soutenant les thèses figurant au rapport du GIEC de 2007 laisse définitivement à désirer…

- Les mensonges de Loto-Québec (de Richard Martineau):

En octobre 2007, Alain Dubois, un citoyen qui, depuis des années, sensibilise la population sur les dangers du jeu compulsif et la gourmandise de Loto-Québec, annonçait que notre vénérable société d’État était en train de développer un projet de casino en ligne. Réaction de Loto-Québec: " Nous tenons à confirmer qu’aucune équipe de Loto-Québec et de ses filiales ne s’affaire à aller de l’avant avec un projet de casino sur internet. "

Or, demain, Loto-Québec convie les médias à une conférence de presse annonçant…. son projet de casino en ligne!!!!!
Savoureux, non?

Les fonds de travailleurs, tel que ceux de la FTQ et de la CSN, sont des véhicules d’investissement grassement subventionnés et très politisés. Un contribuable québécois qui dépose 1000$ dans un fonds de travailleur va toucher au moins 600$ en crédits d’impôt. L’argent est parfois investi de façon douteuse et disons que le rendement du déposant n’est définitivement pas la priorité. En excluant les crédits d’impôt, le rendement moyen du Fonds de Solidarité FTQ s’élève à 3,5% par année depuis 1983 alors que celui de Fondaction est -2,88% par an depuis 10 ans.
L’économiste progressiste / keynesien enscence le système bancaire canadien mentionnant que son niveau élevé de règlementation l’a protégé de la crise. Comme je le mentionnais ici, la seule raison pour laquelle les banques canadiennes n’ont pas été en mesure de tomber dans les mêmes pièges que les banques américaines est une règle qui force les emprunteurs à assurer leur hypothèque (à leurs frais) auprès de la SCHL lorsqu’ils dépassent un ratio d’endettement de 80%.

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"Confessions of an economic hit man.", par John Perkins, 2004, 277 pages (New York Times bestseller).

Ce livre se veut une sorte d’auto-biographie dans laquelle l’auteur, qui se décrit comme un "economic hit man" ou EHM, nous raconte comment il a participé à l’établissement de ce qu’il nomme la "corporatocratie" et à l’expansion de l’impérialisme américain. M. Perkins a oeuvré au sein de la firme d’ingénierie Chas. T. Main dans les années 1970s.

Un EHM est un économiste professionnel dont le modus operandi se résume comme suit:

  1. Il cible un pays émergent en manque d’infrastructure et/ou qui possède des ressources naturelles inexploitées, où le potentiel de croissance est élevé, où l’État est autocratique et où les politiciens sont corrompus et/ou corruptibles.
  2. Il émet des prévisions de croissance économique surévaluées de façon à convaincre les dirigeants de ce pays des bienfaits potentiels de projets d’infrastructures proposés par sa firme.
  3. Ces prévisions économiques sont utilisées pour justifier des emprunts importants auprès de la  World Bank, de USAID ou autres institutions, pour financer lesdites infrastructures.
  4. Ces projets permettent à une poignées de corporations d’empocher d’importants contrats et permet aussi à l’élite dirigeante du pays en question d’obtenir d’importants avantages pécuniers (pot-de-vins) et politiques (soutien de la communauté internationale).
  5. La non-réalisation des prévisions économiques surévaluées fait souvent en sorte que les prêts ne peuvent être remboursés, ce qui permet aux créanciers d’exercer un contrôle important sur la politique du pays en question, à l’avantage de la corporatocratie.
  6. Lorsque les dirigeants politiques refusent de collaborer, les conséquences sont souvent très sévères. La première étape est l’envoi de "chacals", dont le résultat est souvent un assassinat et/ou un coup d’État. Perkins donne en exemple Mossadegh (père) en Iran, Roldós en Équateur, Torrijos au Panama et même Chavez au Vénézuela (2002).  Lorsque les chacals ne réussisent pas, c’est l’invasion sous de faux prétextes qui est utilisée (Panama, Bosnie, Afghanistan, Iraq, etc).

Selon Perkins, les trois pilliers de la corporatocratie sont 1) les grosses entreprises, 2) les banques internationales et 3) les gouvernements corrompus. J’ajouterais que la corporatocratie aurait beaucoup de difficulté à opérer sans 4) l’existence d’une monnaie fiduciaire (créée à partie de rien pour financer les prêts) ainsi que 5) la présence du complexe militaro-industriel américain. Ces cinqs éléments sont la clé de l’impérialisme américain.

Bien que sa description from the inside de l’impérialisme américain soit fort intéressante et juste, les solutions proposées par Perkins sont plutôt boiteuses. Dans la conclusion de son livre, il nous propose notamment de consommer moins, surtout du pétrole. Le reste est du pelletage de nuage. Son épilogue est cependant plus mordant; étant presque un appel à la révolution.

En fait, Perkins fait erreur, comme beaucoup de gens d’ailleurs, lorsqu’il confond corporatocratie et capitalisme. Comme le mentionne Christopher Westley dans un article paru sur Mises, l’ouverture d’une usine de Nike dans un pays du tier-monde n’est pas la même chose que l’attribution d’un lucratif contrat à Halliburton en Irak. L’usine de Nike permet à des travailleurs libres d’avoir un emploi et de mettre de la nourriture sur leur table sans avoir à se prostituer ou à fouiller dans un dépotoir. Jusqu’à preuve du contraire, Nike leur fournit la meilleure opportunité à leur disposition. Halliburton quant à elle, dont Dick Cheney (ancien secrétaire à la défense et vice-président américain) est un actionnaire majeur ainsi que ancien PDG, obtient des contrats en Irak suite à ce que l’armée américaine ait envahi ce pays et remplacé sont gouvernement par des pantins dont les ficelles s’étendent jusqu’à Washington. Rien à voir avec le libre-marché, bien au contraire!!

Ceci étant dit, le livre est une façon divertissante de comprendre les rouages de la corporatocratie qui régit le pays le plus puissant du monde.  Cet ouvrage a élargi et approfondi ma vision de ce sujet. Ceux qui connaissent les livres politiques de Noam Chomsky y trouveront ici un ouvrage plus léger et plus romancé, mais moins exhaustif.

 

http://mises.org/daily/2416

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