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Archive for 1 février 2010

« Confessions of an economic hit man. », par John Perkins, 2004, 277 pages (New York Times bestseller).

Ce livre se veut une sorte d’auto-biographie dans laquelle l’auteur, qui se décrit comme un « economic hit man » ou EHM, nous raconte comment il a participé à l’établissement de ce qu’il nomme la « corporatocratie » et à l’expansion de l’impérialisme américain. M. Perkins a oeuvré au sein de la firme d’ingénierie Chas. T. Main dans les années 1970s.

Un EHM est un économiste professionnel dont le modus operandi se résume comme suit:

  1. Il cible un pays émergent en manque d’infrastructure et/ou qui possède des ressources naturelles inexploitées, où le potentiel de croissance est élevé, où l’État est autocratique et où les politiciens sont corrompus et/ou corruptibles.
  2. Il émet des prévisions de croissance économique surévaluées de façon à convaincre les dirigeants de ce pays des bienfaits potentiels de projets d’infrastructures proposés par sa firme.
  3. Ces prévisions économiques sont utilisées pour justifier des emprunts importants auprès de la  World Bank, de USAID ou autres institutions, pour financer lesdites infrastructures.
  4. Ces projets permettent à une poignées de corporations d’empocher d’importants contrats et permet aussi à l’élite dirigeante du pays en question d’obtenir d’importants avantages pécuniers (pot-de-vins) et politiques (soutien de la communauté internationale).
  5. La non-réalisation des prévisions économiques surévaluées fait souvent en sorte que les prêts ne peuvent être remboursés, ce qui permet aux créanciers d’exercer un contrôle important sur la politique du pays en question, à l’avantage de la corporatocratie.
  6. Lorsque les dirigeants politiques refusent de collaborer, les conséquences sont souvent très sévères. La première étape est l’envoi de « chacals », dont le résultat est souvent un assassinat et/ou un coup d’État. Perkins donne en exemple Mossadegh (père) en Iran, Roldós en Équateur, Torrijos au Panama et même Chavez au Vénézuela (2002).  Lorsque les chacals ne réussisent pas, c’est l’invasion sous de faux prétextes qui est utilisée (Panama, Bosnie, Afghanistan, Iraq, etc).

Selon Perkins, les trois pilliers de la corporatocratie sont 1) les grosses entreprises, 2) les banques internationales et 3) les gouvernements corrompus. J’ajouterais que la corporatocratie aurait beaucoup de difficulté à opérer sans 4) l’existence d’une monnaie fiduciaire (créée à partie de rien pour financer les prêts) ainsi que 5) la présence du complexe militaro-industriel américain. Ces cinqs éléments sont la clé de l’impérialisme américain.

Bien que sa description from the inside de l’impérialisme américain soit fort intéressante et juste, les solutions proposées par Perkins sont plutôt boiteuses. Dans la conclusion de son livre, il nous propose notamment de consommer moins, surtout du pétrole. Le reste est du pelletage de nuage. Son épilogue est cependant plus mordant; étant presque un appel à la révolution.

En fait, Perkins fait erreur, comme beaucoup de gens d’ailleurs, lorsqu’il confond corporatocratie et capitalisme. Comme le mentionne Christopher Westley dans un article paru sur Mises, l’ouverture d’une usine de Nike dans un pays du tier-monde n’est pas la même chose que l’attribution d’un lucratif contrat à Halliburton en Irak. L’usine de Nike permet à des travailleurs libres d’avoir un emploi et de mettre de la nourriture sur leur table sans avoir à se prostituer ou à fouiller dans un dépotoir. Jusqu’à preuve du contraire, Nike leur fournit la meilleure opportunité à leur disposition. Halliburton quant à elle, dont Dick Cheney (ancien secrétaire à la défense et vice-président américain) est un actionnaire majeur ainsi que ancien PDG, obtient des contrats en Irak suite à ce que l’armée américaine ait envahi ce pays et remplacé sont gouvernement par des pantins dont les ficelles s’étendent jusqu’à Washington. Rien à voir avec le libre-marché, bien au contraire!!

Ceci étant dit, le livre est une façon divertissante de comprendre les rouages de la corporatocratie qui régit le pays le plus puissant du monde.  Cet ouvrage a élargi et approfondi ma vision de ce sujet. Ceux qui connaissent les livres politiques de Noam Chomsky y trouveront ici un ouvrage plus léger et plus romancé, mais moins exhaustif.

 

http://mises.org/daily/2416

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