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Archive for décembre 2009

Pour voir la partie 1, cliquez ici.
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3.1 La grève de 2002 – 2003.

Le 2 décembre 2002 a marqué le début d’une grève de deux mois visant à éjecter Chavez du pouvoir, menée par les syndiqués, les hommes d’affaires et les employés de PDVSA. Des pénuries de pétrole sont rapidement apparues. PDVSA a eu recours à des briseurs de grève, des sans-emploi et des ingénieurs et techniciens de l’étranger pour faire fonctionner l’entreprise. En mars 2003, Chavez a alors renvoyé la direction de PDVSA ainsi que 18,000 de ses employés. La cour a jugé ces renvois illégaux, mais le jugement n’a jamais été pris en compte. Le problème est que parmi ces 18,000 employés figurait d’excellents ingénieurs et techniciens qui ont dû quitter le Vénézuela pour trouver du travail; une lourde perte pour PDVSA.

 3.2 Élections et référendums

En Novembre 2003, une pétition de 3.6 millions de signatures demandant la destitution de Chavez a été présentée au Conseil National des Élections. La pétition a été initialement invalidée et saisie par le gouvernement, qui s’est mis à renvoyer tous les employés du gouvernement qui avaient signé (Tascon list). Huit soldats ont d’ailleurs été brûlés vifs au lance-flammes par leurs compatriotes parce qu’ils avaient signé la pétition, sans qu’aucune enquête ne soit menée. Des démarches subséquentes ont permis de valider 2.4 millions de signatures, ce qui selon la constitution, permettait de justifier un référendum qui se tiendra le 15 août 2004. Chavez remporta ce référendum avec 59% des votes.

D’autres élections présidentielles furent tenues en décembre 2006, que Chavez remporta à 63%. Il déclara alors que le pays prendra dorénavant un tournant plus radical vers le socialisme. Le moins qu’on puisse dire est que Chavez a tenu cette promesse!

En 2007, Chavez déclenche un référendum visant à modifier la constitution proposant entre autres de retirer les limites de mandats. Il pourrait ainsi se faire réélire indéfiniment. Le Général Baduel, un co-fondateur du mouvement MBR-200 avec Chavez, se dissocie de Chavez et condamne ses actions anti-démocratiques. Il proclame dans un Op-Ed du New-York Times que le socialisme ne figurait pas dans la philosophie bolivarienne et que Chavez a fait bien peu pour les pauvres, outre leur distribuer des « cadeaux pétroliers » pour acheter leurs votes. Les propositions sont rejetées par la population à 51%, mais Chavez organise un autre référendum en 2009 sur la question des limites de mandats et l’emporte cette fois-ci. Plusieurs considèrent que le pays est en route vers une dictature socialiste à la Fidel Castro. 

3.3 Nationalisations et expropriations

En 2001, Chavez a passé une loi lui permettant d’exproprier et saisir des terres. En 10 ans, son gouvernement aurait saisi environ 2.5 millions d’hectares.

En janvier 2007, Chavez a annoncé la nationalisation des compagnies de télécommunications et d’électricité. Depuis ce temps, le pays a connu six « blackouts » nationaux, en raison du fait que l’État n’investit pas suffisamment pour maintenir les actifs opérationnels et accroître la production, alors qu’il maintient les tarifs gelés, ce qui stimule la consommation.

En août 2008, Chavez a annoncé la nationalisation de Banco de Venezuela, une division de l’espagnole Banco Santander et l’une des plus grosses institutions financières du pays. En novembre dernier, Chavez a saisi quatre banques privées parce qu’elles n’étaient pas en « conformité avec la loi ». Chavez a continué de menacer les banques privées, mentionnant qu’il les nationaliserait si celles-ci refusaient de faire des prêts aux pauvres. Il en a d’ailleurs saisi trois autres en décembre pour des raisons obscures. L’hebdomadaire The Economist suggérait que c’est parce que le gouvernement devait de l’argent à ces banques.

En mai 2007, Chavez exige que PDVSA ait une participation d’au moins 60% dans tous les projets des compagnies pétrolières étrangères. La plupart des compagnies ont accepté les termes, excepté Exxon-Mobil et Conoco-Phillips. En février 2008, Exxon a obtenu une injonction de la cour britannique faisant en sorte de geler $12 milliards d’actifs de PDVSA. L’affaire n’est toujours pas réglée. 

En janvier 2009, faisant face à une chute des prix et de la production de pétrole, l’administration Chavez a recommencé à solliciter les compagnies pétrolières (Chevron, Royal Dutch/Shell et Total) pour qu’elles investissent au Vénézuela. La réalité est que PDVSA est une entreprise inefficace et qu’elle ne peut être rentable lorsque le prix du baril baisse à un certain niveau. Chavez ne peut donc pas se passer de l’expertise étrangère s’il veut maintenir son État-providence et sa réforme socialiste.

En mai 2009, le gouvernement a saisi les actifs de 74 entreprises oeuvrant dans les services pétroliers. Ces entreprises, dont l’expertise est indispensable pour PDVSA, menaçaient de suspendre leurs opérations car PDVSA leur devrait une somme de $12 milliards en facture impayées. Des 10,000 employés oeuvrant au sein de ces entreprises, Chavez a declaré que 8,000 pourraient garder leur emploi auprès de PDVSA (en commençant par ceux qui supportent le parti de Chavez).

Sous Chavez, les revenus de PDVSA ont été dilapidés en programmes sociaux, ce qui a laissé bien peu pour l’investissement. De plus, le pays a perdu beaucoup de travailleurs compétents au fil du temps suite aux grèves et aux expropriations. Le résultat est que la production de PDVSA est en chute libre.

  

3.4 – Relation avec Castro

Le Vénézuela a toujours été une plateforme de choix pour l’exportation de la révolution communiste de Fidel Castro, en raison de ses importantes ressources naturelles. C’est pourquoi Castro a longtemps supporté les guérillas FALN oeuvrant au Vénézuela et a même déjà supporté un coup d’État visant à éjecter le président en place au Vénézuela.

Dans les années 1990s, Luis Miquilena (le stratège politique derrière Chavez) a emmené Chavez à Cuba, où Castro l’attendait à bras ouverts. Une relation très solide est alors née entre les deux leaders, qui se sont rencontrés et téléphonés très régulièrement au cours de la dernière décennie.

L’année où Chavez est arrivé au pouvoir en 1999, marqua la fin des subventions russes à Cuba. Le Vénézuela a alors remplacé la Russie comme supporteur de Cuba, y expédiant environ $2.5 milliards en pétrole par année, ce qui permet au régime de Castro de subsister. En échange, Chavez bénéficie de l’expertise de Castro à mener à bien une révolution socialiste.

Ainsi, ce que Castro a toujours voulu obtenir par les armes lui a carrément été livré sur un plateau d’argent par l’électorat vénézuelien!

 

3.5 – Les Boligarques

Le régime de Hugo Chavez a fait naître une nouvelle classe de riches hommes d’affaires : les Boligarques, nommés ainsi en raison de leurs similarités avec les oligarques russes et en référence à la révolution bolivarienne de Chavez. Ces individus sont devenus milliardaires en raison de leurs liaisons avec l’administration Chavez et l’obtention d’importants contrats gouvernementaux.

Il y a entre autres le président de Banco Real, Arne Chacon, le frère de Jesse Chacon qui a participé au coup de 1992 aux côtés de Chavez et qui a été nommé ministre de la science par la suite. La banque avait bénéficié d’une généreuses part de dépôts du gouvernement.

Il y a aussi Ricardo Fernandez Barrueco, qui s’est enrichi en bénéficiant d’un monopole de l’État sur les importations de nourriture dans les supermarchés du gouvernement et a fondé une banque qui aussi bénéficié des dépôts du gouvernement. Barrueco avait forgé ses liens avec le gouvernement durant la grève de 2002, alors qu’il avait maintenu l’approvisionnement des épiceries gouvernementales malgré la grève générale.

Et que dire de Wilmer Ruperti, dont l’entreprise a importé de l’essence de Russie durant la grève de 2002, permettant à l’économie de passer au travers du conflit. Chavez l’a décoré de la médaille de Carabobo et lui a assuré un quasi-monopole pour le transport maritime de pétrole de PDVSA, ce qui en a fait l’un des hommes les plus riches du pays.

La montée de ces magnats, qui se promènent en Hummer et mangent dans les meilleurs restaurants de Caracas, est devenue un problème de relations publiques pour Chavez. La population pauvre, l’électorat de Chavez, est frustré par la montée de cette « boli-bourgeoisie ». Il a récemment entrepris de « purger » le pays de ces nouveaux-riches en les arrêtant pour diverses raisons. En effet, Barrueco et Chacon ont récemment été arrêtés par la DISIP.

 À suivre…

La partie 4 de ce dossier dressera un bilan des 10 ans du régime de Chavez au niveau de l’économie, de la pauvreté, de la criminalité, de la corruption et des droits humains.

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Pour voir la partie 1, cliquez ici.

2.1 – La première élection de Chavez

Suite à son coup manqué, Chavez a été emprisonné et Perez est demeuré au pouvoir, mais le coup de grâce pour Perez a été sa comparution pour corruption et détournement de fonds publics, pour laquelle il a été condamné en 1994 à 2 ans de prison. Il s’est par la suite exilé à Miami.

C’est aussi en 1994 que le président Caldera accorde son pardon à Hugo Chavez, qui est alors libéré et entame son accession au pouvoir, par la démocratie cette fois. Il bénéficie de l’aide de Luis Miquilena, le stratège politique derrière l’ascension au pouvoir de Chavez. Ce dernier lui a enseigné à faire de la politique et a forgé des alliances avec les autres partis de l’extrême-gauche permettant au MVR de prendre le pouvoir. Notez que Miquilena a par la suite été surnommé Dr. Frankenstein, ayant perdu le contrôle du monstre qu’il avait créé…

Chavez a été élu en 1998, avec une récolte de 56% des votes, alors que le taux de participation à l’élection a été le plus bas de l’histoire du pays. Le peuple, dégoûté par la corruption de l’administration précédente, a cédé au populisme et aux belles promesses de la révolution bolivarienne de Chavez, dont les détails étaient cependant nébuleux à l’époque. Chavez promettait de combattre la maladie, la malnutrition, la pauvreté et l’illettrisme, et il usait abondamment de la religion et des idées marxistes pour habilement convaincre son auditoire. La stratégie de Miquilena était simple et efficace : utiliser l’argent du pétrole pour s’acheter la plus grosse clientèle électorale du pays : les pauvres, qui représentaient plus de 50% de la population.

Dès son élection, Chavez a nommé des chavistas (supporteurs du régime de Chavez) à toutes les positions clés du gouvernement et de l’armée, incluant tous les juges de la cour suprême. Il avait donc l’appui des fonctionnaires, des militaires (au sein desquels il avait œuvré) et des pauvres (classe dont il était issu et à qui il promettait la lune). Plusieurs chavistas font partie de groupes appelés Cercles Bolivariens, formés sur l’initiative de Chavez, dont la plupart sont des groupes d’actions communautaires, mais dont certains sont des milices armées et entraînées. Il est d’ailleurs connu que Chavez supporte les guérillas FARC de Colombie en échange de l’entraînement prodigué par ceux-ci aux milices bolivariennes.

 2.2 – Chavez et les médias

Après son élection, Chavez a convertit VTV (la chaîne nationale) en une véritable infopub pour sa révolution visant à endoctriner la population à sa cause. Il y tient notamment sa propre émission, Alo Presidente, tous les dimanches, durant laquelle il vante les mérites de la révolution, de Simon Bolivar et de Jésus. Quant aux autres stations de télé privées, il leur impose régulièrement des cadenas, c’est-à-dire des messages présidentiels qu’ils n’ont pas le choix de diffuser gratuitement. Durant les deux jours précédant la marche du 11 avril 2002, Chavez a imposé 35 cadenas, mobilisant 15 heures de diffusion. Il est difficile de rentabiliser une station de télé lorsqu’on vous pille plus de la moitié de votre temps d’antenne…

Récriminant la critique provenant des journalistes, Chavez fait passer une loi en juin 2001 lui permettant de fermer des stations de télé et de radio comme bon lui semble. En raison de ces actions (et pour d’autres raisons), les médias entretiennent une relation tumultueuse avec Chavez et deviennent excessivement cinglants à son égard, au point d’en perdre leur objectivité. Ceux-ci dénoncent avec exagération les largesses de l’administration Chavez et ne mettent l’emphase que sur les éléments négatifs de ses actions, ce qui est peu surprenant étant donné que plusieurs de ces médias étaient la propriété de riches hommes d’affaires opposés à Chavez.

En 2005, Chavez a créé la chaîne Telesur, une sorte de Al-Jazeera venezuelien. En 2007, Chavez a retiré la licence de diffusion de RCTV, l’une des plus importantes stations privées, ce qui a été dénoncé par la communauté internationale comme une grave atteinte à la liberté d’expression. En juillet 2009, Chavez a établi une loi permettant d’emprisonner jusqu’à 4 ans quiconque utilise les médias pour diffuser une fausse information qui nuit aux intérêts de l’État (ce qu’il interprètera de façon très large évidemment). En août 2009, il a décrété la fermeture de 34 stations de radio sous le prétexte qu’elles n’étaient pas en règle.

 2.3 – Les autres opposants à Chavez

Les autres escualidos (opposants à Chavez) sont évidemment les membres de la communauté des affaires, qui se méfient de son agenda socialiste, mais aussi les syndicats, menés par un dénommé Carlos Ortega, chef de la puissante centrale syndicale CTV. L’Église s’oppose aussi à Chavez. De plus, au fil du temps, les mères de familles ont été choquées de constater que les manuels scolaires de leurs enfants, imposés par Chavez, étaient bourrés de propagande révolutionnaire et communiste. Elles ont été parmis les premières à se soulever contre Chavez pour cette raison.

 2.4 – Les événements du 11 avril 2002

En novembre 2001, Chavez a utilisé le prétexte de la « crise nationale » pour instaurer 49 lois par décret. Ces lois lui donnaient plus de pouvoir et lui permettaient de faire un grand pas vers sa révolution. La loi la plus choquante était sans doute celle concernant les terres; lui permettant d’exproprier des terres pour les donner à des pauvres et, éventuellement, à des chavistas en guise de récompense. Cet épisode a engendré la plus grosse grève de l’histoire du pays, paralysant 90% de l’économie.

En mars 2002, Chavez s’attaque à la compagnie pétrolière nationale, PDVSA, qu’il désire contrôler pour mieux financer sa révolution. Il renvoie tous les membres du conseil d’administration pour les remplacer par des chavistas. Il renvoie aussi des dizaines d’employés qu’il juge escualidos. La population en a assez et déclenche une grève nationale, qui culmine le 11 avril 2002 par une gigantesque marche. Tous les partis politiques (sauf le MVR) sont présents incluant les socialistes / communistes (Bandera Roja, MAS) et les partis plus à droite (Action Democratica, COPEI, Primero Justicia). Le taux d’approbation de Chavez, qui était auparavant de 80%, était alors descendu à 30%.

 À l’approche du palais présidentiel (Miraflores), les marcheurs essuient des coup de feu provenant des membres des cercles bolivariens. La police de Caracas s’interpose entre les deux groupes utilisant des gaz lacrymogènes. Le président Chavez ordonne l’exécution du plan Avila, ce qui implique que l’armée utiliserait la force contre la population pour arrêter une manifestation pacifique.

Les principaux généraux de Chavez refusent d’appliquer le plan Avila (qui avait fait tant de civils morts durant la Caracazo de 1989) et ne reconnaissent plus Chavez comme président, tout comme son mentor Luis Miquilena, qui fait une sortie médiatique dénonçant ses agissements.

Chavez finit par se rendre et est transporté dans une base militaire. En échange de la signature de sa lettre de démission, il serait déporté à Cuba, mais suivant les conseils de son ami Fidel Castro, Chavez refuse de signer. Entre-temps, le Dr. Pedro Carmona, à la tête de la Fedecamaras (la fédération des chambres de commerce), est nommé président par intérim. Ce dernier réunit son nouveau cabinet au Miraflores, où il énonce une série de décrets :

 Annulation des 49 décrets de Chavez.

Dissolution de l’Assemblée Nationale.

Remplacement de tous les gouverneurs d’états.

Élimination du procureur général, de la cour suprême, du bureau de la protection du citoyen et du conseil des élections nationales.

Révocation de la constitution de 1999 (retour à celle de 1958).

Plusieurs jugent que le gouvernement par intérim a été trop loin, jugeant les décrets anti-démocratiques; Carmona perd le soutien des généraux militaires, de Carlos Ortega, le chef du syndicat CTV, ainsi que de 19 présidents de pays latino-américains. Par la suite, la garde nationale reprit le contrôle de Miraflores et Chavez fit un retour triomphal.

Chavez a utilisé ces événements comme prétexte pour mieux asseoir sa main-mise sur le pays. Il a notamment pris le contrôle de la Cour Suprême, faisant passer le nombre de juges de 20 à 32 (les 12 juges ajoutés sont des chavistas). Finalement, Chavez a fait de Carmona la figure de proue du coup, qu’il a décrit comme une tentative des hommes d’affaires de s’approprier la richesse pétrolière du pays (même si les hommes d’affaires ne représentaient qu’une petite portion de l’opposition).

Pour une chronologie complète des événements, voir ceci.

 À suivre en 2010…

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L’Ontario pourrait suivre l’exemple du Nouveau-Brunswick

Le gouvernement libéral du premier ministre Dalton McGuinty a récemment mandaté CIBC Marchés des capitaux et Goldman Sachs pour qu’elles établissent un plan de privatisation des agences gouvernementales, selon des sources du secteur bancaire. Les sociétés qui pourraient être vendues comprennent : Hydro One, la Société des loteries et des jeux de l’Ontario, la LCBO (équivalent de la SAQ) et la Ontario Power Generation. Les délais de l’étude initiale seraient relativement courts. Dans quelques mois, le gouvernement devrait être en mesure de décider s’il va de l’avant avec une ou plusieurs ventes. Ainsi, l’Ontario suivrait l’exemple du Nouveau-Brunswick et utiliserait les sommes amassées pour rembourser de la dette.

Hydro-Québec paierait trop cher pour Énergie N.-B.?

Dans le même ordre d’idées et contrairement à ce que je vous avais indiqué ici, il semblerait qu’Hydro-Québec paie trop cher pour les actifs qu’elle achèterait de Énergie N.-B. Mon petit calcul était basé sur la valeur de la capacité de production et de transmission de ces actifs. Cependant, comme la transaction implique que Hydro-Québec consentirait des diminutions de tarifs significatives aux consommateurs du Nouveau-Brunswick, il serait préférable de se baser sur les profits pour évaluer la transaction. C’est ce qu’a fait Claude Garcia et il en arrive à la conclusion qu’Hydro-Québec paie près du double de la valeur intrinsèque de ces actifs. Eh bien…

Trop tard pour le Métro de Montréal?

Comme je le mentionnais ici, les négotiacions entre le consortium (voire monopole) Bombardier/Alsom et la STM concernant les nouveaux wagons du métro sont embourbées. Depuis que les deux sociétés se sont alliées, le prix a beaucoup grimpé. Il semblerait que les voitures du métro coûteraient trois fois plus cher que celles que Bombardier a produites pour le métro de Chicago…

L’entreprise Chinoise Zhuzhou Electric est maintenant prête à soumissionner pour le contrat et selon son représentant, la STM pourrait économiser au moins $500 million en la choisissant. Cependant, la réponse d’Odile Paradis, porte-parole de la STM, a simplement été « il est trop tard pour soumissionner ». Merci de veiller aux intérêts de vos citoyens chers dirigeants de la STM. La prochaine hausse de tarif qui servira à couvrir ce $500 million sera sûrement très appréciée par les usagers, incluant beaucoup des gens à faible revenu, d’étudiants et de personnes âgées.

Un jugement favorable pour la Caisse

Faisant suite au premier billet que j’ai publié sur ce blogue, nous apprenions cette semaine que la cour d’appel de Londres a tranché en faveur de British Airport Authority (dont la Caisse détient 21%), qui n’aura donc pas à vendre des aéroports pour réduire sa part de marché. La perte que nous subirons sur ce mauvais investissement de la Caisse sera donc beaucoup moins grande. Il reste à voir si tout cela aura un impact sur la transaction déjà annoncée pour vendre l’aéroport Gatwick. Toute cette histoire est néanmoins un fiasco monumental.

Prix du champagne à la SAQ

Pendant que partout sur la planète les prix du champagne sont en forte baisse (10% à 50%), les prix au Québec et en Ontario ne bouge pas d’un cent. C’est ce que nous apprenait le journal Les Affaires la semaine dernière. Comme la SAQ et la LCBO ont le monopole, pourquoi baisser les prix? Il y a fort à parier que la même situation prévaut sur la plupart des produits offerts par ces fraudeurs.

Hydro-Québec continue de gaspiller notre argent à Bécancour

En 2006, dans un élan de stupidité, Hydro-Québec a signé un contrat de 20 ans avec TransCanada Énergie pour l’approvisionnement de son usine d’électricité au gaz naturel, mais dès 2007, Hydro-Québec a demandé à TransCanada de stopper la production étant donné le surplus d’électricité du Québec. En guise de dédommagement, Hydro-Québec  doit verser $150 millions par année à TransCanada. Avec la récession, la demande d’électricité dans le marché du Nord-Est américain a fortement diminué, ce qui pourrait faire en sorte que la situation pourrait se poursuivre pendant encore 10 ans. Ce sera donc une somme totale d’environ $1.5 milliards que nous perdrons en raison de l’incompétence de notre société d’État.

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La gauche a une vision du capitalisme qui se résume à ce que les riches bourgeois ont le capital qu’ils utilisent pour faire du profit et exploiter le travail des prolétaires. Ils ne comprennent évidemment pas l’importance de la notion de profit dans l’économie (j’en discuterai dans un billet ultérieur), mais je ne comprend pas ce qu’ils entendent par exploitation. Je n’ai vraisemblablement pas la même définition qu’eux; est-ce mon dictionnaire qui est erroné? Voyons ce qu’en dit le Larousse:

exploitation,  nom féminin (de exploiter)

  1. Action de mettre en valeur quelque chose en vue d’en tirer un profit : L’exploitation d’un sol, d’un cinéma.
  2. Action d’assurer la production d’une matière, d’un minerai, d’un produit, etc. : Exploitation d’une mine, d’un puits de pétrole.
  3. Lieu où l’on met en œuvre les moyens matériels nécessaires à la production : Être à la tête d’une petite exploitation.
  4. Mise à profit méthodique de quelque chose : Exploitation du succès.
  5. Action de tirer un profit abusif de quelqu’un ou de quelque chose: l’exploitation de l’homme par l’homme.
  6. Militaire: Phase du combat offensif, visant à tirer un parti maximal de la réussite d’une attaque.

La définition à laquelle les gauchistes réfèrent est probablement la définition numéro 5. Le capitalisme implique-t-il l’exploitation de l’homme par l’homme ou par l’entreprise privée? Est-ce que l’État devrait prendre plus de place pour contrer le capitalisme? Examinons la question en comparant ma relation avec mon employeur et celle que j’ai avec l’État.

Ma relation avec mon employeur:

Ma relation avec mon employeur actuel a débuté lorsque, de mon plein gré, j’ai décidé de me trouver un travail. J’ai librement décidé de poser ma candiature pour le poste et me suis rendu à l’entrevue . J’ai ensuite librement choisi d’accepter le poste, suite à ce que mon employeur ait librement décidé d’accepter ma candidature, et c’est sans aucune contrainte que j’ai signé mon contrat de travail. Si je le voulais, je pourrais librement démissionner pour aller travailler ailleurs ou ne plus travailement tout simplement.

Le salaire que je reçois ne m’est pas imposé, il est déterminé librement, en fonction du marché. Sa borne inférieure est le salaire que je pourrais recevoir en offrant mon travail à un autre employeur, en effectuant un autre travail ou en ne travaillant pas. Sa borne supérieure est le salaire qui ferait en sorte que ma productivité soit inférieure à ce salaire. Autrement dit, l’employeur pourrait me remplacer par quelqu’un qui produit autant à un salaire inférieur ou qui produit plus pour le même salaire. De plus, une portion significative de mon salaire est relié à ma performance, ce qui m’incite à maximiser la valeur de mon travail.

Ma relation avec mon employeur est donc basée sur la liberté. Est-ce que mon employeur m’exploite? Oui, mais plutôt selon la définition numéro 1. Le désir de mériter un salaire m’incite à mettre mes compétences, mon ardeur et mon temps à la disposition de mon employeur, qui lui met ces éléments en valeur pour en tirer profit et les mettre au bénéfice de la société en les plaçant au coeur du processus de création de richesse qu’est l’entreprise. Il m’apparaît clair que mes compétences, mon ardeur et mon temps auraient une valeur significativement moins élevées en-dehors de ce processus, probablement beaucoup moins élevée que le salaire que je reçois présentement. C’est donc une relation gagnant-gagnant.

Est-ce que les mots librement, de mon plein gré et sans aucune contrainte vous font penser à la définition numéro 5 du mot exploitation? Pas moi.

Ma relation avec l’État:

L’État me force à économiser une portion de mon salaire. Non seulement il décide du montant, il me force en plus à placer l’argent auprès du gestionnaire de son choix (la Caisse). Je n’ai évidemment pas mon mot à dire sur la façon dont cet argent est investi.

L’État me force à me procurer une assurance couvrant la plupart des soins de santé dont je pourrais avoir de besoin. Il en fixe le coût et m’oblige à faire affaire avec son monopole d’État, la RAMQ. L’État a d’ailleurs le monopole sur la plupart des soins de santé, ce qui me contraint à faire affaires avec lui.

Si je désire me procurer un véhicule, l’État m’oblige à me procurer une assurance pour les dommages corporels. Il en fixe le coût et me force à la prendre auprès de son monopole d’État, la SAAQ.

En dernier lieu, pour chaque dollar de salaire que je reçois pour mon travail, l’État me force à lui verser environ la moitié en impôts, ce qui fait de moi un demi-esclave. Et pour presque chaque bien ou service que je me procure avec le fruit de mon travail, l’État me subtilise un montant d’argent. L’État utilise donc la force pour me prendre une bonne partie de l’argent que je gagne à la « sueur de mon front » pour financer ses activités; n’est-ce pas de l’exploitation de l’homme par l’homme? À ce niveau, n’est-ce pas une exploitation abusive de surcroît?

Est-ce que les mots forcer, obliger, contraindre et subtiliser sont plus en accord avec la définition numéro 5 du mot exploitation que ceux que j’ai utilisés en décrivant ma relation avec mon employeur?

Conclusion

En conclusion, l’État ne produit rien, tout son argent doit être subtilisé à ceux qui produisent. Pour subsister et maintenir son hégémonie sur la société, l’État doit utiliser la force pour nous subtiliser de l’argent qui nous a librement été versé en échange de notre travail. Ce n’est rien d’autre que de l’exploitation. Donc lorsqu’un blogeur gauchiste me parle d’exploitation abusive de l’homme par l’homme, la vision qui me vient en tête est davantage celle de l’étatisme que celle du capitalisme. Et chaque fois que l’État accroît son pouvoir, c’est au détriment des libertés individuelles.

Le plus hypocrite dans ce système étatique est que l’État nous donne l’illusion que nous sommes en contrôle de la situation par un mécanisme appelé démocratie; mais en fait, tout ce que nous décidons est celui qui sera à la tête de cette gigantesque machine d’exploitation humaine qu’est l’État.

En terminant, je vous suggère de lire cet excellent article de George Reisman publié sur le Mises Institute. En voici un extrait en lien avec le sujet du présent billet:

As stated, it is a view that sees the role of businessmen and capitalists as comparable to that of slave owners, despite the fact that businessmen and capitalists do not and cannot employ guns, whips, or chains to find and keep their workers but only the offer of better wages and conditions than those workers can find elsewhere.

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1.1 – Le premier mandat de Perez

Suite à la crise pétrolière de 1973, les prix élevés du pétrole ont fait en sorte d’enrichir considérablement le Vénézuela, qu’on surnommait à l’époque Petite Arabie Saoudite. Le taux de change était alors de 4 Bolivars pour 1 Dollar (en 2001 il était de 700 pour 1 et aujourd’hui il est de 2,150 pour 1).

Mais durant les années 1980s, les choses ont commencé à tourner au vinaigre. L’État s’est mis à gaspiller les fonds publics dans des projets douteux. La corruption était grandissante. L’inflation était élevée et le pays s’est excessivement endetté. Les crimes violents étaient aussi en hausse.

Durant sa jeunesse, Chavez joint l’armée et et se fait des amis parmis les guérilleros, notamment Douglas Bravo. Il devient éventuellement instructeur, ce qui lui permet de « recruter » des révolutionnaires parmis les cadets, qu’il endoctrine à son idéologie. Bien qu’il ait fondé son mouvement révolutionnaire bolivarien (MBR-200 qui deviendra MVR) en 1983, ce n’est qu’en 1992 que Chavez se manifeste pour la première fois sur la scène politique en tenant de renverser le gouvernement de Carlos Andres Perez par un coup d’État.

Perez représentait le parti Action Démocratique, que beaucoup de gens considèrent, à tort, comme un parti de droite. Perez a certainement paru plus à droite relativement aux valeurs communistes de Chavez, mais son parti était plutôt de centre-gauche (social-démocrate, un peu plus à gauche que le Parti Québécois par exemple).

Le premier mandat de Perez (1974-1979) a été plutôt positif. Il a mené un gouvernement que l’on qualifiait de « progressiste » à travers le boum pétrolier. Il a grandement investi dans les infrastructures, il a instauré un système d’aide-sociale et d’éducation gratuite (l’illettrisme a chuté de 23% à 7% durant les années 1970s), il a nationalisé les industries du pétrole et de l’acier, il a investi dans des projets étatiques d’alumineries et d’hydroélectricité. Il est apparu comme un protecteur de l’environnement et un promoteur du développement durable, ce qui lui a valu le prix Earth Care en 1975, une première pour un dirigeant d’Amérique Latine. Plutôt gauchiste comme programme, vous en conviendrez.

 1.2 – Campins et Lusinchi

Des allégations de corruption ont cependant affecté l’image de Perez vers la fin de la décennie, et il a perdu le pouvoir aux mains d’un parti socialiste mené par Luis Herrera Campins. Ce dernier s’est plaint d’avoir hérité d’un pays hyper-endetté, mais a cependant continué à l’endetter pour financer ses programmes collectivistes. Il a d’ailleurs été le précurseur de Chavez en ce qui a trait à sa politique de pétrole-diplomatique, en garantissant des approvisionnements en pétrole à plusieurs pays des Caraïbes. Il a mené le pays à une crise économique, au chômage et à la pauvreté.

 Campins a été suivi par un autre président de l’Action Démocratique, Jaime Lusinchi. Le début de son mandat a été plutôt positif. Il a remis la situation financière du pays sur les rails en entreprenant le remboursement de sa dette, aidé par le prix élevé du pétrole. Cependant, devant la baisse du prix du pétrole à la fin des années 1980s, la fin de son mandat a pris un virage populiste et il a abandonné sa discipline budgétaire, plongeant à nouveau le pays dans la précarité financière.

 1.3 – Deuxième mandat de Perez : Caracazo.

C’est dans ce contexte que Carlos Andres Perez a repris le pouvoir et a dû, contre son gré, accepter les conditions du Fonds Monétaire International en échange d’une aide financière de US$4.5 milliards. Perez fustigeait le FMI étant donné les exigences reliées à cet argent (le Consensus de Washington).

Les recommandations du Consensus de Washington étaient essentiellement positives et consistaient notamment à assurer la discipline budgétaire, à stopper les subventions et à rediriger l’argent vers les programmes de santé et d’éducation, à promouvoir le commerce international, à privatiser les entreprises d’État, à assurer la protection de la propriété privée et à diverses dérèglementations visant à promouvoir la concurrence. Le principal problème du Washington Consensus est qu’il a été beaucoup trop brusque. Lorsqu’on libéralise drastiquement des pays quasi-communistes menés par des dirigeants populistes voire dictatoriaux et des fonctionnaires corrompus, il n’est pas surprenant que cela mène à des crises. Des réformes graduelles adaptées aux réalités des différents pays impliqués auraient beaucoup mieux fonctionné.

 Cependant, dans le cas du Vénézuela, la provision qui a soulevé les protestations du peuple a été la libéralisation du prix de l’essence, qui était maintenu artificiellement bas (comme nous le faisons avec notre électricité). Cette situation a mené à la fameuse Caracazo, une immense vague de protestations et d’émeutes survenue en février 1989. L’armée est intervenue sous la loi martiale (suivant le Plan Avila), faisant, selon certaines estimations, jusqu’à 3,000 morts chez les civils.

 1.4 – Le coup manqué de 1992

Ce sont ces événements qui ont probablement poussé Hugo Chavez a préparer son coup d’État de 1992, sans succès. Le président Perez a réussi à lui échapper et son soulèvement a été maîtrisé.

Mais contre toute attente et malgré le fait qu’il se soit attaqué à un président démocratiquement élu, Chavez s’est attiré la sympathie du public suite à ce coup d’état manqué. Son fameux discours télévisé (surnommé Por Ahora) demandant à ses acolytes de jeter les armes pour éviter davantage d’effusions de sang (le coup a quand même fait 14 morts et 130 blessés) l’a présenté comme un défenseur des pauvres et des démunis, notamment en raison de son teint foncé (prédominant chez les pauvres vénézuéliens alors que les riches ont le teint plus blanchâtre).

Àsuivre…

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“The Silence and the Scorpion, the coup against Chavez and the making of modern Venezuela”, Brian A. Nelson, 293 pages.

Je commence par vous annoncer que la première partie de mon dossier complet sur Hugo Chavez, qui comporte 4 parties, sera publiée demain (vendredi le 18 décembre, 2009).

Comme je l’ai vite constaté en faisant mes recherches sur Chavez, il est très difficile d’obtenir de l’information fiable et impartiale sur le sujet. La propagande et la désinformation véhiculée par les deux camps est prépondérante. Ce livre de Brian Nelson est donc très intéressant à ce niveau puisque l’auteur, un américain qui a étudié au Vénézuela, était jusqu’à tout récemment un supporteur de Chavez. Il voulait d’ailleurs écrire ce livre pour dénoncer les événements survenus en 2002, mais s’est vite rendu compte que sa vison des choses était erronnée. Les interviews qu’il a réussi à obtenir sont stupéfiantes; impliquant les acteurs les plus importants des deux camps. Il s’est notamment entretenu avec les généraux Uson, Rosendo et Vasquez Velasco, ainsi qu’avec Guillermo Garcia Ponce (un chavista radical).

Ainsi, le livre débute par une introduction sur la montée au pouvoir de Chavez, pour ensuite se concentrer sur son sujet principal: les événements entourant le 11 avril 2002. Le premier chapitre décrit la marche anti-Chavez réunissant des centaines de milliers de personnes. L’auteur nous raconte cette histoire comme si c’était un roman d’aventure, en utilisant la perspective de plusieurs manifestants qu’il a interviewés. Ses entretiens avec certains des plus importants généraux de Chavez nous donne aussi la perspective de l’intérieur du gouvernement, ce qui est fascinant. Les autres chapitres, plus courts, traitent de la chute de Chavez, de la nomination de Pedro Carmona comme président, du retour de Chavez et des événements subséquents.

En somme, c’est un excellent ouvrage que je recommande à tous ceux qui veulent en apprendre sur Hugo Chavez tout en étant divertis par une histoire sensationnelle. L’auteur est très bien renseigné, ayant d’excellent contacts, et présente une vision plutôt neutre et fiable des événements. Pour lui, il ne fait aucun doute que le comportement de Chavez à travers ces événements s’est avéré être une grave atteinte aux droits humains et démontrent bien le climat politique nauséabond qui règne présentement au Vénézuela.

Pour ceux qui ne compte pas lire le livre (ou même pour ceux qui le feront), voici un résumé des événements du 11 avril 2002, certainement la journée la plus marquante du règne de Chavez jusqu’à ce jour.

En novembre 2001, Chavez a utilisé le prétexte de la « crise nationale » pour instaurer 49 lois par décret. Ces lois lui donnaient plus de pouvoir et lui permettait de faire un grand pas vers sa révolution. La loi la plus choquante était sans doute celle concernant les terres; lui permettant d’exproprier des terres pour les donner à des pauvres et, éventuellement, à des chavistas en guise de récompense. Cet épisode a engendré la plus grosse grève de l’histoire du pays, paralysant 90% de l’économie.

En mars 2002, Chavez s’attaque à la compagnie pétrolière nationale, PDVSA, qu’il désire contrôler pour mieux financer sa révolution. Il renvoie tous les membres du conseil d’administration pour les remplacer par des chavistas (supporteurs de Chavez). Il renvoie aussi des dizaines d’employés qu’il juge escualidos (opposants à Chavez). La population en a assez et déclenche une grève nationale, qui culmine le 11 avril 2002 par une gigantesque marche. Tous les partis politiques (sauf le MVR) sont présents incluant les socialistes / communistes (Bandera Roja, MAS) et les partis plus à droite (Action Democratica, COPEI, Primero Justicia). Le taux d’approbation de Chavez, qui était auparavant de 80%, est maintenant à 30%.

  1. La marche devait se terminer devant les bureaux de PDVSA, mais les manifestants survoltés décident d’aller protester devant Miraflores, le palais présidentiel.
  2. Sous ordre du Commandement Tactique de la Révolution (Chavez), les membres des Cercles Bolivariens (groupes communautaires parfois armés formés par Chavez) entourent le Miraflores, armés de bâtons, de cocktails Molotov et de pistolets.
  3. Aussitôt arrivés à avenue Baralt, les marcheurs se mettent à recevoir des pierres et des cocktails Molotov de la part des chavistas, décidés à stopper la marche. Entre les deux groupes, la police de Caracas tente de calmer les choses en lançant des gaz lacrymogènes.
  4. Des coups-de-feu se mettent à retentir, atteignant les marcheurs et les journalistes (six journalistes ont été atteint durant l’après-midi). La police s’interpose entre les marcheurs et les chavistas et échange des coups de feu avec ces derniers. Les chavistas tirent sur les policiers et les marcheurs du haut du viaduc Llaguno.
  5. La Garde Nationale de Chavez n’intervient pas initialement, mais bloque les accès au Miraflores, canalisant la marche vers le viaduc Llaguno, où les chavistas armés attendent les marcheurs de pied ferme. Le journaliste Luis Fernandez, juché sur un toit, filme les chavistas en flagrant délit (voir image plus bas) et sera plus tard menacé par les chavistas. Il réussira tout de même à rejoindre sa station pour diffuser la vidéo.
  6. Pendant ce temps, craignant qu’un coup d’État soit réalisé, Chavez demande à l’armée d’utiliser la violence pour neutraliser une marche pourtant pacifique; c’est le plan Avila (qui avait fait tant de civils morts durant la Caracazo de 1989).

Concernant le plan Avila, Chavez craignait, avec raison qu’il y ait de la dissidence dans l’armée parce que des coparticipants du coup de 1992 ont obtenu des grades élevés dans l’armée grâce à Chavez, au détriment d’officiers plus méritants, ce qui a créé des tensions. De plus, l’attitude plus que tolérante de Chavez envers les guérilleros Colombien (FARC) opérant à l’intérieur du territoire Vénézuélien (il est d’ailleurs connu que Chavez utilise les fonds publics pour financer l’entraînement et les opérations du FARC), contribuait au mécontentement des militaires, dont la tache principale consistait jadis à lutter contre ces guérilleros (autrement dit, Chavez encourageait leurs ennemis!). Et comme Simon Bolivar, l’idole de Chavez, l’avait lui-même déclaré : « maudit soit le soldat qui pointe son arme vers son propre peuple », ce qui est devenu une sorte de devise pour les soldats, plusieurs officiers seraient réticents à appliquer le plan Avila, surtout après les événements tragiques de 1989 (Caracazo).

7. Le Général Rosendo refuse donc d’appliquer le plan Avila, qu’il juge inconstitutionnel. Les généraux Vasquez Velasco et Rincon (pourtant un loyal chavista) font de même. Chavez tente de lancer le plan Avila quand même, sans succès.

8. Le président met en onde un message présidentiel pré-enregistré, diffusé sur toutes les chaînes (cadenas). L’objectif principal de ce message est de monopoliser l’espace médiatique pour ne pas que la population puisse constater l’ampleur de la protestation et les mesures répressives utilisées contre elle.

9. Certaines chaînes divisent l’écran en deux et montrent en même temps des images choquantes en direct de la manifestation, qui contredisent le message du président, qui lui mentionne que tout va bien. Le président ordonne de couper le signal par câble des stations de télé, mais ces dernières continuent de diffuser par satellite.

10. Les médecins de l’hôpital Vargas, non loin du Miraflores, notent que plusieurs marcheurs ont été atteints par des balles de calibre 0.308, ne pouvant que provenir des armes de la Garde Nationale du président. Ces projectiles ont atteint l’arrière des jambes des marcheurs dans une trajectoire descendante, ce qui signifie que les marcheurs se sauvaient des tireurs.

11. Durant la soirée, des porte-parole du gouvernement déclarent avoir arrêté des tireurs d’élite affiliés au parti Bandera Roja, question de faire croire que l’opposition était à l’origine de la violence. Cette déclaration ne sera jamais confirmée ni prouvée.

12. Les principaux généraux militaires annoncent qu’ils ne reconnaissent plus Chavez comme le président du pays. Luis Miquilena, le mentor et stratège politique de Chavez, fait de même. Ceux-ci demandent la démission du président.

13. Chavez finit par se rendre aux militaires et est transporté dans une base militaire. En échange de la signature de sa lettre de démission, il serait déporté à Cuba, mais suivant les conseils de son ami Fidel Castro, Chavez refuse de signer.

14. Le CIPCP (l’équivalent du FBI au Vénézuela) découvre d’immenses caches d’armes appartenant aux Cercles Bolivariens, confirmant que ceux-ci étaient armés jusqu’aux dents.

15. Entre-temps, le Dr. Pedro Carmona, à la tête de la Fedecamaras (la fédération des chambres de commerce), est nommé président par intérim. Ce dernier réunit son nouveau cabinet au Miraflores, où il énonce une série de décrets :

Annulation des 49 décrets de Chavez.

Dissolution de l’Assemblée Nationale.

Remplacement de tous les gouverneurs d’états.

Élimination du procureur général, de la cour suprême, du bureau de la protection du citoyen et du conseil des élections nationales.

Révocation de la constitution de 1999 (retour à celle de 1958).

16. Plusieurs jugent que le gouvernement par intérim a été trop loin, jugeant les décrets anti-démocratiques; Carmona perd le soutien des généraux militaires, de Carlos Ortega, le chef du syndicat CTV, ainsi que de 19 présidents de pays latino-américains qui ne le reconnaisse pas comme président du Vénézuela.

17. Par la suite, la garde nationale (constituée essentiellement de chavistas) reprit le contrôle de Miraflores et Chavez fit un retour triomphal en hélicoptère.

18. À partir du lendemain, Chavez fait nettoyer les lieux (et disparaître les preuves) en 5 jours. Il tente par tous les moyens de bloquer toute enquête sur les événements (par exemple, il renvoie des policiers trop perspicaces à son goût). Il tente de rallier le plus de gens possible de son côté en offrant une généreuse compensation à ceux qui disent avoir été blessé en combattant pour le gouvernement durant les événements (argent, travail au gouvernement, bourses d’étude, etc), et en offrant rien aux blessés de l’opposition. Beaucoup de gens décident alors de changer de camps pour bénéficier de ces avantages, même s’ils n’ont même pas été blessés lors des événements en question. Le gouvernement tente de faire croire (sans succès) que la plupart des blessés de l’opposition ont été atteints par des tirs-amis de leurs compatriotes. Rien ne prouve cette affirmation, ni que les marcheurs aient été armés.

 19. Chavez discrédite le reportage de Luis Fernandez en mentionnant qu’il s’agit d’un trucage hollywoodien. Le journaliste a par la suite été constamment harcelé par la DISIP (police politique) qui l’a menacé de mort et l’a forcé à s’exiler. Le documentaire irlandais « The Revolution will not be televised » a aussi tenté de discréditer la vidéo, mais ce documentaire a été qualifié de mensonger par The Economist et son incohérence a été clairement démontrée dans le documentaire « X-ray of a lie ». Fernandez a tout de même remporté le prestigieux Prix du Roi d’Espagne pour le Journalisme pour son périlleux reportage. Les tireurs identifiés dans la vidéo ont été félicités par Chavez et innocenté par le tribunal, qui a établi qu’il s’agissait de légitime défense (bien que les marcheurs n’aient pas été armés).

20. Le bouc-émissaire dans cette affaire a été la police métropolitaine de Caracas. Huit policiers et trois commissaires ont été arrêtés presque au hasard et emprisonnés pour trahison, sans procès. Chavez a tenté de démontrer que la police tentait de repousser les chavistas pour que la marche puisse avancer vers Miraflores, ce qui est faux puisque la police n’a tenté que de séparer les deux groupes. La vérité est que Chavez voulait affaiblir la police, qui est la seule force armée indépendante qui aurait pu le menacer. Il leur a par la suite retiré tous leur armement, sauf leur petit pistolet de calibre 0.38, de façon à réduire cette menace. Il a politisé la police en nommant des chavistas aux postes clés et l’a ensuite mise sous la juridiction du ministre fédéral de la justice pour qu’elle soit sous son contrôle.

 21. Ressentant la menace de Chavez, tous les témoins qui ont comparus à la commission d’enquête subséquente n’ont pratiquement rien dit. Le seul à avoir dit la vérité fut le Général Rosendo, qui a par la suite été renvoyé de l’armée et poursuivi par la DISIP. Il est aujourd’hui en exil.

 22. Finalement, Chavez a fait de Carmona la figure de proue du coup, qu’il a décrit comme une tentative des hommes d’affaires de s’approprier la richesse pétrolière du pays (même si les hommes d’affaires ne représentaient qu’une petite portion de l’opposition). Chavez a utilisé ces événements comme prétexte pour mieux asseoir sa main-mise sur le pays. Il a notamment pris le contrôle de la Cour Suprême, faisant passer le nombre de juges de 20 à 32 (les 12 juges ajoutés sont des chavistas), ce qui a été dénoncé par l’organisme Human Rights Watch.

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Je suis tombé hier sur un article intéressant de la Federal Reserve of Cleveland, portant sur les différences entre les marchés immobiliers américains et canadiens. L’article cherchait plus précisément à identifier les raisons pour lesquelles le marché canadian avait mieux fait. Les deux suspects évoqués sont 1) la politique monétaire et 2) les conditions de prêts.

Il faut d’abord noter que le marché immobilier résidentiel canadien a beaucoup mieux fait que celui des États-Unis (voir graphique 1). Plusieurs observateurs, tels que le magazine The Economist ont décrit le Canada comme “a country that got things right.” Il n’en demeure pas moins que le marché canadien a connu une hausse fulgurante suivie d’une baisse significative en 2008, pour ensuite se redresser un 2009.

1. Prix des maisons

  

Sources: U.S.: S&P/Case-Shiller (20-city); Canada: Teranet (6-city).

Au niveau du levier financier, le Canada paraît mieux, ayant un pourcentage beaucoup moins élevé d’hypothèques avec un ration d’endettement de plus de 80% (voir tableau 2). La principale raison selon moi est qu’au Canada, toute hypothèque avec un ratio d’endettement supérieur à 80% doit être assurée auprès de la SCHL aux frais de l’emprunteur, ce qui décourage cette pratique.

2. Distribution des hypothèques par ratio d’endettement (%)

  United States Canada
LTV ratios 1999 2005 2007 2006
0–80 76.48 79.14 78.12 84.79
80–90 10.55 8.98 9.66 8.81
90–100 7.56 6.37 6.93 1.53
100+ 5.41 5.51 5.28 4.87

Sources: Bank of Canada Financial System Review December 2007; American Housing Survey.

L’article apporte aussi notre attention sur une différence notable entre les deux marchés, qui est que le taux de délinquence a commencé à monter avant de le taux de chômage aux États-Unis, alors qu’au Canada le taux de délinquence a commencé à monter après le taux de chômage. Il semble donc que l’évolution différente des marchés immobiliers des deux pays puissent tirer son origine des conditions de crédit.

3. Taux de délinquence hypothécaire (90 jours et plus)

 

Sources: U.S.: Mortgage Bankers Association. National Delinquency Survey; Canada: Canadian Bankers Association.

L’article semble reconnaître que la politique monétaire ultra-expansionniste des deux banques centrales est en partie à l’origine des « boums » immobiliers des deux pays, mais il écarte que celle-ci soit à l’origine de la différence de performance entre les deux marchés puisque les deux pays ont eu des politiques monétaires similaires et des taux hypothécaires similaires.

4. Taux cible des banques centrales

 

Source: International Monetary Fund,International Financial Statistics.

L’article présente les conditions de crédit comme étant la différence principale entre les marchés immobiliers des deux pays. Bien que le marché « subprime »  et Alt-A ait connu une certaine croissance au Canada entre 2002 et 2006, il est demeuré beaucoup plus petit qu’aux États-Unis, où il a littéralement explosé. De plus, le Canada n’a pas introduit de nouveaux produits risqués tels que les intérêts-seulement et amortissement-négatif, dont la popularité a été sans cesse croissance aux États-Unis durant le boum. Finalement, le Canada a beaucoup moins utilisé la désintermédiation financière; la croissance de la titrisation hypothécaire a été beaucoup moindre (les fameuses mortgage-backed securities ou MBS).

L’autre facteur que j’ajouterais est que les banques canadiennes ont maintenu des niveau de capital et de liquidité nettement supérieurs aux banques américaines et européennes, ce qui leur a fourni un coussin suite à la crise.

En somme, l’article semble chercher à déculpabiliser la Federal Reserve pour son rôle dans la crise immobilière et à rejetter le blâme sur les banques. Il est bien vrai que les différences structurelles du marché hypothécaire canadien relativement à son homologue américain (assurance hypothécaire pour les prêts à plus de 80% de LTV, moins de subprime/Alt-A, absence de produits interest-only et negative-amortization, moins de titrisation) ont ralenti et le boum et, à tout le moins, retardé le « bust ». Il n’en demeure pas moins que les deux pays ont eu une politique monétaire inflationniste et que les deux pays ont gonflé une bulle immobilière qui a créé beaucoup de distorsions dans l’économie. La différence est que le Canada a été capable de maintenir sa bulle gonflée en injectant de l’argent des contribuables dans la SCHL

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