Le 10 September dernier, Thomas E. Woods Jr., un contributeur au Mises Institute, a répondu à un blogueur surnommé "Che" (rien de moins!) concernant un billet de ce dernier. Sa réponse constitue selon moi l’une des meilleures destruction des sophismes de la gauche que j’ai jamais lue. Je vous invite fortement à la lire en entier; sinon en voici les principaux points forts:
Sophisme #1: Comme si le libre marché savait toujours quoi faire et quand le faire, en bonnes quantités.
Réponse: Le libre-marché n’est pas un "être penseur" en lui-même. C’est l’aggrégation de toutes les demandes des consommateurs. Les firmes trouvent rapidement ce que les consommateurs veulent et ajustent leur production en conséquence. Les profits agissent comme un indicateur de succès à savoir si la nature des biens produits, leur quantité, la méthode et le lieu de production conviennent aux consommateurs. Si les profits sont bas, les ressources sont allouées différemment de façon à plaire aux consommateurs et faire augmenter les profits (comme quoi les profits sont en fait au service des consommateurs). La recherche du profit est la meilleure façon d’allouer les ressources dans l’économie; étant donné que l’allocation faîtes par les gouvernements ne tient pas aussi bien compte des préférences des consommateurs et incorporent celles des politiciens et fonctionnaires eux-mêmes.
Sophisme #2: Le libre-marché est contrôlé par des humains qui sont sujets à l’appât du gain, la corruption et l’exploitation; le marché est aussi faillible que les humains qui le composent.
Réponse: Par corruption, il pourrait référrer à deux choses. Il pourrait vouloir dire l’utilisation de la fraude et du vol. Si c’est le cas, il ne parle plus de libre-marché, lequel sanctionne les comportements criminels. Si quelqu’un viole la loi et n’est pas puni, ce n’est pas la faute du libre-marché, mais bien de ceux qui ont le monopole de la justice et de la police! Il pourrait aussi vouloir dire l’utilisation des lobbys de façon à arracher certains privilèges auprès du gouvernement. Encore là, on ne parle plus de libre-marché, lequel ne comporte aucun mécanisme permettant à certaines firmes ou individus d’avoir des privilèges spéciaux. Seul le gouvernement a un tel pouvoir! La corruption tire donc son origine du gouvernement.
Sophisme #3: Les mauvais politiciens peuvent simplement ne pas être ré-élus, alors qu’il est impossible de tenir les PDGs d’entreprises responsables de leurs erreurs.
Réponse: Les corporations qui ne produisent pas ce que les consommateurs veulent vont avoir des profits plus bas et leurs dirigeants vont être remplacés. Les consommateurs votent avec leurs dollars. Les politiciens sont-ils si tributaires de la démocratie que Che le prétend? Est-ce que quelqu’un va payer le prix de la guerre en Irak de 2003, lancée sous de faux prétextes? Le bailout n’est-il pas une façon utilisée par les politiciens pour faire en sorte que les PDGs ne soit pas tenus responsables de leur erreurs?
Sophisme #4: Lorsque la recherche du profit mène le monde, la qualité des produits diminue parce que les entreprises veulent minimiser les coûts.
Réponse: La recherche du profit fait en sorte que les firmes produisent des bien qui répondent aux exigences de qualité des consommateurs. D’ailleurs, est-ce que la qualité des biens tend à diminuer (Blu-Ray vs VHS…) Dans un monde sans profit, est-ce que la qualité du produit aurait davantage d’importance que maintenant? Est-ce que les entreprises auraient avantage à se démener pour produire des produits de meilleurs qualité au meilleur prix?
Sophisme #5: Lorsque la recherche du profit mène le monde, les salaires ont tendance à diminuer.
Réponse: Cela ne s’est évidemment pas produit. Les firmes compétitionnent pour la main d’oeuvre qualifiée. Les salaires s’ajustent en fonction de l’offre et la demande (sauf lorsque le marché est manipulé, par exemple salaire minimum, syndicats, etc). D’ailleurs, en 1950, l’Américain moyen devrait travailler 6 minutes pour acheter un pain, maintenant c’est 3.5 minutes. Les salaires ont effet augmenté au fil des décennies.
Ceci n’est qu’un piètre résumé, l’original est bien meilleur.
Tom Woods est excellent. J’ai lu cet article. Je recommande aussi chaudement son livre «Meltdown» si vous voulez vraiment savoir ce qui a causé la crise économique.
On ne peut accuser la personne qui a posé ces constats d’utiliser des sophismes ou de faire preuve d’ignorance. Car un économiste "de gauche" pourrait également accuser M. Woods d’utiliser des sophismes également. Par exemple, en réponse à la première question, M. Woods déclare que le libre-marché "n’est pas un “être penseur” en lui-même. C’est l’aggrégation de toutes les demandes des consommateurs". En réponse à la deuxième question, il déclare que le libre-marché "sanctionne les comportements criminels". Les deux énoncés pourraient être qualifiés de contradictoires. Non?
Une deuxième réponse de cet énoncé pourrait également être réfuté par d’autres économistes: "La recherche du profit fait en sorte que les firmes produisent des bien qui répondent aux exigences de qualité des consommateurs…" Je ne crois pas que c’est toujours le cas. En fait, c’est parfois le contraire. Il est prouvé que certains produits ont une durée de vie limitée et calculée afin d’en assurer la survie dans le temps. Par exemple: les voitures – les manufaturiers ont toute la technologie nécessaire pour les faire durer plus longtemps, surtout au niveau de la corrosion. Autre exemple: les réfrigérateurs. Les modèles mis sur le marché dans les années soixante avaient une durée de vie moyenne de 25 ans. Aujourd’hui, ces mêmes appareils rendront l’âme en moins de 10. Un autre: les ampoules incandescentes. Les manufacturiers s’assurent qu’elles mourront après un certain nombre d’heures alors qu’elles pourraient vivre plus longtemps qu’un être humain.
Je comprend votre intérêt à défendre le libre-marché, la libre compétition et la non-intervention de l’état dans l’économie. Mais de grâce, cessez d’être aveugles et de constamment défendre les entreprises comme si elles étaient des saintes.
@Lutopium
"Les deux énoncés pourraient être qualifiés de contradictoires. Non?"
Cette contradiction est plutôt due à la piètre qualité de ma traduction. Évidemment, le libre marché ne sanctionne pas, c’est l’État qui le fait en assurant son rôle de protection (voir définition du minarchisme dans la section À propos, vous verrez que ce n’est pas une contradiction).
Quant à votre argument sur les voitures, frigos et ampoules, vous supposez qu’un compétiteur pourrait s’approprier une part de marché gigantesque en faisant des produits de meilleure qualité. Pourquoi cette opportunité n’est pas poursuivie? Probablement parce que les consommateurs ne seraient pas prêts à payer 2 fois plus cher pour un frigo qui dure 25 ans dont le look sera démodé dans 5 ans. Les consommateurs ont parlé et le marché s’est ajusté. D’un autre côté, si un producteur arrivait avec un frigo qui coûte $200, mais qui dure 2 ans, il ferait probablement faillite.
Votre argument suppose que vous ayez sondé tous les habitants du pays et que vous ayez parfaitement établi leurs préférences en matière de frigos. Le marché est la meilleure façon de savoir le rapport coût / qualité que les consommateurs préfèrent.
C’est typique des gauchistes: ils croient savoir ce que les gens veulent. Ils se permettent donc de prendre leur argent et de le dépenser à leur place.
Je vous recommande de lire l’article, c’est mieux expliqué.
@ Lutopium
Effectivement, il s’agit plutôt d’une erreur de traduction. Mais en réalité, il y a quand même un grain de vérité si on considère que le terme "libre-marché" est synonyme de l’ensemble des consommateurs. Et il sanctionne plutôt l’irresponsabilité que les comportements criminels… Par la faillite.
Ce qui semble t’échapper c’est que le libre-marché est un plébiscite continuel où chaque cent dépensé est un vote. Les entrepreneurs ne décident rien à la place des consommateurs, ils se plient à leurs exigences et laissent leur état de profits et pertes les guider sur ce point. Si tel produit a une durée de vie x, c’est probablement que les consommateurs ne voudraient pas payer plus cher pour avoit une durée de vie plus longue, ou ils ne désirent pas garder ce produit aussi longtemps. Qui conserve une auto pendant plus de 10 ans? Il y en a, mais très peu. Une ampoule qui dure la vie d’un homme? C’est bien, mais combien coûterait-elle? Cela vaut-il la peine quand on ne sait pas si on va déménager dans deux ans. Faudrait-il déménager nos ampoules aussi? Une auto électrique, c’est bien aussi. Mais si au même prix qu’une auto à l’essence, elle n’a un rayon d’action que de 100 km et une vitesse maximum de 80 km/h, c’est moins intéressant. Dans un marché libre d’intervention du gouvernement, c’est le consommateur qui est le roi.
Nous ne défendons aucune entreprise en particulier. À notre sens, seules les entreprises qui arrivent à bien servir leurs clients méritent d’exister. Les autres méritent de faire faillite et de voir leur capital acheté par les premiers. Et si c’était vraiment comme ça, nous n’aurions pas à nous préoccuper des "méchants capitalistes".
@Philippe
Si Lutopium avait lu l’article original, il aurait réalisé que ses arguments sont aisément réfutés par Thomas Woods.
@Philippe: je crois plutôt que certains, je dis bien certains et non pas tous, manufacturiers et leurs distributeurs n’ent ont rien à foutre qu’un produit soit conservé longtemps par les consommateurs. Et ça n’a rien à voir avec la capacité d’un produit de durer longtemps. Par exemple, on apprenait hier que la durée de vie d’un appareil cellulaire est de 18 mois. Ça n’a rien à voir avec la durée de vie de l’appareil comme tel mais plutôt d’une stratégie marketing qui vise à convaincre les consommateurs de changer leur bidule afin d’être plus à la mode, d’adopter un nouveau gadget (souvent inutile), etc… Ces habitudes de consommation sont extrêmement dommageables pour l’environnement. Évidemment, les con-sommateurs sont les premiers responsables. Mais sois certain que les manufacturiers et les distributeurs, aidés par leurs agences de publicité, déploient des efforts considérables pour amener les gens à jeter un produit pour le remplacer par un autre qui essentiellement fait la même chose.
D’autres produits sont "programmés" pour rendre l’âme bien avant leur capacité. Le meilleur exemple: les appareils électro-ménagers. Il est inconcevable qu’avec tous les progrès scientifiques et technologiques de la société moderne qu’un produit (laveuse, sécheuse, lave-vaisselle, etc…) ne soit pas capable de durer aussi longtemps que leurs ancêtres des années 70 et 80. On ne cherche qu’à obliger les consommateurs à remplacer ces appareils afin d’assurer la profitabilité (parfois excessive) des manufacturiers et leurs distributeurs. C’est peut-être excellent pour l’industrie et l’économie mais extrêmement dommageable pour l’environnement. Un jour, nous paierons pour ces excès de consommation.
@minarchiste: j’ai déjà indiqué sur le blogue du QL que le livre m’intéressait et que je songeais à me le procurer. Ne t’en fais pas, je suis ouvert à ce genre de lecture. Mais j’essaie de demeurer sceptique et critique par rapport à toutes les théories, qu’elles soient pro-système ou qu’elles remettent en question son fonctionnement et son idéologie.
@Luthopium
Pour ce qui est de l’environnement, c’est une autre problématique selon moi. Dans un système capitaliste, la pollution est une externalité de l’activité économique. Ceux qui bénéficie de cette activité économique doivent assumer les coûts de ces externalités; ce qui n’est pas tout à fait le cas présentement. Le principe du pollueur-payeur est tout à fait en accord avec l’esprit du capitalisme et est une solution très efficace face à la problématique de sur-consommation que vous soulevez. Cependant, nos gouvernements ne sont pas vraiment intéressés à protéger efficacement l’environnement; ils aiment mieux distribuer des subventions au profit de leur capital politique.
Les consommateurs vont répondre aux signaux de prix que leur marché leur envoie en modifiant leurs habitudes. Si les prix reflètaient correctement les coûts de la pollution, tout se ferait tout seul.
Quant à la durée de vie des électros, je répète:
Dans ce cas, un compétiteur pourrait s’approprier une part de marché gigantesque en faisant des produits de meilleure qualité. Pourquoi cette opportunité n’est pas poursuivie? Probablement parce que les consommateurs ne seraient pas prêts à payer 2 fois plus cher pour un frigo qui dure 25 ans dont le look sera démodé dans 5 ans. Les consommateurs ont parlé et le marché s’est ajusté. D’un autre côté, si un producteur arrivait avec un frigo qui coûte $200, mais qui dure 2 ans, il ferait probablement faillite.
Votre argument suppose que vous ayez sondé tous les habitants du pays et que vous ayez parfaitement établi leurs préférences en matière de frigos. Le marché est la meilleure façon de savoir le rapport coût / qualité que les consommateurs préfèrent.
Le prix d’un frigo (en dollar constant) a beaucoup diminué au cours des décennies, ce qui le rend maintenant disponible à davantage de ménages. Cette baisse de prix est le fruit des améliorations technologiques, mais aussi de sacrifices au niveau de la durée de vie. Ces sacrifices ont été guidés par les préférences des consommateurs, les lesquels sont satisfaits d’un frigo moins cher ayant une durée de vie plus courte.
"Dans un système capitaliste, la pollution est une externalité de l’activité économique." Wow, je n’en crois pas mes yeux!
"Les consommateurs ont parlé et le marché s’est ajusté. " Vraiment? Je serais plutôt porté à dire: "Le marché a parlé et les consommateurs n’ont rien à dire".
"Votre argument suppose que vous ayez sondé tous les habitants du pays et que vous ayez parfaitement établi leurs préférences en matière de frigos. " Non, et vous?
"Cette baisse de prix est le fruit des améliorations technologiques, mais aussi de sacrifices au niveau de la durée de vie. Ces sacrifices ont été guidés par les préférences des consommateurs, les lesquels sont satisfaits d’un frigo moins cher ayant une durée de vie plus courte." Ne diriez-vous pas que la baisse de prix est plutôt attribuable au fait que le produit est maintenant fabriqué dans des pays où la main-d’œuvre est moins chère et que les matériaux utilisés sont moins coûteux? Comment pouvez-vous confirmer que les consommateurs sont satisfaits d’un frigo moins cher ayant une durée de vie plus courte? Avez-vous sondé les consommateurs?
Je comprends votre argumentaire mais je ne suis pas d’accord.
@Luthopium
Vous dîtes:
"Comment pouvez-vous confirmer que les consommateurs sont satisfaits d’un frigo moins cher ayant une durée de vie plus courte? Avez-vous sondé les consommateurs?"
L’essence même du libre-marché est que nous n’avons pas besoin de sonder les consommateurs pour connaître leurs préférences; ils s’expriment avec leurs dollars. Vous semblez prétendre que les consommateurs ne sont pas satisfaits de la durée de vie des produits offerts alors que vous n’en avez aucune espèce d’idée.
Si je vous disais que les frigos Bosch ont une durée de vie de 20 ans (comparativement à 10 pour les Maytag) et qu’ils coûtent en moyenne $2,500, comparativement à $1,300 pour les Maytag (chiffres hypothétiques). Le consommateur a le choix entre les deux propositions. Qui êtes-vous pour prétendre que les consommateurs devraient préférer les Bosch parce qu’ils ont une meilleure durée de vie?
Si les ventes de Bosch se mettaient à augmenter fortement aux dépends de Maytag, indiquant une préférence du consommateur envers les frigos de meilleure qualité, il y a fort à parier que Maytag se mettrait à faire des frigos de meilleure qualité à prix plus élevé pour récupérer ses parts de marchés (et les profits qui vont avec). Le marché s’ajusterait alors aux préférences des consommateurs.
Il faudrait que vous réalisiez qu’il existe des produits couvrant toute la gamme de qualité. Les consommateurs ONT le choix entre un frigo Bosch à $3000 et un frigo Danby à $599 chez Wal-Mart.
Bref, la recherche du profit fait en sorte que les producteurs allouent leur capital productif en fonction des préférences des consommateurs. Si une partie de la gamme de qualité était mal servie, il y aurait une opportunité de profit intéressante pour un compétiteur de prendre des parts de marché en comblant ce vide et en satisfaisant le consommateur.
@ Lutopium
Il y a quelque chose que soit tu ne sembles pas comprendre ou que tu refuses de comprendre. Les manufacturiers ne sont pas de mèche les uns avec les autres. Ils sont en compétition. Ce qui veut dire qu’il produiront n’importe quel produit à n’importe quel prix et n’importe quelle durée de vie, si ce produit se vend mieux que celui de leurs compétiteurs. Si l’un d’eux découvre un désir des consommateurs qui n’est pas satisfait, il n’est pas dans son intérêt de l’ignorer pour ensuite voir ses compétiteurs s’en occuper. Un entrepreneur n’est pas la pour décider à la place des consomateurs, il est la pour les servir. S’il fait un profit, ça veut dire qu’il a réussi. S’il fait des pertes, ça veut tout simplement dire qu’il n’a pas réussi.
Tu te rends compte que le iPhone n’existait pas il y a 18 mois? Les premiers cellulaires étaient très lourds et encombrants et avaient très peu de caractéristiques. Aujourd’hui ils sont plus petits que la paume de la main et on ne cesse d’ajouter de nouveaux gadgets dedans. Si la durée de vie n’est pas plus de 18 mois, c’est que ton téléphone sera considéré comme obsolète d’ici là, pas parce qu’il ne pourra plus fonctionner. Et si les consommateurs ne voulaient pas de tous ces gadgets, ils ne les achèteraient pas. La preuve, c’est que les modèles bas de gamme sans MP3 et appareil-photo se vendent quand même.
Encore une fois, tu cèdes à la délusion non-fondée qu’il existe une collusion entre les manufacturiers d’électroménagers pour que tous leurs appareils aient la même durée de vie pour que les consommateurs soient forcer d’acheter un appareil après un nombre d’années x. C’est faux. Ils sont tous en compétition un avec l’autre et ont tous intérêt à livrer des appareils avec le meilleur rapport qualité/prix. Juste en jetant un coup d’oeil chez Sears, on se rend compte qu’il existe une différence dans les garanties de base sur le compresseur entre les réfrigérateurs bas de gamme et haut de gamme. c’est une indication que l’espérance de vie des frigos haut de gamme est plus élevée que les bas de gamme. La durée de vie d’un produit a un prix. Les entrepreneurs apprennent généralement de la façon dure (par des pertes), quelle est la vraie préférence des consommateurs.
Merci à vous deux pour avoir pris le temps d’argumenter.
@Luthopium
Merci à toi de participer.
Toujours un plaisir de discuter avec toi Lutopium.