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Archive for 14 août 2009

Dans un excellent article de Matt Taibbi paru dans Rolling-Stones (dont j’ai trouvé le lien sur le blogue des 7 du Québec), l’auteur relate de quelle façon Goldman Sachs (GS) a réussi à infiltrer le gouvernement et comment elle tire profit de ces positions.

http://www.rollingstone.com/politics/story/29127316/the_great_american_bubble_machine/1

Voici tout d’abord une liste d’anciens haut-placés de Goldman Sachs qui oeuvrent au sein du gouvernement et/ou d’agences de règlementation:

  • - Robert Rubin: ancien secrétaire du trésor de Clinton.
  • - Henry Paulson: ancien secrétaire du trésor de Bush.
  • - Joshua Bolten: ancien chief of staff de Bush.
  • - Mark Patterson: treasury chief of staff de Obama.
  • - Ed Liddy: celui que Paulson a mis en charge de AIG suite au bailout.
  • - Neel Kashkari: celui que Paulson a mis en charge du TARP.
  • - Gary Gensler: en charge de la Commodity Futures Trading Commission.
  • - Neil Levin: en charge du New York State Insurance Department.
  • - Stephen Friedman: ancien chairman de la NY Federal Reserve.
  • - William Dudley: chairman de la NY Federal Reserve.
  • - Mark Carney: chairman de la Banque du Canada.
  • - Robert Zoellick: chairman de la Banque Mondiale.
  • - John Thain: ancien PDG de Merrill-Lynch.
  • - Robert Steel: ancien PDG de Wachovia.

Et je suis sûr que la liste pourrait très bien s’allonger si on cherche davantage…

Comment GS a-t-elle usé de ces relations importantes? Voici la réponse (selon l’article de Taibbi dont plusieurs faits demeurent à vérifier):

1) Durant la bulle technologique, après avoir fait le premier appel public à l’épargne (PAPE) de Yahoo!, GS est devenu un leader dans ce domaine, multipliant les PAPEs d’entreprises fraîchement créées, sans profits, ni modèle d’affaire. Elle a utilisé plusieurs tactiques frauduleuses pour arriver à ses fins, notamment le "laddering" et le "spinning", consistant à manipuler les marchés. Elle  a payé de faibles amendes à cet égard (grâce à ses contacts), mais a empochés d’immenses profits et payé d’immense bonus à ses dirigeants et employés.

2) GS a été une pionnière dans la titrisation de créances "sub-prime", vendant ces titres frauduleux à des fonds de pension, sachant très bien que les pertes seraient immenses. La preuve qu’elle n’y croyait pas? Elle a pris des positions gigantesques dans des credit-default-swaps (CDS), notamment auprès de AIG (i.e. elle a parié que les pertes sur ces prêts seraient élevées). C’est un cas typique d’asymétrie d’information: GS savait que les CDOs ne vaudraient rien, donc elle les vend à d’autres et achète des CDS pour faire le pari inverse! De la pure fraude de valeurs mobilières.

Comment AIG a-t-elle pu prendre ces immenses positions en passant sous le radar de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC)? Grâce à la collaboration de Robert Rubin et de son Commodity Futures Modernization Act et aussi grâce à Neil Levin, qui a fait en sorte que les CDS ne soient pas règlementés comme un produit d’assurance.

À noter que suite au bailout de AIG, Ed Liddy, nommé par Paulson pour prendre AIG en charge, a fait un chèque d’environ $13 milliard d’argent des contribuables à GS, pour rembourser les gains de GS sur les CDS que AIG lui devait. Il est donc faux de prétendre que GS n’a pas bénéficié du bailout parce qu’elle voulait à tout prix le rembourser. Le bailout a sauvé ses contreparties; et elle a voulu le rembourser pour pouvoir payer de généreux bonus à ses employés!

Ce paiement de AIG fait en sorte que les résultats du premier trimestre de 2009 de GS ont surpris à la hausse, stimulant le prix de l’action. GS en profite pour faire une émission d’actions à prix avantageux, et ce quelque temps avant l’annonce des fameux "stress-tests" qui allaient faire en sorte que plusieurs banques allaient avoir à émettre des actions toutes en même temps; comme si GS savait à l’avance ce qui allait arriver. Ensuite, les règles pour le remboursement du TARP ont été annoncées et requièrent que l’argent soit remboursé avec de la dette fraîchement émise d’au moins 5 ans, non-garantie par le FDIC, ce que GS avait fait une semaine auparavant! C’est ce qui s’appelle être ahead of the curve…

3) GS a grandement bénéficié de la hausse des prix des commodités en 2008, surtout du pétrole. Elle a pu en profiter largement parce qu’elle a obtenu une exemption du CFTC (où elle a un homme d’influence) lui permettant de prendre d’immenses positions sur les marchés à terme, ce qui n’était pas permis auparavant pour ne pas que les prix soient manipulés. GS avait d’ailleurs plusieurs investissements directs dans le pétrole, notamment des rafineries au Kansas.

4) L’auteur de l’article suggère que la prochaine source de profits de GS sera les crédits d’émission de carbone. Le site internet de l’entreprise corrobore d’ailleurs cette affirmation (voir image de la page principale de GS plus bas). L’entreprise a déjà mobilisé tous ces contacts gouvernementaux, dont le Président lui-même, de façon à créer une règlementation qui lui permettra de s’enrichir. Elle a d’ailleurs déjà positionné ses investissements à cet égard:

  • - Horizon Wind Energy ( énergie éolienne)
  • - Changing World Tech
  • - BP Solar (partenariat d’énergie solaire avec British Petroleum)
  • - Chicago Climate Exchange (bourse du carbone)
  • - Blue Source LLC
  • - Generation Investment Management (avec Al Gore)
  • - Green Growth Fund

Non seulement ces entreprises recevront de généreuses subventions avec de l’argent des contribuables, mais elles pourront en plus permettre à GS de s’enrichir au fur et à mesure que le prix des crédits de carbone vont augmenter. Et elle s’assurera que cela se produise en utilisant son immense pouvoir spéculatif et ses contacts au gouvernement.

Finalement, Goldman Sachs a fait $2 milliard de profit en 2008, mais n’a payé que $14 millions en impôts, grâce à ses filiales dans les paradis fiscaux. Le PDG a fait $42.9 millions et les employés ont fait $16 milliards en rémunération. Les employés et l’entreprise ont contribué $981,000 à la campagne de Obama et $4.5 millions au parti Démocrate.

Facile de faire de l’argent lorsqu’on sait à l’avance (ou décide à l’avance) de ce qui va arriver. L’intervention du gouvernement dans l’économie, influencée par les bonzes de GS, lui a permis tricher le capitalisme et de rediriger des milliards d’épargne des citoyens sous la forme de profits pour les actionnaires et de bonus pour les haut-placés de cette banque.

GS_climatechange

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